Revue n° 64, date de publication: 2003-11-01 Copyright © EPO, Etudes marxistes et auteurs
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La Chine sur la voie du socialisme |Archive EM|


Rolf Berthold

Avant-propos

Aujourd’hui, la République populaire de Chine est considérée dans le monde entier comme un pays où se sont accomplis des développements d’une grande importance sur le plan historique. Ceux qui voyagent en Chine avec les yeux ouverts et sont disposés à se forger une image objective constatent d’impressionnants changements. La Chine est en voie de devenir un pays moderne qui a surmonté des siècles de retard et de pauvreté.
Les participants au 16e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), en novembre 2002, estimaient que les conditions de vie du peuple avaient atteint un « niveau de prospérité modeste ». Ce congrès était placé sous le signe de la réussite du développement socialiste en Chine et des conclusions que tire le PCC de la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est. L’organe le plus élevé du Parti organise ces rencontres tous les cinq ans, non pas pour abreuver les médias d’informations spectaculaires, mais bien pour réfléchir et se concerter sur les problèmes fondamentaux que rencontre la Chine dans son évolution vers le socialisme. La détermination à suivre cette voie était également manifeste lors de ce congrès. La direction du Parti sait très bien quelle responsabilité est la sienne vis-à-vis de l’avenir du pays et du sort du socialisme en général.
Lors du congrès, la direction a mis en exergue les importants progrès réalisés par le pays, progrès reconnus par tous les observateurs internationaux objectifs et dont bénéficient en premier lieu les Chinois eux-mêmes. Mais elle a également abordé avec une grande ouverture d’esprit les questions et problèmes urgents. De nombreuses suggestions ont été formulées à cette occasion même si, pour de nombreuses questions, on ne peut en fait proposer de solutions toutes faites. Il existe des circonstances spécifiques qui font du choix de la Chine pour le socialisme une entreprise à la fois audacieuse et compliquée. Des forces étrangères tentent par des moyens politiques, idéologiques et économiques de la détourner de la voie qu’elle s’est tracée. L’économie mondiale exerce une grande influence. De graves conflits internationaux font rage. Le retard de la Chine a fortement diminué, mais il n’est pas encore entièrement résorbé. Des catastrophes naturelles se produisent. Dans son propre pays, l’Etat doit se défendre face à des activités hostiles, comme le séparatisme des dirigeants de Taiwan, qu’il ne faut pas sous-estimer. Aussi, la question de savoir comment le Parti pouvait le mieux s’armer pour affronter les situations compliquées s’est-elle posée en tout premier lieu.
Il n’est, dans le monde actuel, aucune force politique qui ne tienne compte de la Chine. Les peuples de nombreux pays du tiers monde espèrent y trouver une solution aux problèmes qu’engendrent la domination politique, économique et militaire des puissances impérialistes, le gouffre sans cesse croissant entre les nations riches et les nations pauvres et leurs propres problèmes économiques et politiques non résolus. Les communistes et les socialistes de tous les pays se réjouissent des progrès historiques de la République populaire de Chine sur la voie du socialisme. Ils espèrent que les succès qu’elle rencontre vont donner corps à l’alternative historique au capitalisme – qui peut de moins en moins cacher que l’histoire le rattrape, malgré son apparente marche triomphale à l’issue de la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est.

Dans sa lutte complexe pour le progrès social et le bien-être de son milliard et trois cent millions d’habitants, la Chine apprécie la solidarité et la sympathie des communistes. Dans le camp de la bourgeoisie, les points de vue sont divers. Certains éprouvent du respect envers les réalisations du peuple chinois, d’autres espèrent que l’épanouissement économique de la Chine pourra sauver les entreprises des Etats capitalistes, voire même des pays tout entiers, du déclin économique. D’autres encore craignent l’alternative historique que représente la Chine et élaborent une stratégie visant à la détourner par tous les moyens de la voie socialiste qu’elle s’est choisie.
Quand on examine les informations internationales relatives à la Chine, on remarque que tant la presse bourgeoise que les publications de gauche ont des difficultés à évaluer de façon objective et réaliste les développements que connaît ce pays. Tout le monde reconnaît le progrès économique, mais chacun l’explique d’une manière différente. Ainsi, la Chine aurait « renoncé » au système communiste, elle aurait restauré le capitalisme et réintégré l’économie capitaliste mondiale et c’est à cela qu’elle devrait son succès. Les problèmes encore existants proviendraient du fait que l’on n’aurait « pas encore » renoncé totalement au système socialiste. Nombreux sont ceux qui exigent qu’après les réformes économiques, on entame désormais des « réformes politiques » : la Chine doit renoncer au monopartisme, introduire la démocratie, adopter les valeurs occidentales, etc.

Il est sans doute malaisé de procéder à une évaluation tout à fait correcte de la situation en Chine, mais celui qui tente de le faire en profondeur et sans parti pris, tout en tenant compte que la situation concrète en Chine est autre que ce qu’on imagine en Europe, se forgera facilement une image objective.
Le PC chinois a tiré des conclusions profondes de ses erreurs et des événements de la fin des années 80 et du début des années 90. Il précise toutefois qu’il ne dispose pas encore de solutions absolues pour l’avenir. Autour des réformes et de la modernisation qui se poursuivent, de nouvelles questions surgiront auxquelles il faudra trouver des réponses. Loin d’être rectiligne, la politique de réforme et d’ouverture connaît une évolution complexe. Il existe dans ce processus des éléments qui, si on ne les considère pas dans leur ensemble, si on ne les intègre pas à la stratégie, peuvent constituer une menace directe pour le socialisme. Certaines réformes ne satisfont pas et sont sujettes à des corrections. Il existe aussi des forces qui seraient prêtes à abandonner la voie socialiste. Ajoutons encore à cela que, dans la période initiale du socialisme, même si les rapports politiques de force sont clairement établis, peuvent surgir des tendances qui dévient de la voie socialiste, d’autant que la société socialiste ne peut se développer spontanément, mais uniquement sous la direction du Parti. Quelle que soit l’importance de certains aspects du développement, il importe de voir en permanence le contexte et de ne pas commettre l’erreur, à chaque problème qui surgit, de proclamer directement que « la Chine abandonne le socialisme ».
Consciemment, la direction du PC chinois n’a pas tenté de formuler une définition du nouveau modèle socialiste occupé à se mettre en place. C’est une tout autre attitude que celle des théoriciens qui voient les problèmes de façon compartimentée et sont aveugles à ce que le Parti chinois a réalisé sur le plan politique, notamment, dans la période qui a suivi 1989-1990.
La pratique a démontré que la voie empruntée par le PC chinois depuis le début de la réforme est fondamentalement correcte. Dans le développement de son socialisme, la Chine a pris, pour corriger certaines erreurs, des mesures qui ont donné d’énormes impulsions au développement économique et social. Ces mesures ont défendu le socialisme et ne s’en sont pas écartées. Ce qui se passe en Chine est la preuve que la société socialiste est capable de corriger ses défauts et de se perfectionner, à condition que ce processus soit mené de façon responsable et qu’il soit protégé des attaques des forces réactionnaires, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Un élément essentiel de la politique efficace du PC chinois est qu’il s’inscrit de façon responsable dans sa propre histoire. L’une des expériences les plus importantes des communistes chinois est celle-ci : la critique de son propre passé, de ses propres erreurs, doit partir de principes et se faire en profondeur, mais elle ne doit en aucun cas être autodestructrice et il faut, en outre, qu’elle soit orientée vers l’avenir. Une attitude responsable vis-à-vis de ses propres erreurs requiert également la force de reconnaître ce qui est correct dans ce que l’on a fait et de ne pas prendre ses distances vis-à-vis de son propre passé. A ce propos, Deng Xiaoping a déclaré que le point de vue du PC chinois en ce qui concerne l’évaluation de Mao Zedong et de son idéologie ne concerne pas seulement Mao Zedong, mais est indissociablement lié au Parti et à toute l’histoire du pays. « Cela revient à ce que nous nous en tenions à ce qui était correct chez le camarade Mao Zedong et à ce que nous corrigions ce en quoi il s’était trompé. Corriger ces erreurs ne signifie pas que nous devions nier tout ce qui s’est passé. Non, nous devons considérer comme des expériences les conséquences de ces erreurs, de sorte que nous puissions nous en servir pour faire mieux à l’avenir. »
La Chine ne connaît pas encore le socialisme dans son achèvement, elle est en route vers le socialisme. De même, les expériences chinoises confirment que les modèles socialistes de la première phase, la phase initiale, n’étaient pas en mesure, en réalité, de bâtir durablement une nouvelle société qui soit supérieure au mode de production capitaliste, bien qu’elle ait effectivement éliminé des situations historiquement arriérées, dommageables pour la majorité du peuple et qu’elle ait contribué à rompre la spirale des crises qui conduisent aux guerres. Sur la route qu’elle a empruntée depuis 1949, la Chine a dû surmonter des contrecoups mais, durant ce processus, les conditions sociales ont été créées qui libéraient la voie vers le socialisme. On ne peut donc pas dire que la pensée socialiste a failli dans la pratique sociale. En Europe, le socialisme a subi une défaite aux conséquences lourdes, mais il ne s’agissait nullement de la défaite de l’idée même du socialisme.
La Chine indique qu’il existe une issue aux ravages provoqués par la domination mondiale du capital, elle génère l’espoir d’une perspective socialiste. Le capitalisme actuel parvient de moins en moins à cacher qu’il est incapable de résoudre les problèmes mondiaux de plus en plus nombreux : les catastrophes sociales qui frappent un nombre sans cesse croissant de pays, la violence, les guerres qui se multiplient, le fossé qui s’élargit dangereusement entre le Nord et le Sud, la destruction de l’environnement, le gaspillage irresponsable des matières premières non renouvelables… L’appel à élaborer une alternative viable au capitalisme a de plus en plus d’écho. Aussi est-il d’une grande importance d’établir le bilan de la République populaire de Chine et de ce qui se passe aujourd’hui dans ce pays.

