Aujourd’hui, la République populaire de Chine
est considérée dans le monde entier comme un pays où se
sont accomplis des développements d’une grande importance sur le
plan historique. Ceux qui voyagent en Chine avec les yeux ouverts et sont disposés
à se forger une image objective constatent d’impressionnants changements.
La Chine est en voie de devenir un pays moderne qui a surmonté des siècles
de retard et de pauvreté.
Les participants au 16e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), en
novembre 2002, estimaient que les conditions de vie du peuple avaient atteint
un « niveau de prospérité modeste ». Ce congrès
était placé sous le signe de la réussite du développement
socialiste en Chine et des conclusions que tire le PCC de la défaite
du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est. L’organe
le plus élevé du Parti organise ces rencontres tous les cinq ans,
non pas pour abreuver les médias d’informations spectaculaires,
mais bien pour réfléchir et se concerter sur les problèmes
fondamentaux que rencontre la Chine dans son évolution vers le socialisme.
La détermination à suivre cette voie était également
manifeste lors de ce congrès. La direction du Parti sait très
bien quelle responsabilité est la sienne vis-à-vis de l’avenir
du pays et du sort du socialisme en général.
Lors du congrès, la direction a mis en exergue les importants progrès
réalisés par le pays, progrès reconnus par tous les observateurs
internationaux objectifs et dont bénéficient en premier lieu les
Chinois eux-mêmes. Mais elle a également abordé avec une
grande ouverture d’esprit les questions et problèmes urgents. De
nombreuses suggestions ont été formulées à cette
occasion même si, pour de nombreuses questions, on ne peut en fait proposer
de solutions toutes faites. Il existe des circonstances spécifiques qui
font du choix de la Chine pour le socialisme une entreprise à la fois
audacieuse et compliquée. Des forces étrangères tentent
par des moyens politiques, idéologiques et économiques de la détourner
de la voie qu’elle s’est tracée. L’économie
mondiale exerce une grande influence. De graves conflits internationaux font
rage. Le retard de la Chine a fortement diminué, mais il n’est
pas encore entièrement résorbé. Des catastrophes naturelles
se produisent. Dans son propre pays, l’Etat doit se défendre face
à des activités hostiles, comme le séparatisme des dirigeants
de Taiwan, qu’il ne faut pas sous-estimer. Aussi, la question de savoir
comment le Parti pouvait le mieux s’armer pour affronter les situations
compliquées s’est-elle posée en tout premier lieu.
Il n’est, dans le monde actuel, aucune force politique qui ne tienne compte
de la Chine. Les peuples de nombreux pays du tiers monde espèrent y trouver
une solution aux problèmes qu’engendrent la domination politique,
économique et militaire des puissances impérialistes, le gouffre
sans cesse croissant entre les nations riches et les nations pauvres et leurs
propres problèmes économiques et politiques non résolus.
Les communistes et les socialistes de tous les pays se réjouissent des
progrès historiques de la République populaire de Chine sur la
voie du socialisme. Ils espèrent que les succès qu’elle
rencontre vont donner corps à l’alternative historique au capitalisme
– qui peut de moins en moins cacher que l’histoire le rattrape,
malgré son apparente marche triomphale à l’issue de la défaite
du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est.
Dans sa lutte complexe pour le progrès social et le bien-être de
son milliard et trois cent millions d’habitants, la Chine apprécie
la solidarité et la sympathie des communistes. Dans le camp de la bourgeoisie,
les points de vue sont divers. Certains éprouvent du respect envers les
réalisations du peuple chinois, d’autres espèrent que l’épanouissement
économique de la Chine pourra sauver les entreprises des Etats capitalistes,
voire même des pays tout entiers, du déclin économique.
D’autres encore craignent l’alternative historique que représente
la Chine et élaborent une stratégie visant à la détourner
par tous les moyens de la voie socialiste qu’elle s’est choisie.
Quand on examine les informations internationales relatives à la Chine,
on remarque que tant la presse bourgeoise que les publications de gauche ont
des difficultés à évaluer de façon objective et
réaliste les développements que connaît ce pays. Tout le
monde reconnaît le progrès économique, mais chacun l’explique
d’une manière différente. Ainsi, la Chine aurait «
renoncé » au système communiste, elle aurait restauré
le capitalisme et réintégré l’économie capitaliste
mondiale et c’est à cela qu’elle devrait son succès.
Les problèmes encore existants proviendraient du fait que l’on
n’aurait « pas encore » renoncé totalement au système
socialiste. Nombreux sont ceux qui exigent qu’après les réformes
économiques, on entame désormais des « réformes politiques
» : la Chine doit renoncer au monopartisme, introduire la démocratie,
adopter les valeurs occidentales, etc.
Il est sans doute malaisé de procéder à
une évaluation tout à fait correcte de la situation en Chine,
mais celui qui tente de le faire en profondeur et sans parti pris, tout en tenant
compte que la situation concrète en Chine est autre que ce qu’on
imagine en Europe, se forgera facilement une image objective.
Le PC chinois a tiré des conclusions profondes de ses erreurs et des
événements de la fin des années 80 et du début des
années 90. Il précise toutefois qu’il ne dispose pas encore
de solutions absolues pour l’avenir. Autour des réformes et de
la modernisation qui se poursuivent, de nouvelles questions surgiront auxquelles
il faudra trouver des réponses. Loin d’être rectiligne, la
politique de réforme et d’ouverture connaît une évolution
complexe. Il existe dans ce processus des éléments qui, si on
ne les considère pas dans leur ensemble, si on ne les intègre
pas à la stratégie, peuvent constituer une menace directe pour
le socialisme. Certaines réformes ne satisfont pas et sont sujettes à
des corrections. Il existe aussi des forces qui seraient prêtes à
abandonner la voie socialiste. Ajoutons encore à cela que, dans la période
initiale du socialisme, même si les rapports politiques de force sont
clairement établis, peuvent surgir des tendances qui dévient de
la voie socialiste, d’autant que la société socialiste ne
peut se développer spontanément, mais uniquement sous la direction
du Parti. Quelle que soit l’importance de certains aspects du développement,
il importe de voir en permanence le contexte et de ne pas commettre l’erreur,
à chaque problème qui surgit, de proclamer directement que «
la Chine abandonne le socialisme ».
Consciemment, la direction du PC chinois n’a pas tenté de formuler
une définition du nouveau modèle socialiste occupé à
se mettre en place. C’est une tout autre attitude que celle des théoriciens
qui voient les problèmes de façon compartimentée et sont
aveugles à ce que le Parti chinois a réalisé sur le plan
politique, notamment, dans la période qui a suivi 1989-1990.
La pratique a démontré que la voie empruntée par le PC
chinois depuis le début de la réforme est fondamentalement correcte.
Dans le développement de son socialisme, la Chine a pris, pour corriger
certaines erreurs, des mesures qui ont donné d’énormes impulsions
au développement économique et social. Ces mesures ont défendu
le socialisme et ne s’en sont pas écartées. Ce qui se passe
en Chine est la preuve que la société socialiste est capable de
corriger ses défauts et de se perfectionner, à condition que ce
processus soit mené de façon responsable et qu’il soit protégé
des attaques des forces réactionnaires, tant à l’intérieur
qu’à l’extérieur du pays.
Un élément essentiel de la politique efficace du PC chinois est
qu’il s’inscrit de façon responsable dans sa propre histoire.
L’une des expériences les plus importantes des communistes chinois
est celle-ci : la critique de son propre passé, de ses propres erreurs,
doit partir de principes et se faire en profondeur, mais elle ne doit en aucun
cas être autodestructrice et il faut, en outre, qu’elle soit orientée
vers l’avenir. Une attitude responsable vis-à-vis de ses propres
erreurs requiert également la force de reconnaître ce qui est correct
dans ce que l’on a fait et de ne pas prendre ses distances vis-à-vis
de son propre passé. A ce propos, Deng Xiaoping a déclaré
que le point de vue du PC chinois en ce qui concerne l’évaluation
de Mao Zedong et de son idéologie ne concerne pas seulement Mao Zedong,
mais est indissociablement lié au Parti et à toute l’histoire
du pays. « Cela revient à ce que nous nous en tenions à
ce qui était correct chez le camarade Mao Zedong et à ce que nous
corrigions ce en quoi il s’était trompé. Corriger ces erreurs
ne signifie pas que nous devions nier tout ce qui s’est passé.
Non, nous devons considérer comme des expériences les conséquences
de ces erreurs, de sorte que nous puissions nous en servir pour faire mieux
à l’avenir. »
La Chine ne connaît pas encore le socialisme dans son achèvement,
elle est en route vers le socialisme. De même, les expériences
chinoises confirment que les modèles socialistes de la première
phase, la phase initiale, n’étaient pas en mesure, en réalité,
de bâtir durablement une nouvelle société qui soit supérieure
au mode de production capitaliste, bien qu’elle ait effectivement éliminé
des situations historiquement arriérées, dommageables pour la
majorité du peuple et qu’elle ait contribué à rompre
la spirale des crises qui conduisent aux guerres. Sur la route qu’elle
a empruntée depuis 1949, la Chine a dû surmonter des contrecoups
mais, durant ce processus, les conditions sociales ont été créées
qui libéraient la voie vers le socialisme. On ne peut donc pas dire que
la pensée socialiste a failli dans la pratique sociale. En Europe, le
socialisme a subi une défaite aux conséquences lourdes, mais il
ne s’agissait nullement de la défaite de l’idée même
du socialisme.
La Chine indique qu’il existe une issue aux ravages provoqués par
la domination mondiale du capital, elle génère l’espoir
d’une perspective socialiste. Le capitalisme actuel parvient de moins
en moins à cacher qu’il est incapable de résoudre les problèmes
mondiaux de plus en plus nombreux : les catastrophes sociales qui frappent un
nombre sans cesse croissant de pays, la violence, les guerres qui se multiplient,
le fossé qui s’élargit dangereusement entre le Nord et le
Sud, la destruction de l’environnement, le gaspillage irresponsable des
matières premières non renouvelables… L’appel à
élaborer une alternative viable au capitalisme a de plus en plus d’écho.
Aussi est-il d’une grande importance d’établir le bilan de
la République populaire de Chine et de ce qui se passe aujourd’hui
dans ce pays.
1. La lutte du Parti Communiste de Chine jusqu’au moment
de l’instauration de la République populaire
Depuis sa fondation, le 1er juillet 1921, le Parti communiste
chinois s’est développé pour devenir un parti marxiste qui
compte aujourd’hui 65 millions de membres et dispose d’un inestimable
trésor d’expériences. Le chemin parcouru a été
difficile et parsemé de sacrifices, mais il a conduit à la victoire.
La révolution bourgeoise-démocratique de 1911, sous la direction
de Sun Yat-sen (Sun Zhongshan), n’avait pas réussi dans sa mission
: la Chine était restée un pays semi-féodal et semi-colonial.
Après le renversement de l’empereur, le pouvoir tombe aux mains
de dirigeants militaires locaux qui se font mutuellement la guerre. La Chine
glisse dans la guerre civile et le chaos. Le gouvernement central n’a
plus guère de pouvoir. La révolution russe d’Octobre 1917
va inspirer le peuple chinois. A Beijing, des intellectuels se rassemblent,
très enthousiastes envers cette révolution d’Octobre, et
ils optent pour l’idéologie communiste. Parmi leurs représentants
de premier plan, se trouvent les professeurs Li Dazhao et Chen Duxiu. Le bibliothécaire
Mao Zedong fait lui aussi partie du groupe.
Le traité de paix qui suit la Première Guerre mondiale (le traité
de Versailles) confie les territoires et privilèges coloniaux allemands
au Japon et non à la Chine. En 1919, la Chine voit naître un grand
courant de protestation patriotique contre ces mesures, le Mouvement du 4 Mai.
Il est dirigé par le groupe de Li Dazhao et les étudiants y jouent
un grand rôle. Ce premier grand mouvement anti-impérialiste en
Chine permet au mouvement ouvrier chinois de faire connaissance avec le marxisme-léninisme.
C’est la première fois que la classe ouvrière chinoise intervient
en tant que force politique indépendante. Avec le Mouvement du 4 Mai
débute pour la Chine une révolution néo-démocratique.
Mao Zedong la définit en avril 1948 comme « la révolution
des masses populaires dirigées par le prolétariat contre l’impérialisme,
le féodalisme et le capital bureaucratique1 ».
En 1920 et 1921, apparaissent à Shanghai et dans d’autres endroits
de Chine des groupes communistes qui étudient et diffusent le marxisme
et qui organisent des grèves et d’autres actions ouvrières.
Le 23 juillet 1921 se tient à Shanghai le premier Congrès du Parti
communiste chinois. Treize représentants de diverses régions du
pays y représentent les 53 membres du Parti. Y participent également
deux représentants de l’Internationale communiste. Le Congrès
adopte le programme du Parti et lui choisit un nom : Parti communiste chinois.
Il organise l’élection d’un bureau central qui va diriger
le Parti, avec Chen Duxiu comme secrétaire. Le programme comprend la
soumission de la bourgeoisie et l’instauration de la dictature du prolétariat.
La police ayant eu vent de ce rassemblement illégal, la séance
de clôture se tient à bord d’une jonque, sur un lac des environs
de Shanghai.2 Parmi les tâches cruciales, dès l’issue du
Congrès, figurent le développement du travail syndical ainsi que
le travail du Parti au sein des entreprises.
En juillet 1922, le second Congrès se tient à Shanghai. Il y est
décidé que le Parti, dans la situation de l’époque,
doit placer en tête de son agenda les tâches suivantes : mettre
un terme à la guerre civile, renverser les dirigeants militaires, libérer
la Chine de l’oppression de l’impérialisme étranger,
forcer l’indépendance complète du peuple chinois et transformer
une Chine unifiée en une république véritablement démocratique.
Après le Congrès du Parti, le mouvement ouvrier chinois connaît
un premier apogée, avec plus d’une centaine de grèves, grandes
et petites.
Au début des années 20, les grandes puissances européennes
et les Etats-Unis interviennent de façon de plus en plus colonialiste
en Chine. La rivalité entre les dirigeants militaires s’exacerbe,
la situation interne se mue en un véritable chaos. Sun Yat-sen a organisé
le Guomindang (le parti nationaliste), fondé en 1912, et mis en exergue
« les trois principes du peuple » : l’indépendance
nationale du peuple, le gouvernement par le peuple, la prospérité
pour le peuple. Il reçoit le soutien de la Russie soviétique qui,
immédiatement après la révolution d’Octobre, a déclaré
nuls tous les traités iniques conclus entre la Russie et la Chine. Le
Parti communiste choisit de lancer un front uni avec le Guomindang, sous la
direction de Sun Yat-sen.
Le troisième Congrès du PCC a lieu à Guangzhou (Canton),
en juin 1923. Il décide que les membres du PCC peuvent s’affilier
au Guomindang en tant qu’individus et qu’il y aura un front uni
entre le PCC et le Guomindang. En janvier 1924, a lieu le premier Congrès
du Guomindang. Les trois nouveaux « principes du peuple » sont désormais
les suivants : alliance avec la Russie soviétique, alliance avec le Parti
communiste et soutien aux paysans et aux travailleurs. A la direction du Guomindang
sont élus des communistes. A partir de Canton, le front uni entreprend
avec succès des actions militaires contre les détenteurs du pouvoir
féodal et contre les concessions3 des Etats impérialistes. En
Chine du Sud se constitue un vaste mouvement paysan.
Après la mort de Sun Yat-sen en 1925, apparaît au sein du Guomindang,
et avec le soutien des forces étrangères et de la grande bourgeoisie
chinoise, une aile droite sous la direction de Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi).
Fin 1925, les communistes se font exclure du Guomindang. En avril 1927, à
Shanghai, Tchang Kaï-chek prend les armes contre les syndicats et les institutions
du Parti. En juillet, le Guomindang rompt officiellement avec le Parti communiste
et invalide les trois principes du peuple. Des milliers de communistes sont
arrêtés et assassinés, le premier front uni est brisé.
Après ce putsch, Tchang Kaï-chek fonde le gouvernement national
de Nanjing (Nankin), une dictature des propriétaires terriens et de la
bourgeoisie. Il scelle un traité avec les puissances impérialistes
et mène avec ses troupes une lutte sanglante contre les communistes et
les autres forces révolutionnaires. La révolution chinoise subit
une défaite.
Contre les mesures du Guomindang, le Parti communiste organise en 1927 trois
grandes insurrections. Les habitants de Guangzhou (Canton) proclament une Commune
qui est écrasée dans le sang. Le même sort scelle l’insurrection
de Nanchang, le 1er août. Ce jour sera proclamé journée
de la fondation de l’Armée rouge des ouvriers et des paysans. L’Internationale
communiste estime qu’étant donné la situation, le centre
de gravité doit être la poursuite de la révolution dans
les grandes villes. Mais la direction du Parti tire une tout autre conclusion
des défaites subies dans la lutte : la situation concrète de la
Chine exige que le Parti se concentre davantage dans les campagnes et chez les
paysans. La stratégie du Parti durant cette période suscita longtemps
encore des débats. Lors d’une séance du Comité central
en août 1927, la direction du Parti décide que la réforme
agraire et la résistance armée contre la réaction du Guomindang
constituent les principales missions, vu les circonstances du moment. Fin 1927,
sous la direction de Mao Zedong, la première base révolutionnaire
est constituée dans le territoire de Jinggangshan (province de Jiangxi).
A partir de là, les forces militaires du Parti vont considérablement
s’étoffer. En 1930, elles comptent plus de 100.000 soldats. D’autres
bases révolutionnaires sont installées et le Parti développe
une stratégie visant à encercler les villes à partir de
la campagne. Dans ces nouvelles bases et dans les territoires libérés,
le Parti mène une réforme agraire, tâche fondamentale de
la révolution démocratique en Chine. En novembre 1931, le gouvernement
central provisoire de la République soviétique chinoise est instauré,
sous la direction de Mao Zedong.
En 1930 et 1931, Tchang Kaï-chek dirige plusieurs opérations militaires
contre les bases révolutionnaires, mais les troupes du PCC, menées
par Mao Zedong, repoussent les attaques. En octobre 1934, après une nouvelle
offensive de Tchang Kaï-chek, avec plus d’un demi-million de soldats
et le soutien de conseillers militaires étrangers (dont des Allemands),
le territoire soviétique de Jinggangshan doit être abandonné.
Des divergences de vues au sein de la direction du Parti quant au cours futur
des choses pèsent toutefois également dans la balance.
C’est alors que débute la Longue Marche. Lors d’une conférence
dans la ville de Zunyi (province de Guizhou), en janvier 1935, le nœud
est tranché : la ligne du délégué de l’Internationale
communiste, Otto Braun, est corrigée et c’est celle de Mao Zedong,
favorable à la Longue Marche, qui est validée.
L’agression japonaise contre la Chine, au cours de la Seconde Guerre mondiale4,
rend la situation encore plus pénible pour le PCC. Le 18 septembre 1931,
des années avant qu’éclate la Seconde Guerre mondiale en
Europe, les troupes japonaises déclenchent une offensive de grande envergure
contre le Nord-Est de la Chine et, en 1932, elles fondent l’Etat vassal
du « Mandchoukouo ». En 1935, les troupes japonaises progressent
du Nord-Est vers la Chine du Nord. Lors d’une réunion extraordinaire,
en décembre 1935, le Bureau politique du Comité central du PCC
décide de constituer un front national uni de résistance contre
le Japon. Cette tactique séduit deux généraux du Guomindang.
En 1936, ils prennent Tchang Kaï-chek en otage (l’incident de Xi’an).
Lors des négociations, Tchang Kaï-chek est forcé d’accepter
ce front d’unité. Le 7 juillet 1937, le Japon lance une offensive
contre Beijing, en août il attaque Shanghai et en décembre Nanjing.
En septembre 1937, le Guomindang accepte officiellement de collaborer avec le
Parti communiste. Le PCC est légalisé, le front national de résistance
contre le Japon est officiellement constitué. Mais il n’en sort
aucune action militaire coordonnée, de sorte que le Japon peut poursuivre
sa marche en avant. L’armée du Guomindang mène même
de nouvelles actions armées contre les forces militaires du PCC qui,
depuis la fin de la Longue Marche, en 1937 (plus de 12.500 km, à travers
onze provinces), a installé son quartier général à
Yan’an, dans la province de Shaanxi. Les circonstances sont très
défavorables, les pertes importantes. Néanmoins, les forces combattantes
du Parti communiste parviennent à faire front contre la pression de l’armée
japonaise et la politique du Guomindang. Dans les territoires occupés
par les troupes japonaises, l’Armée rouge mène une guerre
héroïque de partisans.
Avec l’agression de l’Allemagne fasciste contre l’Union soviétique
et l’attaque japonaise contre la base américaine de Pearl Harbor,
le 7décembre 1941, la Seconde Guerre mondiale prend une ampleur considérable.
Le 1er janvier 1942, 26 Etats – parmi lesquels l’URSS, les Etats-Unis,
la Grande-Bretagne, la France et la Chine – signent à Washington
la « Déclaration des Nations unies » par laquelle ils s’engagent
à poursuivre ensemble la lutte contre le fascisme.
En Orient, le champ de bataille chinois va devenir le principal théâtre
de la guerre antifasciste mondiale.
Du 23 avril au 11 juin 1945, le PCC tient son 7e Congrès à Yan’an.
C’est là que sont élaborés la ligne politique pour
assurer la victoire sur les agresseurs et un plan pour l’instauration
d’une Chine nouvelle.
