Revue n° 64, date de publication: 2003-11-01 Copyright © EPO, Etudes marxistes et auteurs
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Le socialisme à la chinoise |Archive EM|


Lucien Materne

Ce quatrième numéro d’Etudes Marxistes de l’année 2003 est consacré à la République populaire de Chine.
Rolf Berthold est sans aucun doute un spécialiste de premier rang de la Chine. De 1962 à 1990, il a travaillé au sein du ministère des Affaires étrangères de la République démocratique allemande (RDA). De 1982 à 1990, il a également été le dernier ambassadeur de la RDA en Chine. Il lit le chinois et n’a cessé, ces dernières années, de suivre de très près la politique chinoise.
La Chine connaît des bouleversements profonds. Elle rattrape très rapidement les autres pays développés, se mue en un Etat socialiste moderne et vient à bout de plusieurs siècles d’arriération et de pauvreté. Rolf Berthold analyse le récent 16e Congrès du Parti communiste chinois et relève les questions fondamentales qui se posent dans l’élaboration de la voie socialiste chinoise : les privatisations et la propriété d’Etat, la lutte contre les influences idéologiques bourgeoises, le rôle prépondérant du Parti communiste, l’économie socialiste de marché, le gigantesque développement économique et social qui profite au peuple chinois, le système politique démocratique tel que la Chine le conçoit, avec son propre système multipartite et sa démocratie populaire, une évaluation nuancée du passé et de l’important apport de Mao Zedong, ainsi que des erreurs commises par ce dernier à la fin de sa vie.
Rolf Berthold insiste sur le fait qu’à l’issue du 16e Congrès, la nouvelle direction du Parti a proposé de poursuivre la voie de l’édification socialiste. En effet, la direction du Parti est « très consciente de l’importante responsabilité qui est la sienne envers l’avenir du pays et le sort du socialisme en général ». La direction du Parti parle avec une grande ouverture de tous les problèmes rencontrés sur la voie du socialisme : l’édification socialiste dans un pays pauvre, resté à la traîne, et qui compte la population la plus nombreuse de la planète, constitue une entreprise à la fois difficile et audacieuse. Elle se déroule par ailleurs au beau milieu d’une situation internationale devenue complexe et dangereuse, suite à l’effondrement de l’Union soviétique et à la montée du bellicisme et des agressions de la part des Etats-Unis qui outrepassent les Nations unies en tant que forum mondial des peuples.
Aujourd’hui, poursuit Berthold, il n’est aucune force politique qui ne tienne compte de la Chine. « Les peuples de nombreux pays du tiers monde espèrent y trouver une solution aux problèmes qu’engendrent la domination politique, économique et militaire des puissances impérialistes, le gouffre sans cesse croissant entre les nations riches et les nations pauvres et leurs propres problèmes économiques et politiques non résolus. Les communistes et les socialistes de tous les pays se réjouissent des progrès historiques de la République populaire de Chine sur la voie du socialisme. Ils espèrent (…) que la République populaire de Chine donnera corps à l’alternative historique au capitalisme – qui peut de moins en moins cacher que l’histoire le rattrape, malgré son apparente marche triomphale à l’issue de la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est. » Aujourd’hui, la Chine demeure la preuve plus vivante que jamais de la vitalité et de la viabilité du socialisme.
Berthold fait remarquer que le Parti communiste chinois a tiré des conclusions très poussées des événements de la fin des années 80. D’une part, il y a la ferme volonté d’élaborer un socialisme à la chinoise. D’autre part, la politique d’ouverture et de réformes ne suit pas toujours un développement rectiligne. Berthold pense que l’on doit toujours considérer l’ensemble de la politique suivie, que l’on doit évaluer l’orientation stratégique et que l’on ne doit pas « s’écrier, à chaque problème qui surgit, que la Chine laisse tomber le socialisme ».
La contribution de Berthold nous livre une histoire succincte de la lutte de libération chinoise depuis 1921 et de la construction du socialisme depuis 1949. Il rassemble une importante série de chiffres essentiels qui éclairent la réalité chinoise.
Berthold examine également dans le détail l’actuelle politique internationale de la Chine. Cette analyse nous présente la Chine comme une solide pionnière de la paix mondiale et une alliée fiable des peuples du tiers monde.

Au printemps 2003, Baudouin Deckers a visité la Chine en compagnie d’une délégation du Comité central du Parti du Travail de Belgique. Il a eu d’intenses discussions avec divers dirigeants de premier plan du Parti communiste chinois. La contribution de Baudouin Deckers reprend les nombreuses questions que se posent les progressistes sur l’actuelle ligne politique du Parti communiste chinois. « La Chine introduit le capital privé, tolère la propriété privée, lance le mot d’ordre “Enrichissez-vous”. Est-il encore question de socialisme ? » « La Chine d’aujourd’hui n’est-elle pas confrontée à un important chômage ? » «Les régions intérieures ne sont-elles pas privées des progrès importants que connaissent les régions côtières ? » « N’assiste-t-on pas en Chine au développement d’une nouvelle classe de capitalistes ? » «Des capitalistes, aujourd’hui, peuvent-ils également devenir membres du Parti communiste ? » « Pourquoi la Chine s’oppose-t-elle avec tant de prudence à la politique belliqueuse des Etats-Unis ? »
Pour la clarté de l’ensemble, nous avons inséré une carte de la Chine. Pour ceux qui souhaiteraient davantage d’informations, nous reprenons également une page de liens intéressants.
Ce numéro propose au lecteur une mise à jour rapide, bien charpentée et documentée de ses connaissances sur la Chine, son socialisme et sa politique internationale. Nul besoin, pour apprécier ce numéro, d’avoir une formation de spécialiste.