1. La lutte du Parti Communiste de Chine jusqu’au moment de l’instauration de la République populaire

Depuis sa fondation, le 1er juillet 1921, le Parti communiste chinois s’est développé pour devenir un parti marxiste qui compte aujourd’hui 65 millions de membres et dispose d’un inestimable trésor d’expériences. Le chemin parcouru a été difficile et parsemé de sacrifices, mais il a conduit à la victoire. La révolution bourgeoise-démocratique de 1911, sous la direction de Sun Yat-sen (Sun Zhongshan), n’avait pas réussi dans sa mission : la Chine était restée un pays semi-féodal et semi-colonial. Après le renversement de l’empereur, le pouvoir tombe aux mains de dirigeants militaires locaux qui se font mutuellement la guerre. La Chine glisse dans la guerre civile et le chaos. Le gouvernement central n’a plus guère de pouvoir. La révolution russe d’Octobre 1917 va inspirer le peuple chinois. A Beijing, des intellectuels se rassemblent, très enthousiastes envers cette révolution d’Octobre, et ils optent pour l’idéologie communiste. Parmi leurs représentants de premier plan, se trouvent les professeurs Li Dazhao et Chen Duxiu. Le bibliothécaire Mao Zedong fait lui aussi partie du groupe.
Le traité de paix qui suit la Première Guerre mondiale (le traité de Versailles) confie les territoires et privilèges coloniaux allemands au Japon et non à la Chine. En 1919, la Chine voit naître un grand courant de protestation patriotique contre ces mesures, le Mouvement du 4 Mai. Il est dirigé par le groupe de Li Dazhao et les étudiants y jouent un grand rôle. Ce premier grand mouvement anti-impérialiste en Chine permet au mouvement ouvrier chinois de faire connaissance avec le marxisme-léninisme. C’est la première fois que la classe ouvrière chinoise intervient en tant que force politique indépendante. Avec le Mouvement du 4 Mai débute pour la Chine une révolution néo-démocratique. Mao Zedong la définit en avril 1948 comme « la révolution des masses populaires dirigées par le prolétariat contre l’impérialisme, le féodalisme et le capital bureaucratique1 ».
En 1920 et 1921, apparaissent à Shanghai et dans d’autres endroits de Chine des groupes communistes qui étudient et diffusent le marxisme et qui organisent des grèves et d’autres actions ouvrières. Le 23 juillet 1921 se tient à Shanghai le premier Congrès du Parti communiste chinois. Treize représentants de diverses régions du pays y représentent les 53 membres du Parti. Y participent également deux représentants de l’Internationale communiste. Le Congrès adopte le programme du Parti et lui choisit un nom : Parti communiste chinois. Il organise l’élection d’un bureau central qui va diriger le Parti, avec Chen Duxiu comme secrétaire. Le programme comprend la soumission de la bourgeoisie et l’instauration de la dictature du prolétariat. La police ayant eu vent de ce rassemblement illégal, la séance de clôture se tient à bord d’une jonque, sur un lac des environs de Shanghai.2 Parmi les tâches cruciales, dès l’issue du Congrès, figurent le développement du travail syndical ainsi que le travail du Parti au sein des entreprises.
En juillet 1922, le second Congrès se tient à Shanghai. Il y est décidé que le Parti, dans la situation de l’époque, doit placer en tête de son agenda les tâches suivantes : mettre un terme à la guerre civile, renverser les dirigeants militaires, libérer la Chine de l’oppression de l’impérialisme étranger, forcer l’indépendance complète du peuple chinois et transformer une Chine unifiée en une république véritablement démocratique. Après le Congrès du Parti, le mouvement ouvrier chinois connaît un premier apogée, avec plus d’une centaine de grèves, grandes et petites.
Au début des années 20, les grandes puissances européennes et les Etats-Unis interviennent de façon de plus en plus colonialiste en Chine. La rivalité entre les dirigeants militaires s’exacerbe, la situation interne se mue en un véritable chaos. Sun Yat-sen a organisé le Guomindang (le parti nationaliste), fondé en 1912, et mis en exergue « les trois principes du peuple » : l’indépendance nationale du peuple, le gouvernement par le peuple, la prospérité pour le peuple. Il reçoit le soutien de la Russie soviétique qui, immédiatement après la révolution d’Octobre, a déclaré nuls tous les traités iniques conclus entre la Russie et la Chine. Le Parti communiste choisit de lancer un front uni avec le Guomindang, sous la direction de Sun Yat-sen.
Le troisième Congrès du PCC a lieu à Guangzhou (Canton), en juin 1923. Il décide que les membres du PCC peuvent s’affilier au Guomindang en tant qu’individus et qu’il y aura un front uni entre le PCC et le Guomindang. En janvier 1924, a lieu le premier Congrès du Guomindang. Les trois nouveaux « principes du peuple » sont désormais les suivants : alliance avec la Russie soviétique, alliance avec le Parti communiste et soutien aux paysans et aux travailleurs. A la direction du Guomindang sont élus des communistes. A partir de Canton, le front uni entreprend avec succès des actions militaires contre les détenteurs du pouvoir féodal et contre les concessions3 des Etats impérialistes. En Chine du Sud se constitue un vaste mouvement paysan.
Après la mort de Sun Yat-sen en 1925, apparaît au sein du Guomindang, et avec le soutien des forces étrangères et de la grande bourgeoisie chinoise, une aile droite sous la direction de Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi). Fin 1925, les communistes se font exclure du Guomindang. En avril 1927, à Shanghai, Tchang Kaï-chek prend les armes contre les syndicats et les institutions du Parti. En juillet, le Guomindang rompt officiellement avec le Parti communiste et invalide les trois principes du peuple. Des milliers de communistes sont arrêtés et assassinés, le premier front uni est brisé. Après ce putsch, Tchang Kaï-chek fonde le gouvernement national de Nanjing (Nankin), une dictature des propriétaires terriens et de la bourgeoisie. Il scelle un traité avec les puissances impérialistes et mène avec ses troupes une lutte sanglante contre les communistes et les autres forces révolutionnaires. La révolution chinoise subit une défaite.
Contre les mesures du Guomindang, le Parti communiste organise en 1927 trois grandes insurrections. Les habitants de Guangzhou (Canton) proclament une Commune qui est écrasée dans le sang. Le même sort scelle l’insurrection de Nanchang, le 1er août. Ce jour sera proclamé journée de la fondation de l’Armée rouge des ouvriers et des paysans. L’Internationale communiste estime qu’étant donné la situation, le centre de gravité doit être la poursuite de la révolution dans les grandes villes. Mais la direction du Parti tire une tout autre conclusion des défaites subies dans la lutte : la situation concrète de la Chine exige que le Parti se concentre davantage dans les campagnes et chez les paysans. La stratégie du Parti durant cette période suscita longtemps encore des débats. Lors d’une séance du Comité central en août 1927, la direction du Parti décide que la réforme agraire et la résistance armée contre la réaction du Guomindang constituent les principales missions, vu les circonstances du moment. Fin 1927, sous la direction de Mao Zedong, la première base révolutionnaire est constituée dans le territoire de Jinggangshan (province de Jiangxi). A partir de là, les forces militaires du Parti vont considérablement s’étoffer. En 1930, elles comptent plus de 100.000 soldats. D’autres bases révolutionnaires sont installées et le Parti développe une stratégie visant à encercler les villes à partir de la campagne. Dans ces nouvelles bases et dans les territoires libérés, le Parti mène une réforme agraire, tâche fondamentale de la révolution démocratique en Chine. En novembre 1931, le gouvernement central provisoire de la République soviétique chinoise est instauré, sous la direction de Mao Zedong.
En 1930 et 1931, Tchang Kaï-chek dirige plusieurs opérations militaires contre les bases révolutionnaires, mais les troupes du PCC, menées par Mao Zedong, repoussent les attaques. En octobre 1934, après une nouvelle offensive de Tchang Kaï-chek, avec plus d’un demi-million de soldats et le soutien de conseillers militaires étrangers (dont des Allemands), le territoire soviétique de Jinggangshan doit être abandonné. Des divergences de vues au sein de la direction du Parti quant au cours futur des choses pèsent toutefois également dans la balance.
C’est alors que débute la Longue Marche. Lors d’une conférence dans la ville de Zunyi (province de Guizhou), en janvier 1935, le nœud est tranché : la ligne du délégué de l’Internationale communiste, Otto Braun, est corrigée et c’est celle de Mao Zedong, favorable à la Longue Marche, qui est validée.
L’agression japonaise contre la Chine, au cours de la Seconde Guerre mondiale4, rend la situation encore plus pénible pour le PCC. Le 18 septembre 1931, des années avant qu’éclate la Seconde Guerre mondiale en Europe, les troupes japonaises déclenchent une offensive de grande envergure contre le Nord-Est de la Chine et, en 1932, elles fondent l’Etat vassal du « Mandchoukouo ». En 1935, les troupes japonaises progressent du Nord-Est vers la Chine du Nord. Lors d’une réunion extraordinaire, en décembre 1935, le Bureau politique du Comité central du PCC décide de constituer un front national uni de résistance contre le Japon. Cette tactique séduit deux généraux du Guomindang. En 1936, ils prennent Tchang Kaï-chek en otage (l’incident de Xi’an). Lors des négociations, Tchang Kaï-chek est forcé d’accepter ce front d’unité. Le 7 juillet 1937, le Japon lance une offensive contre Beijing, en août il attaque Shanghai et en décembre Nanjing. En septembre 1937, le Guomindang accepte officiellement de collaborer avec le Parti communiste. Le PCC est légalisé, le front national de résistance contre le Japon est officiellement constitué. Mais il n’en sort aucune action militaire coordonnée, de sorte que le Japon peut poursuivre sa marche en avant. L’armée du Guomindang mène même de nouvelles actions armées contre les forces militaires du PCC qui, depuis la fin de la Longue Marche, en 1937 (plus de 12.500 km, à travers onze provinces), a installé son quartier général à Yan’an, dans la province de Shaanxi. Les circonstances sont très défavorables, les pertes importantes. Néanmoins, les forces combattantes du Parti communiste parviennent à faire front contre la pression de l’armée japonaise et la politique du Guomindang. Dans les territoires occupés par les troupes japonaises, l’Armée rouge mène une guerre héroïque de partisans.
Avec l’agression de l’Allemagne fasciste contre l’Union soviétique et l’attaque japonaise contre la base américaine de Pearl Harbor, le 7décembre 1941, la Seconde Guerre mondiale prend une ampleur considérable. Le 1er janvier 1942, 26 Etats – parmi lesquels l’URSS, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et la Chine – signent à Washington la « Déclaration des Nations unies » par laquelle ils s’engagent à poursuivre ensemble la lutte contre le fascisme.
En Orient, le champ de bataille chinois va devenir le principal théâtre de la guerre antifasciste mondiale.
Du 23 avril au 11 juin 1945, le PCC tient son 7e Congrès à Yan’an. C’est là que sont élaborés la ligne politique pour assurer la victoire sur les agresseurs et un plan pour l’instauration d’une Chine nouvelle.
Les 6 et 9 août 1945, les Américains larguent deux bombes atomiques sur le Japon et, le 9 août, les troupes soviétiques pénètrent dans le Nord-Est de la Chine et remportent une victoire totale sur l’armée japonaise de Guandong, forte de 700.000 hommes. Le 15 août 1945, le Japon capitule sans conditions. Rien qu’en Chine, l’agression japonaise a fait 25 millions de victimes et a provoqué des pertes matérielles colossales.
La victoire au cours de la guerre de résistance contre le Japon pose les bases de la victoire de la révolution néo-démocratique en Chine.
Du 29 août au 10 octobre 1945, des pourparlers de paix entre le Guomindang et le PCC se tiennent à Chongqing (province de Sichuan, où siégeait le gouvernement Guomindang durant l’occupation japonaise). La délégation du PCC est dirigée par Mao Zedong et Zhou Enlai. Les négociations se soldent par un traité de paix dans lequel le Guomindang reconnaît le statut légal du PCC. Un accord relatif à la construction pacifique du pays est conclu et la convocation d’une conférence politique consultative est décidée. Le 10 janvier 1946, le Guomindang et le Parti communiste signent un armistice. Le même jour, la conférence politique consultative se réunit à Chongqing. Sur l’initiative du Parti communiste, la conférence approuve une série de documents : un programme en vue de la construction pacifique du pays, une déclaration de principe sur la paix et la démocratie ainsi que des déclarations qui annoncent la fin de la dictature du Guomindang, en même temps que la fin de la guerre civile.
Mais Tchang Kaï-chek rompt les accords. Le 26 juin 1946, ses troupes attaquent les régions libérées dirigées par le Parti communiste et déclenchent une nouvelle guerre civile qui va toucher la totalité du pays. L’armée du PCC se défend avec succès et, à la mi-1947, elle passe à la contre-attaque. Dans les territoires libérés, les communistes appliquent des réformes agraires. Fin 1948, début 1949, le gros du Guomindang est défait au cours d’importantes batailles. Le 23 avril 1949, l’Armée populaire de Libération occupe Nanjing, le centre de pouvoir du Guomindang, et déclare qu’il est ainsi mis un terme au pouvoir de ce parti. Ce qui reste de l’armée et du gouvernement du Guomindang s’enfuit à Taiwan.
Du 21 au 30 septembre 1949, la conférence politique consultative du peuple chinois se réunit à Beiping (l’ancien nom de Beijing) et rédige le « Programme commun de la Conférence politique consultative du Peuple chinois ». La révolution néo-démocratique est victorieuse sur toute la ligne.