Les 6 et 9 août 1945, les Américains larguent deux bombes atomiques
sur le Japon et, le 9 août, les troupes soviétiques pénètrent
dans le Nord-Est de la Chine et remportent une victoire totale sur l’armée
japonaise de Guandong, forte de 700.000 hommes. Le 15 août 1945, le Japon
capitule sans conditions. Rien qu’en Chine, l’agression japonaise
a fait 25 millions de victimes et a provoqué des pertes matérielles
colossales.
La victoire au cours de la guerre de résistance contre le Japon pose
les bases de la victoire de la révolution néo-démocratique
en Chine.
Du 29 août au 10 octobre 1945, des pourparlers de paix entre le Guomindang
et le PCC se tiennent à Chongqing (province de Sichuan, où siégeait
le gouvernement Guomindang durant l’occupation japonaise). La délégation
du PCC est dirigée par Mao Zedong et Zhou Enlai. Les négociations
se soldent par un traité de paix dans lequel le Guomindang reconnaît
le statut légal du PCC. Un accord relatif à la construction pacifique
du pays est conclu et la convocation d’une conférence politique
consultative est décidée. Le 10 janvier 1946, le Guomindang et
le Parti communiste signent un armistice. Le même jour, la conférence
politique consultative se réunit à Chongqing. Sur l’initiative
du Parti communiste, la conférence approuve une série de documents
: un programme en vue de la construction pacifique du pays, une déclaration
de principe sur la paix et la démocratie ainsi que des déclarations
qui annoncent la fin de la dictature du Guomindang, en même temps que
la fin de la guerre civile.
Mais Tchang Kaï-chek rompt les accords. Le 26 juin 1946, ses troupes attaquent
les régions libérées dirigées par le Parti communiste
et déclenchent une nouvelle guerre civile qui va toucher la totalité
du pays. L’armée du PCC se défend avec succès et,
à la mi-1947, elle passe à la contre-attaque. Dans les territoires
libérés, les communistes appliquent des réformes agraires.
Fin 1948, début 1949, le gros du Guomindang est défait au cours
d’importantes batailles. Le 23 avril 1949, l’Armée populaire
de Libération occupe Nanjing, le centre de pouvoir du Guomindang, et
déclare qu’il est ainsi mis un terme au pouvoir de ce parti. Ce
qui reste de l’armée et du gouvernement du Guomindang s’enfuit
à Taiwan.
Du 21 au 30 septembre 1949, la conférence politique consultative du peuple
chinois se réunit à Beiping (l’ancien nom de Beijing) et
rédige le « Programme commun de la Conférence politique
consultative du Peuple chinois ». La révolution néo-démocratique
est victorieuse sur toute la ligne.
2. L’édification socialiste en Chine de 1949
à 1978
Le 1er octobre 1949, sur la place Tien An Men de Beijing, Mao
Zedong proclame la République populaire de Chine. C’est une grande
victoire du peuple chinois et un événement d’une portée
internationale considérable. Dans la foulée immédiate de
la fondation de la République populaire, la Chine engrange les succès
: le pays élimine les conséquences des dizaines d’années
de guerre civile et de l’agression japonaise au cours de la Seconde Guerre
mondiale ; le nouvel Etat tourne définitivement la page du semi-colonialisme
et du semi-féodalisme. Pas à pas, la Chine applique des réformes
socialistes, s’attelle à sa reconstruction et accroît le
niveau de vie de sa population.
Peu après la proclamation de la République populaire, les relations
diplomatiques avec l’URSS et les démocraties populaires sont rétablies.
En 1950, la Chine et l’URSS concluent un traité d’amitié,
de collaboration et d’assistance réciproque qui va durer trente
ans. Durant ces premières années, on assiste à une étroite
collaboration avec l’Union soviétique et les autres pays socialistes,
lesquels proposent leur aide internationaliste au développement économique
de la République populaire.
Dans son agenda, le Parti insiste tout particulièrement sur l’urgence
de la consolidation du pouvoir populaire et du rétablissement de l’économie.
La Chine est confrontée à de grands défis : balayer les
restes des troupes du Guomindang, reprendre la direction des territoires qui
viennent d’être libérés, stabiliser l’ordre
social et développer de nouvelles institutions économiques. Sur
le plan international, l’Etat doit faire face aux Etats-Unis, qui tentent
d’isoler la Chine nouvelle, de la cerner et de la bloquer. Lors de la
guerre de Corée, qui éclate en 1950, la Chine prend directement
position contre les Etats-Unis.
Le Parti se donne pour tâche de transformer la Chine, qui compte alors
542 millions d’habitants, et, d’Etat agricole qu’elle est,
faire un Etat industriel. L’attention doit donc se déplacer des
campagnes vers les villes. En mars 1950, le Comité central du PCC décide
de centraliser toutes les rentrées financières du pays ainsi que
la gestion des matières premières. De cette manière, le
gouvernement peut stabiliser les prix et faire cesser l’inflation.
Sur le plan militaire, l’Armée populaire de libération fait
une percée dans les régions où se trouvent encore des restes
des troupes du Guomindang. En juillet 1950, l’armée régulière
du Guomindang, qui comptait encore 1,3 million d’hommes, est vaincue.
Dans le domaine politique, les pleins pouvoirs sont instaurés dans les
territoires récemment libérés. Le capital bureaucratique5
est exproprié. Les entreprises ainsi récupérées
posent les fondations de l’industrie d’Etat. De 1950 à 1953,
la réforme agraire est menée dans les territoires récemment
libérés, où vit la moitié de la population chinoise.
Les paysans qui, jusque-là, ont toujours vécu et travaillé
sous l’asservissement féodal, reçoivent l’usufruit
des terres des grands propriétaires fonciers. Fin 1952, la production
industrielle et agricole dépasse déjà le niveau le plus
élevé jamais atteint avant la libération. Les revenus et
dépenses de l’Etat sont en équilibre, les prix sont stables
et le niveau de vie de la population est manifestement plus élevé
: des conditions favorables, donc, à l’instauration d’une
économie planifiée.
En 1953, le Parti proclame les lignes directrices de la période de transition
: étape par étape, au cours d’une période relativement
longue, réaliser l’industrialisation socialiste du pays et appliquer
la transformation socialiste de l’agriculture, des petites entreprises
artisanales et de l’industrie et du commerce capitalistes. Dès
1953 prend effet le premier plan quinquennal. C’est de cette même
année 1953 que datent les résolutions concernant la collectivisation
progressive de l’agriculture. A la fin de l’année 1956, 96,3%
des paysans sont membres d’une coopérative agricole. Les petites
entreprises artisanales rallient elles aussi des sociétés coopératives,
lesquelles revêtent les formes les plus diverses. A la même époque,
92% des artisans font partie de l’une ou l’autre de ces coopératives.
Quant à la transformation des entreprises capitalistes de commerce et
d’industrie, elle s’effectue de façon distincte. Fin 1956,
99% des entreprises industrielles privées et 82% des commerciales ont
un statut mixte (Etat/privé) ou ont été transformées
en coopératives. Les objectifs du premier plan quinquennal sont atteints
en 1957.
En septembre 1954, se réunit pour la première
fois l’Assemblée populaire nationale de la République populaire
de Chine (le parlement). Désormais, elle sera l’organe suprême
du pouvoir d’Etat en Chine. Par ailleurs, la Conférence consultative
politique du peuple chinois joue un rôle important en tant qu’organe
de concertation. Lors de la première session, l’Assemblée
populaire nationale adopte la Constitution. On y trouve ce qui suit : «
S’appuyant sur les organes de l’Etat et sur les forces sociales,
au moyen de l’industrialisation socialiste et de la transformation socialiste,
la République populaire de Chine se porte garante de la suppression progressive
d’une société basée sur l’exploitation, de
même qu’elle garantit l’instauration de la société
socialiste. »
En avril 1954, lors d’une conférence qui se déroule
à Genève, la Chine, l’Union soviétique, les Etats-Unis,
la Grande-Bretagne et la France délibèrent sur la question de
la Corée et celle de l’Indochine. C’est la première
conférence internationale importante à laquelle participe la Chine
en tant que l’une des cinq grandes puissances. En juin 1954, Zhou Enlai
visite l’Inde et la Birmanie. Un accord intervient sur cinq principes
de coexistence pacifique pouvant servir de base aux relations entre deux Etats
: le respect mutuel de leur souveraineté et de leur inviolabilité
territoriale, la non-agression des deux côtés, la non-ingérence
réciproque dans les affaires intérieures, l’équivalence
et le profit réciproque, la coexistence pacifique. Ces principes forment
une composante importante des conclusions de la Conférence de Bandung
en 1955.6
En septembre 1956 a lieu le 8e Congrès du PC chinois. Nombre de délégations
étrangères y sont invitées.7 Zhou Enlai y présente
le second plan quinquennal qui doit être appliqué dès 1958.
Les discussions portent sur la construction du Parti, maintenant qu’il
est au pouvoir, sur le centralisme démocratique et la direction collective.
Le congrès s’exprime contre le phénomène du culte
de la personnalité et en faveur du développement de la démocratie
interne et de la consolidation des liens entre le Parti et le peuple. Le PCC
« n’est toutefois pas d’accord avec le rejet complet de la
lutte pour le socialisme telle qu’elle a été menée
par le Parti et par le peuple de l’Union soviétique sous la direction
de Staline ».8 Selon le PCC, il est d’une grande importance pour
les partis marxistes de tous les pays, et pour le Parti chinois également,
de discuter ouvertement et honnêtement de la question de Staline. C’est
nécessaire, estime le Parti, pour mettre fin à la confiance aveugle
en d’autres partis ou dirigeants, de sorte que les communistes des autres
pays puissent réfléchir librement sur la direction que doit emprunter
la révolution et sur la manière dont ils vont construire le socialisme,
compte tenu des circonstances existant dans leur propre pays. Mao Zedong l’a
expliqué en son temps: l’idée la plus importante que le
20e Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS)
nous a apportée, c’est que nous devons penser par nous-mêmes,
que nous devons examiner les problèmes sous toutes leurs facettes afin
de savoir comment nous devons agir en conformité avec la situation chinoise.
Nous devons également chercher minutieusement de quelle façon
nous allons aborder concrètement la construction du socialisme en Chine.9
Les conclusions du 8e Congrès du PCC sont encore toujours jugées
positivement dans l’historiographie chinoise. Mais ensuite, estime-t-on
aujourd’hui, des erreurs graves ont été commises dans l’évaluation
de la situation et dans la définition de la ligne politique.
En 1958, après la seconde session du 8e Congrès,
le PCC suit un développement accéléré. La «
campagne des cent fleurs »10, le « mouvement pour l’amélioration
du style de travail » et la lutte engagée contre les « éléments
de droite » débouchent sur des divergences de vues croissantes
sur le plan politique. Ici jouent également les effets du 20e Congrès
du PCUS et l’attitude de refroidissement progressif entre l’Union
soviétique et la Chine. Le « Grand Bond en avant » et l’instauration
des « Communes populaires » occasionnent de graves dégâts
économiques et politiques. La baisse vertigineuse de la production céréalière
et la famine qui s’ensuit en 1960-61 montrent clairement qu’il faut
procéder à des corrections. Début 1962, la campagne du
Grand Bond en avant est en principe arrêtée.
Entre 1962 et 1966 (le début de la Révolution culturelle), le
développement économique prend un nouvel élan. De 1958
à 1965, pas moins de 531 projets, grands et moyens, sont menés
à bien, parmi lesquels des aciéries, des mines, des centrales
électriques, des entreprises pétrochimiques et des usines pour
la production de pièces de machines, ainsi que des usines de construction
aéronautique et de camions. D’importants forages pétroliers
sont effectués. Dans la décennie qui va de 1956 à 1966,
8.000 km de voies ferrées sont posés. Cette période se
caractérise par la détérioration des relations entre la
Chine, d’une part, et l’Union soviétique et les autres pays
socialistes d’autre part, et par des différends entre partis. Cette
détérioration débouche sur la rupture des relations entre
partis, la cessation de l’aide économique et même des conflits
militaires. Ces différends ont fortement nui au socialisme. Ils ont entravé
les possibilités de démontrer la supériorité du
socialisme dans la lutte contre le capitalisme et d’élaborer de
nouvelles stratégies dans le but de mener à bien l’édification
socialiste.
1966 voit le déclenchement de la Révolution culturelle11. Tout
le pays est plongé dans le chaos. Le danger est bien réel de voir
la Chine perdre tout ce que la révolution a mis en place. Cet épisode
très douloureux et ses conséquences finissent par faire comprendre
au Parti chinois et à de larges couches des masses populaires du pays
qu’un changement de cours radical est nécessaire afin de sauver
le pays. La victoire de la révolution de 1949 ne peut être galvaudée
et il faut pouvoir cueillir les fruits de dizaines d’années de
sacrifices et de lutte héroïque pour la libération nationale
et sociale du peuple chinois sous la direction du Parti communiste.
Après la mort de Mao Zedong, en septembre 1976, et après la mise
hors circuit de la « Bande des Quatre »12, en octobre de la même
année, le 11e Congrès d’août 1977 proclame la fin
de la Révolution culturelle vis-à-vis de laquelle, toutefois,
le Parti ne prend pas encore ses distances.
Après un long processus de discussions internes sur la voie empruntée,
la troisième session du Comité central du PCC décide, en
décembre 1978, d’adopter une politique de réformes et d’ouverture.
C’est une étape décisive vers le changement. D’après
ce que nous savons aujourd’hui, nous devons toutefois encore tenir compte
d’un second aspect : la chute du socialisme en URSS et en Europe de l’Est
soulève la question de savoir si la voie choisie par ces pays pouvait
effectivement mener à des rapports sociaux socialistes, stables, tournés
vers l’avenir et susceptibles de prouver durablement leur supériorité
sur le mode de production capitaliste.
La direction du PCC, avec Deng Xiaoping comme figure centrale,
était le produit de la très houleuse Révolution culturelle
et de l’époque des différends entre les pays socialistes.
Elle avait la tâche, non seulement de rectifier les erreurs propres au
Grand Bond en Avant, aux Communes populaires et à la Révolution
culturelle, mais aussi de tirer les conclusions de l’échec du modèle
soviétique, qui se précisait déjà à l’époque
(c’est-à-dire au début des années 80). La direction
du PCC expliqua alors, avec prudence, que le modèle soviétique
ne correspondait pas à la situation en Chine et qu’il fallait donc
imaginer un socialisme à la chinoise. C’est sans aucun doute correct,
car la structure sociale semi-féodale et semi-coloniale et bien d’autres
circonstances concrètes propres à la Chine requéraient
des solutions spécifiques. Mais la question subsistait de savoir comment
il fallait désormais poursuivre la voie socialiste. D’un point
de vue objectif, on ne pouvait faire autrement que de soumettre à une
discussion critique le modèle socialiste de développement. On
ne pouvait échapper à l’élaboration d’un nouveau
programme en faveur du socialisme qui laisserait intacts les objectifs socialistes
fondamentaux tout en tenant compte des nouveaux développements sur tous
les terrains de la vie sociale. Il ne fait aucun doute qu’à ce
jour, cette tâche n’a pas encore été menée
complètement à bien, mais d’importantes étapes d’une
grande signification pratique et théorique ont toutefois été
franchies.
Lors de la troisième session du 11e Congrès du
PCC, en décembre 1978, Deng Xiaoping tient un discours intitulé
« Libérer l’esprit, rechercher la vérité à
partir des faits, s’unir unanimement et regarder vers l’avenir».
Ce Congrès constitue un tournant dans le développement du pays.
Il oriente le travail vers les réformes et l’ouverture à
l’étranger et fait du développement économique la
tâche centrale. C’est à ce moment qu’apparaît
la tendance à se distancier du rôle prépondérant
du Parti et du socialisme. Quatre principes de base sont alors formulés,
lors d’une conférence en mars 1979, sur le travail théorique
du parti : s’en tenir à l’option socialiste, à la
dictature du prolétariat et à la dictature de la démocratie
populaire, au rôle dirigeant du Parti communiste chinois et au marxisme
et aux idées de Mao Zedong. La politique de réformes et d’ouverture
conserve ainsi une orientation socialiste évidente.
Les réformes commencent par l’agriculture : les structures des
communes populaires sont progressivement démantelées, les paysans
ont à nouveau le droit de disposer eux-mêmes de la terre qu’ils
travaillent et il s’ensuit donc qu’ils peuvent vendre librement
ce qu’ils produisent. La majorité de la population (dont 80% vit
toujours dans les campagnes) se voit ainsi allouer une base matérielle
solide. L’économie reprend rapidement le dessus et le niveau de
vie progresse visiblement. Ensuite, les réformes sont aussi appliquées
au commerce, aux petites entreprises artisanales et à l’industrie.
Sur le plan économique, la Chine collabore davantage avec l’étranger
et crée les conditions favorables pour attirer les investissements étrangers.
Les compétences des organes du Parti et de l’Etat sont modifiées
progressivement et définitivement : les tâches de l’appareil
du Parti et de l’Etat sont bien délimitées, les institutions
financières se voient attribuer une description claire de leurs tâches,
la direction de l’économie passe aux mains des organisations économiques,
les parlements se voient confier un rôle plus grand, tant au niveau central
qu’au niveau local. Etape par étape, la législation s’étoffe.
Pour la première fois ont lieu des élections directes à
la base et on assiste à l’apparition de mécanismes de contrôle
de l’Etat et du parlement.
« L’économie socialiste de marché », tel est
le nom qui recouvre la nouvelle politique économique. L’Etat se
consacre avant tout à la maîtrise des processus économiques
de base (la macropolitique). La planification de l’économie, jusque
là fortement centralisée et qui était responsable au plus
haut degré de la reconstruction d’après-guerre, diminue
et les entreprises se voient dotées de prérogatives parfois considérables.
Les changements engendrés par ces réformes sont très vite
perceptibles, le calme revient, l’économie reçoit un nouvel
élan, l’approvisionnement s’améliore considérablement.
La politique d’ouverture, orientée sur une intense collaboration
économique avec l’étranger, sur les plans économique,
technique et scientifique, met un terme à l’isolement international.
Le gouvernement instaure des zones économiques spéciales, ouvre
certaines villes côtières et prend de nouvelles mesures destinées
à faciliter encore la collaboration avec l’étranger.
En novembre 1979 est rédigé un texte de projet « concernant
quelques questions historiques sur le parti depuis la création de la
République populaire de Chine ». Le Comité central l’adopte
en juin 1981. Dans la résolution figure une évaluation critique
de la politique menée dans le passé récent. La Révolution
culturelle est rejetée dans son ensemble. L’évaluation de
Mao Zedong conclut que ses mérites vis-à-vis de la révolution
chinoise ont été bien plus grands que ses fautes et erreurs. Une
ligne de démarcation très nette est tirée entre les fautes
de ses dernières années et ses idées correctes, qui constituent
le patrimoine collectif du Parti communiste chinois.
En septembre 1982 a lieu le 12e Congrès du PCC. Le congrès
met l’accent sur le fait que, dans la construction de la Chine, il est
nécessaire de partir de la situation concrète du pays. Il est
bon d’étudier les expériences de l’étranger
et d’en tirer parti, mais il est vain de copier les expériences
et les modèles d’autres pays. La vérité générale
du marxisme doit être reliée à la situation concrète
de la Chine. Il s’agit d’édifier un socialisme à la
chinoise. Le 12e Congrès formule des indications pour les temps nouveaux.
Tous les groupes de population du pays doivent former une unité. En s’appuyant
sur ses propres forces et en travaillant dur, la Chine pourra moderniser progressivement
l’industrie, l’agriculture, le secteur militaire, la science et
la technique, le pays pourra s’ériger en pays socialiste avec une
civilisation de haut niveau et une démocratie bien développée.
Le congrès décide de poursuivre la ligne qui a conféré
une place centrale à la construction économique dans l’ensemble
du travail du Parti. Un objectif important consiste à multiplier par
quatre la valeur globale annuelle de production industrielle et agricole du
pays d’ici l’an 2000. Le développement de la démocratie
sociale doit aller de pair avec l’élaboration d’une législation
socialiste.
Le 12e Congrès tire les leçons du chaos de la Révolution
culturelle, mais aussi des expériences internationales, de la régression
déjà nettement visible à l’époque en Union
soviétique et dans les autres pays socialistes.
En octobre 1984, le Comité central adopte une résolution sur la
réforme des structures économiques. Dans les campagnes, les réformes
se poursuivent. Elles vont également être appliquées dans
les villes. La conception traditionnelle selon laquelle l’économie
de marché est opposée à l’économie planifiée
est abandonnée. Le Parti décrit l’économie socialiste
de la Chine actuelle comme une économie planifiée de marché,
reposant sur la propriété collective.
En outre, la résolution mentionne un certain nombre de questions que
le Parti doit aborder. Le noyau des réformes économiques réside
dans la stimulation des entreprises. Dans la planification, il est nécessaire
d’appliquer sans réserve la loi de la valeur. Il faut instaurer
une économie socialiste de marché et une formation rationnelle
des prix. Le Parti mettra l’accent sur la politique macroéconomique
et scindera les compétences de l’administration de l’Etat
du management des entreprises. Les tâches économiques des institutions
gouvernementales sont clairement fixées. Les systèmes à
responsabilités dans l’économie seront davantage différenciés.
La Chine s’en tient de façon plus conséquente au principe
de la récompense selon les prestations et permet à différentes
formes d’économie de se développer. La collaboration économique
et technique avec l’étranger et en Chine sera elle-même étendue.
Par la politique de réformes et d’ouverture, déclare le
Congrès, la Chine se muera, de pays socialiste peu développé,
en un Etat socialiste moderne, civilisé, démocratique et puissant,
qui prouvera clairement la supériorité du socialisme.
En octobre 1987, le PCC organise son 13e Congrès. Deng
Xiaoping expose sa théorie sur la phase initiale du socialisme et déclare
que la modernisation devra être, en grande partie, un fait accompli vers
le milieu du 21e siècle.
Au passage des années 80 vers les années 90, apparaissent en Chine
et sur le théâtre international bon nombre de foyers de troubles.
La Chine est frappée par une grande crise qui trouve surtout son expression
dans les événements de la place Tien An Men, en mai et juin 1989.
Le PCC analyse cet épisode comme étant une tentative contre-révolutionnaire
de coup d’Etat et non un « mouvement pour la démocratie»,
comme s’obstinent à le prétendre les défenseurs de
la bourgeoisie. En Union soviétique et dans les autres pays socialistes,
c’est une véritable contre-révolution qui se déroule.
En ce moment historique extrêmement délicat, le PCC s’en
tient aux quatre principes de base de 1979 (voir plus haut) et parvient à
sauvegarder l’indépendance, la sécurité et la stabilité
de l’Etat.
Lors de la quatrième session du Comité central issu du 13e Congrès
du PCC en juin 1989, la composition de la direction du PCC est modifiée,
le secrétaire général du moment, Zhao Ziyang, n’étant
manifestement plus en état de maîtriser la crise qui sévit
en Chine. Jiang Zemin est élu au poste de secrétaire général
du Comité central. La nouvelle direction collective du Parti confirme
la ligne qui préconise de concentrer toute l’attention sur le développement
économique, sur les réformes et sur l’ouverture du pays
au monde extérieur. En même temps, la direction parvient à
venir à bout de toutes les formes de défaitisme qui se manifestent.
En 1992, à l’issue d’un voyage d’inspection dans le
Sud du pays, Deng Xiaoping donne un signal clair : il ne faut en aucun cas renoncer,
mais bien poursuivre les réformes.
1992 est l’année du 14e Congrès du PCC.
Le rapport du secrétaire général Jiang Zemin est placé
sous le thème : « Amplifier la réforme et l’ouverture
sur l’extérieur, et activer la modernisation du pays pour de plus
grandes victoires de la cause socialiste à la chinoise. » Jiang
Zemin insiste sur le fait que la théorie du socialisme à la chinoise
a pris forme progressivement et qu’elle a été mise en place
à une époque qui se caractérisait principalement par la
paix et le développement. Cette théorie s’est dégagée
de la pratique des réformes, de l’ouverture, de la modernisation
et de la construction de la Chine. Elle s’appuyait également sur
les leçons de l’expérience historique que constituaient
les victoires et les contrecoups rencontrés par le socialisme en Chine.
Ceux qui ont développé cette théorie ont également
étudié l’histoire des autres pays socialistes en s’intéressant
d’abord à la montée et aux succès du socialisme,
et ensuite à son déclin et à ses défaites.
En novembre 1993, le Comité central adopte une résolution concernant
« les points de discussion dans la structuration de l’économie
socialiste de marché ». En septembre 1994, c’est le tour
d’une résolution sur « une discussion importante à
propos de la construction du Parti » et, en octobre 1996, sur «
des questions importantes concernant la civilisation intellectuelle ».
Les trois résolutions posent les jalons de la poursuite du développement
socialiste de la Chine.
Le 1er juillet 1997, la souveraineté de la Chine sur Hongkong est rétablie.
La ligne « un pays, deux systèmes », le principe selon lequel
ce sont «les habitants de Hongkong qui doivent diriger », ainsi
qu’un degré élevé d’autonomie font en sorte
que Hongkong continue à connaître la prospérité et
la stabilité.
En septembre 1997, le PCC tient son 15e Congrès. Jiang Zemin déclare
que le Parti et le pays vont devoir aborder le 21e siècle avec la ferme
intention de poursuivre la construction du socialisme chinois. Le congrès
poursuit l’élaboration de la ligne principale et du programme du
Parti en vue de la phase initiale du socialisme.
Selon le PCC, la phase initiale du socialisme est une phase au cours de laquelle
le pays doit se libérer progressivement du sous-développement.
Cela signifie :
D’un pays agricole dans lequel la plupart des gens habitent
les campagnes et travaillent manuellement, faire un pays industriel dans lequel
la population non rurale constituera la grande majorité, avec une agriculture
moderne et un éventail moderne de services.
D’une société avec une économie fermée
ou seulement entrouverte, faire une société avec une économie
de marché relativement développée.
Développer une communauté comptant un grand nombre
d’analphabètes et de semi-analphabètes et affichant un
important retard sur les plans des sciences, de la technique, de l’enseignement
et de la culture en une société au niveau relativement développé
sur les mêmes plans.
Réduire le nombre des pauvres et d’habitants au faible
niveau de vie et assurer le bien-être à toute la population.
Supprimer les inégalités économiques et culturelles
entre les régions et réduire le fossé dans ces domaines.
A ce stade, le pays continue à mettre en place et à
faire fonctionner de mieux en mieux, à travers réformes et expérimentations,
une économie socialiste de marché, une démocratie socialiste
et nombre d’autres structures.
C’est une phase dans laquelle le socialisme à la chinoise
se mue en idéal commun pour de larges couches de la population. Il
convient de fournir de sérieux efforts pour surmonter les problèmes,
le pays doit être construit avec assiduité et dévouement
et, dans un même temps, il faut créer une civilisation matérielle
et intellectuelle.
Progressivement, le retard au niveau mondial s’amenuise et
la nation chinoise pourra s’épanouir sur une base socialiste.
Le 15e Congrès résume comme suit le contenu de
l’économie, de la politique et de la culture socialistes de la
Chine dans la phase initiale du socialisme :
Le développement de l’économie socialiste à
la chinoise consiste à faire naître, dans le cadre du socialisme,
une économie de marché et, toujours dans ce cadre, à
libérer et développer les forces productives. A cette fin, nous
devons conserver et perfectionner le système économique fondamental.
La propriété collective socialiste continue donc à dominer
mais, à côté, il peut encore exister d’autres formes
de propriété. Ainsi, le marché, qui est contrôlé
via la macropolitique de l’Etat, peut jouer un rôle fondamental
dans l’attribution des moyens économiques. Les diverses formes
de rétribution avec, comme principe, « le salaire en fonction
du travail » doivent être maintenues et perfectionnées.
Nous devons permettre que quelques régions et une partie de la population
bénéficient d’abord de la prospérité, et
puis une autre partie, afin d’en arriver ainsi, progressivement, à
la prospérité pour tous. Nous devons poursuivre et perfectionner
la politique d’ouverture, participer activement à la collaboration
et à la concurrence économique internationale. Nous devons veiller
à ce que l’économie se développe de façon
continue, rapide et saine et que le peuple puisse cueillir les fruits de la
prospérité économique.
Développer la politique socialiste de la Chine signifie que, dans
la gestion de l’Etat, nous nous en tenions à la loi et que nous
appliquions la démocratie socialiste. La direction est entre les mains
du PCC et nous nous basons sur le principe que le peuple est maître
en sa propre demeure. C’est pourquoi nous devons maintenir et perfectionner
la dictature démocratique du peuple sous la direction de la classe
ouvrière qui s’appuie sur l’alliance entre ouvriers et
paysans. Nous maintenons et améliorons également le système
de l’Assemblée populaire nationale, la collaboration multipartite
et le système de la concertation politique sous la direction du Parti
communiste. Nous faisons la même chose avec le système de l’autonomie
régionale pour les territoires habités par les minorités
nationales. C’est notre tâche que de faire se développer
la démocratie, de rendre l’ordre juridique plus complet et de
faire naître un état socialiste de droit. Il est important, dans
tout le pays, de stimuler l’activité politique. Cela réussira
si la société est stable, si le gouvernement agit dans une honnêteté
totale et si l’unité et l’harmonie règnent entre
les groupes de population.
Nous créons une culture socialiste chinoise en faisant s’épanouir,
au départ du marxisme, une culture nationale, scientifique et socialiste
pour la masse, une culture à même de promouvoir la modernisation,
ouverte au monde et tournée vers l’avenir. Nous devons avoir
l’ambition de former des citoyens avec des idéaux, avec un très
haut degré d’éthique, de culture et de discipline. Telle
est la civilisation intellectuelle enracinée dans la réalité
chinoise, qui poursuit nos traditions historiques et culturelles, mais qui
prend également à son compte les précieux acquis des
cultures étrangères.
Voilà comment le 15e Congrès décrit le programme fondamental
du PCC pour la phase initiale du socialisme.
Après le congrès, c’est avec un enthousiasme
redoublé que la Chine travaille à sa réforme et à
son ouverture, à sa modernisation et sa construction. Toutefois, dans
un même temps, des problèmes graves surgissent.
En juillet 1997 éclate la crise financière asiatique, qui va être
lourde de conséquences pour la Chine et pour l’économie
mondiale. La dévaluation de la monnaie dans de nombreux pays pèse
lourdement aussi sur la monnaie chinoise. Après avoir longuement pesé
le pour et le contre, le gouvernement chinois décide de ne pas dévaluer
sa monnaie. Cela s’avère non seulement positif pour la Chine, mais
contribue également à la stabilité des finances et de l’économie
internationales.
De juin à septembre 1998, la région du Chang Jiang (le fleuve
Yangzi Jiang) connaît les plus graves inondations depuis 1954 et l’eau
de plusieurs cours d’eau atteint un niveau record. Vingt-neuf provinces
et plus de 200 millions de personnes sont touchées. Dans une telle situation,
le Comité central du PCC, lors de sa réunion d’octobre 1998,
lance une résolution à propos des « problèmes importants
de l’agriculture et du travail dans les campagnes ». Le «
système de responsabilité » en fonction duquel une famille
paysanne assure sa propre production sera encore maintenu longtemps, il y aura
davantage d’investissements dans l’agriculture, entre autres dans
l’hydraulique, l’aspect écologique de l’agriculture
doit bénéficier de plus d’attention et la population rurale
doit avoir la certitude de pouvoir elle-même prendre des décisions.
La résolution intitulée « Quelques questions importantes
à propos de la réforme et du développement des entreprises
d’Etat » date de septembre 1999. Cet aspect partiel important de
la politique complète de réformes veut favoriser le rétablissement
économique de toutes les entreprises d’Etat et rendre ces entreprises
fondamentalement plus efficaces tout en les dotant d’une structure rationnelle.
Le concept d’entreprise d’Etat lui-même va changer à
long terme et il y aura une réorganisation de ces mêmes entreprises
d’Etat. La Chine va mettre sur pied un système moderne et assainir
de façon accélérée la direction des entreprises
d’Etat.
A l’occasion des grandes commémorations nationales, comme en 1998
pour le 20e anniversaire du début des réformes et de l’ouverture,
ou comme en 2001 pour le 80e anniversaire de la fondation du PCC, l’accent
est mis une fois de plus sur le caractère fondamental de cette stratégie.
Le 16e Congrès du PCC, en 2002, ajoute des éléments fondamentalement
nouveaux à l’approche du socialisme. En 2003, l’Assemblée
nationale du peuple en fera sa politique d’Etat.
3. Les résultats de la politique actuelle, les objectifs
en vue de la poursuite du développement
Les réformes et la politique d’ouverture menées
depuis plus de vingt ans ont constitué un succès, dans l’ensemble.
Après la condamnation de la Révolution culturelle, une nouvelle
stabilité sociale s’est installée. La Chine a poursuivi
la construction de sa société socialiste et a commencé
à développer la démocratie socialiste et l’Etat socialiste
de droit. Dans tout ce travail, la construction du pays, le développement
économique et l’amélioration du niveau de vie du peuple
ont constitué des préoccupations centrales, d’ailleurs couronnées
de succès. Au niveau mondial, la Chine a noué d’intenses
relations économiques, politiques et culturelles. Aujourd’hui,
elle constitue un facteur important de la politique internationale, tant sur
le plan régional que mondial.
Cinquante-quatre ans après sa fondation et forte de l’expérience
de neuf plans quinquennaux (de 1953 à 2000), la République populaire
de Chine est aujourd’hui un Etat économiquement puissant. Le succès
de la politique de réformes et d’ouverture a conféré
de nouvelles impulsions au développement. Face à la puissance
économique des pays capitalistes hautement développés d’une
part, aux problèmes économiques toujours importants des pays en
voie de développement et à la pauvreté croissante d’une
grande partie de la population mondiale d’autre part, la Chine propose
une issue socialiste aux échecs et problèmes économiques
mondiaux. Elle représente une alternative à la puissance destructrice
de l’hégémonie du capital, avec ses conséquences
permanentes pour les pays en développement, mais également pour
les pays hautement développés où, ces dernières
années, les problèmes ne cessent de s’amplifier.
Depuis le début des réformes en 1978, l’image de la Chine
s’est très rapidement modifiée. A partir de 1979, le produit
intérieur brut connaît une croissance annuelle moyenne de 10%.
Durant cette période, le pays a bâti une société
de prospérité modeste. La pénurie de biens de consommation
a été éliminée, la situation sur le plan de l’énergie,
du transport, des communications et des matières premières s’est
nettement améliorée.
Lors de l’Assemblée nationale du Peuple en mars 2001, un dixième
plan quinquennal de développement économique et social est lancé
pour la période 2001-2005. Le produit intérieur brut continue
à s’accroître annuellement de 7% en moyenne, un rythme élevé
qui offre la perspective d’un doublement du produit national brut entre
2000 et 2010.
L’une des principales stratégies a trait au développement
mûrement réfléchi de la Chine centrale et occidentale. Depuis
le début de la réforme et de l’ouverture, ces régions
ont progressé sensiblement plus lentement que les régions côtières.
Aujourd’hui, le pays dans son ensemble est suffisamment fort, économiquement
parlant, pour investir considérablement dans les régions à
situation géographique, climat et infrastructure plus malaisés.
La Chine est un pays gigantesque avec un pouvoir décisionnel fortement
centralisé, caractéristique des rapports socialistes. C’est
l’un des points forts de la République populaire: elle est ainsi
en mesure de prendre des décisions stratégiques à très
longue portée dans l’intérêt du développement
général.
Les régions occidentales de la Chine (soit deux tiers du territoire national
pour 22,8% de la population) comprennent neuf provinces et régions autonomes,
ainsi que la municipalité de Chongking, qui dépend directement
du pouvoir central. Ces régions sont riches en matières premières.
Il convient en premier lieu de les doter d’une infrastructure convenable.
L’Etat construit des voies ferrées et des autoroutes ainsi que
des canaux afin de permettre l’acheminement des sources d’énergie
de la Chine orientale vers les régions du Nord-Ouest. Dans la planification
sont repris : une ligne ferroviaire vers le Tibet, l’organisation de formations
professionnelles, le développement de l’enseignement, de l’industrie,
de l’économie et de la politique environnementale ainsi que l’exploitation
des matières premières. Dans le rapport du gouvernement présenté
à l’Assemblée populaire nationale (APN) en mars 2001, le
ministre-président déclarait que 36 grands projets allaient être
lancés dans les régions occidentales du pays.
En 2002, le produit intérieur brut (PIB) de la République
populaire s’élevait à 1.235 milliards de dollars, soit une
hausse de 8%. Aujourd’hui, la Chine occupe le sixième rang mondial
en ce qui concerne le volume total de l’économie.
Le produit par habitant a augmenté pour dépasser les 960 dollars,
soit 50 dollars de plus qu’en 2001. Pour 2020, lorsque le PIB sera quatre
fois plus élevé qu’en 2000, ce montant aura grimpé
à quelque 3.000 dollars par habitant.
Toutes les conditions ont été créées pour pouvoir
y arriver. En 2020, l’industrialisation sera un fait et, en principe,
les Chinois pourront compter sur la sécurité sociale et le plein
emploi. Vers le milieu de ce siècle, la modernisation sera au point et
la Chine sera devenue un Etat socialiste riche, puissant, démocratique
et d’une grande richesse intellectuelle.
La production céréalière, l’un des principaux indicateurs
économiques, oscille depuis des années entre 450 et 500 millions
de tonnes. L’approvisionnement est supérieur à ce qu’il
a jamais été. Une superficie cultivable totale représentant
7% de celle de la planète (13,5% seulement du territoire de la Chine
est cultivable) doit nourrir 22% de la population mondiale. L’agriculture
chinoise est donc d’une énorme importance stratégique. Aucun
autre pays que la Chine elle-même ne peut nourrir le peuple chinois. En
2001, la production chinoise par habitant est la suivante : 356 kg de céréales,
49,9 kg de viande, 18,1 kg d’œufs, 34,4 kg de poisson et de crustacés,
etc. C’est davantage que la moyenne du reste du monde.
L’approvisionnement en moyens de subsistance est garanti. La production
s’effectue selon les principes de la propriété collective
socialiste du sol et du sous-sol, le droit d’exploitation du sol est défini
par la loi, les paysans ont droit à une production économique
indépendante et à la vente par leurs propres soins de cette production.
Dans les campagnes, il existe de nombreux collectifs qui, dans leur entreprise,
développent toutes sortes d’activités économiques
complémentaires, comme l’industrie, la transformation des produits
agricoles, les communications, le transport et la construction, le commerce,
le secteur horeca et d’autres formes de services, la recherche scientifique
tournée vers l’agriculture, etc.
Le 16e Congrès et l’Assemblée populaire nationale de mars
2001 ont confirmé que l’agriculture constitue la base de l’économie
chinoise. Tout ce qui se rattache à l’agriculture, aux villages
et à la paysannerie mérite en permanence la plus extrême
attention. Par ailleurs, il convient également d’envisager comment
ne pas laisser grimper trop rapidement le revenu des paysans, maintenant que
l’offre de produits agricoles est excédentaire.
La Chine est aujourd’hui un pays industrialisé en plein développement.
Fin 2001, la part de l’industrie dans le PIB était de plus de 50%.
En 2002, la production industrielle atteignait 380 milliards de dollars (3.148,2
milliards de yuan). L’importante structure industrielle correspond aux
principaux besoins du pays et rend de nombreuses exportations possibles, surtout
sur le plan des industries de transformation. Dans de nombreux secteurs de la
production industrielle, la Chine occupe le premier rang mondial.
La Chine investit énormément dans ses infrastructures. Fin 2002,
il existait 1,76 million de kilomètres de routes asphaltées, dont
25.200 km d’autoroutes – le plus long réseau routier du monde.
Fin 2000, les ports maritimes avaient une capacité de transbordement
de quelque 988 millions de tonnes. Fin 2002, on comptait 71.500 km de voies
ferrées, dont 22.600 en double voie et plus de 17.000 de voies électrifiées.
Fin 2001, la Chine comptait 139 aéroports civils. Télécommunications,
informatique et autres domaines de haute technologie atteignaient déjà
un haut degré de développement. Un premier vol spatial habité
est prévu pour l’automne 2003.
Ces cinq dernières années, les investissements dans la protection
de l’environnement et l’écologie se sont montés à
72 milliards d’euros (580 milliards de yuan), c’est-à-dire
1,7 fois plus qu’entre 1950 et 1997. Rien que depuis 1998, on a boisé
28 millions d’hectares de terres.
En même temps que la réforme de l’économie,
débutait la politique de la porte ouverte. Depuis 1980, cinq zones économiques
spéciales ont été instaurées (Shenzhen, Zhuhai,
Shantou, Xiamen et l’île de Hainan). L’Etat y a investi dans
de bonnes infrastructures, créant ainsi des conditions favorables pour
les investissements étrangers et pour la construction de zones industrielles
modernes. Le but était de mettre sur pied une production moderne, orientée
vers l’exportation et le commerce intérieur et, en même temps,
d’attirer des capitaux et d’introduire des technologies modernes
et des méthodes de management actuelles.
Plus tard, d’autres régions ont également proposé
des conditions favorables aux investissements étrangers. En 1990, le
gouvernement décidait d’ouvrir la nouvelle région de Pudong,
non loin de Shanghai. Elle ne se voyait pas octroyer le statut de zone économique
spéciale mais, aujourd’hui, elle est néanmoins devenue une
région de développement de premier rang. Les zones spéciales
ont en principe rempli leur rôle et aujourd’hui, économiquement
parlant, on ne parvient pour ainsi dire plus à les distinguer des autres
régions.
En 2002, le commerce extérieur atteignait plus de 620 milliards de dollars,
ce qui fait de la Chine la cinquième nation commerçante de la
planète. L’excédent de la balance commerciale avec l’étranger
dépassait 30,35 milliards de dollars. Fin 2002, la réserve en
devises – la seconde au monde en importance – atteignait plus de
286,4 milliards de dollars, soit une hausse de 74,2 milliards de dollars par
rapport à 2001. Fin 2001, la dette extérieure était de
170 milliards de dollars, dont 70% en crédits à long terme.
En décembre 2001, la Chine accédait à
l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), après treize ans de
négociations difficiles. Son affiliation procure à la Chine d’importants
avantages, mais également des problèmes. A long terme, cette affiliation
aura des répercussions au niveau mondial. Se couper de l’économie
mondiale, selon la théorie des deux économies mondiales, ne pouvait
en aucun cas constituer une alternative.