2. L’édification socialiste en Chine de 1949 à 1978

Le 1er octobre 1949, sur la place Tien An Men de Beijing, Mao Zedong proclame la République populaire de Chine. C’est une grande victoire du peuple chinois et un événement d’une portée internationale considérable. Dans la foulée immédiate de la fondation de la République populaire, la Chine engrange les succès : le pays élimine les conséquences des dizaines d’années de guerre civile et de l’agression japonaise au cours de la Seconde Guerre mondiale ; le nouvel Etat tourne définitivement la page du semi-colonialisme et du semi-féodalisme. Pas à pas, la Chine applique des réformes socialistes, s’attelle à sa reconstruction et accroît le niveau de vie de sa population.
Peu après la proclamation de la République populaire, les relations diplomatiques avec l’URSS et les démocraties populaires sont rétablies. En 1950, la Chine et l’URSS concluent un traité d’amitié, de collaboration et d’assistance réciproque qui va durer trente ans. Durant ces premières années, on assiste à une étroite collaboration avec l’Union soviétique et les autres pays socialistes, lesquels proposent leur aide internationaliste au développement économique de la République populaire.
Dans son agenda, le Parti insiste tout particulièrement sur l’urgence de la consolidation du pouvoir populaire et du rétablissement de l’économie. La Chine est confrontée à de grands défis : balayer les restes des troupes du Guomindang, reprendre la direction des territoires qui viennent d’être libérés, stabiliser l’ordre social et développer de nouvelles institutions économiques. Sur le plan international, l’Etat doit faire face aux Etats-Unis, qui tentent d’isoler la Chine nouvelle, de la cerner et de la bloquer. Lors de la guerre de Corée, qui éclate en 1950, la Chine prend directement position contre les Etats-Unis.
Le Parti se donne pour tâche de transformer la Chine, qui compte alors 542 millions d’habitants, et, d’Etat agricole qu’elle est, faire un Etat industriel. L’attention doit donc se déplacer des campagnes vers les villes. En mars 1950, le Comité central du PCC décide de centraliser toutes les rentrées financières du pays ainsi que la gestion des matières premières. De cette manière, le gouvernement peut stabiliser les prix et faire cesser l’inflation.
Sur le plan militaire, l’Armée populaire de libération fait une percée dans les régions où se trouvent encore des restes des troupes du Guomindang. En juillet 1950, l’armée régulière du Guomindang, qui comptait encore 1,3 million d’hommes, est vaincue.
Dans le domaine politique, les pleins pouvoirs sont instaurés dans les territoires récemment libérés. Le capital bureaucratique5 est exproprié. Les entreprises ainsi récupérées posent les fondations de l’industrie d’Etat. De 1950 à 1953, la réforme agraire est menée dans les territoires récemment libérés, où vit la moitié de la population chinoise. Les paysans qui, jusque-là, ont toujours vécu et travaillé sous l’asservissement féodal, reçoivent l’usufruit des terres des grands propriétaires fonciers. Fin 1952, la production industrielle et agricole dépasse déjà le niveau le plus élevé jamais atteint avant la libération. Les revenus et dépenses de l’Etat sont en équilibre, les prix sont stables et le niveau de vie de la population est manifestement plus élevé : des conditions favorables, donc, à l’instauration d’une économie planifiée.
En 1953, le Parti proclame les lignes directrices de la période de transition : étape par étape, au cours d’une période relativement longue, réaliser l’industrialisation socialiste du pays et appliquer la transformation socialiste de l’agriculture, des petites entreprises artisanales et de l’industrie et du commerce capitalistes. Dès 1953 prend effet le premier plan quinquennal. C’est de cette même année 1953 que datent les résolutions concernant la collectivisation progressive de l’agriculture. A la fin de l’année 1956, 96,3% des paysans sont membres d’une coopérative agricole. Les petites entreprises artisanales rallient elles aussi des sociétés coopératives, lesquelles revêtent les formes les plus diverses. A la même époque, 92% des artisans font partie de l’une ou l’autre de ces coopératives. Quant à la transformation des entreprises capitalistes de commerce et d’industrie, elle s’effectue de façon distincte. Fin 1956, 99% des entreprises industrielles privées et 82% des commerciales ont un statut mixte (Etat/privé) ou ont été transformées en coopératives. Les objectifs du premier plan quinquennal sont atteints en 1957.

En septembre 1954, se réunit pour la première fois l’Assemblée populaire nationale de la République populaire de Chine (le parlement). Désormais, elle sera l’organe suprême du pouvoir d’Etat en Chine. Par ailleurs, la Conférence consultative politique du peuple chinois joue un rôle important en tant qu’organe de concertation. Lors de la première session, l’Assemblée populaire nationale adopte la Constitution. On y trouve ce qui suit : « S’appuyant sur les organes de l’Etat et sur les forces sociales, au moyen de l’industrialisation socialiste et de la transformation socialiste, la République populaire de Chine se porte garante de la suppression progressive d’une société basée sur l’exploitation, de même qu’elle garantit l’instauration de la société socialiste. »

En avril 1954, lors d’une conférence qui se déroule à Genève, la Chine, l’Union soviétique, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France délibèrent sur la question de la Corée et celle de l’Indochine. C’est la première conférence internationale importante à laquelle participe la Chine en tant que l’une des cinq grandes puissances. En juin 1954, Zhou Enlai visite l’Inde et la Birmanie. Un accord intervient sur cinq principes de coexistence pacifique pouvant servir de base aux relations entre deux Etats : le respect mutuel de leur souveraineté et de leur inviolabilité territoriale, la non-agression des deux côtés, la non-ingérence réciproque dans les affaires intérieures, l’équivalence et le profit réciproque, la coexistence pacifique. Ces principes forment une composante importante des conclusions de la Conférence de Bandung en 1955.6
En septembre 1956 a lieu le 8e Congrès du PC chinois. Nombre de délégations étrangères y sont invitées.7 Zhou Enlai y présente le second plan quinquennal qui doit être appliqué dès 1958. Les discussions portent sur la construction du Parti, maintenant qu’il est au pouvoir, sur le centralisme démocratique et la direction collective. Le congrès s’exprime contre le phénomène du culte de la personnalité et en faveur du développement de la démocratie interne et de la consolidation des liens entre le Parti et le peuple. Le PCC « n’est toutefois pas d’accord avec le rejet complet de la lutte pour le socialisme telle qu’elle a été menée par le Parti et par le peuple de l’Union soviétique sous la direction de Staline ».8 Selon le PCC, il est d’une grande importance pour les partis marxistes de tous les pays, et pour le Parti chinois également, de discuter ouvertement et honnêtement de la question de Staline. C’est nécessaire, estime le Parti, pour mettre fin à la confiance aveugle en d’autres partis ou dirigeants, de sorte que les communistes des autres pays puissent réfléchir librement sur la direction que doit emprunter la révolution et sur la manière dont ils vont construire le socialisme, compte tenu des circonstances existant dans leur propre pays. Mao Zedong l’a expliqué en son temps: l’idée la plus importante que le 20e Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) nous a apportée, c’est que nous devons penser par nous-mêmes, que nous devons examiner les problèmes sous toutes leurs facettes afin de savoir comment nous devons agir en conformité avec la situation chinoise. Nous devons également chercher minutieusement de quelle façon nous allons aborder concrètement la construction du socialisme en Chine.9
Les conclusions du 8e Congrès du PCC sont encore toujours jugées positivement dans l’historiographie chinoise. Mais ensuite, estime-t-on aujourd’hui, des erreurs graves ont été commises dans l’évaluation de la situation et dans la définition de la ligne politique.