Dans les milieux de gauche, on craint que l’accession à l’OMC
et les importants investissements étrangers en Chine portent atteinte
à la souveraineté économique de la République populaire,
voire même la mettre complètement sens dessus dessous, par exemple,
sur le plan de l’agriculture. Il est un fait que l’accession à
l’OMC facilite l’accès des entreprises occidentales au marché
chinois. Les droits à l’importation baissent, passant aujourd’hui
de 15,3% à 12%. Il serait toutefois naïf de penser que les autorités
de la République populaire bradent le marché chinois au profit
du capital étranger ou que le colossal marché chinois se laisse
inonder depuis l’étranger. La propriété collective
joue toujours le rôle dominant et c’est possible grâce au
pouvoir d’Etat socialiste. Elle constitue en même temps la garantie
de la souveraineté économique de l’Etat.
Il ne fait pas de doute que les investissements étrangers jouent un rôle
important dans l’économie chinoise. Durant la période de
1979 à 2002, les entreprises étrangères de plus de 170
Etats et régions ont investi ensemble 448 milliards de dollars en Chine.
C’est une contribution sérieuse au développement économique
du pays. 420.000 entreprises travaillent avec participation de capitaux étrangers.
Depuis 2002, aucun pays au monde n’accueille autant d’investissements
étrangers (avant, la première place était occupée
par les Etats-Unis).
Ces toutes dernières années, se développe en même
temps une tendance aux investissements à l’étranger de la
part d’entreprises chinoises, cette fois. A la mi-2002, 6.800 filiales
d’entreprises chinoises étaient établies à l’étranger,
représentant un volume d’investissements de plus de 13 milliards
de dollars.
La politique financière constitue aujourd’hui
une composante importante de la politique économique chinoise. Une monnaie
chinoise a été mise en circulation, le renminbi, et elle est gérée
de façon centrale. Néanmoins, la gestion des finances reste entièrement
aux mains de l’Etat. C’est la banque populaire chinoise qui détermine
le cours du renminbi. Durant la crise financière asiatique de 1977, le
gouvernement chinois a maintenu la stabilité du cours de change du renminbi.
La monnaie chinoise n’a pas été exposée à
la spéculation financière internationale. Les investisseurs étrangers
et les Chinois voyageant à l’étranger sont assurés
de l’impossibilité d’influer sur le cours de cette monnaie,
et une attaque de l’extérieur contre la monnaie chinoise –
comme cela s’est produit en 1977 avec la monnaie de plusieurs Etats asiatiques
– n’est ni permise ni possible. Il n’existe aucune liberté
de commerce international pour la monnaie chinoise.
Un problème fondamental pour le développement économique,
qui est aussi une question d’une importance stratégique pour le
pays tout entier, c’est l’approvisionnement en énergie, notamment
en pétrole et gaz naturel. En 2002, avec une production de pétrole
de 167 millions de tonnes, la Chine occupait le cinquième rang dans le
monde. Les réserves connues atteignent 23 milliards de tonnes. Du fait
de la rapidité du développement économique, les besoins
croissent toutefois plus vite que la moyenne. Entre-temps, la Chine dépend
de l’importation de pétrole. En 2002, le pays a dû en importer
70 millions de tonnes. En 2005, on estime qu’il s’agira de 100 millions
de tonnes. En 2010, on estime qu’environ la moitié de la quantité
nécessaire, soit quelque 150 millions de tonnes, devra être importée
de l’étranger. La stratégie de la République populaire
en matière énergétique consiste notamment en l’exploitation
de sources d’énergie à l’étranger, à
savoir en Russie et en Asie centrale. La construction d’oléoducs
et de gazoducs que l’on vient d’entreprendre en direction de la
Chine orientale, via les régions du Nord-Ouest, joue ici un rôle
crucial. Des relations stables avec les Etats concernés et une situation
politique stable dans la région sont des conditions indispensables.
La production d’énergie nucléaire se développe avec
prudence. Fin 2002, la part qu’elle occupait dans l’ensemble des
ressources énergétiques du pays dépassait légèrement
les 2% et la capacité totale des centrales nucléaires chinoises
atteignait plus de 353.000 mégawatts.
Le 16e Congrès a opté pour une industrialisation
de type nouveau. C’est une stratégie orientée sur le savoir
et la formation, sur le développement durable. Une industrialisation
caractérisée par un important apport scientifique et technique,
une grande efficacité économique, une faible utilisation d’énergie
et une pollution limitée de l’environnement. Cela signifie une
priorité aux technologies avancées, à l’industrie
de l’information, à une structure optimale et à la mise
à profit maximale de la supériorité du capital humain.
Cela consiste à s’en tenir à des industries avec une haute
intensité de travail de sorte que l’important potentiel de main-d’œuvre
puisse être engagé intelligemment. Naturellement, il n’est
pas possible d’atteindre complètement cet objectif dans l’immédiat,
mais il est tout à fait justifié et indispensable d’y tendre.
La part de l’agriculture va continuer à baisser (aujourd’hui,
elle représente 15% du PIB).
L’idée de « l’industrialisation de type nouveau »
constitue sans aucun doute l’amorce stratégique de l’élaboration
d’une alternative aux destructions croissantes provoquées par le
« capitalisme » moderne. La situation actuelle où 20% de
la population mondiale consomme 80% des énergies non renouvelables ne
peut conduire qu’à l’autodestruction de la civilisation.
La Chine entreprend de plus en plus fréquemment d’importants projets
économiques et scientifiques adaptés à la mesure du pays
et qui peuvent compter sur un intérêt sans cesse croissant de l’étranger.
Des investissements considérables dans les régions en retard de
l’Ouest du pays, la mise en place d’un réseau d’électricité
dans tout le pays, la pose d’un oléoduc partant du Nord-Ouest en
direction de la région de Shanghai, la construction d’un pont de
35 km enjambant le cours inférieur du Yangzi Jiang afin de relier entre
elles les zones économiques de Yangzhou et de Zhenjiang, la première
phase d’un projet visant à diriger vers le nord le cours du même
Yangzi Jiang, sur lequel, en outre, il est prévu de construire un gigantesque
barrage, le vol réussi de la station spatiale « Shenzhou 4 »
durant le passage à l’année 2003 : voilà des informations
qui, en peu de temps, ont eu l’honneur des médias et témoignent
du rapide développement économique du pays. Elles vont de pair
avec l’amélioration des conditions de vie et de la situation économique
en général.
Ce qui saute aux yeux, dans cette politique de réformes,
c’est l’amélioration considérable du niveau de vie
de la population. Les problèmes sociaux sont une priorité de la
politique du PCC. Le 16e Congrès a estimé qu’en général,
un niveau de prospérité modeste avait été atteint.
Fin 2002, le revenu annuel disponible de la population urbaine était
de 7.702 yuan (cela correspond à 957 euros, mais les prix sont très
différents de ce qu’ils sont dans les pays européens). Dans
les villages, le revenu net par tête était de 2.467 yuan (306 euros).
De 28 autres millions de villageois encore, on dit qu’ils ne touchent
pas le revenu minimal. Depuis 1978, le revenu réel moyen par habitant
a augmenté annuellement de quelque 5,5%.
L’approvisionnement en nourriture et en biens de consommation en provenance
de l’industrie se déroule sans problème. Les conditions
de logement se sont réellement améliorées. Dans les villes
et les communes, la superficie habitée est de 22 mètres carrés
par personne, contre 26,5 dans les campagnes. L’achat d’un logement
est de plus en plus convoité, au point que cela devient une mode. Les
appareils électriques et électroniques sont monnaie courante,
on assiste à une augmentation très sensible du nombre de voitures
privées et les gens voyagent davantage. L’espérance de vie
est aujourd’hui de 71,8 ans.
Le bien-être a donc nettement augmenté, bien qu’il
soit toujours modeste, relatif, et qu’il ne soit toujours pas réparti
de façon très équilibrée. Le rapport adressé
au 16e Congrès précise que « la contradiction principale
de la société chinoise au stade actuel est celle qui existe entre
les besoins matériels et culturels croissants du peuple d’une part,
et la production insuffisante de la société d’autre part
». La hausse du niveau et de la qualité de la vie demeure la préoccupation
centrale du PCC. Immédiatement après le 16e Congrès, le
nouveau secrétaire général Hu Jintao a visité diverses
régions peu développées. Il a insisté sur la nécessité
d’améliorer l’existence des gens. Bien que la Chine connaisse
un développement économique considérable, a-t-il déclaré,
la voie vers la modernisation est encore longue.
Dans le cadre de l’économie planifiée, la Chine connaissait
un système centralisé dans le domaine de l’emploi, des salaires
et de la sécurité sociale. Depuis le début des réformes,
en 1978, cela a toutefois changé. Le Chinois n’est plus lié
sa vie durant à l’unité de travail qui lui a été
dévolue au départ. Des changements structurels dans l’industrie,
les services, les sciences et l’administration ont conduit à une
modification de la structure de l’emploi, y compris le chômage.
Fin 2001, le chômage dans les villes et les communes atteignait 3,6%.
Le chômage dans les campagnes constitue un problème supplémentaire.
Depuis le début des années 80, villes et communes sont passées
progressivement à un système de placement, de qualification professionnelle
et d’assurance chômage. Fin 2001 toujours, 104 millions d’ouvriers
et employés avaient contracté une assurance chômage. Pour
résoudre le problème des migrations internes, des mesures semblables
ont été introduites dans les campagnes. Les efforts du gouvernement
ont porté leurs fruits : depuis 1978, la population professionnelle active
a augmenté globalement de 328,73 millions de travailleurs (dont 144,26
millions dans les zones urbaines). Fin 2002, la population professionnelle active
comptait 730 millions de travailleurs (239 millions dans les zones urbaines,
491 millions dans les campagnes). Cela fait 9,4 millions de plus que fin 2000.
Durant la période 1998-2000, les entreprises d’Etat et l’administration
ont licencié 25,5 millions d’ouvriers et d’employés.
16,8 millions d’entre eux ont retrouvé tout de suite un nouvel
emploi. Au cours des dix dernières années, 80 millions de travailleurs
de la campagne ont émigré vers les villes. L’Etat a lancé
un programme spécial pour les handicapés. 80,7% d’entre
eux, aujourd’hui, ont du travail.
L’Assemblée populaire nationale de mars 2003 a insisté sur
le fait que la lutte contre le chômage et pour de nouveaux emplois constitue
la mission la plus importante. Pour la première fois, dans le plan de
développement économique et social, le nombre d’emplois
à créer a été chiffré : 8 millions pour la
seule année 2003. Dans les villes, le chômage ne peut pas dépasser
4,5%. Un salaire minimal a également été fixé pour
l’industrie. Dans plus de dix mille entreprises, des négociations
CCT ont eu lieu.
Dans les années qui ont suivi le début de la politique de réformes,
un système de sécurité sociale a été progressivement
mis en place, avec une assurance pension et chômage, une assurance maladie,
l’aide sociale, l’aide aux victimes de la guerre et aux membres
des familles des soldats de la révolution et du personnel de l’armée,
de l’emploi pour le personnel militaire démobilisé ainsi
qu’un système d’entraide. Dans la seule année 2001,
l’économie d’Etat a réservé 98,2 milliards
de yuan pour la sécurité sociale.
En 1984, l’Etat introduisait une assurance pension généralisée,
en remplacement des anciennes provisions de vieillesse dont se chargeaient les
unités de travail. Actuellement, les entreprises consacrent 20% des coûts
salariaux au fonds de pension alors que les salariés, de leur côté,
cèdent 8% de leur salaire. Le nombre d’ouvriers et d’employés
à avoir conclu une assurance pension est passé de 86,71 millions
en 1997 à 108,02 millions en 2001. Durant cette période, la pension
de base mensuelle moyenne est passée de 430 à 556 yuan. En 1991,
on a également entrepris d’introduire une assurance vieillesse
dans les campagnes.
L’assurance maladie elle aussi a connu une réforme. Les entreprises
paient 6% de leur masse salariale et les salariés 2% de leur salaire
en guise de cotisation à l’assurance maladie. Aujourd’hui
déjà, plus de 76 millions d’ouvriers et d’employés
y sont affiliés. 100 millions d’autres habitants des villes et
des communes jouissent également de la gratuité des soins médicaux.
De plus, une cotisation personnelle pour les frais médicaux a été
introduite. Les familles au revenu inférieur au minimum vital reçoivent
une assurance de base de l’Etat. En 2001, 11,7 millions d’habitants
des villes et communes ont fait appel à ce soutien. Ces dernières
années, on a également commencé à introduire un
système d’assurance similaire dans les campagnes.
Fin 2001, la Chine comptait 3.327 institutions publiques d’aide sociale
qui proposaient de l’aide à 191.000 personnes. 35.000 autres institutions
sociales émanant des coopératives assistaient de leur côté
668.000 personnes. Une aide spéciale est allouée aux martyrs de
la révolution, aux victimes de la guerre et à leurs familles,
de même qu’au personnel démobilisé de l’armée.
Aujourd’hui, ce groupe compte quelque 38 millions de personnes. Durant
la période 1996-2001, l’Etat a également versé 21,26
milliards de secours d’urgence suite aux catastrophes naturelles. Les
390 millions de personnes touchées par une catastrophe naturelle ont
reçu de l’aide sous forme de moyens de subsistance, de vêtements
et d’abris.
Dans la prochaine phase de développement, des problèmes
sociaux importants et difficiles figureront encore à l’agenda.
Il est un fait que la direction chinoise prend très au sérieux
les problèmes sociaux historiquement définis et qu’elle
œuvre de façon ciblée à une solution qui tiendra compte
des possibilités économiques.13
Dès la fondation de la République populaire, la direction chinoise
a considéré l’enseignement, la culture et la science comme
une composante élémentaire de sa politique en vue de l’édification
d’un pays moderne. En 1949, 20% seulement des enfants allaient à
l’école et 80% des adultes étaient analphabètes.
Aujourd’hui, la Chine dispose d’un réseau d’enseignement
relativement bien développé qui s’étend à
tout le pays, à l’exception de quelques régions rurales.
Il existe une obligation scolaire portant sur 9 années (6 années
d’école primaire et 3 d’enseignement secondaire). Trois années
d’enseignement secondaire supérieur permettent de s’inscrire
dans l’enseignement supérieur. En 2000, 88,6% des jeunes étaient
inscrits dans une école moyenne inférieure. Le degré d’alphabétisation
est actuellement de 91,2%.14 Fin 2001, la Chine comptait 1.225 écoles
supérieures et universités, avec un total de 7,19 millions d’étudiants.
Actuellement, 9% des jeunes entre 18 et 22 ans accèdent à l’enseignement
supérieur. En 2010, ils seront 15%.
Mais de sérieux problèmes subsistent : en moyenne, le citoyen
chinois n’a fréquenté l’école que pendant huit
ans. La part des dépenses consacrées à l’enseignement
public se situe encore nettement en dessous du niveau des pays développés,
la base matérielle pour l’éducation scolaire est encore
très faible. Aujourd’hui, dans les écoles, on demande des
cotisations qui n’existaient pas avant la réforme. Les étudiants
du supérieur doivent payer une cotisation élevée (qui peut
être partiellement couverte par des crédits d’études).
Cela crée un problème spécifique : surtout dans les campagnes,
bien des écoliers ne terminent pas leurs neuf années de scolarité.
Et puisque, dans leur vie de travailleurs agricoles, ils n’utilisent que
rarement et péniblement les idéogrammes compliqués de la
langue chinoise, ils peuvent très rapidement retomber dans l’analphabétisme.
Dès le début de la politique de réformes, les conditions
pour aller étudier à l’étranger ont été
considérablement simplifiées. En 2001, 360.000 Chinois étudiaient
à l’étranger. Le bon développement économique
de la Chine et la stagnation dans les pays développés font qu’un
nombre sans cesse croissant d’étudiants retournent en Chine après
leurs études (au total, jusqu’à présent, 150.000
diplômés qui, après 1978, étaient allés poursuivre
des études à l’étranger, sont rentrés en Chine.
Le lien avec la mère patrie et les meilleures opportunités d’emploi
jouent ici un rôle important).
Personne en Chine ne nie les grands problèmes auquel le pays est confronté
: un faible produit social brut par habitant, le développement inégal
entre les diverses régions du pays, une importante pollution de l’environnement,
les différences de revenus entre les diverses couches de la population,
les revenus encore faibles en général, la pauvreté qui
n’a pas encore été éradiquée partout, les
problèmes de structure industrielle, l’excédent de main-d’œuvre
et le chômage, une sécurité sociale encore peu développée,
et ceci, malgré les réformes et la modernisation. Sur le plan
des soins de santé, des prestations sociales et des pensions, les besoins
augmentent, le niveau de vie se développe de façon inégale.
Le chômage qui a augmenté en raison des réformes plonge
certaines parties de la population dans les difficultés. La corruption,
la bureaucratie et la criminalité engendrent le mécontentement
et des problèmes de société. Tous ces problèmes
sont amplement discutés par tout le pays, on réclame davantage
de solutions auprès des institutions responsables. La direction du Parti,
extrêmement consciente qu’il s’agit de facteurs d’instabilité
sociale, cherche des solutions tout en soulignant qu’elles ne viendront
certainement pas à court terme.
Dans le rapport du Comité central présenté lors du 16e
Congrès, on peut lire : « Nous reconnaissons avec lucidité
qu’il existe encore bon nombre de difficultés et de problèmes
dans notre marche en avant : la croissance des revenus des paysans ainsi que
celle d’une partie de la population urbaine a été plutôt
lente, le nombre des chômeurs a augmenté, et pour certains citoyens,
la vie est encore bien difficile ; les rapports de répartition ne sont
pas toujours rationnels ; l’ordre économique sur le marché
devra être réajusté et réglementé avec plus
de rigueur ; dans certains endroits, la situation en matière de sécurité
publique n’est pas bonne ; le goût des apparences, l’esprit
bureaucratique, le trucage et la forfanterie, l’ostentation et le gaspillage
sévissent parmi certains cadres dirigeants, membres du Parti, et la gravité
de certains phénomènes de corruption est toujours frappante ;
par ailleurs, le mode d’action du Parti dans la conduite des affaires
d’Etat, la manière dont il exerce le pouvoir, ne sont pas encore
tout à fait adaptés aux situations engendrées par un contexte
nouveau ainsi qu’aux tâches qui en découlent, et certaines
organisations du Parti sont même entachées de faiblesse et de laisser-aller.
» Si l’on ne peut venir à bout de la corruption, le danger
existe que le Parti perde son autorité, insiste encore le Comité
central.
Plus loin, on peut encore lire : « Nos forces productives, de même
que les sciences, les technologies et l’éducation accusent encore
du retard, l’industrialisation et la modernisation ont encore un long
chemin à faire ; le dualisme ville/campagne demeure inchangé,
l’écart entre régions tend à grandir, les populations
pauvres sont encore nombreuses ; la poussée démographique demeure
forte, tandis que la proportion des personnes âgées a augmenté
; la pression s’appesantit sur le marché de l’emploi et dans
le domaine de la protection sociale ; la contradiction entre l’environnement
et les ressources naturelles d’une part et le développement économique
et social d’autre part devient de plus en plus marquante ; nous faisons
toujours face aux pressions résultant de la supériorité
des pays développés dans les domaines de l’économie,
des sciences et de la technologie ; les structures économiques et les
systèmes de gestion dans les autres domaines sont encore imparfaits ;
des problèmes non négligeables existent encore tant dans le développement
de la démocratie et de la législation que dans l’implantation
des idéaux et des valeurs morales et dans d’autres domaines. »15
La clarté de l’analyse effectuée par le PCC met le doigt
sans détour sur les problèmes de développement du pays.
Sans aucun doute, il s’agit là d’un signe de la détermination
à vouloir les résoudre, même si cela ne pourra se faire
à court terme.
4. La structure politique, l’organisation de l’Etat
La Constitution, adoptée lors de la première
réunion de l’Assemblée populaire nationale en 1954, a été
complétée à maintes reprises depuis lors. L’actuelle
version date de 1982, mais depuis, quelques modifications y ont encore été
apportées.
L’article premier de la Constitution stipule que la nature de l’Etat
socialiste est « la dictature démocratique populaire dirigée
par la classe ouvrière et basée sur l’alliance des ouvriers
et des paysans ».
L’article 2 stipule : « Tout le pouvoir d’Etat appartient
au peuple. »
En 1999, l’article 6 a été adapté aux circonstances
concrètes, on y trouve maintenant ceci (en italiques dans le passage
ajouté en 1999) : «La base du système économique
socialiste de la République populaire de Chine est la propriété
publique socialiste des moyens de production, à savoir la propriété
du peuple tout entier et la propriété collective de la masse travailleuse.
La propriété socialiste a mis un terme au système dans
lequel un être humain en exploitait un autre et elle applique le principe
qui dit : « de chacun selon ses possibilités, à chacun selon
son travail ». « Dans la phase initiale du socialisme, l’Etat
recourt à un système économique de développement
commun de l’économie basé sur la propriété
publique comme élément principal, outre diverses autres formes
de propriété, et à un système de répartition
dont la composante principale est “ à chacun selon son travail
” , et complété par diverses autres formes de répartition.
»
Le système juridique chinois repose sur la Constitution et les lois du
droit constitutionnel, du droit civil et commercial, du droit administratif,
du droit économique, du droit social, du droit pénal, etc. Depuis
le début de la politique de réformes et d’ouverture, en
1978, le système juridique a connu une forte extension et un développement
rapide. Le but est de construire un Etat socialiste de droit et de mettre sur
pied une justice socialiste. Cela diffère, dans les principes, du droit
bourgeois qui donne la priorité à la protection de la propriété
privée : le droit socialiste pose comme principe la protection de la
propriété collective et de la santé publique. Un système
relativement complet de lois s’est constitué. En 2002, afin de
favoriser la transparence et en vue de l’accession à l’Organisation
mondiale du Commerce, un texte a été publié qui reprend
toutes les lois en vigueur.
Le développement de l’Etat socialiste de droit va de pair avec
le développement de la démocratie socialiste. Le livre blanc du
bureau d’information du Conseil d’Etat, « Progrès des
droits de l’homme en Chine depuis 50 ans »16, souligne que le droit
à l’existence est un droit fondamental de l’homme et que
la réalisation progressive de ce droit conformément à la
Constitution vaut comme l’un des principaux acquis dans le développement
de la Chine. Le PCC estime que la responsabilité vis-à-vis du
1,3 milliard d’habitants du pays a la priorité sur les droits individuels
de l’homme. (On a pris conscience, par exemple, de ce que la politique
d’un seul enfant porte atteinte aux droits individuels de l’homme,
mais que son application est inévitable dans l’intérêt
des conditions d’existence de l’ensemble du peuple. C’est
sous cet éclairage qu’il convient également de considérer
l’établissement légal de la peine de mort pour les crimes
extrêmes.)
La Constitution et les lois fixent les droits et libertés des citoyens,
comme l’inviolabilité de la personne, la valeur humaine, les droits
politiques, économiques, sociaux et culturels, la liberté d’expression,
la liberté de rassemblement, d’association et de manifestation.
Défauts et imperfections doivent être abordés pas à
pas et de façon planifiée, mais non dans le sens du pluralisme
politique et du système multipartite bourgeois. Les documents du PCC
disent que les hommes politiques occidentaux qui insistent sur le « pluralisme
politique » et un « système multipartite » prétendent
que, de la sorte, on peut obtenir davantage d’égalité entre
les classes au sein de la société civile, davantage de collaboration
et d’implication des groupes d’intérêts. En réalité,
il s’agit de plus d’égalité au sein de la bourgeoisie.
La bourgeoisie ne partagera jamais ses droits avec la classe ouvrière
ni ne cédera jamais le pouvoir de l’Etat à de larges sections
des masses populaires.17 L’introduction du « pluralisme politique
» dans les anciens pays socialistes de l’Europe de l’Est a
eu de lourdes conséquences. L’expérience prouve que l’introduction
du système multipartite bourgeois déboucherait sur l’abandon
de la voie socialiste.
Il n’est pas permis d’entreprendre des actions allant à l’encontre
de la Constitution, sous le couvert de la défense des droits de l’homme.
L’Assemblée populaire nationale (APN) est constituée de
représentants élus par les provinces, les régions autonomes,
les villes qui dépendent directement du gouvernement et les forces armées.18
Toutes les minorités nationales sont représentées à
cette assemblée. L’étendue et le niveau de développement
du pays ne permettent pas encore des élections directes de l’APN
mais, progressivement toutefois, la voie s’ouvre à ces élections
directes, à commencer par l’élection des représentants
locaux du peuple. Aujourd’hui, les trois millions et plus de délégués
de l’Assemblée populaire nationale sont élus directement
au niveau des districts et des communes.
L’APN est désignée pour une période de cinq ans et
se réunit une fois par an. Le comité permanent de l’APN
est chargé du travail journalier. L’APN décide des modifications
de la Constitution, veille à son respect, décide des lois du droit
pénal et civil, des organes de l’Etat, etc. L’APN élit
le président et le vice-président de la République populaire,
nomme le ministre-président et les ministres après que le président
ou le vice-président les ait proposés, élit le président
de la commission militaire centrale, le président du tribunal populaire
suprême et le procureur de la République. L’APN ratifie le
plan de développement économique et social ainsi que le budget
de l’Etat et adopte les décisions concernant leur réalisation.
Elle prend également des décisions quant à la division
administrative de l’Etat, ou encore concernant la guerre et la paix.
La Chine se compose de 33 unités territoriales qui dépendent
directement de l’Etat central : les 22 provinces, les 5 régions
autonomes que sont la Mongolie Intérieure, le Guangxi (de nationalité
zhuang), le Tibet, le Ningxia (de nationalité hui), le Xinjiang (les
Ouïgours), 4 villes qui dépendent directement de l’Etat central
(Beijing, Tianjin, Shanghai, Chongqing) et deux « régions administratives
spéciales », Hongkong et Macao. A l’issue de la colonisation
britannique, d’une part, et portugaise, de l’autre, Hongkong et
Macao ont de nouveau été rattachées à la Chine,
la première en 1997, la seconde en 1999. Pour les deux, vaut le principe
« un pays, deux systèmes », avec des dispositions propres
et radicales. C’est surtout Hongkong qui joue un rôle important
dans le développement des relations économiques internationales.
La province de Taiwan est également considérée, juridiquement
parlant, comme une province chinoise, mais elle n’a pas encore été
réunie au territoire (voir chapitre 6).
La République populaire de Chine connaît un système multipartite
de collaboration et de concertation politique, sous la direction du PCC. Il
ne s’agit donc pas d’un système multipartite comme dans les
pays capitalistes ni d’un système à parti unique comme dans
les anciens pays socialistes. C’est le résultat de la révolution
démocratique telle qu’elle a été menée à
bien en Chine, l’interprétation du front d’unité dans
la révolution démocratique et socialiste.
Le Parti communiste chinois est la force politique dirigeante du pays. Il est
une composante irréfutable de l’orientation fondamentale vers le
développement socialiste. Le contenu concret de ce rôle prépondérant
diffère du tout au tout de cette « dictature à parti unique
» dont on parle si souvent. Le PCC a tiré des conclusions fondamentales
de la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de
l’Est. Le rôle prépondérant du Parti est décrit
comme suit dans son propre programme :
« Le Parti exerce principalement une direction politique, idéologique
et organisationnelle sur l’Etat … Le Parti doit concentrer toute
sa réflexion sur la direction du développement économique,
organiser et coordonner toutes les forces, intervenir en tant qu’unité
et, dans tout son travail, ne jamais perdre des yeux la construction économique.
Le Parti doit faire en sorte que les décisions politiques soient prises
démocratiquement et sur des bases scientifiques, qu’une ligne,
une orientation et une politique correctes soient établies et appliquées.
Il doit prendre fermement en main l’organisation, la propagande et la
formation au sein du Parti et veiller à ce que tous les membres du Parti
jouent un rôle d’avant-garde et donnent l’exemple.
Le Parti doit œuvrer dans le cadre de la Constitution et des lois. Le Parti
doit veiller à ce que les organes législatifs, judiciaires et
administratifs de l’Etat, des organisations économiques et culturelles
et des associations à caractère social interviennent activement,
de façon autonome, indépendante, responsable et coordonnée.
Le Parti doit renforcer sa direction sur les syndicats, la jeunesse communiste,
la ligue des femmes et autres organisations de masse et faire valoir pleinement
leur rôle. Le Parti doit en permanence adapter sa méthode de direction
aux développements nouveaux et aux modifications des situations. Il doit
accroître le niveau de son rôle dirigeant. Les membres du Parti
communiste doivent collaborer étroitement avec la masse des non-membres
du Parti et, en compagnie de ces derniers, lutter pour la construction du socialisme
chinois. »
La consolidation, l’implantation et le développement du Parti constituent
ensemble l’une des tâches centrales que le 16e Congrès a
désignée comme l’une des priorités. Il a surtout
fait référence à la nécessité de renforcer
les organisations de base, entre autres dans les campagnes et dans les entreprises
qui ne sont pas propriété collective. Il a également insisté
à plusieurs reprises sur la nécessité pour le Parti de
renforcer sa base de classe et sa base de masse.
Le 16e Congrès s’est penché dans les détails sur
la théorie de « la triple représentativité »,
telle qu’elle avait été exposée par Jiang Zemin en
2000. Cette théorie a été reprise dans les statuts du Parti.
Cette idée parfois erronément comprise et interprétée
contient les leçons tirées du développement complexe que
la Chine a vécu depuis le début des réformes et, ensuite
et surtout, les conclusions tirées de la défaite du socialisme
en Union soviétique et en Europe de l’Est. En résumé,
cette «la triple représentativité » a été
formulée comme suit lors du Congrès: le PC chinois représente
le développement le plus avancé des forces productives, de la
culture progressiste et des intérêts fondamentaux de l’écrasante
majorité du peuple chinois. Cela signifie que l’on s’en tient
au marxisme, mais également que l’on souhaite exclure le dogmatisme
et les conceptions erronées à propos du marxisme et que l’on
entend aussi bien perpétuer les traditions révolutionnaires qu’en
créer de nouvelles. La nécessité d’agir de façon
créative est fort importante. La génération actuelle avance
de nouvelles propositions en comparaison avec ses prédécesseurs,
et la génération suivante, à son tour, en avancera de nouvelles
encore.
La théorie de la « triple représentativité »
a beaucoup d’implications. Par exemple, le développement de la
production et le bien-être du peuple doivent réellement être
au centre des préoccupations de la politique. Le Parti ne peut agir en
se dissociant du peuple. Le développement de la démocratie socialiste
et de l’Etat socialiste de droit doit se poursuivre imperturbablement.
On ne peut se permettre aucune faute dans la politique culturelle, etc. Il se
développe un modèle socialiste qui s’appuie sur les quatre
principes de base du PC chinois (s’en tenir à la voie socialiste,
au rôle prépondérant du Parti, au marxisme et à la
dictature démocratique du peuple), mais c’est quand même
tout autre chose que le modèle soviétique ou celui de l’Europe
de l’Est. Les documents du Congrès décrivent les expériences
et les réalisations dans les domaines les plus divers et indiquent les
étapes indispensables sans pour autant préconiser un modèle
socialiste idéal. Dans le rapport du Comité central, on peut lire
que « le pire danger pour le Parti, après la prise de pouvoir,
consisterait à se dissocier de la masse ».
Dans de nombreuses publications occidentales, y compris de gauche, on donne
une interprétation très simpliste et inexacte de la «triple
représentativité », équivalant tout simplement à
dire que l’on accepterait la présence de capitalistes au sein du
Parti.
Ce n’est pas le cas. Dans le sillage des réformes en Chine, de
nouvelles couches sociales sont apparues, comme le personnel des entreprises
à capital étranger, les professions libérales, les entrepreneurs
indépendants. Ils ne sont pas hostiles à l’égard
du socialisme, ils fournissent une contribution à sa construction.19
Ils doivent recevoir une place convenable au sein de la société.
Dans les modifications des statuts du Parti, on peut lire : « Chaque travailleur,
paysan, soldat chinois ou toute personne appartenant à une autre couche
sociale (…) qui reconnaît le programme du Parti et ses statuts (…)
qui est disposé à suivre les décisions du Parti (…)
peut demander son affiliation au PCC.» Une telle réglementation
favorise la cohésion sociale au cours de l’actuelle phase de développement.
La République populaire traverse en effet une phase dans laquelle le
Parti adopte une position politique solide mais qui, en même temps, ne
représente encore que le début du socialisme. C’est un stade
de développement qui présente de nombreux phénomènes
liés aux rapports sociaux tels qu’ils étaient avant que
soit instauré le socialisme.
Une composante essentielle du 16e Congrès a été la composition
de la direction. Le secrétaire général du Comité
central, Jiang Zemin, n’était plus candidat à cette fonction.
Il occupait ce poste depuis 1989 et avait fait du très bon travail, d’ailleurs
jugé positif par le congrès. Le congrès a estimé
que toutes les décisions importantes prises par le Comité central
depuis le précédent congrès, ont été correctes.
Jiang Zemin demeure président de la commission militaire centrale.
D’autres camarades dirigeants également, comme le président
du parlement Li Peng et le ministre-président Zhu Rongji, ont cédé
leurs fonctions au sein de la direction du Parti à des camarades plus
jeunes. Hu Jintao a été élu nouveau secrétaire général
du Comité central. Cela fait déjà dix ans qu’il est
membre du comité permanent du bureau politique. Lors de la réunion
de l’Assemblée populaire nationale en 2003, Hu Jintao a également
été élu président de l’Etat et Wen Jiabao,
qui remplit lui aussi une fonction dirigeante depuis des années, ministre-président.
Le nouveau président du parlement est Wu Bangguo. Le passage à
une nouvelle génération de dirigeants était préparé
de longue date et s’est déroulé de façon planifiée.
Les cadres supérieurs qui s’en vont continueront à mettre
leurs expériences à la disposition des nouveaux cadres dirigeants,
qui pourront ainsi en profiter. La composition du Comité central, elle
aussi, a considérablement changé. La nouvelle direction veut poursuivre
le cours préconisé par le PCC, afin de faire de la Chine un pays
socialiste développé et moderne. Elle veut aborder les problèmes
réels existants. Le 16e Congrès du PCC a créé les
conditions qui le permettent.
Outre le PCC, il existe encore huit autres partis en Chine.
Ils sont nés dans le courant de la révolution néo-démocratique
et, de ce fait, ont été appelés partis démocratiques.
De mai 1948 au début 1949, ils ont accepté l’un après
l’autre la proposition du Parti communiste de convoquer une Conférence
politique consultative. En septembre 1949, en compagnie du PCC et de figures
de proue qui n’étaient membres d’aucun parti, ils ont participé
à la première Conférence politique consultative du Peuple
chinois. Celle-ci a adopté un programme commun qui devait servir de Constitution
provisoire, désigné un gouvernement populaire central et décidé
de fonder la République populaire de Chine.
Les partis démocratiques jouissent de la liberté politique, sont
autonomes sur le plan organisationnel et égaux devant la loi. Tout cela
est fixé dans la Constitution. Ces partis reconnaissent la direction
du PCC, collaborent aux travaux de ce dernier et s’engagent pour la cause
du socialisme. Ces partis sont les suivants :
Le « Comité révolutionnaire du Guomindang de Chine
». Fondé à Hongkong en janvier 1948, il compte plus de
60.000 membres, surtout d’anciens membres et sympathisants du Guomindang.
Le parti honore l’héritage de Sun Yat-sen, c’est un parti
patriotique et progressiste.
La « Ligue démocratique chinoise ». Fondée en
octobre 1941 à Chongqing, elle compte environ 144.000 membres. Ces
membres et leurs cercles sont surtout composés d’intellectuels
de la couche moyenne et supérieure.
L’« Association chinoise de construction nationale démocratique
». Fondée en décembre 1945, elle compte environ 78.000
membres. Lors de la fondation, membres et partisans appartenaient surtout
à la bourgeoisie. Il s’agissait surtout d’intellectuels
entretenant des contacts avec le monde économique. Aujourd’hui
encore, il s’agit de figures de proue du monde des entreprises, des
spécialistes, des hommes de science.
L’« Association chinoise de promotion de la démocratie
». Fondée à Shanghai en décembre 1945, elle compte
plus de 74.000 membres. Ses membres et partisans sont surtout des intellectuels
de l’enseignement, de la culture et des sciences, ainsi que du monde
de l’édition.
Le « Parti démocratique chinois des paysans et des travailleurs
». Fondé à Shanghai en août 1930, il regroupe plus
de 75.000 membres. Membres et sympathisants sont essentiellement des intellectuels
du monde médical, des hommes de science, des techniciens, des personnes
actives dans le secteur culturel et des professeurs.
Le « Zhi-Gong-Dang » de Chine. Fondé en octobre 1925,
il compte environ 18.000 membres, surtout des Chinois rentrés de l’étranger
ou des parents et relations de Chinois à l’étranger. Le
précurseur de ce parti était le « Zhi-Gong-Tang »
d’Amérique qui, lors de son congrès de San Francisco,
en 1925, avait modifié son nom (tang = salle, dang = parti).
L’« Association du 3 septembre », fondée en septembre
1944. Elle compte environ 78.000 membres. Ses adhérents sont surtout
des intellectuels de la couche supérieure et moyenne du monde de la
science et de la technique, de la culture, de l’enseignement et des
soins de santé.
La « Ligue démocratique pour l’autodétermination
de Taiwan ». Fondée à Hongkong en novembre 1947, elle
compte encore 1.800 membres, surtout originaires de Taiwan. Leur objectif
est de servir la construction et la réunification de la patrie.
Aujourd’hui, des membres de ces partis siègent
à l’Assemblée populaire nationale et à la Conférence
politique consultative du Peuple chinois. Ils assument des fonctions importantes
au sein du gouvernement, dans les institutions économiques, culturelles,
scientifiques, techniques et éducatives. Les partis démocratiques
sont des organisations représentant des forces sociales spécifiques
qui, en compagnie du Parti communiste, collaborent à la gestion du pays.
Le PCC et le gouvernement les consultent afin d’avoir leurs avis et les
respectent. Ce ne sont pas des partis d’opposition ni des éléments
à qui l’on ferme la porte du gouvernement. Au contraire, ils contribuent
pour une part non négligeable au processus de prise de décision
politique.
Parallèlement à l’Assemblée populaire nationale,
la Conférence consultative politique se réunit une fois l’an
pour traiter des questions essentielles de la politique de l’Etat, de
la vie quotidienne en Chine et de tout ce qui concerne le front uni. La Conférence
évalue le travail du gouvernement et l’application de la Constitution
et des lois. Le système de collaboration entre les divers partis et la
concertation politique, sous la direction du PCC, s’est avéré
d’excellente qualité.
Aux principales organisations de masse exerçant une très grande
influence sociale appartiennent la Fédération nationale des Syndicats
de Chine, la Ligue de la Jeunesse communiste, la Fédération nationale
des Femmes de Chine et l’Association pour l’Industrie et le Commerce.
Le pays le plus peuplé au monde comptait fin 2001 plus
de 1,28 milliard d’habitants.20 C’est plus que n’importe quel
autre pays au monde et, qui plus est, la situation est tout autre sur le plan
qualitatif. Nourrir, loger, vêtir, assurer soins de santé, travail
et enseignement à une population de 1,3 milliard de personnes : la tâche
est gigantesque. Dans les années 70, en raison de l’explosion démographique,
le gouvernement chinois a entamé une politique complexe de limitation
des naissances comprenant aussi bien des tâches d’information, d’éducation,
de concertation que des mesures administratives. La politique d’un seul
enfant par couple s’est traduite par une limitation de la croissance démographique
qui, aujourd’hui, n’est plus que de 6,45‰, c’est-à-dire
une augmentation modeste et stable du nombre d’habitants.
Dès le début, le contrôle des naissances n’a pas été
le même partout. A l’égard des minorités nationales,
il n’a pas été appliqué de façon très
stricte, voire même pas du tout. Il en a résulté entre autres
que, ces dernières années, le pourcentage des minorités
dans l’ensemble de la population est passé de 6 à 9%. Dans
les campagnes aussi, ces dernières années, on a quelque peu assoupli
ces mesures. Toutefois, à long terme, le maintien du contrôle de
l’accroissement démographique demeure un élément
important du développement social de la Chine.
Le peuple chinois se compose de 56 nationalités. Plus de 91% de la population
appartient à la nationalité han. Les 55 autres nationalités
sont désignées sous le terme de minorités nationales. La
plus importante de celles-ci est la minorité zhuang, qui compte environ
15 millions de personnes, la plus petite est la minorité lhoba, avec
moins de 3.000 individus. Les minorités nationales habitent surtout dans
les régions septentrionales, occidentales et méridionales du pays.
Dans les régions à plus forte concentration de minorités,
des régions autonomes ont été constituées qui disposent
des mêmes droits que les provinces (Mongolie Intérieure, Xinjiang,
Ningxia, Tibet, Guangxi). Dans nombre de provinces, il existe des districts
et régions autonomes. De même, des régions comme le Tibet
et le Xinjiang font partie depuis des siècles du territoire chinois.
Les Régions autonomes de la République populaire de Chine jouissent
d’un haut degré d’autonomie mais, au contraire des républiques
de l’ancienne Union soviétique, elles ne disposent pas du droit
constitutionnel de se séparer de l’Etat.
La Constitution garantit les droits des minorités et la direction accorde
une grande attention à leur développement économique et
culturel. Ainsi, aujourd’hui, toutes les minorités ont leur propre
écriture, ce qui n’était pas le cas en 1949. Du fait des
nombreuses règles d’exception dans différents domaines de
la vie sociale, le développement de ces groupes de population a pu progresser.
Pour l’administration et le management, l’enseignement et la recherche,
les sciences et la technique, les soins médicaux, etc., les minorités
disposent aujourd’hui de personnel qualifié émanant de leurs
rangs propres.
Le Tibet, une composante indissociable de la Chine
Le Tibet est l’un des thèmes utilisés de manière
récurrente par la propagande bourgeoise pour attaquer la politique
chinoise. Examinons donc cette question de plus près.
Depuis des siècles, le Tibet fait partie de la Chine. Même
le groupe du dalaï-lama, qui vit en Inde, ne peut le nier. Mais jugez
plutôt : après des années de séjour à
l’étranger, le Tibétain Dainmba retourne en Chine.
Il a participé notamment à un camp spécial de formation
pour Tibétains dans le Colorado, aux Etats-Unis. Là, raconte-t-il
en mai 1991, un instructeur politique avait expliqué que, pour
empêcher que la Chine s’enrichisse et devienne puissante,
il fallait diviser le pays tant qu’il était encore pauvre.
Il fallait donc œuvrer à la sécession du Tibet, ensuite
du Xinjiang, puis de la Mongolie Intérieure et, enfin, de la Mandchourie.
Les Etats-Unis disposaient de toute une série de camps où
l’on formait des Tibétains pour des missions spéciales
au Tibet. Selon les informations officielles des services américains,
ces camps auraient été fermés après la visite
de Nixon en Chine en 1972, et à l’issue de la reprise des
relations diplomatiques en 1976. De même, le soutien financier et
les livraisons d’armes aux séparatistes tibétains
auraient été arrêtées. Mais les propos de l’instructeur
sont particulièrement éloquent et caractéristique
de la politique américaine.