En 1958, après la seconde session du 8e Congrès, le PCC suit un développement accéléré. La « campagne des cent fleurs »10, le « mouvement pour l’amélioration du style de travail » et la lutte engagée contre les « éléments de droite » débouchent sur des divergences de vues croissantes sur le plan politique. Ici jouent également les effets du 20e Congrès du PCUS et l’attitude de refroidissement progressif entre l’Union soviétique et la Chine. Le « Grand Bond en avant » et l’instauration des « Communes populaires » occasionnent de graves dégâts économiques et politiques. La baisse vertigineuse de la production céréalière et la famine qui s’ensuit en 1960-61 montrent clairement qu’il faut procéder à des corrections. Début 1962, la campagne du Grand Bond en avant est en principe arrêtée.
Entre 1962 et 1966 (le début de la Révolution culturelle), le développement économique prend un nouvel élan. De 1958 à 1965, pas moins de 531 projets, grands et moyens, sont menés à bien, parmi lesquels des aciéries, des mines, des centrales électriques, des entreprises pétrochimiques et des usines pour la production de pièces de machines, ainsi que des usines de construction aéronautique et de camions. D’importants forages pétroliers sont effectués. Dans la décennie qui va de 1956 à 1966, 8.000 km de voies ferrées sont posés. Cette période se caractérise par la détérioration des relations entre la Chine, d’une part, et l’Union soviétique et les autres pays socialistes d’autre part, et par des différends entre partis. Cette détérioration débouche sur la rupture des relations entre partis, la cessation de l’aide économique et même des conflits militaires. Ces différends ont fortement nui au socialisme. Ils ont entravé les possibilités de démontrer la supériorité du socialisme dans la lutte contre le capitalisme et d’élaborer de nouvelles stratégies dans le but de mener à bien l’édification socialiste.
1966 voit le déclenchement de la Révolution culturelle11. Tout le pays est plongé dans le chaos. Le danger est bien réel de voir la Chine perdre tout ce que la révolution a mis en place. Cet épisode très douloureux et ses conséquences finissent par faire comprendre au Parti chinois et à de larges couches des masses populaires du pays qu’un changement de cours radical est nécessaire afin de sauver le pays. La victoire de la révolution de 1949 ne peut être galvaudée et il faut pouvoir cueillir les fruits de dizaines d’années de sacrifices et de lutte héroïque pour la libération nationale et sociale du peuple chinois sous la direction du Parti communiste.
Après la mort de Mao Zedong, en septembre 1976, et après la mise hors circuit de la « Bande des Quatre »12, en octobre de la même année, le 11e Congrès d’août 1977 proclame la fin de la Révolution culturelle vis-à-vis de laquelle, toutefois, le Parti ne prend pas encore ses distances.

Après un long processus de discussions internes sur la voie empruntée, la troisième session du Comité central du PCC décide, en décembre 1978, d’adopter une politique de réformes et d’ouverture. C’est une étape décisive vers le changement. D’après ce que nous savons aujourd’hui, nous devons toutefois encore tenir compte d’un second aspect : la chute du socialisme en URSS et en Europe de l’Est soulève la question de savoir si la voie choisie par ces pays pouvait effectivement mener à des rapports sociaux socialistes, stables, tournés vers l’avenir et susceptibles de prouver durablement leur supériorité sur le mode de production capitaliste.

La direction du PCC, avec Deng Xiaoping comme figure centrale, était le produit de la très houleuse Révolution culturelle et de l’époque des différends entre les pays socialistes. Elle avait la tâche, non seulement de rectifier les erreurs propres au Grand Bond en Avant, aux Communes populaires et à la Révolution culturelle, mais aussi de tirer les conclusions de l’échec du modèle soviétique, qui se précisait déjà à l’époque (c’est-à-dire au début des années 80). La direction du PCC expliqua alors, avec prudence, que le modèle soviétique ne correspondait pas à la situation en Chine et qu’il fallait donc imaginer un socialisme à la chinoise. C’est sans aucun doute correct, car la structure sociale semi-féodale et semi-coloniale et bien d’autres circonstances concrètes propres à la Chine requéraient des solutions spécifiques. Mais la question subsistait de savoir comment il fallait désormais poursuivre la voie socialiste. D’un point de vue objectif, on ne pouvait faire autrement que de soumettre à une discussion critique le modèle socialiste de développement. On ne pouvait échapper à l’élaboration d’un nouveau programme en faveur du socialisme qui laisserait intacts les objectifs socialistes fondamentaux tout en tenant compte des nouveaux développements sur tous les terrains de la vie sociale. Il ne fait aucun doute qu’à ce jour, cette tâche n’a pas encore été menée complètement à bien, mais d’importantes étapes d’une grande signification pratique et théorique ont toutefois été franchies.

Lors de la troisième session du 11e Congrès du PCC, en décembre 1978, Deng Xiaoping tient un discours intitulé « Libérer l’esprit, rechercher la vérité à partir des faits, s’unir unanimement et regarder vers l’avenir». Ce Congrès constitue un tournant dans le développement du pays. Il oriente le travail vers les réformes et l’ouverture à l’étranger et fait du développement économique la tâche centrale. C’est à ce moment qu’apparaît la tendance à se distancier du rôle prépondérant du Parti et du socialisme. Quatre principes de base sont alors formulés, lors d’une conférence en mars 1979, sur le travail théorique du parti : s’en tenir à l’option socialiste, à la dictature du prolétariat et à la dictature de la démocratie populaire, au rôle dirigeant du Parti communiste chinois et au marxisme et aux idées de Mao Zedong. La politique de réformes et d’ouverture conserve ainsi une orientation socialiste évidente.
Les réformes commencent par l’agriculture : les structures des communes populaires sont progressivement démantelées, les paysans ont à nouveau le droit de disposer eux-mêmes de la terre qu’ils travaillent et il s’ensuit donc qu’ils peuvent vendre librement ce qu’ils produisent. La majorité de la population (dont 80% vit toujours dans les campagnes) se voit ainsi allouer une base matérielle solide. L’économie reprend rapidement le dessus et le niveau de vie progresse visiblement. Ensuite, les réformes sont aussi appliquées au commerce, aux petites entreprises artisanales et à l’industrie. Sur le plan économique, la Chine collabore davantage avec l’étranger et crée les conditions favorables pour attirer les investissements étrangers. Les compétences des organes du Parti et de l’Etat sont modifiées progressivement et définitivement : les tâches de l’appareil du Parti et de l’Etat sont bien délimitées, les institutions financières se voient attribuer une description claire de leurs tâches, la direction de l’économie passe aux mains des organisations économiques, les parlements se voient confier un rôle plus grand, tant au niveau central qu’au niveau local. Etape par étape, la législation s’étoffe. Pour la première fois ont lieu des élections directes à la base et on assiste à l’apparition de mécanismes de contrôle de l’Etat et du parlement.
« L’économie socialiste de marché », tel est le nom qui recouvre la nouvelle politique économique. L’Etat se consacre avant tout à la maîtrise des processus économiques de base (la macropolitique). La planification de l’économie, jusque là fortement centralisée et qui était responsable au plus haut degré de la reconstruction d’après-guerre, diminue et les entreprises se voient dotées de prérogatives parfois considérables.
Les changements engendrés par ces réformes sont très vite perceptibles, le calme revient, l’économie reçoit un nouvel élan, l’approvisionnement s’améliore considérablement. La politique d’ouverture, orientée sur une intense collaboration économique avec l’étranger, sur les plans économique, technique et scientifique, met un terme à l’isolement international. Le gouvernement instaure des zones économiques spéciales, ouvre certaines villes côtières et prend de nouvelles mesures destinées à faciliter encore la collaboration avec l’étranger.
En novembre 1979 est rédigé un texte de projet « concernant quelques questions historiques sur le parti depuis la création de la République populaire de Chine ». Le Comité central l’adopte en juin 1981. Dans la résolution figure une évaluation critique de la politique menée dans le passé récent. La Révolution culturelle est rejetée dans son ensemble. L’évaluation de Mao Zedong conclut que ses mérites vis-à-vis de la révolution chinoise ont été bien plus grands que ses fautes et erreurs. Une ligne de démarcation très nette est tirée entre les fautes de ses dernières années et ses idées correctes, qui constituent le patrimoine collectif du Parti communiste chinois.

En septembre 1982 a lieu le 12e Congrès du PCC. Le congrès met l’accent sur le fait que, dans la construction de la Chine, il est nécessaire de partir de la situation concrète du pays. Il est bon d’étudier les expériences de l’étranger et d’en tirer parti, mais il est vain de copier les expériences et les modèles d’autres pays. La vérité générale du marxisme doit être reliée à la situation concrète de la Chine. Il s’agit d’édifier un socialisme à la chinoise. Le 12e Congrès formule des indications pour les temps nouveaux. Tous les groupes de population du pays doivent former une unité. En s’appuyant sur ses propres forces et en travaillant dur, la Chine pourra moderniser progressivement l’industrie, l’agriculture, le secteur militaire, la science et la technique, le pays pourra s’ériger en pays socialiste avec une civilisation de haut niveau et une démocratie bien développée. Le congrès décide de poursuivre la ligne qui a conféré une place centrale à la construction économique dans l’ensemble du travail du Parti. Un objectif important consiste à multiplier par quatre la valeur globale annuelle de production industrielle et agricole du pays d’ici l’an 2000. Le développement de la démocratie sociale doit aller de pair avec l’élaboration d’une législation socialiste.
Le 12e Congrès tire les leçons du chaos de la Révolution culturelle, mais aussi des expériences internationales, de la régression déjà nettement visible à l’époque en Union soviétique et dans les autres pays socialistes.
En octobre 1984, le Comité central adopte une résolution sur la réforme des structures économiques. Dans les campagnes, les réformes se poursuivent. Elles vont également être appliquées dans les villes. La conception traditionnelle selon laquelle l’économie de marché est opposée à l’économie planifiée est abandonnée. Le Parti décrit l’économie socialiste de la Chine actuelle comme une économie planifiée de marché, reposant sur la propriété collective.
En outre, la résolution mentionne un certain nombre de questions que le Parti doit aborder. Le noyau des réformes économiques réside dans la stimulation des entreprises. Dans la planification, il est nécessaire d’appliquer sans réserve la loi de la valeur. Il faut instaurer une économie socialiste de marché et une formation rationnelle des prix. Le Parti mettra l’accent sur la politique macroéconomique et scindera les compétences de l’administration de l’Etat du management des entreprises. Les tâches économiques des institutions gouvernementales sont clairement fixées. Les systèmes à responsabilités dans l’économie seront davantage différenciés. La Chine s’en tient de façon plus conséquente au principe de la récompense selon les prestations et permet à différentes formes d’économie de se développer. La collaboration économique et technique avec l’étranger et en Chine sera elle-même étendue.
Par la politique de réformes et d’ouverture, déclare le Congrès, la Chine se muera, de pays socialiste peu développé, en un Etat socialiste moderne, civilisé, démocratique et puissant, qui prouvera clairement la supériorité du socialisme.