L’histoire des Etats nous enseigne que les frontières naissent
des rapports de force, de la violence et des guerres. C’était
le cas à l’époque de la féodalité et,
sous le développement capitaliste, on n’imagine pas qu’il
puisse en être autrement. En 641 de notre ère, une princesse
de la Cour impériale de Chine épouse un roi du royaume tibétain.
Le Tibet devient ainsi une partie de la Chine. Au milieu du 13e siècle,
le Tibet est rattaché officiellement au territoire de la Chine.
Dans la seconde moitié du 19e siècle, la politique des puissances
capitalistes développées, visant à se partager la
Chine en sphères d’influence, connaît son apogée.
La Chine est alors dégradée à l’état
de semi-colonie. En 1888 et en 1903, les troupes britanniques attaquent
le Tibet à partir de leur colonie indienne afin de le placer sous
la zone d’influence britannique. Ils occupent Lhassa tout un temps
et le dalaï-lama est contraint de s’enfuir. En 1913, sous la
pression des Britanniques, les sujets tibétains sortent une «
déclaration d’indépendance » qui se heurte à
l’opposition du gouvernement central chinois (du Guomindang, à
l’époque) et qui n’est pas reconnue sur le plan international.
La Grande-Bretagne réclame la gestion financière et la défense
du Tibet, en langage clair, sa colonisation progressive. C’est un
mensonge historique que de prétendre, comme on peut le lire aujourd’hui
dans la presse bourgeoise et dans certains manuels d’histoire, que
le Tibet, dans la période située entre la chute de l’empire,
en 1911, et la fondation de la République populaire, en 1949, a
été dans les faits un Etat indépendant. Dans son
discours prononcé à son accession à la présidence
provisoire de la République de Chine, le 1er janvier 1912, Sun
Yat-sen proclame la « réunion des Han, des Mandchous, des
Mongols, des Hui et des Tibétains en un Etat unique, en tant que
membres d’une seule grande famille ». La Constitution établit
sans la moindre équivoque que le Tibet est une composante du territoire
de la République de Chine. Des représentants des gouvernements
locaux tibétains participent à la rédaction des documents
officiels du Guomindang, relatifs à la création d’un
gouvernement national et d’une assemblée nationale. Selon
une coutume remontant à plusieurs siècles, le quatorzième
dalaï-lama, en 1940, est également désigné par
le gouvernement central. Le gouvernement du Guomindang installe ses représentants
au Tibet. A la fin de la guerre civile, lorsque la défaite des
troupes du Guomindang se précise, et surtout après la fondation
de la République populaire, les Etats-Unis multiplient leurs activités
dans la région. Ils délèguent des envoyés
aux négociations qui se déroulent au Tibet et émettent
un communiqué de presse disant qu’ils sont prêts «
à reconnaître le Tibet comme un pays indépendant et
libre », ils fournissent des armes et des munitions afin de résister
à l’invasion de l’Armée populaire de Libération.
Le 8 juillet 1949, sur le conseil des Etats-Unis, le gouvernement local
tibétain expulse du pays les fonctionnaires du Guomindang afin
d’entraver la libération du Tibet par l’Armée
populaire de Libération. Lorsque la guerre de Corée éclate,
en juin 1950, le Tibet constitue un maillon de la chaîne stratégique
que les Etats-Unis veulent installer en Orient. Le 13 juin 1950, le département
américain des Affaires étrangères adresse une note
à l’ambassadeur britannique à Washington pour lui
faire savoir que les Etats-Unis vont très vraisemblablement entreprendre
des actions de soutien aux ambitions tibétaines de se séparer
de la Chine.
Au cours de la lutte de libération du peuple chinois contre la
domination du Guomindang, les provinces voisines du Tibet sont libérées
de façon pacifique. Les autorités locales du Tibet ne veulent
toutefois pas entendre parler de négociations avec le nouveau gouvernement
central et elles concentrent des troupes dans l’Est du Tibet. Par
conséquent, en 1950, la région de Qamdo, dans l’Est
du Tibet, est libérée militairement par l’Armée
populaire de Libération. En mai 1951, le gouvernement central et
le gouvernement local du Tibet signent un accord relatif à la libération
pacifique du Tibet. Le dalaï-lama et le panchen-lama participent
en 1954 à la première Assemblée populaire nationale,
au cours de laquelle est adoptée la Constitution de la République
populaire de Chine, Constitution qui établit également les
principes de l’autonomie nationale des régions.
Jusque dans les années 50, le Tibet s’est égaré
dans les âges les plus obscurs du servage. 5% de la population constituait
la couche dominante, dont faisait partie la noblesse temporelle et spirituelle
des monastères, alors que 90% de la population était constituée
de serfs et les 5% restants d’esclaves. Avec le soutien de la CIA,
les dirigeants féodaux opposés aux réformes renforcent
les tendances séparatistes. En mars 1959, ils organisent une insurrection
armée à Lhassa. Le 17 mars, le dalaï-lama (alors âgé
de 23 ans), « accompagné » d’agents formés
aux Etats-Unis, est conduit à la frontière de l’Inde,
où se sont également réfugiés les putschistes
à l’issue de leur défaite. Depuis lors, le dalaï-lama
claironne au quatre coins du monde « l’indépendance
du Tibet ». Le Parlement européen de Strasbourg constitue
un forum particulièrement réceptif à ce genre de
discours. Depuis toujours, la Chine est disposée à nouer
des contacts avec le dalaï-lama, mais pas en vue de discuter de «
l’indépendance du Tibet ». Après la défaite
de la révolte de 1959, des réformes démocratiques
ont eu lieu au Tibet, le servage est supprimé et un million de
serfs et d’esclaves ont été libérés.
En septembre 1965, sur base de la Constitution de 1954, la région
autonome du Tibet est officiellement instaurée. Le Tibet a un territoire
de 1,2 million de km2, pour 2,6 millions d’habitants (dont 94% de
Tibétains et 6% de Han). Le chinois et le tibétain sont
les langues officielles à part égale. L’économie
et le niveau de vie sont en net progrès, même dans cet environnement
naturel particulièrement aride – d’une altitude moyenne
de plus de 4.000 mètres, avec des liaisons et un approvisionnement
en énergie extrêmement problématiques. Culture, enseignement
et soins de santé vont en s’épanouissant. La restauration
du palais du Potala est un reflet de l’essor de la région.
Le cinquantième anniversaire de la libération pacifique
du Tibet a été célébré avec faste en
2001. Dans un livre blanc, le gouvernement fait clairement état
des progrès du Tibet sur la voie de la modernisation. En 2000,
le PIB y était de 1,4 milliard de dollars, soit trois fois plus
qu’en 1951. Parmi les enfants tombant sous l’obligation scolaire,
86% vont aujourd’hui à l’école. Le Tibet compte
25 instituts scientifiques et quatre universités. Quatre-vingts
pour-cent des cadres du Tibet sont des Tibétains ou des membres
d’une minorité nationale. Aujourd’hui, le Tibet dispose
de 2.100 km de routes asphaltées et d’un pipeline de plus
de 100 km de long, allant de Golmud à Lhassa et permettant d’assurer
l’approvisionnement en carburant. La première ligne de chemin
de fer vers Lhassa est en voie d’achèvement.
5. L’essence des réformes et de la politique
d’ouverture
Le PCC a défini la défaite du socialisme en Union
soviétique et en Europe de l’Est comme un contrecoup aux conséquences
importantes, mais non comme l’échec total du socialisme. Le succès
du développement du socialisme en Chine réfute la prétention
selon laquelle le socialisme scientifique a échoué. C’est
le socialisme que la Chine bâtit et non le capitalisme.21
Le PCC dit qu’avec sa politique de réformes et d’ouverture,
menée depuis 1978, il entend améliorer les structures économiques
et politiques du socialisme et non les supprimer. Il s’agit donc d’une
différence de principe entre les réformes en Chine et celles de
la Russie et des anciens pays socialistes de l’Europe de l’Est.
D’importantes leçons ont été tirées des événements
de la fin des années 80 et du début des années 90. La Chine
pose le premier jalon de la voie socialiste et n’a pas choisi une voie
qui s’écarte du socialisme.
A la fin de la Révolution culturelle, certains, y compris en Chine, avaient
annoncé que le socialisme avait vécu. C’était une
réaction à la situation terrible que traversait le pays. L’impasse
qui se profilait déjà en Union soviétique et en Europe
de l’Est jouait un rôle. Jiang Zemin, à l’époque
secrétaire général du Comité central du PCC, déclarait,
lors du 15e Congrès de 1997 : « Il est erroné d’exiger
que nous abandonnions la base socialiste de notre système de société.
»22 Malgré d’importantes erreurs et leurs conséquences
négatives, le PCC était fermement décidé à
demeurer fidèle au socialisme.
Le rapport du Comité central lors du 16e Congrès affirme : «
La fin des années 80 et le début des années 90 du siècle
dernier ont été marqués tant par de graves troubles politiques
dans notre pays23 que par de brusques changements de situation en Europe de
l’Est, suivis de la dislocation de l’Union soviétique ; le
socialisme mondial avait essuyé de graves revers et la cause du socialisme
chinois se trouvait confrontée dans sa marche en avant à des difficultés
d’une ampleur sans précédent ainsi qu’à des
pressions d’une rare violence. A ce tournant capital de l’histoire,
alors qu’il y allait de l’avenir et du destin du Parti et de l’Etat,
le Comité central, s’appuyant fermement sur tous les camarades
du Parti et sur l’ensemble de notre peuple multiethnique (…) est
parvenu à stabiliser la situation générale créée
par la réforme et le développement économique et à
sauvegarder la grande cause du socialisme à la chinoise. »24
Au début des années 90, après la défaite du socialisme
en Union soviétique et en Europe de l’Est, Deng Xiaoping a dit
que la Chine ne devait pas se réjouir, mais qu’elle devait continuer
à travailler en toute modestie et ne pas courir en brandissant son drapeau
de façon triomphaliste. Ce n’est que si le socialisme se maintient
en Chine qu’il continuera à exister dans le monde. Il déclarait
en outre : si, au milieu du siècle prochain, la Chine atteint vraiment
son épanouissement, elle aura pavé la voie pour le tiers monde
où habitent les trois-quarts de la population mondiale. Toutefois, une
chose est plus importante encore: elle aura prouvé à l’humanité
que le socialisme est la seule voie possible, que le socialisme est supérieur
au capitalisme.25
Avec la politique des réformes qui opère sur les structures économiques
et politiques de la société, le PCC a emprunté sa voie
propre : après la victoire de la révolution, il a réalisé
avec succès une société socialiste, ce qui prouve qu’il
existe bel et bien une alternative au système capitaliste. Le déroulement
des réformes en Chine prouve que de nouvelles structures efficaces du
socialisme peuvent être mises en place et que le succès économique
est possible sans remettre le socialisme en question. Ainsi naît, pas
à pas, un nouveau modèle du socialisme que le PCC, toutefois,
n’a pas l’intention de présenter comme la seule voie possible
de salut. Il a reçu l’appellation de « socialisme à
la chinoise » ou de « phase initiale du socialisme ». Ce modèle
n’a pas fait son temps et, en ce moment, on n’entend pas encore
l’élaborer sur le plan théorique.
Le point de départ de la nouvelle stratégie du PCC était
l’opinion selon laquelle la Chine se trouve dans la phase initiale du
socialisme et que cette période va durer assez longtemps. Dans le programme
du Parti du PCC, on peut lire : « Notre pays en est au stade initial du
socialisme. C’est une période historique que l’on ne peut
contourner dans la construction du socialisme et dans la modernisation d’une
Chine qui accuse un retard économique et culturel. Cette phase va durer
plus d’un siècle. Dans la construction du socialisme dans notre
pays, il convient de partir de la situation propre à notre pays, notre
voie doit être celle d’un socialisme aux caractéristiques
chinoises. »26
Remarquez le parallèle avec la révolution néo-démocratique
en Chine. La révolution antiféodale et anticoloniale ne pouvait
réussir sous la direction de la bourgeoisie, mais uniquement sous la
direction du prolétariat et de son Parti. Pour certains problèmes,
une solution se présente aujourd’hui dans la phase initiale du
socialisme, alors qu’à vrai dire, elle aurait dû se présenter
au cours du développement capitaliste, ce qui n’était donc
pas possible dans la situation chinoise – c’est une invitation à
développer les considérations théoriques sur les lois du
développement de la société dans les pays du tiers monde
après qu’ils ont obtenu leur indépendance nationale. Lors
du 15e Congrès, le secrétaire général Jiang Zemin
avait déclaré : « L’une des causes fondamentales des
erreurs que nous avons commises dans la construction du socialisme, avant le
troisième Plénum du Congrès27 du PCC, c’est que les
tâches définies à l’époque et les directives
politiques élaborées avaient été fixées bien
trop haut pour le stade initial du socialisme. »28
La condition de base pour rester dans la voie socialiste, déclare le
PCC, c’est que la possession collective socialiste demeure la forme de
propriété dominante. Dans tous les documents à ce propos,
on insiste sur le fait qu’on ne peut modifier le système économique
fondamental. Dans ce système, la propriété collective socialiste
continue à dominer avec, en outre, d’autres formes de propriété.
Les principaux secteurs économiques sont aux mains de l’Etat. La
propriété par l’Etat représente un tiers du produit
intérieur brut. Le secteur collectif (dont fait partie l’agriculture,
qui constitue 15% du PIB) assure un autre tiers du PIB. Ensemble, l’Etat
et le collectif constituent la propriété commune socialiste. Outre
ces composantes socialistes, on trouve l’économie mixte des entreprises
individuelles et privées, y compris les investissements étrangers.
Ce dernier secteur fournit un tiers du PIB. Il bénéficie d’une
grande marge de manœuvre, mais il n’est nullement question de «
privatisation » ou de « transformation ». L’Assemblée
populaire nationale de mars 2003 a décidé que l’Etat devait
diriger d’une main plus ferme les processus économiques et sociaux.
Une institution officielle centrale de la propriété d’Etat
a donc été créée.
Dans son discours prononcé lors du 78e anniversaire de la fondation du
PCC, le 28 juin 1999, Jiang Zemin a déclaré : « A l’étranger
et en Chine même, des voix s’élèvent en faveur de
la privatisation. Si une part importante de la propriété de l’Etat
tombe aux mains du privé, elle tombera aux mains d’une petite minorité.
Cela reviendrait à détruire la base du système social socialiste.
»29
La revue théorique du Comité central du PCC, Qiu Shi (traduction
: tendre à la vérité), insiste fortement sur ce qui suit
: « Ce n’est que lorsque la propriété collective socialiste
remplace la propriété privée que la contradiction entre
la socialisation de la production et la propriété privée
des moyens de production au sein du capitalisme peut trouver une solution fondamentale.
C’est seulement alors que les rapports de production peuvent être
mis en concordance avec les conditions du développement des forces productives.
(…) Certains Etats socialistes ont renoncé au but d’une réforme
socialiste et ont appliqué la privatisation, ce qui a eu des conséquences
catastrophiques. »30
Un peu plus loin, Qiu Shi traite encore d’un autre aspect
de la problématique : « Il ne faut pas nier que, dans l’économie
de marché socialiste, naissent divers intérêts économiques.
On voit apparaître des couches de population qui n’existaient pas
auparavant. Les secteurs non collectifs de l’économie ont leurs
propres intérêts et défenseurs. C’est normal. Mais
la réalisation de ce que cherchent à obtenir tous ces groupes
divergents doit se produire dans le cadre de la constitution et des prescriptions
légales du pays. »31
Dans les travaux théoriques du PCC, on se rend compte que la propriété
collective socialiste ne doit pas nécessairement être liée
à l’économie de plan.
L’économie planifiée et l’économie de marché
existent aussi bien dans le capitalisme que dans le socialisme (remarquez également,
ici, l’hypocrisie des termes utilisés par les économistes
bourgeois : ils définissent l’économie capitaliste, centrée
sur le profit, comme une économie de marché, alors qu’en
réalité, ce n’est plus le cas depuis longtemps déjà).
Le développement d’une économie socialiste de marché,
qui requiert une politique macroéconomique de la part de l’Etat,
est une méthode de politique économique adaptée à
la phase initiale très longue du socialisme et aux circonstances concrètes
que connaît la Chine. Le 16e Congrès estimait : « Le développement
d’une économie de marché dans le contexte du socialisme
constitue une initiative magistrale sans précédent dans l’histoire.
C’est une contribution historique apportée par les communistes
chinois au développement du marxisme. »32
Le PCC tire les leçons de la défaite du socialisme en Union soviétique
et en Europe de l’Est et s’oppose par principe à l’abandon
de la voie socialiste, à une « transformation ».
A l’occasion du 20e anniversaire de la politique de réformes, Jiang
Zemin déclarait : « Nous ne pouvons permettre que cet ordre des
choses soit renversé ou affaibli ou supprimé ; nous ne pouvons
en aucun cas copier le système politique occidental. Ce n’est qu’en
maintenant et en perfectionnant la structure socialiste de notre pays que nous
garantirons l’unité du pays, l’harmonie entre les diverses
minorités nationales, la stabilité sociale et le développement
de l’économie. La démocratie est toujours concrète,
jamais abstraite. Elle est étroitement liée au système
de société d’un pays. Elle est liée à l’ordre
juridique de l’Etat. La Chine est un Etat de démocratie socialiste,
elle se développe en un Etat socialiste de droit. Nous réformerons
nos structures politiques de façon active, bien décidée
et mûrement réfléchie. Cela va de soi si nous voulons continuer
à optimaliser la structure politique socialiste de notre pays et l’amener
à se développer. La réforme de la structure politique comme
nous la menons se fait sous la direction du Parti communiste, en développant
la démocratie populaire, en améliorant le système juridique
de l’Etat, en réformant l’appareil de l’Etat et le
cadre de commandement et en développant une politique démocratique
socialiste aux caractéristiques chinoises. La réforme du système
politique doit être adaptée à la réforme du système
économique et au degré de développement de l’économie
et de la culture en Chine. Elle doit se faire progressivement et de façon
ordonnée. »33 Le 16e Congrès a expressément confirmé
ce point de vue. Le rapport dit ceci : « Nous devons continuer à
prendre comme point de départ les circonstances de notre pays, nous devons
systématiser les expériences que nous avons acquises dans la pratique
et, en même temps, profiter des réalisations politiques et sociales
utiles de l’humanité ; en aucun cas, nous ne pouvons copier le
système politique occidental. »34
Last but not least, le Congrès insiste pour que l’on garantisse
la stabilité politique et l’unité dans la société.
Les contradictions internes qui interviennent dans le processus des réformes
méritent une attention toute particulière.
La vigilance s’impose à l’égard des forces hostiles
internes et extérieures.35 Les intérêts fondamentaux du
peuple chinois doivent être protégés sans l’ombre
d’une hésitation. Tout le processus des réformes, de la
politique d’ouverture et de la modernisation a pour but de permettre aux
masses populaires – les ouvriers, les paysans, les intellectuels et les
autres couches – de cueillir ensemble les fruits du développement
économique et social.
Nous construisons une structure politique et, pour ce faire, nous ne perdons
pas de vue que le PCC doit assumer la direction, que le peuple – la dictature
démocratique du peuple – exerce le pouvoir et que nous devons développer
la démocratie socialiste et l’Etat socialiste de droit. On ne peut
pas oublier non plus que la Chine est un pays surpeuplé disposant d’un
vaste territoire. La République populaire est un pays en voie de développement
et, dans ce pays, les diverses régions ont des niveaux de développement
très différents. Sans une direction unifiée assumée
par un parti politique fort tel que le PCC, l’instabilité naîtrait
et il ne serait pas question de modernisation socialiste.
Le PCC se réclame du marxisme et s’en tient au socialisme scientifique.
Ces dix dernières années, un débat très large a
eu lieu en Chine sur l’analyse du naufrage du socialisme en Union soviétique
et dans les pays socialistes européens. Ce débat (et certainement
les conclusions concernant la politique du PCC) a déjà mené
à des résultats fondamentaux mais il n’est en aucun cas
terminé. Un exemple est le jugement selon lequel il s’agit d’une
lourde défaite du socialisme, mais que le socialisme n’est pas
enterré pour autant. La Chine, Cuba, le Vietnam et d’autres pays
suivent une voie socialiste. Les idéaux et objectifs socialistes n’ont
pas abdiqué, ni dans les pays capitalistes développés,
ni dans les pays du tiers monde. Il est donc absolument erroné de déclarer
que la page du socialisme est « définitivement tournée ».
6. La question de Taiwan et le principe d’une Chine
unique
Maintenant que Hongkong et Macao sont à nouveau rattachés
politiquement à la République populaire de Chine, il n’y
a plus que Taiwan a encore être séparé du territoire national.
Taiwan constitue un problème complexe, un écheveau de conflits
intérieurs et extérieurs. Dans une petite partie de la Chine,
certaines forces hostiles au peuple continuent à agir longtemps après
que le succès de la révolution chinoise leur ait ravi le pouvoir
sur l’Etat. En même temps, Taiwan constitue l’un des sujets
les plus sensibles des relations sino-américaines. Les Etats-Unis pensent
que, dans leurs tentatives pour faire pression sur la Chine, c’est avec
la question de Taiwan qu’ils pourront obtenir le succès le plus
rapide. C’est la raison pour laquelle, pour les pays de l’océan
Pacifique, la stabilité de l’ensemble de la région dépend
de la situation dans le détroit de Taiwan.