En octobre 1987, le PCC organise son 13e Congrès. Deng Xiaoping expose sa théorie sur la phase initiale du socialisme et déclare que la modernisation devra être, en grande partie, un fait accompli vers le milieu du 21e siècle.
Au passage des années 80 vers les années 90, apparaissent en Chine et sur le théâtre international bon nombre de foyers de troubles. La Chine est frappée par une grande crise qui trouve surtout son expression dans les événements de la place Tien An Men, en mai et juin 1989. Le PCC analyse cet épisode comme étant une tentative contre-révolutionnaire de coup d’Etat et non un « mouvement pour la démocratie», comme s’obstinent à le prétendre les défenseurs de la bourgeoisie. En Union soviétique et dans les autres pays socialistes, c’est une véritable contre-révolution qui se déroule. En ce moment historique extrêmement délicat, le PCC s’en tient aux quatre principes de base de 1979 (voir plus haut) et parvient à sauvegarder l’indépendance, la sécurité et la stabilité de l’Etat.
Lors de la quatrième session du Comité central issu du 13e Congrès du PCC en juin 1989, la composition de la direction du PCC est modifiée, le secrétaire général du moment, Zhao Ziyang, n’étant manifestement plus en état de maîtriser la crise qui sévit en Chine. Jiang Zemin est élu au poste de secrétaire général du Comité central. La nouvelle direction collective du Parti confirme la ligne qui préconise de concentrer toute l’attention sur le développement économique, sur les réformes et sur l’ouverture du pays au monde extérieur. En même temps, la direction parvient à venir à bout de toutes les formes de défaitisme qui se manifestent. En 1992, à l’issue d’un voyage d’inspection dans le Sud du pays, Deng Xiaoping donne un signal clair : il ne faut en aucun cas renoncer, mais bien poursuivre les réformes.

1992 est l’année du 14e Congrès du PCC. Le rapport du secrétaire général Jiang Zemin est placé sous le thème : « Amplifier la réforme et l’ouverture sur l’extérieur, et activer la modernisation du pays pour de plus grandes victoires de la cause socialiste à la chinoise. » Jiang Zemin insiste sur le fait que la théorie du socialisme à la chinoise a pris forme progressivement et qu’elle a été mise en place à une époque qui se caractérisait principalement par la paix et le développement. Cette théorie s’est dégagée de la pratique des réformes, de l’ouverture, de la modernisation et de la construction de la Chine. Elle s’appuyait également sur les leçons de l’expérience historique que constituaient les victoires et les contrecoups rencontrés par le socialisme en Chine. Ceux qui ont développé cette théorie ont également étudié l’histoire des autres pays socialistes en s’intéressant d’abord à la montée et aux succès du socialisme, et ensuite à son déclin et à ses défaites.
En novembre 1993, le Comité central adopte une résolution concernant « les points de discussion dans la structuration de l’économie socialiste de marché ». En septembre 1994, c’est le tour d’une résolution sur « une discussion importante à propos de la construction du Parti » et, en octobre 1996, sur « des questions importantes concernant la civilisation intellectuelle ». Les trois résolutions posent les jalons de la poursuite du développement socialiste de la Chine.

Le 1er juillet 1997, la souveraineté de la Chine sur Hongkong est rétablie. La ligne « un pays, deux systèmes », le principe selon lequel ce sont «les habitants de Hongkong qui doivent diriger », ainsi qu’un degré élevé d’autonomie font en sorte que Hongkong continue à connaître la prospérité et la stabilité.
En septembre 1997, le PCC tient son 15e Congrès. Jiang Zemin déclare que le Parti et le pays vont devoir aborder le 21e siècle avec la ferme intention de poursuivre la construction du socialisme chinois. Le congrès poursuit l’élaboration de la ligne principale et du programme du Parti en vue de la phase initiale du socialisme.
Selon le PCC, la phase initiale du socialisme est une phase au cours de laquelle le pays doit se libérer progressivement du sous-développement. Cela signifie :

  •  D’un pays agricole dans lequel la plupart des gens habitent les campagnes et travaillent manuellement, faire un pays industriel dans lequel la population non rurale constituera la grande majorité, avec une agriculture moderne et un éventail moderne de services.
  •  D’une société avec une économie fermée ou seulement entrouverte, faire une société avec une économie de marché relativement développée.
  •  Développer une communauté comptant un grand nombre d’analphabètes et de semi-analphabètes et affichant un important retard sur les plans des sciences, de la technique, de l’enseignement et de la culture en une société au niveau relativement développé sur les mêmes plans.
  •  Réduire le nombre des pauvres et d’habitants au faible niveau de vie et assurer le bien-être à toute la population.
  •  Supprimer les inégalités économiques et culturelles entre les régions et réduire le fossé dans ces domaines.
  •  A ce stade, le pays continue à mettre en place et à faire fonctionner de mieux en mieux, à travers réformes et expérimentations, une économie socialiste de marché, une démocratie socialiste et nombre d’autres structures.
  •  C’est une phase dans laquelle le socialisme à la chinoise se mue en idéal commun pour de larges couches de la population. Il convient de fournir de sérieux efforts pour surmonter les problèmes, le pays doit être construit avec assiduité et dévouement et, dans un même temps, il faut créer une civilisation matérielle et intellectuelle.
  •  Progressivement, le retard au niveau mondial s’amenuise et la nation chinoise pourra s’épanouir sur une base socialiste.

Le 15e Congrès résume comme suit le contenu de l’économie, de la politique et de la culture socialistes de la Chine dans la phase initiale du socialisme :

  1. Le développement de l’économie socialiste à la chinoise consiste à faire naître, dans le cadre du socialisme, une économie de marché et, toujours dans ce cadre, à libérer et développer les forces productives. A cette fin, nous devons conserver et perfectionner le système économique fondamental. La propriété collective socialiste continue donc à dominer mais, à côté, il peut encore exister d’autres formes de propriété. Ainsi, le marché, qui est contrôlé via la macropolitique de l’Etat, peut jouer un rôle fondamental dans l’attribution des moyens économiques. Les diverses formes de rétribution avec, comme principe, « le salaire en fonction du travail » doivent être maintenues et perfectionnées. Nous devons permettre que quelques régions et une partie de la population bénéficient d’abord de la prospérité, et puis une autre partie, afin d’en arriver ainsi, progressivement, à la prospérité pour tous. Nous devons poursuivre et perfectionner la politique d’ouverture, participer activement à la collaboration et à la concurrence économique internationale. Nous devons veiller à ce que l’économie se développe de façon continue, rapide et saine et que le peuple puisse cueillir les fruits de la prospérité économique.
  2. Développer la politique socialiste de la Chine signifie que, dans la gestion de l’Etat, nous nous en tenions à la loi et que nous appliquions la démocratie socialiste. La direction est entre les mains du PCC et nous nous basons sur le principe que le peuple est maître en sa propre demeure. C’est pourquoi nous devons maintenir et perfectionner la dictature démocratique du peuple sous la direction de la classe ouvrière qui s’appuie sur l’alliance entre ouvriers et paysans. Nous maintenons et améliorons également le système de l’Assemblée populaire nationale, la collaboration multipartite et le système de la concertation politique sous la direction du Parti communiste. Nous faisons la même chose avec le système de l’autonomie régionale pour les territoires habités par les minorités nationales. C’est notre tâche que de faire se développer la démocratie, de rendre l’ordre juridique plus complet et de faire naître un état socialiste de droit. Il est important, dans tout le pays, de stimuler l’activité politique. Cela réussira si la société est stable, si le gouvernement agit dans une honnêteté totale et si l’unité et l’harmonie règnent entre les groupes de population.
  3. Nous créons une culture socialiste chinoise en faisant s’épanouir, au départ du marxisme, une culture nationale, scientifique et socialiste pour la masse, une culture à même de promouvoir la modernisation, ouverte au monde et tournée vers l’avenir. Nous devons avoir l’ambition de former des citoyens avec des idéaux, avec un très haut degré d’éthique, de culture et de discipline. Telle est la civilisation intellectuelle enracinée dans la réalité chinoise, qui poursuit nos traditions historiques et culturelles, mais qui prend également à son compte les précieux acquis des cultures étrangères.
    Voilà comment le 15e Congrès décrit le programme fondamental du PCC pour la phase initiale du socialisme.

Après le congrès, c’est avec un enthousiasme redoublé que la Chine travaille à sa réforme et à son ouverture, à sa modernisation et sa construction. Toutefois, dans un même temps, des problèmes graves surgissent.
En juillet 1997 éclate la crise financière asiatique, qui va être lourde de conséquences pour la Chine et pour l’économie mondiale. La dévaluation de la monnaie dans de nombreux pays pèse lourdement aussi sur la monnaie chinoise. Après avoir longuement pesé le pour et le contre, le gouvernement chinois décide de ne pas dévaluer sa monnaie. Cela s’avère non seulement positif pour la Chine, mais contribue également à la stabilité des finances et de l’économie internationales.
De juin à septembre 1998, la région du Chang Jiang (le fleuve Yangzi Jiang) connaît les plus graves inondations depuis 1954 et l’eau de plusieurs cours d’eau atteint un niveau record. Vingt-neuf provinces et plus de 200 millions de personnes sont touchées. Dans une telle situation, le Comité central du PCC, lors de sa réunion d’octobre 1998, lance une résolution à propos des « problèmes importants de l’agriculture et du travail dans les campagnes ». Le « système de responsabilité » en fonction duquel une famille paysanne assure sa propre production sera encore maintenu longtemps, il y aura davantage d’investissements dans l’agriculture, entre autres dans l’hydraulique, l’aspect écologique de l’agriculture doit bénéficier de plus d’attention et la population rurale doit avoir la certitude de pouvoir elle-même prendre des décisions.
La résolution intitulée « Quelques questions importantes à propos de la réforme et du développement des entreprises d’Etat » date de septembre 1999. Cet aspect partiel important de la politique complète de réformes veut favoriser le rétablissement économique de toutes les entreprises d’Etat et rendre ces entreprises fondamentalement plus efficaces tout en les dotant d’une structure rationnelle. Le concept d’entreprise d’Etat lui-même va changer à long terme et il y aura une réorganisation de ces mêmes entreprises d’Etat. La Chine va mettre sur pied un système moderne et assainir de façon accélérée la direction des entreprises d’Etat.
A l’occasion des grandes commémorations nationales, comme en 1998 pour le 20e anniversaire du début des réformes et de l’ouverture, ou comme en 2001 pour le 80e anniversaire de la fondation du PCC, l’accent est mis une fois de plus sur le caractère fondamental de cette stratégie.
Le 16e Congrès du PCC, en 2002, ajoute des éléments fondamentalement nouveaux à l’approche du socialisme. En 2003, l’Assemblée nationale du peuple en fera sa politique d’Etat.

3. Les résultats de la politique actuelle, les objectifs en vue de la poursuite du développement

Les réformes et la politique d’ouverture menées depuis plus de vingt ans ont constitué un succès, dans l’ensemble. Après la condamnation de la Révolution culturelle, une nouvelle stabilité sociale s’est installée. La Chine a poursuivi la construction de sa société socialiste et a commencé à développer la démocratie socialiste et l’Etat socialiste de droit. Dans tout ce travail, la construction du pays, le développement économique et l’amélioration du niveau de vie du peuple ont constitué des préoccupations centrales, d’ailleurs couronnées de succès. Au niveau mondial, la Chine a noué d’intenses relations économiques, politiques et culturelles. Aujourd’hui, elle constitue un facteur important de la politique internationale, tant sur le plan régional que mondial.
Cinquante-quatre ans après sa fondation et forte de l’expérience de neuf plans quinquennaux (de 1953 à 2000), la République populaire de Chine est aujourd’hui un Etat économiquement puissant. Le succès de la politique de réformes et d’ouverture a conféré de nouvelles impulsions au développement. Face à la puissance économique des pays capitalistes hautement développés d’une part, aux problèmes économiques toujours importants des pays en voie de développement et à la pauvreté croissante d’une grande partie de la population mondiale d’autre part, la Chine propose une issue socialiste aux échecs et problèmes économiques mondiaux. Elle représente une alternative à la puissance destructrice de l’hégémonie du capital, avec ses conséquences permanentes pour les pays en développement, mais également pour les pays hautement développés où, ces dernières années, les problèmes ne cessent de s’amplifier.
Depuis le début des réformes en 1978, l’image de la Chine s’est très rapidement modifiée. A partir de 1979, le produit intérieur brut connaît une croissance annuelle moyenne de 10%. Durant cette période, le pays a bâti une société de prospérité modeste. La pénurie de biens de consommation a été éliminée, la situation sur le plan de l’énergie, du transport, des communications et des matières premières s’est nettement améliorée.
Lors de l’Assemblée nationale du Peuple en mars 2001, un dixième plan quinquennal de développement économique et social est lancé pour la période 2001-2005. Le produit intérieur brut continue à s’accroître annuellement de 7% en moyenne, un rythme élevé qui offre la perspective d’un doublement du produit national brut entre 2000 et 2010.

L’une des principales stratégies a trait au développement mûrement réfléchi de la Chine centrale et occidentale. Depuis le début de la réforme et de l’ouverture, ces régions ont progressé sensiblement plus lentement que les régions côtières. Aujourd’hui, le pays dans son ensemble est suffisamment fort, économiquement parlant, pour investir considérablement dans les régions à situation géographique, climat et infrastructure plus malaisés. La Chine est un pays gigantesque avec un pouvoir décisionnel fortement centralisé, caractéristique des rapports socialistes. C’est l’un des points forts de la République populaire: elle est ainsi en mesure de prendre des décisions stratégiques à très longue portée dans l’intérêt du développement général.
Les régions occidentales de la Chine (soit deux tiers du territoire national pour 22,8% de la population) comprennent neuf provinces et régions autonomes, ainsi que la municipalité de Chongking, qui dépend directement du pouvoir central. Ces régions sont riches en matières premières. Il convient en premier lieu de les doter d’une infrastructure convenable. L’Etat construit des voies ferrées et des autoroutes ainsi que des canaux afin de permettre l’acheminement des sources d’énergie de la Chine orientale vers les régions du Nord-Ouest. Dans la planification sont repris : une ligne ferroviaire vers le Tibet, l’organisation de formations professionnelles, le développement de l’enseignement, de l’industrie, de l’économie et de la politique environnementale ainsi que l’exploitation des matières premières. Dans le rapport du gouvernement présenté à l’Assemblée populaire nationale (APN) en mars 2001, le ministre-président déclarait que 36 grands projets allaient être lancés dans les régions occidentales du pays.

En 2002, le produit intérieur brut (PIB) de la République populaire s’élevait à 1.235 milliards de dollars, soit une hausse de 8%. Aujourd’hui, la Chine occupe le sixième rang mondial en ce qui concerne le volume total de l’économie.
Le produit par habitant a augmenté pour dépasser les 960 dollars, soit 50 dollars de plus qu’en 2001. Pour 2020, lorsque le PIB sera quatre fois plus élevé qu’en 2000, ce montant aura grimpé à quelque 3.000 dollars par habitant.
Toutes les conditions ont été créées pour pouvoir y arriver. En 2020, l’industrialisation sera un fait et, en principe, les Chinois pourront compter sur la sécurité sociale et le plein emploi. Vers le milieu de ce siècle, la modernisation sera au point et la Chine sera devenue un Etat socialiste riche, puissant, démocratique et d’une grande richesse intellectuelle.
La production céréalière, l’un des principaux indicateurs économiques, oscille depuis des années entre 450 et 500 millions de tonnes. L’approvisionnement est supérieur à ce qu’il a jamais été. Une superficie cultivable totale représentant 7% de celle de la planète (13,5% seulement du territoire de la Chine est cultivable) doit nourrir 22% de la population mondiale. L’agriculture chinoise est donc d’une énorme importance stratégique. Aucun autre pays que la Chine elle-même ne peut nourrir le peuple chinois. En 2001, la production chinoise par habitant est la suivante : 356 kg de céréales, 49,9 kg de viande, 18,1 kg d’œufs, 34,4 kg de poisson et de crustacés, etc. C’est davantage que la moyenne du reste du monde.
L’approvisionnement en moyens de subsistance est garanti. La production s’effectue selon les principes de la propriété collective socialiste du sol et du sous-sol, le droit d’exploitation du sol est défini par la loi, les paysans ont droit à une production économique indépendante et à la vente par leurs propres soins de cette production. Dans les campagnes, il existe de nombreux collectifs qui, dans leur entreprise, développent toutes sortes d’activités économiques complémentaires, comme l’industrie, la transformation des produits agricoles, les communications, le transport et la construction, le commerce, le secteur horeca et d’autres formes de services, la recherche scientifique tournée vers l’agriculture, etc.
Le 16e Congrès et l’Assemblée populaire nationale de mars 2001 ont confirmé que l’agriculture constitue la base de l’économie chinoise. Tout ce qui se rattache à l’agriculture, aux villages et à la paysannerie mérite en permanence la plus extrême attention. Par ailleurs, il convient également d’envisager comment ne pas laisser grimper trop rapidement le revenu des paysans, maintenant que l’offre de produits agricoles est excédentaire.
La Chine est aujourd’hui un pays industrialisé en plein développement. Fin 2001, la part de l’industrie dans le PIB était de plus de 50%. En 2002, la production industrielle atteignait 380 milliards de dollars (3.148,2 milliards de yuan). L’importante structure industrielle correspond aux principaux besoins du pays et rend de nombreuses exportations possibles, surtout sur le plan des industries de transformation. Dans de nombreux secteurs de la production industrielle, la Chine occupe le premier rang mondial.
La Chine investit énormément dans ses infrastructures. Fin 2002, il existait 1,76 million de kilomètres de routes asphaltées, dont 25.200 km d’autoroutes – le plus long réseau routier du monde. Fin 2000, les ports maritimes avaient une capacité de transbordement de quelque 988 millions de tonnes. Fin 2002, on comptait 71.500 km de voies ferrées, dont 22.600 en double voie et plus de 17.000 de voies électrifiées. Fin 2001, la Chine comptait 139 aéroports civils. Télécommunications, informatique et autres domaines de haute technologie atteignaient déjà un haut degré de développement. Un premier vol spatial habité est prévu pour l’automne 2003.
Ces cinq dernières années, les investissements dans la protection de l’environnement et l’écologie se sont montés à 72 milliards d’euros (580 milliards de yuan), c’est-à-dire 1,7 fois plus qu’entre 1950 et 1997. Rien que depuis 1998, on a boisé 28 millions d’hectares de terres.

En même temps que la réforme de l’économie, débutait la politique de la porte ouverte. Depuis 1980, cinq zones économiques spéciales ont été instaurées (Shenzhen, Zhuhai, Shantou, Xiamen et l’île de Hainan). L’Etat y a investi dans de bonnes infrastructures, créant ainsi des conditions favorables pour les investissements étrangers et pour la construction de zones industrielles modernes. Le but était de mettre sur pied une production moderne, orientée vers l’exportation et le commerce intérieur et, en même temps, d’attirer des capitaux et d’introduire des technologies modernes et des méthodes de management actuelles.
Plus tard, d’autres régions ont également proposé des conditions favorables aux investissements étrangers. En 1990, le gouvernement décidait d’ouvrir la nouvelle région de Pudong, non loin de Shanghai. Elle ne se voyait pas octroyer le statut de zone économique spéciale mais, aujourd’hui, elle est néanmoins devenue une région de développement de premier rang. Les zones spéciales ont en principe rempli leur rôle et aujourd’hui, économiquement parlant, on ne parvient pour ainsi dire plus à les distinguer des autres régions.
En 2002, le commerce extérieur atteignait plus de 620 milliards de dollars, ce qui fait de la Chine la cinquième nation commerçante de la planète. L’excédent de la balance commerciale avec l’étranger dépassait 30,35 milliards de dollars. Fin 2002, la réserve en devises – la seconde au monde en importance – atteignait plus de 286,4 milliards de dollars, soit une hausse de 74,2 milliards de dollars par rapport à 2001. Fin 2001, la dette extérieure était de 170 milliards de dollars, dont 70% en crédits à long terme.

En décembre 2001, la Chine accédait à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), après treize ans de négociations difficiles. Son affiliation procure à la Chine d’importants avantages, mais également des problèmes. A long terme, cette affiliation aura des répercussions au niveau mondial. Se couper de l’économie mondiale, selon la théorie des deux économies mondiales, ne pouvait en aucun cas constituer une alternative.
Dans les milieux de gauche, on craint que l’accession à l’OMC et les importants investissements étrangers en Chine portent atteinte à la souveraineté économique de la République populaire, voire même la mettre complètement sens dessus dessous, par exemple, sur le plan de l’agriculture. Il est un fait que l’accession à l’OMC facilite l’accès des entreprises occidentales au marché chinois. Les droits à l’importation baissent, passant aujourd’hui de 15,3% à 12%. Il serait toutefois naïf de penser que les autorités de la République populaire bradent le marché chinois au profit du capital étranger ou que le colossal marché chinois se laisse inonder depuis l’étranger. La propriété collective joue toujours le rôle dominant et c’est possible grâce au pouvoir d’Etat socialiste. Elle constitue en même temps la garantie de la souveraineté économique de l’Etat.
Il ne fait pas de doute que les investissements étrangers jouent un rôle important dans l’économie chinoise. Durant la période de 1979 à 2002, les entreprises étrangères de plus de 170 Etats et régions ont investi ensemble 448 milliards de dollars en Chine. C’est une contribution sérieuse au développement économique du pays. 420.000 entreprises travaillent avec participation de capitaux étrangers. Depuis 2002, aucun pays au monde n’accueille autant d’investissements étrangers (avant, la première place était occupée par les Etats-Unis).
Ces toutes dernières années, se développe en même temps une tendance aux investissements à l’étranger de la part d’entreprises chinoises, cette fois. A la mi-2002, 6.800 filiales d’entreprises chinoises étaient établies à l’étranger, représentant un volume d’investissements de plus de 13 milliards de dollars.