De tout temps, Taiwan a appartenu à la Chine. Dès le 3e siècle,
l’île est visitée par des habitants du continent. Au 17e
siècle, la dynastie Qing y établit son gouvernement. Aux 16e et
17e siècles, les puissances coloniales que sont le Portugal, l’Espagne
et les Pays-Bas occupent des parties de l’île mais, à la
fin du 17e siècle, les troupes chinoises les en chassent. En 1886, Taiwan
reçoit le statut de province de l’Empire chinois. Après
la défaite dans la guerre contre le Japon de 1894-95, la Chine doit céder
Taiwan au Japon (traité de Shimonoseki). Lors des attaques japonaises
contre la Chine en 1937, cette dernière déclare la guerre au Japon
et déclare caducs tous les traités entre les deux pays, y compris
le traité de Shimonoseki. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale,
l’accord de paix stipule que le Japon doit rétrocéder Taiwan
à la Chine.
La question actuelle de Taiwan est née après 1945. Avec le plein
soutien des Etats-Unis, les troupes du Guomindang déclenchent une guerre
civile qu’elles vont finalement perdre. Le secrétaire d’Etat
américain aux Affaires étrangères, Dean G. Acheson, écrit
en 1949, dans une lettre adressée au président Truman : «
C’est regrettable, mais irréversible : l’issue fatale de
la guerre civile en Chine échappe au contrôle de notre gouvernement.
(…) Rien de ce qu’a entrepris notre pays n’y a joué
un rôle. C’est le résultat des rapports de force internes
de la Chine, sur lesquels notre pays a essayé en vain d’avoir prise.
»
Après la chute du gouvernement du Guomindang de Nanjing, Tchang Kaï-chek
se réfugie à Taiwan avec une partie de ses troupes et de son gouvernement.
C’est là qu’il poursuit ses activités sous le nom
de « République de Chine » laquelle, toutefois, selon le
droit constitutionnel et le droit populaire, n’existe plus après
la fondation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949.
Désormais, les Etats-Unis vont essayer d’isoler la République
populaire et vont accorder systématiquement leur soutien au régime
de Tchang Kaï-chek. Après le déclenchement de la guerre de
Corée, Truman dira, le 27 juin 1950 : «J’ai ordonné
à la 7e Flotte d’empêcher toute attaque contre Taiwan. »
La 7e Flotte stationne en permanence dans le détroit de Taiwan et les
forces aériennes américaines se voient attribuer une base sur
l’île. En 1954, les Etats-Unis concluent avec les autorités
de Taiwan un « traité de défense commune ». C’est
ainsi que la province de Taiwan se retrouve sous la « protection »
des Etats-Unis, ce qui constitue une ingérence manifeste dans les affaires
internes de la Chine.
Bien que, depuis 1955, des entretiens diplomatiques aient lieu entre les Etats-Unis
et la République démocratique de Chine, ce n’est que dans
les années 60 que les Etats-Unis commencent à adapter leur politique
à l’égard de la Chine au développement de la République
populaire et des changements internationaux. En octobre 1971, les Nations unies
reconnaissent les droits légaux de la République populaire en
leur sein et excluent Taiwan de l’Onu.
Les interminables négociations entre les Etats-Unis et la République
populaire s’expriment dans trois communiqués qui fixent les principes
fondamentaux des relations bilatérales (mais dont la Chine doit exiger
en permanence qu’ils soient respectés).
Le communiqué de Shanghai de 1972. On peut y lire que « les
Etats-Unis comprennent que tous les Chinois, de part et d’autre du détroit
de Taiwan, sont d’avis qu’il n’y a qu’une seule Chine
et que Taiwan en fait partie. »
Le communiqué commun de 1978 à propos des relations diplomatiques
entre la République populaire de Chine et les Etats-Unis dit que «
les Etats-Unis reconnaissent le gouvernement de la République populaire
de Chine comme le seul gouvernement légal de la Chine ». Les
Etats-Unis promettent de rompre leurs relations diplomatiques avec Taiwan,
d’annuler leur traité avec les autorités de Taiwan concernant
« la défense commune » et de retirer leurs troupes de Taiwan.
Le « Communiqué du 17 août 1982 » sur la vente
d’armes des Etats-Unis à Taiwan précise que les Etats-Unis
« sont disposés à réduire progressivement leurs
ventes d’armes à Taiwan et qu’au bout d’un certain
laps de temps, ils vont prendre à ce sujet une décision définitive
».
La Chine considère la question de Taiwan comme un problème
interne. La ligne principale est celle de la réunification pacifique,
avec « un seul pays et deux systèmes » (comme cela a été
réalisé avec succès dans le cas de Hongkong). C’est
déjà l’orientation que préconisait l’Assemblée
populaire nationale en 1979. Elle partait du principe qu’à terme,
les autorités de Taiwan, elles aussi, finiraient par estimer qu’il
n’y a qu’une Chine et que Taiwan en fait partie. Cette solution
pacifique, a toujours fait entendre clairement la Chine, ne nous oblige pas
à abjurer la violence. Mais l’éventuelle violence ne serait
alors pas dirigée contre la population de Taiwan, mais bien contre les
tentatives d’en maintenir l’« indépendance »
ou contre une intervention de puissances étrangères en vue d’empêcher
l’unification de la Chine. Des tentatives visant à séparer
Taiwan de la Chine indiqueraient la volonté de faire échouer la
réunification pacifique.
De nombreux points de contacts entre les deux camps se sont développés,
notamment l’« Association pour les relations entre les deux rives
du détroit de Taiwan » (sur le continent) et la « Fondation
pour des échanges de part et d’autre du détroit de Taiwan
» (à Taiwan). Ces organisations ont conclu un certain nombre d’accords
sur base du principe d’une Chine unique, par exemple pour la protection
des droits et intérêts légaux de la population des deux
côtés du détroit.
Dans le cadre de la politique d’« un pays et deux systèmes
», l’actuel système social et économique de Taiwan
pourrait lui aussi se maintenir longtemps encore après la réunification.
Taiwan constituerait alors une zone dotée d’un système politique
spécial, avec son administration et sa législation propres. L’île
gérerait elle-même les questions relatives aux partis ainsi que
les affaires administratives, militaires, économiques et financières.
Elle se verrait même conférer certaines compétences dans
les affaires étrangères.
Ces dix dernières années, beaucoup de contacts directs ont eu
lieu entre les habitants de Taiwan et ceux du continent. Chaque année,
quelque 3 millions d’habitants de Taiwan visitent la Chine continentale.
En 2002, le volume des échanges commerciaux atteignait près de
44,7 milliards de dollars. Des hommes d’affaires de Taiwan ont investi
140 milliards de dollars sur le continent. Il existe des liaisons téléphoniques,
mais pas de liaisons maritimes ou aériennes, ce qui influe fortement
sur les frais des voyageurs en provenance de Taiwan. Mais les autorités
de Taiwan continuent à dire « trois fois non » : pas de commerce
direct, pas de trafic postal direct, pas de liaisons maritimes et aériennes
directes.
Au début des années 90, les autorités de Taiwan allaient
abjurer le principe d’une Chine unique. Le « président »
de l’époque, Lee Teng-hui, utilisait le terme « indépendance
» de Taiwan. En 1999, dans un ouvrage, il exigeait la partition de la
Chine en sept zones à « souveraineté totale », une
manifestation claire de ses objectifs politiques personnels et de ceux de sa
clique (en 1995, l’homme effectuait même une « visite privée
» aux Etats-Unis). Lors des élections présidentielles de
2000, le Guomindang a subi une défaite et c’est le Parti démocratique
progressiste qui a «fourni» le président en la personne de
Chen Shuibian, dont le gouvernement, lui aussi, se cramponne à la politique
de la séparation.
Avec l’accession de Bush au pouvoir, les Etats-Unis ont également
enfreint certains principes importants des trois communiqués sensibles
susmentionnés. Bush a affirmé, à propos de la Chine et
de Taiwan, qu’elles étaient deux pays (même si les fonctionnaires
du gouvernement américain ont rejeté la chose comme étant
un « lapsus ») et que les réglementations concernant les
fournitures d’armes et les visites des représentants de la direction
taiwanaise aux Etats-Unis avaient été assouplies. Ce qui a déclenché
de vives réactions de la part de la République populaire de Chine.
La question se complique toutefois à l’extrême du fait que
les Etats-Unis ont l’intention d’impliquer Taiwan dans leur système
de défense par missiles. La lutte pour le «principe d’une
Chine unique » traverse une phase précaire et le gouvernement Bush
doit bien soupeser les différends qu’il peut se permettre dans
ses relations avec la Chine.
7. La politique étrangère et les relations
internationales, la défense
Fin 2002, la Chine entretenait des relations diplomatiques
avec 165 Etats. La reconnaissance internationale de la République populaire
a connu nombre de difficultés et s’est fait longtemps attendre.
L’Union soviétique et les démocraties populaires de l’Europe
de l’Est ont reconnu la République populaire de Chine dès
sa fondation. Les Etats occidentaux, de leur côté, ont organisé
un boycott et poursuivi leurs relations diplomatiques et leur collaboration
avec Taiwan. Dans le cadre de la conférence de Bandung en 1955 et, plus
tard, lorsque la Chine est redevenue membre des Nations unies en 1971, le pays
a noué des relations diplomatiques avec des pays du tiers-monde et avec
des Etats capitalistes hautement développés. Avec le Vatican,
il existe bien des contacts, mais pas de relations diplomatiques, alors que
le Vatican en a avec Taiwan.
Avec la politique de réformes et d’ouverture, la Chine «
mène une politique indépendante axée sur la paix ».
Ses relations avec les autres Etats reposent sur les cinq principes de la coexistence
pacifique. Paix, collaboration et développement constituent le principal
contenu de la politique extérieure chinoise. Dans le rapport au 15e Congrès,
on peut lire : « Dans toutes les affaires internationales, nous partons
des intérêts fondamentaux du peuple chinois et des peuples du monde.
La Chine ne cèdera à aucune pression étrangère et
ne se liera à aucune grande puissance. La Chine ne participera pas à
la constitution d’un bloc, pas même militaire ; elle ne participera
pas à la course aux armements et ne recherchera aucune expansion militaire.
(…) Jamais nous n’imposerons à d’autres notre système
de société et notre idéologie et nous n’accepterons
à aucune condition qu’un pays impose ailleurs son système
de société et son idéologie. »36
Le 16e Congrès a confirmé ce point de vue et posé comme
principe les tâches suivantes :
Maintenir la paix et chercher un développement qui soit bénéfique
aux peuples. Ceci signifie qu’on ne recherche pas les conflits avec
d’autres systèmes de sociétés.
Favoriser le développement objectif d’un monde multipolaire,
garantir la stabilité de la communauté internationale, dans
l’intérêt général de toute l’humanité.
La Chine estime que la globalisation économique constitue un développement
objectif qui, sous la domination capitaliste, est défini naturellement
de façon capitaliste. C’est pourquoi la Chine préconise
que la globalisation économique soit orientée sur la prospérité
commune, qu’on en élabore les avantages et qu’on en évite
les désavantages, de sorte que tous les pays, et certainement les pays
en voie de développement, puissent en tirer profit. La Chine rejette
les visées des Etats-Unis et des autres puissances impérialistes
vers une globalisation universelle et surtout politique, car elles constituent
une tentative de créer un monde unipolaire. Un nouvel ordre économique
et politique international, équitable et rationnel, doit être
établi. Cela requiert la lutte contre la domination mondiale et la
politique de pouvoir, mais également la lutte contre le terrorisme,
aussi bien contre ses manifestations que contre ses causes.
Poursuivre l’amélioration des relations avec les pays
développés, en gardant à l’esprit les intérêts
fondamentaux des peuples plutôt que les différences de systèmes
de sociétés et d’idéologies. La Chine part du principe
que, dans les circonstances actuelles, les divers systèmes de sociétés
coexisteront encore très longtemps.
La poursuite de la collaboration et des relations de bon voisinage
avec les Etats limitrophes de la région constituent le centre de gravité
de la politique étrangère chinoise. Cela comprend le renforcement
de la solidarité et de la collaboration avec le tiers-monde, une confiance
et une bonne entente mutuelle, une aide et un soutien réciproque. La
Chine continuera à jouer son rôle au sein des Nations unies et
des autres organisations internationales et elle continuera certainement à
soutenir les pays en voie de développement en protégeant leurs
propres droits et intérêts légitimes.
La République populaire estime qu’après
la disparition de la bipolarité – du fait de l’effondrement
de l’Union soviétique et du démantèlement du pacte
de Varsovie et du Comecon – les Etats-Unis tentent aujourd’hui d’imposer
au monde leur domination incontestée (unipolarité). Les Etats-Unis
ont beau être la seule superpuissance, de nouveaux pôles apparaissent
et une multipolarité se développe. Les grandes puissances –
l’Union européenne, le Japon et la Russie – sont individuellement
plus faibles que les Etats-Unis, elles ne compromettent nullement la position
des Etats-Unis en tant que superpuissance. Pourtant, seules ou en association
avec d’autres, elles peuvent museler les Etats-Unis. De même, la
montée de la Chine constitue un aspect de cette multipolarisation. «
En tant que membre permanent du Conseil de sécurité et grande
puissance régionale, la Chine, outre ses réformes internes, son
ouverture à l’étranger et sa modernisation, s’occupe
activement des affaires internationales, dans lesquelles elle joue un rôle
de plus en plus important. Le pays est de plus en plus reconnu comme grande
puissance. La Chine demeure fidèle à ses principes, elle défend
la justice, les droits et intérêts légitimes des pays en
voie de développement et constitue de la sorte une force importante pour
le maintien de la paix mondiale et de la stabilité régionale.
»37
Du fait de son développement constant, la Chine « va devenir un
pôle au sein du monde multipolaire. Un pôle qui continue à
défendre la souveraineté des Etats et l’inviolabilité
territoriale et qui intervient contre l’ingérence et l’agression
étrangères. Un pôle qui intervient contre l’arrogance
et en faveur de la justice, qui défend les droits et intérêts
légitimes des pays du tiers-monde. Un pôle qui intervient activement
contre le nouvel ordre international politique et économique. Un pôle
qui persiste dans la voie du socialisme, qui ne cherche pas la domination mondiale,
qui ne se conduit pas de façon hégémonique, mais qui fournit
sa contribution au progrès de l’humanité. »38 Dans
son discours adressé au 16e Congrès, le ministre des Affaires
étrangères, Tang Jiaxuan, déclarait : «La Chine a
acquis dans le monde une position de grande puissance du socialisme aux caractéristiques
chinoises. »39
La Chine a vivement condamné l’agression de l’Otan contre
la Yougoslavie et elle critique également la nouvelle stratégie
de l’Otan et le fait qu’un certain nombre d’Etats ne respectent
pas la Charte des Nations unies et d’autres principes généralement
reconnus des relations internationales, sous le prétexte qu’ils
doivent défendre les droits de l’homme et l’humanisme. La
Chine se retourne contre les plans américains d’un programme de
défense du territoire des Etats-Unis contre des missiles assaillants
(Nationale Missile Defense) et d’une défense antimissile de théâtre
d’opération (Theatre Missile Defense), car ils sapent les efforts
visant à contrer la prolifération des armes de destruction massive.
La Chine condamne les attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre les
Etats-Unis. Mais, en relation avec les réactions à ce sujet, la
République populaire fait référence à la compétence
du Conseil de sécurité et le pays insiste sur le fait que les
mesures prises doivent servir la paix et la sécurité des peuples
et des Etats. La Chine a officiellement rejeté les déclarations
du président Bush à propos de « l’Axe du mal ».
Les relations entre les Etats doivent s’appuyer sur la Charte des Nations
unies, sur les cinq principes de la coexistence pacifique et sur l’égalité
de tous les pays. Cela seul assurera la stabilité et une paix durable.40
Un expert de l’Académie chinoise des Sciences militaires a déclaré
que la Chine résout les conflits en recourant à l’intelligence
et non à la violence.41
La République populaire s’est engagée activement afin d’empêcher
la guerre d’agression contre l’Irak et elle défend la paix
et la stabilité dans la péninsule coréenne. La Chine a
condamné la guerre des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et autres contre
l’Irak comme une agression, une violation du droit des peuples et une
marque de mépris à l’égard des décisions des
Nations unies. La Chine exige que soit immédiatement mis un terme à
l’invasion.
La Chine et les Etats-Unis
Vu la nouvelle situation géostratégique engendrée
par la défaite du socialisme en Union soviétique et dans les Etats
de l’Europe de l’Est, les relations entre la Chine et les Etats-Unis
se sont modifiées qualitativement. Le centre de gravité de la
politique étrangère américaine s’est déplacé
de l’Europe vers l’Asie. Les effets du bombardement de l’ambassade
chinoise à Belgrade, le 8 mai 1999, ne s’étaient pas encore
estompés que de nouvelles complications surgissaient déjà
lors de l’accession de George W. Bush à la présidence. Cette
même année, le Pentagone publiait une étude (Asia 2025)
d’où ressortait la conception selon laquelle l’Asie allait
constituer, dans un proche avenir, un danger potentiel pour les intérêts
des Etats-Unis. Au 21e siècle, l’Asie va devenir le centre de l’économie
mondiale et, par conséquent, le foyer de la rivalité entre les
grandes puissances. Cette analyse a engendré une nouvelle discussion
sur l’Asie, et particulièrement sur la Chine. Alors que l’ancien
président Clinton qualifiait encore les rapports entre l’Amérique
et la Chine de « partenariat stratégique », Bush, lui, parle
de « rivalité stratégique ». Selon l’ancien
ambassadeur américain aux Nations unies Richard Holbrooke, s’exprimant
dans Der Spiegel, le « refroidissement des rapports entre les Etats-Unis
et la Chine » est imputable à «l’idéologie,
l’histoire et les droits de l’homme », et non à l’un
ou l’autre danger pouvant émaner de la Chine. « La Chine
ne menace personne », déclarait Holbrooke, « la Chine est
une grande puissance asiatique en devenir, mais elle ne nous menace pas, ni
nous ni nos amis. »42 Il ne s’agit donc pas pour les Etats-Unis
de se défendre, ce qu’ils veulent, c’est tout simplement
dominer le monde.
De même, les déclarations à propos de Taiwan et du système
de défense antimissiles prévu en Asie portent la Chine à
croire que la politique des Etats-Unis à son égard, sous le président
Bush, va considérablement se durcir. Considérons maintenant l’incident
du 1er avril 2001, lorsqu’un appareil espion américain s’est
hasardé au-dessus des côtes de la Chine du Sud, lors d’un
vol de reconnaissance de longue distance (rien que le long de la côte
chinoise, les Etats-Unis mènent annuellement 400 vols d’espionnage).
La défense aérienne chinoise a envoyé deux avions de chasse
afin de protéger la frontière de l’Etat et sa propre souveraineté.
Il s’en est suivi une collision : l’avion américain a heurté
un appareil chinois, qui s’est écrasé. Le pilote chinois
a perdu la vie, l’appareil américain a été endommagé
et a opéré un atterrissage forcé sur la base aérienne
de Lingshui, dans l’île de Hainan. L’affaire a débouché
sur des pourparlers diplomatiques qui ont amené les Etats-Unis à
présenter leurs excuses pour cette violation de l’espace aérien
chinois, pour la perte de l’appareil chinois et pour la mort du pilote.
L’incident découle d’une conception stratégique des
Etats-Unis qui n’est pas sans dangers. Un journal de Hongkong écrivait
à ce propos : la collision est la conséquence fâcheuse des
tentatives des Etats-Unis de soumettre la planète tout entière
à leur contrôle politique.
L’attitude de Bush à l’égard de la Chine n’est
pas nouvelle. Certains analystes chinois soulignent que, déjà
depuis la défaite du socialisme en Union soviétique et dans les
pays de l’Europe de l’Est, c’est-à-dire depuis la fin
du monde bipolaire, les Etats-Unis développent vis-à-vis de la
Chine une politique que l’on peut qualifier de politique de « containment
», de défiance et de tentatives de faire s’écrouler
le pays. Selon ces analystes chinois, les spécialistes américains
s’étaient attendus à ce que les réformes chinoises,
orientées vers le marché, déclenchent de grands changements
dans le système politique et que la génération plus jeune
se tourne davantage vers l’Occident. Il s’est avéré
qu’il s’agissait d’illusions.
L’attitude du gouvernement américain vis-à-vis de la Chine
se heurte à quelque résistance dans les cercles politiques aux
Etats-Unis mêmes, mais également à l’étranger.
Pour leur politique de containment, les Etats-Unis avaient besoin du soutien
de l’Union européenne, du Japon et des Etats voisins de la Chine.
Ces pays, toutefois, n’ont aucun intérêt à «
contenir » la Chine.
Les analystes chinois résument la chose comme suit : la Chine est une
grande puissance régionale qui ne constitue aucun danger pour la sécurité
ou les intérêts économiques des Etats-Unis. Dans de nombreuses
questions mondiales et régionales – qu’il s’agisse
de la protection du système financier international, de la lutte contre
le terrorisme international, de la non-prolifération des armes nucléaires,
de la stabilité de la presqu’île coréenne –
la Chine et les Etats-Unis ont des intérêts communs. C’est
pourquoi ces analystes estiment que les Etats-Unis n’ont pas vraiment
l’intention de s’engager dans une confrontation avec la Chine. Ce
serait une grave erreur stratégique. Ils font également remarquer
que les investissements américains en Chine s’élèvent
à plus de 30 milliards de dollars et que la Chine est le quatrième
partenaire commercial des Etats-Unis. Si les Etats-Unis veulent lancer une nouvelle
guerre froide, contre la Chine en l’occurrence, cela pourrait nuire grandement
à leurs propres intérêts économiques en Chine. Le
gouvernement chinois se conduit de façon intelligente et vise les intérêts
à long terme. La meilleure façon de les servir, c’est d’éviter
qu’une nouvelle guerre froide se déclenche entre les deux Etats.43
La Chine et l’Union européenne
Les relations entre la Chine et les Etats européens
se sont fortement développées. La collaboration économique
est d’une grande importance (voir, par exemple, le projet germano-chinois
du Transrapid, un train suspendu, à Shanghai). A l’arrivée
de l’euro, le gouvernement chinois a décidé de transformer
une partie de ses réserves de devises en euros. Il y voit un important
élément économique du monde multipolaire. Des contacts
politiques réguliers à haut niveau, notamment avec la République
fédérale, font partie du large éventail des activités
internationales de la République populaire. Parfois, il y a des problèmes,
comme lors des contacts entre les Etats de l’Union européenne et
le dalaï-lama, ou en ce qui concerne Taiwan, ou encore en cas d’ingérence
dans les affaires internes de la Chine.
La Chine et le Japon
Le Japon est le plus important partenaire commercial de la
Chine. Les entreprises japonaises détiennent une grande part des investissements
étrangers en Chine.44 Les deux pays entretiennent des relations intenses
en tous genres.
En même temps, de nombreux problèmes existent : dans les manuels
scolaires et autres publications japonaises, la guerre du Japon contre la Chine
n’est toujours pas décrite comme elle devrait l’être.
Malgré les protestations chinoises, les hommes politiques japonais visitent
toujours le monument Yakusuni aux victimes japonaises de la guerre, même
si celles-ci ont été condamnées par la Cour de justice
internationale pour crimes de guerre. De même, l’attitude japonaise
dans la question de Taiwan, notamment, est génératrice de conflits.
La Chine et la Russie
Vu les modifications énormes de la situation internationale
ces dix dernières années, la Chine a décidé d’occuper
une position plus active sur le plan de la politique étrangère.
L’un des principaux éléments a été la nouvelle
politique à l’égard de la Russie, dans laquelle une plus
grande collaboration est recherchée. Dans les années qui ont précédé
la chute de l’Union soviétique, le climat était déjà
nettement meilleur et les problèmes de frontières avaient été
en principe résolus. Après de solides préparatifs, le Premier
ministre chinois a profité d’une visite officielle en Russie, le
16 juillet 2001, pour signer à Moscou un traité de bon voisinage,
d’amitié et de collaboration.
Il ne s’agissait nullement ici d’un pacte, mais bien d’importants
accords bilatéraux censés déboucher sur des relations plus
stables, dénuées de conflits. Dorénavant, les deux parties
s’appuient sur le principe de la coexistence pacifique, leurs frontières
communes constituant un point de rencontre au profit d’une paix durable
et de l’amitié entre les deux pays. La confiance doit s’installer
sur le plan militaire et les troupes concentrées dans les régions
frontalières doivent être réduites. Aucun des deux pays
ne peut participer à un pacte qui mettrait en danger la souveraineté,
la sécurité ou l’inviolabilité territoriale de l’autre.
Les deux pays affirment qu’ils cherchent à maintenir l’équilibre
stratégique du monde et à renforcer le rôle de l’Onu.
Au cours d’entretiens bilatéraux, les deux pays se sont engagés
en faveur d’un monde multipolaire, d’un nouvel ordre international
loyal et honnête, doté de stabilité, de démocratie
et d’absence de confrontations. A leurs yeux, des concepts tels qu’«
interventions humanitaires » et «souveraineté limitée
» ne sont que des tentatives pour saper la base du droit des peuples.
Tous deux réclament une répartition honnête des avantages
de la globalisation économique et de la croissance de l’économie
mondiale et ils veulent réduire le gouffre sans cesse grandissant entre
le Nord et le Sud.45
La situation internationale et la base des relations entre les deux Etats, après
l’effondrement de l’Union soviétique et la disparition de
l’ordre socialiste en Russie, se sont trouvées considérablement
modifiées. Le traité sino-russe en est une retombée sur
le plan du droit international public.
Etant donné le durcissement de la situation internationale, surtout en
raison de l’attitude du gouvernement Bush vis-à-vis de l’Irak,
la visite en Chine du président russe Poutine, en décembre 2002,
revêt une signification particulière. Les deux pays ont répété
leur point de vue selon lequel la question de l’Irak devait recevoir une
solution politique et diplomatique, sur base des résolutions des Nations
unies.
Un plus ample engagement dans la politique étrangère
Sur d’autres plans également, la République
populaire de Chine intervient avec plus de poids, compte tenu de la nouvelle
situation internationale. Quelques exemples :
• Sur l’initiative des Chinois, a eu lieu, en septembre 2000, la
première rencontre au sommet des cinq membres permanents du Conseil de
sécurité des Nations unies. La Chine s’est surtout engagée
en faveur de dossiers censés défendre les intérêts
des pays en voie de développement. La Chine s’emploie à
ce que les Nations unies jouent un rôle plus important et qu’elles
soient considérées comme l’autorité, l’institution
internationale par excellence des Etats souverains dans le traitement des affaires
internationales, notamment sur le plan de la paix et du développement.
• La Chine voudrait voir s’étendre le rôle de l’organisation
de développement de Shanghai (Chine, Russie, Kazakhstan, Tadjikistan,
Kirghizistan, Ouzbékistan). Cette organisation s’est constituée
en juin 2001, à partir du groupe des cinq (Chine, Russie, Kazakhstan,
Tadjikistan, Kirghizistan) et s’occupe de problèmes régionaux,
du développement de la collaboration régionale, de la lutte contre
le terrorisme, le séparatisme et le trafic de drogue. L’organisation
plaide en faveur de la paix, de la stabilité et de la sécurité
dans la région.
Toutefois, en raison de la collaboration étroite, surtout militaire,
de certains de ces pays avec les Etats-Unis qui, sur le plan stratégique,
sont manifestement hostiles à la Chine, une tendance inverse est apparue
dans la région.
• La Chine poursuit directement son travail d’amélioration
des relations sino-vietnamiennes, sur base de la normalisation officielle des
relations en 1991. En décembre 2000, le président de la République
socialiste du Vietnam effectuait une visite officielle en République
populaire de Chine. Des accords étaient signés, entre autres,
sur la démarcation des eaux territoriales et sur la pêche dans
les eaux séparant les deux Etats. Les deux pays échangent intensivement
leurs expériences dans le domaine des réformes et du développement
économique et il existe entre eux une large collaboration économique
et politique.
• En octobre 2000 a eu lieu à Beijing un forum sur la collaboration
sino-africaine, une délibération au sommet à propos des
stratégies de développement, de l’annulation des dettes
et d’un nouvel octroi de crédits. En œuvrant en faveur d’un
nouvel ordre politique et économique international, la Chine entend surtout
défendre les intérêts et les droits des pays en voie de
développement.
• En octobre 2001, s’est tenue à Shanghai une rencontre au
sommet de l’APEC (organisation en faveur de la collaboration économique
en Asie et dans la région du Pacifique), à laquelle participaient
les chefs d’Etat et de gouvernement de vingt pays. L’APEC joue un
rôle de plus en plus important dans l’économie mondiale.
Le contrôle des armements et le désarmement
En décembre dernier, le gouvernement chinois publiait
un livre blanc intitulé « Défense nationale 2002 ».
Ce livre blanc part de l’idée selon laquelle la stratégie
chinoise est orientée sur la défense de la sécurité
et de l’unité du pays. Une stratégie défensive, donc,
dans laquelle le pays vise une capacité opérationnelle plus élevée
de l’armée, compte tenu de l’état des technologies
avancées.
Les médias de divers pays ont qualifié de « caractéristique
» le fait que, l’an dernier, le budget militaire de la Chine a augmenté
de 17%. C’est un fait, certes, mais de telles informations donnent une
image déformée de la réalité. Considérons
les chiffres des dépenses militaires des pays ci-dessous et leur pourcentage
par rapport à leurs dépenses globales, en US dollars, pour l’année
2001 :
Etats-Unis
348 milliards
16,55%
Russie
9,1 milliards
18,35%
Allemagne
20,7 milliards
9,8%
Japon
40,5 milliards
5,98%
Chine
20,4 milliards
7,65%
Des dépenses militaires chinoises, 31,9% sont consacrées
à la solde des effectifs, 34,3% aux dépenses courantes et 33,8%
à l’équipement. Lorsqu’on examine tous les facteurs,
les dépenses de la défense nationale chinoise sont relativement
faibles. L’armée chinoise est forte de 2,5 millions d’hommes.
La Chine est favorable à une interdiction générale des
armes nucléaires et elle désire leur destruction complète.
La Chine s’engage à ne jamais recourir la première aux armes
nucléaires ni d’en menacer des pays et régions qui n’en
possèdent pas. La Chine souhaite que toutes les puissances nucléaires
traduisent ces mêmes engagements dans leur législation. L’arsenal
nucléaire chinois se limite au niveau minimal requis pour l’autodéfense
du pays (en Occident, on estime que les armes nucléaires chinoises représentent
5% de l’arsenal mondial en ce domaine).
La Chine s’oppose à la prolifération des armes de destruction
massive. Le pays a signé le traité de non-prolifération
et respecte tous ses engagements. Il existe un système de contrôle
interne des exportations nucléaires, conforme aux dispositions de l’IAEA46.
Les prescriptions chinoises en matière d’exportation de matières
fissiles et autres combustibles nucléaires n’accordent d’autorisation
qu’aux firmes spécialisées qui bénéficient
d’une décharge du gouvernement et de licences spéciales.
La Chine ne collabore pas avec les institutions nucléaires étrangères
échappant au contrôle de l’IAEA.
La Chine estime que le traité d’interdiction totale des essais
nucléaires constitue une étape importante dans le processus du
désarmement nucléaire. Elle faisait partie du premier groupe des
signataires du traité et elle a participé à tous les préparatifs
en vue de sa ratification. En compagnie de la communauté internationale,
la Chine est disposée à faire appliquer le traité le plus
rapidement possible. Le problème, c’est que, jusqu’à
présent, les Etats-Unis ne sont absolument pas disposés à
ratifier le traité parce qu’ils veulent pouvoir se livrer à
des essais avec ce qu’ils appellent les « mini-nukes » (mini-armes
nucléaires). La Chine fait partie des premiers signataires des conventions
relatives à l’interdiction des armes chimiques et biologiques.
Dans le sens de ces traités, elle a adopté des réglementations
internes en vue du contrôle de l’exportation des substances chimiques
et biologiques. Des organes spéciaux de l’Etat ont été
mis en place en vue de faire respecter les traités. La Chine s’est
soumise aux contrôles internationaux sur ce plan. Sur le territoire chinois,
se trouvent encore actuellement un grand nombre d’armes chimiques abandonnées
par les troupes japonaises durant la Seconde Guerre mondiale. Dans un mémorandum
commun aux deux pays, le gouvernement chinois, conformément aux traités
internationaux, exige que le Japon vienne procéder à l’enlèvement
de ces armes.
De tout temps, la Chine a été favorable à l’interdiction
générale et à la destruction massive des armes biologiques.
En 1984, le pays se ralliait à la convention relative à l’interdiction
des armes biologiques et, chaque année, il adresse un rapport aux Nations
unies sur la mise en application de cette convention.
La Chine a publiquement déploré qu’en 2001, les Etats-Unis
aient mis hors circuit le traité sur la limitation des systèmes
de missiles antibalistiques47. La Chine attache une grande importance au maintien
de la stabilité stratégique mondiale et du système de contrôle
international des armements, du désarmement et de la non-prolifération
des armes nucléaires, parce qu’il sert les intérêts
de tous les pays. La Chine s’inquiète du système de défense
anti-missiles pour les territoires en guerre (TMD) développé par
les Américains et qu’ils ont l’intention d’installer
en Asie du Nord-Est. Cela se traduira par une escalade dans l’armement
et constituera une menace pour la stabilité de la région. La Chine
est absolument opposée à ce que Taiwan soit impliqué de
quelque manière que ce soit dans le système TMD tel qu’il
est prévu de le mettre en place.
Afin de contrer la militarisation de l’espace, la Chine a émis
des propositions concrètes : il faut interdire d’envoyer des armes
dans l’espace et l’engagement d’armes (ou les menaces) contre
des objets gravitant dans l’espace doit faire l’objet d’une
conférence sur le désarmement.
Le problème de la prolifération des missiles bénéficie
d’une grande attention. La Chine est disposée à collaborer
à une initiative internationale de lutte contre ce phénomène.
Le pays participe aux discussions portant sur un code international de conduite
qui doit empêcher la multiplication des missiles balistiques et sur des
propositions en vue d’une « réglementation mondiale du contrôle
des missiles ». La Chine n’aide aucun pays à développer
des missiles balistiques susceptibles de servir comme porteurs d’armes
nucléaires et exerce un contrôle sévère sur l’exportation
de missiles, de matériel et de technologie qui peuvent servir à
la construction de tels engins. En août 2002, le gouvernement chinois
a fixé des dispositions en vue du contrôle sur l’exportation
des missiles guidés, de leurs composantes et des technologies qui s’y
rapportent.
En juillet 2001, la Chine a participé à la conférence des
Nations unies sur le commerce illégal des armes de format réduit.
Elle a également mis en pratique le programme d’action adopté
lors de cette conférence. En 1998, elle a ratifié le protocole
modifié relatif aux mines antipersonnel. Le pays s’est engagé
à ne pas exporter ce type d’armes. La Chine contribue aux efforts
internationaux dans le cadre d’opérations de déminage au
Cambodge, en Ethiopie, en Erythrée, au Mozambique, au Rwanda, en Namibie
et en Angola. En 2002, elle a libéré plus de 3 millions de dollars
en vue du déminage de l’Erythrée et du Liban. En Erythrée,
un groupe d’experts chinois est toujours au travail.
Septembre 2003
Né en 1938, Rolf Berthold
entreprend des études à l’Institut des Relations internationales
de Beijing et à l’Académie des Sciences politiques et de
Droit en RDA. De 1962 à 1990, il est collaborateur du ministère
des Affaires étrangères de la RDA. Ensuite, il est attaché
à l’ambassade de la RDA en République démocratique
de Chine et au Vietnam, chef de section en Chine et au Vietnam. De 1982 à
1990, il est ambassadeur de la RDA en République populaire de Chine.
Notes
1. Dans cette société semi-féodale
et semi-coloniale, de hauts fonctionnaires de l’Etat s’enrichissent
via la corruption et l’aliénation des deniers de l’Etat.
En compagnie de la bourgeoisie compradore et des grands propriétaires
fonciers, ils constituent les trois classes ennemies au sein de la révolution
national-démocratique. (Note d’Etudes Marxistes)
2. En juin 1941, le Comité central fixe la date du 1er juillet comme
journée officielle de la fondation du Parti.
3. La Chine avait été forcée de « louer » à
des conditions très défavorables des parties de son territoire
à l’Angleterre, la Russie et l’Allemagne, notamment pour
l’exploitation et le commerce. Ces portions occupées du territoire
chinois furent appelées des concessions. (Note d’Etudes Marxistes)
4. La date de début de la Seconde Guerre mondiale diffère. Pour
la Chine, nous pouvons, sans risque d’erreur, considérer qu’elle
a débuté avec l’agression japonaise, donc bien longtemps
avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, en 1939.
5. Avec le capital étroitement lié à l’appareil d’Etat.
Voir note 1.
6. Conférence des chefs de gouvernement de 29 pays asiatiques et africains
en avril 1955 à Bandung. Dans un programme en dix points, ils se déclarent
d’accord avec les principes de la coexistence pacifique et du droit à
l’autodétermination de chaque nation. Ils s’expriment contre
la politique impérialiste de l’oppression coloniale et des pactes
militaires. La Conférence de Bandung confère de nouvelles impulsions
importantes aux luttes de libération nationale.
7. Dans le texte original en allemand, il est ajouté : « entre
autres, une délégation du SED sous la direction de Walter Ulbricht
et une délégation du KPD sous la direction de Max Reimann. »
(Note d’Etudes Marxistes)
8. Histoire succincte du PCC, Beijing, 2001, p.119 (en chinois).
9. Ibidem, p.120.
10. « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles
de pensée rivalisent. »
11. La Révolution culturelle (de 1966 à 1978) fut une période
de divergences de vues internes à la fois complexes et très pénibles
au cours de laquelle on combattit surtout les éléments «
bourgeois ». Sur le fond, il s’agissait toutefois de divergences
de vues internes à propos de la stratégie de la voie socialiste.
12. Jiang Qing (épouse de Mao Zedong), Zhang Chunqiao, Wang Hongwen et
Yao Wenyuan.
13. Rotfuchs, janvier 2003.
14. Rapport du gouvernement au Congrès national du Peuple de mars 2002,
chin. internet.
15. Journal du Peuple, 18 novembre 2002 (en chinois).
16. Agence de presse Xinhua, 17 février 2000.
17. Voir Qiu Shi, 20/2000 : « Dans la mise en place d’une politique
démocratique, il convient de prendre comme point de départ la
situation concrète de la Chine – Critique sur la diffusion du point
de vue concernant la libéralisation démocratique occidentale ».
18. L’actuel Congrès national comprend 18,87% d’ouvriers
et de paysans, 21,05% d’intellectuels, 32,87% de cadres, 15,42% de membres
d’autres partis ou de sans parti, 8,98% de personnel de l’Armée
populaire de Libération, 1,17% de représentants de Hongkong, 0,40%
de Macao, 1,24% de Chinois qui sont rentrés de l’étranger,
21,81% sont des femmes, 14,37% appartiennent aux minorités nationales.
19. Ce que l’on peut lire dans la revue allemande Sozialismus (janvier
2003), à savoir que les entrepreneurs sont considérés «
exclusivement » comme des bâtisseurs du socialisme, ne concorde
pas avec la réalité. Vous ne trouverez jamais semblable explication
dans les textes chinois. C’est en vain que vous chercherez dans les documents
du Congrès chinois des affirmations disant qu’au sein du PC chinois,
il n’existe plus de classes, mais uniquement des catégories ou
couches, comme on peut le lire dans le journal allemand Junge Welt (24 janvier
2003). Dans le rapport au 16e Congrès, il est dit : « La classe
ouvrière, y compris les intellectuels et la grande masse des paysans,
constitue toujours la force fondamentale en vue du développement des
forces de production et de l’ensemble du progrès social de notre
pays. Les couches sociales qui sont nées du changement radical de société,
comme les managers et les techniciens des entreprises scientifico-techniques
individuelles et le personnel technique engagé par le capital étranger,
les petits indépendants, les entrepreneurs du privé, les agents
immobiliers et les professions libérales, participent tous à l’édification
du socialisme chinois. Il s’agit donc pour nous de collaborer avec des
gens provenant de différentes couches sociales qui contribuent à
l’épanouissement de la patrie, de stimuler leur envie d’entreprendre,
de protéger leurs droits et intérêts légaux, d’estimer
à leur juste valeur leurs éminents représentants, de créer
une situation dans laquelle tous les citoyens peuvent travailler au mieux de
leurs capacités, trouver la place qui leur convient et vivre dans un
esprit de concorde mutuelle. »
20. 37,3% d’entre eux habitent dans les villes et les communes, 62,7%
dans les campagnes.
21. Qiu Shi, 21/2000, « La théorie du socialisme scientifique est
une vérité absolument incontestable ».
22. Beijing Information, 40/1997
23. Les événements de la place Tien An Men.
24. Journal du Peuple, 18 novembre 2002 (en chinois).
25. Deng Xiaoping, Œuvres choisies, T.3, p.343 (en chinois).
26. Documents du 15e Congrès du PCC (en chinois).
27. Décembre 1978.
28. Beijing Information, 40/97
29. Journal du Peuple, 1er juillet 1999 (en chinois).
30. Qiu Shi, 18/2000, « S’en tenir de façon déterminée
à l’ordre économique fondamental du socialisme – Critique
de la conception de la privatisation de l’économie. »
31. Qiu Shi, 20/2000, « Dans la construction de la politique démocratique,
il faut partir de la situation concrète de la Chine – Critique
de la propagande en faveur du point de vue de la libéralisation démocratique
occidentale. »
32. Rapport au 16e Congrès, Journal du Peuple, 18 novembre 2002 (en chinois).
33. Journal du Peuple, 19 décembre 1998 (en chinois).
34. Journal du Peuple, 18 novembre 1998 (en chinois).
35. En fait certainement partie également la secte politique à
coloration religieuse Falungong, dont le siège principal est aux Etats-Unis.
36. Beijing Information, 40/1997.
37. Qiu Shi, 9/2000, « La tendance à la multipolarisation est devenue
irréversible ».
38. Ibidem.
39. China Internet Information Center, 19 novembre 2002.
40. Porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères,
China Internet Information Center, 4 février 2002.
41. China Internet Information Center, 1er août 2002.
42. Der Spiegel, 17/2001.
43. Beijing Information, 28/2000.
44. 5% des investissements japonais à l’étranger vont à
la Chine.
45. Journal du Peuple, 17 juillet 2001.
46. Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA)
47. Traité ABM (Anti-Ballistic Missile), jadis conclu entre les Etats-Unis
et l’Union soviétique.