La politique financière constitue aujourd’hui une composante importante de la politique économique chinoise. Une monnaie chinoise a été mise en circulation, le renminbi, et elle est gérée de façon centrale. Néanmoins, la gestion des finances reste entièrement aux mains de l’Etat. C’est la banque populaire chinoise qui détermine le cours du renminbi. Durant la crise financière asiatique de 1977, le gouvernement chinois a maintenu la stabilité du cours de change du renminbi. La monnaie chinoise n’a pas été exposée à la spéculation financière internationale. Les investisseurs étrangers et les Chinois voyageant à l’étranger sont assurés de l’impossibilité d’influer sur le cours de cette monnaie, et une attaque de l’extérieur contre la monnaie chinoise – comme cela s’est produit en 1977 avec la monnaie de plusieurs Etats asiatiques – n’est ni permise ni possible. Il n’existe aucune liberté de commerce international pour la monnaie chinoise.
Un problème fondamental pour le développement économique, qui est aussi une question d’une importance stratégique pour le pays tout entier, c’est l’approvisionnement en énergie, notamment en pétrole et gaz naturel. En 2002, avec une production de pétrole de 167 millions de tonnes, la Chine occupait le cinquième rang dans le monde. Les réserves connues atteignent 23 milliards de tonnes. Du fait de la rapidité du développement économique, les besoins croissent toutefois plus vite que la moyenne. Entre-temps, la Chine dépend de l’importation de pétrole. En 2002, le pays a dû en importer 70 millions de tonnes. En 2005, on estime qu’il s’agira de 100 millions de tonnes. En 2010, on estime qu’environ la moitié de la quantité nécessaire, soit quelque 150 millions de tonnes, devra être importée de l’étranger. La stratégie de la République populaire en matière énergétique consiste notamment en l’exploitation de sources d’énergie à l’étranger, à savoir en Russie et en Asie centrale. La construction d’oléoducs et de gazoducs que l’on vient d’entreprendre en direction de la Chine orientale, via les régions du Nord-Ouest, joue ici un rôle crucial. Des relations stables avec les Etats concernés et une situation politique stable dans la région sont des conditions indispensables.
La production d’énergie nucléaire se développe avec prudence. Fin 2002, la part qu’elle occupait dans l’ensemble des ressources énergétiques du pays dépassait légèrement les 2% et la capacité totale des centrales nucléaires chinoises atteignait plus de 353.000 mégawatts.

Le 16e Congrès a opté pour une industrialisation de type nouveau. C’est une stratégie orientée sur le savoir et la formation, sur le développement durable. Une industrialisation caractérisée par un important apport scientifique et technique, une grande efficacité économique, une faible utilisation d’énergie et une pollution limitée de l’environnement. Cela signifie une priorité aux technologies avancées, à l’industrie de l’information, à une structure optimale et à la mise à profit maximale de la supériorité du capital humain. Cela consiste à s’en tenir à des industries avec une haute intensité de travail de sorte que l’important potentiel de main-d’œuvre puisse être engagé intelligemment. Naturellement, il n’est pas possible d’atteindre complètement cet objectif dans l’immédiat, mais il est tout à fait justifié et indispensable d’y tendre. La part de l’agriculture va continuer à baisser (aujourd’hui, elle représente 15% du PIB).
L’idée de « l’industrialisation de type nouveau » constitue sans aucun doute l’amorce stratégique de l’élaboration d’une alternative aux destructions croissantes provoquées par le « capitalisme » moderne. La situation actuelle où 20% de la population mondiale consomme 80% des énergies non renouvelables ne peut conduire qu’à l’autodestruction de la civilisation.
La Chine entreprend de plus en plus fréquemment d’importants projets économiques et scientifiques adaptés à la mesure du pays et qui peuvent compter sur un intérêt sans cesse croissant de l’étranger. Des investissements considérables dans les régions en retard de l’Ouest du pays, la mise en place d’un réseau d’électricité dans tout le pays, la pose d’un oléoduc partant du Nord-Ouest en direction de la région de Shanghai, la construction d’un pont de 35 km enjambant le cours inférieur du Yangzi Jiang afin de relier entre elles les zones économiques de Yangzhou et de Zhenjiang, la première phase d’un projet visant à diriger vers le nord le cours du même Yangzi Jiang, sur lequel, en outre, il est prévu de construire un gigantesque barrage, le vol réussi de la station spatiale « Shenzhou 4 » durant le passage à l’année 2003 : voilà des informations qui, en peu de temps, ont eu l’honneur des médias et témoignent du rapide développement économique du pays. Elles vont de pair avec l’amélioration des conditions de vie et de la situation économique en général.

Ce qui saute aux yeux, dans cette politique de réformes, c’est l’amélioration considérable du niveau de vie de la population. Les problèmes sociaux sont une priorité de la politique du PCC. Le 16e Congrès a estimé qu’en général, un niveau de prospérité modeste avait été atteint.
Fin 2002, le revenu annuel disponible de la population urbaine était de 7.702 yuan (cela correspond à 957 euros, mais les prix sont très différents de ce qu’ils sont dans les pays européens). Dans les villages, le revenu net par tête était de 2.467 yuan (306 euros). De 28 autres millions de villageois encore, on dit qu’ils ne touchent pas le revenu minimal. Depuis 1978, le revenu réel moyen par habitant a augmenté annuellement de quelque 5,5%.
L’approvisionnement en nourriture et en biens de consommation en provenance de l’industrie se déroule sans problème. Les conditions de logement se sont réellement améliorées. Dans les villes et les communes, la superficie habitée est de 22 mètres carrés par personne, contre 26,5 dans les campagnes. L’achat d’un logement est de plus en plus convoité, au point que cela devient une mode. Les appareils électriques et électroniques sont monnaie courante, on assiste à une augmentation très sensible du nombre de voitures privées et les gens voyagent davantage. L’espérance de vie est aujourd’hui de 71,8 ans.

Le bien-être a donc nettement augmenté, bien qu’il soit toujours modeste, relatif, et qu’il ne soit toujours pas réparti de façon très équilibrée. Le rapport adressé au 16e Congrès précise que « la contradiction principale de la société chinoise au stade actuel est celle qui existe entre les besoins matériels et culturels croissants du peuple d’une part, et la production insuffisante de la société d’autre part ». La hausse du niveau et de la qualité de la vie demeure la préoccupation centrale du PCC. Immédiatement après le 16e Congrès, le nouveau secrétaire général Hu Jintao a visité diverses régions peu développées. Il a insisté sur la nécessité d’améliorer l’existence des gens. Bien que la Chine connaisse un développement économique considérable, a-t-il déclaré, la voie vers la modernisation est encore longue.
Dans le cadre de l’économie planifiée, la Chine connaissait un système centralisé dans le domaine de l’emploi, des salaires et de la sécurité sociale. Depuis le début des réformes, en 1978, cela a toutefois changé. Le Chinois n’est plus lié sa vie durant à l’unité de travail qui lui a été dévolue au départ. Des changements structurels dans l’industrie, les services, les sciences et l’administration ont conduit à une modification de la structure de l’emploi, y compris le chômage.
Fin 2001, le chômage dans les villes et les communes atteignait 3,6%. Le chômage dans les campagnes constitue un problème supplémentaire. Depuis le début des années 80, villes et communes sont passées progressivement à un système de placement, de qualification professionnelle et d’assurance chômage. Fin 2001 toujours, 104 millions d’ouvriers et employés avaient contracté une assurance chômage. Pour résoudre le problème des migrations internes, des mesures semblables ont été introduites dans les campagnes. Les efforts du gouvernement ont porté leurs fruits : depuis 1978, la population professionnelle active a augmenté globalement de 328,73 millions de travailleurs (dont 144,26 millions dans les zones urbaines). Fin 2002, la population professionnelle active comptait 730 millions de travailleurs (239 millions dans les zones urbaines, 491 millions dans les campagnes). Cela fait 9,4 millions de plus que fin 2000. Durant la période 1998-2000, les entreprises d’Etat et l’administration ont licencié 25,5 millions d’ouvriers et d’employés. 16,8 millions d’entre eux ont retrouvé tout de suite un nouvel emploi. Au cours des dix dernières années, 80 millions de travailleurs de la campagne ont émigré vers les villes. L’Etat a lancé un programme spécial pour les handicapés. 80,7% d’entre eux, aujourd’hui, ont du travail.
L’Assemblée populaire nationale de mars 2003 a insisté sur le fait que la lutte contre le chômage et pour de nouveaux emplois constitue la mission la plus importante. Pour la première fois, dans le plan de développement économique et social, le nombre d’emplois à créer a été chiffré : 8 millions pour la seule année 2003. Dans les villes, le chômage ne peut pas dépasser 4,5%. Un salaire minimal a également été fixé pour l’industrie. Dans plus de dix mille entreprises, des négociations CCT ont eu lieu.
Dans les années qui ont suivi le début de la politique de réformes, un système de sécurité sociale a été progressivement mis en place, avec une assurance pension et chômage, une assurance maladie, l’aide sociale, l’aide aux victimes de la guerre et aux membres des familles des soldats de la révolution et du personnel de l’armée, de l’emploi pour le personnel militaire démobilisé ainsi qu’un système d’entraide. Dans la seule année 2001, l’économie d’Etat a réservé 98,2 milliards de yuan pour la sécurité sociale.
En 1984, l’Etat introduisait une assurance pension généralisée, en remplacement des anciennes provisions de vieillesse dont se chargeaient les unités de travail. Actuellement, les entreprises consacrent 20% des coûts salariaux au fonds de pension alors que les salariés, de leur côté, cèdent 8% de leur salaire. Le nombre d’ouvriers et d’employés à avoir conclu une assurance pension est passé de 86,71 millions en 1997 à 108,02 millions en 2001. Durant cette période, la pension de base mensuelle moyenne est passée de 430 à 556 yuan. En 1991, on a également entrepris d’introduire une assurance vieillesse dans les campagnes.
L’assurance maladie elle aussi a connu une réforme. Les entreprises paient 6% de leur masse salariale et les salariés 2% de leur salaire en guise de cotisation à l’assurance maladie. Aujourd’hui déjà, plus de 76 millions d’ouvriers et d’employés y sont affiliés. 100 millions d’autres habitants des villes et des communes jouissent également de la gratuité des soins médicaux. De plus, une cotisation personnelle pour les frais médicaux a été introduite. Les familles au revenu inférieur au minimum vital reçoivent une assurance de base de l’Etat. En 2001, 11,7 millions d’habitants des villes et communes ont fait appel à ce soutien. Ces dernières années, on a également commencé à introduire un système d’assurance similaire dans les campagnes.
Fin 2001, la Chine comptait 3.327 institutions publiques d’aide sociale qui proposaient de l’aide à 191.000 personnes. 35.000 autres institutions sociales émanant des coopératives assistaient de leur côté 668.000 personnes. Une aide spéciale est allouée aux martyrs de la révolution, aux victimes de la guerre et à leurs familles, de même qu’au personnel démobilisé de l’armée. Aujourd’hui, ce groupe compte quelque 38 millions de personnes. Durant la période 1996-2001, l’Etat a également versé 21,26 milliards de secours d’urgence suite aux catastrophes naturelles. Les 390 millions de personnes touchées par une catastrophe naturelle ont reçu de l’aide sous forme de moyens de subsistance, de vêtements et d’abris.

Dans la prochaine phase de développement, des problèmes sociaux importants et difficiles figureront encore à l’agenda. Il est un fait que la direction chinoise prend très au sérieux les problèmes sociaux historiquement définis et qu’elle œuvre de façon ciblée à une solution qui tiendra compte des possibilités économiques.13
Dès la fondation de la République populaire, la direction chinoise a considéré l’enseignement, la culture et la science comme une composante élémentaire de sa politique en vue de l’édification d’un pays moderne. En 1949, 20% seulement des enfants allaient à l’école et 80% des adultes étaient analphabètes. Aujourd’hui, la Chine dispose d’un réseau d’enseignement relativement bien développé qui s’étend à tout le pays, à l’exception de quelques régions rurales. Il existe une obligation scolaire portant sur 9 années (6 années d’école primaire et 3 d’enseignement secondaire). Trois années d’enseignement secondaire supérieur permettent de s’inscrire dans l’enseignement supérieur. En 2000, 88,6% des jeunes étaient inscrits dans une école moyenne inférieure. Le degré d’alphabétisation est actuellement de 91,2%.14 Fin 2001, la Chine comptait 1.225 écoles supérieures et universités, avec un total de 7,19 millions d’étudiants. Actuellement, 9% des jeunes entre 18 et 22 ans accèdent à l’enseignement supérieur. En 2010, ils seront 15%.
Mais de sérieux problèmes subsistent : en moyenne, le citoyen chinois n’a fréquenté l’école que pendant huit ans. La part des dépenses consacrées à l’enseignement public se situe encore nettement en dessous du niveau des pays développés, la base matérielle pour l’éducation scolaire est encore très faible. Aujourd’hui, dans les écoles, on demande des cotisations qui n’existaient pas avant la réforme. Les étudiants du supérieur doivent payer une cotisation élevée (qui peut être partiellement couverte par des crédits d’études). Cela crée un problème spécifique : surtout dans les campagnes, bien des écoliers ne terminent pas leurs neuf années de scolarité. Et puisque, dans leur vie de travailleurs agricoles, ils n’utilisent que rarement et péniblement les idéogrammes compliqués de la langue chinoise, ils peuvent très rapidement retomber dans l’analphabétisme.
Dès le début de la politique de réformes, les conditions pour aller étudier à l’étranger ont été considérablement simplifiées. En 2001, 360.000 Chinois étudiaient à l’étranger. Le bon développement économique de la Chine et la stagnation dans les pays développés font qu’un nombre sans cesse croissant d’étudiants retournent en Chine après leurs études (au total, jusqu’à présent, 150.000 diplômés qui, après 1978, étaient allés poursuivre des études à l’étranger, sont rentrés en Chine. Le lien avec la mère patrie et les meilleures opportunités d’emploi jouent ici un rôle important).
Personne en Chine ne nie les grands problèmes auquel le pays est confronté : un faible produit social brut par habitant, le développement inégal entre les diverses régions du pays, une importante pollution de l’environnement, les différences de revenus entre les diverses couches de la population, les revenus encore faibles en général, la pauvreté qui n’a pas encore été éradiquée partout, les problèmes de structure industrielle, l’excédent de main-d’œuvre et le chômage, une sécurité sociale encore peu développée, et ceci, malgré les réformes et la modernisation. Sur le plan des soins de santé, des prestations sociales et des pensions, les besoins augmentent, le niveau de vie se développe de façon inégale. Le chômage qui a augmenté en raison des réformes plonge certaines parties de la population dans les difficultés. La corruption, la bureaucratie et la criminalité engendrent le mécontentement et des problèmes de société. Tous ces problèmes sont amplement discutés par tout le pays, on réclame davantage de solutions auprès des institutions responsables. La direction du Parti, extrêmement consciente qu’il s’agit de facteurs d’instabilité sociale, cherche des solutions tout en soulignant qu’elles ne viendront certainement pas à court terme.
Dans le rapport du Comité central présenté lors du 16e Congrès, on peut lire : « Nous reconnaissons avec lucidité qu’il existe encore bon nombre de difficultés et de problèmes dans notre marche en avant : la croissance des revenus des paysans ainsi que celle d’une partie de la population urbaine a été plutôt lente, le nombre des chômeurs a augmenté, et pour certains citoyens, la vie est encore bien difficile ; les rapports de répartition ne sont pas toujours rationnels ; l’ordre économique sur le marché devra être réajusté et réglementé avec plus de rigueur ; dans certains endroits, la situation en matière de sécurité publique n’est pas bonne ; le goût des apparences, l’esprit bureaucratique, le trucage et la forfanterie, l’ostentation et le gaspillage sévissent parmi certains cadres dirigeants, membres du Parti, et la gravité de certains phénomènes de corruption est toujours frappante ; par ailleurs, le mode d’action du Parti dans la conduite des affaires d’Etat, la manière dont il exerce le pouvoir, ne sont pas encore tout à fait adaptés aux situations engendrées par un contexte nouveau ainsi qu’aux tâches qui en découlent, et certaines organisations du Parti sont même entachées de faiblesse et de laisser-aller. » Si l’on ne peut venir à bout de la corruption, le danger existe que le Parti perde son autorité, insiste encore le Comité central.
Plus loin, on peut encore lire : « Nos forces productives, de même que les sciences, les technologies et l’éducation accusent encore du retard, l’industrialisation et la modernisation ont encore un long chemin à faire ; le dualisme ville/campagne demeure inchangé, l’écart entre régions tend à grandir, les populations pauvres sont encore nombreuses ; la poussée démographique demeure forte, tandis que la proportion des personnes âgées a augmenté ; la pression s’appesantit sur le marché de l’emploi et dans le domaine de la protection sociale ; la contradiction entre l’environnement et les ressources naturelles d’une part et le développement économique et social d’autre part devient de plus en plus marquante ; nous faisons toujours face aux pressions résultant de la supériorité des pays développés dans les domaines de l’économie, des sciences et de la technologie ; les structures économiques et les systèmes de gestion dans les autres domaines sont encore imparfaits ; des problèmes non négligeables existent encore tant dans le développement de la démocratie et de la législation que dans l’implantation des idéaux et des valeurs morales et dans d’autres domaines. »15 La clarté de l’analyse effectuée par le PCC met le doigt sans détour sur les problèmes de développement du pays. Sans aucun doute, il s’agit là d’un signe de la détermination à vouloir les résoudre, même si cela ne pourra se faire à court terme.

4. La structure politique, l’organisation de l’Etat

La Constitution, adoptée lors de la première réunion de l’Assemblée populaire nationale en 1954, a été complétée à maintes reprises depuis lors. L’actuelle version date de 1982, mais depuis, quelques modifications y ont encore été apportées.
L’article premier de la Constitution stipule que la nature de l’Etat socialiste est « la dictature démocratique populaire dirigée par la classe ouvrière et basée sur l’alliance des ouvriers et des paysans ».
L’article 2 stipule : « Tout le pouvoir d’Etat appartient au peuple. »
En 1999, l’article 6 a été adapté aux circonstances concrètes, on y trouve maintenant ceci (en italiques dans le passage ajouté en 1999) : «La base du système économique socialiste de la République populaire de Chine est la propriété publique socialiste des moyens de production, à savoir la propriété du peuple tout entier et la propriété collective de la masse travailleuse. La propriété socialiste a mis un terme au système dans lequel un être humain en exploitait un autre et elle applique le principe qui dit : « de chacun selon ses possibilités, à chacun selon son travail ». « Dans la phase initiale du socialisme, l’Etat recourt à un système économique de développement commun de l’économie basé sur la propriété publique comme élément principal, outre diverses autres formes de propriété, et à un système de répartition dont la composante principale est “ à chacun selon son travail ” , et complété par diverses autres formes de répartition. »
Le système juridique chinois repose sur la Constitution et les lois du droit constitutionnel, du droit civil et commercial, du droit administratif, du droit économique, du droit social, du droit pénal, etc. Depuis le début de la politique de réformes et d’ouverture, en 1978, le système juridique a connu une forte extension et un développement rapide. Le but est de construire un Etat socialiste de droit et de mettre sur pied une justice socialiste. Cela diffère, dans les principes, du droit bourgeois qui donne la priorité à la protection de la propriété privée : le droit socialiste pose comme principe la protection de la propriété collective et de la santé publique. Un système relativement complet de lois s’est constitué. En 2002, afin de favoriser la transparence et en vue de l’accession à l’Organisation mondiale du Commerce, un texte a été publié qui reprend toutes les lois en vigueur.
Le développement de l’Etat socialiste de droit va de pair avec le développement de la démocratie socialiste. Le livre blanc du bureau d’information du Conseil d’Etat, « Progrès des droits de l’homme en Chine depuis 50 ans »16, souligne que le droit à l’existence est un droit fondamental de l’homme et que la réalisation progressive de ce droit conformément à la Constitution vaut comme l’un des principaux acquis dans le développement de la Chine. Le PCC estime que la responsabilité vis-à-vis du 1,3 milliard d’habitants du pays a la priorité sur les droits individuels de l’homme. (On a pris conscience, par exemple, de ce que la politique d’un seul enfant porte atteinte aux droits individuels de l’homme, mais que son application est inévitable dans l’intérêt des conditions d’existence de l’ensemble du peuple. C’est sous cet éclairage qu’il convient également de considérer l’établissement légal de la peine de mort pour les crimes extrêmes.)
La Constitution et les lois fixent les droits et libertés des citoyens, comme l’inviolabilité de la personne, la valeur humaine, les droits politiques, économiques, sociaux et culturels, la liberté d’expression, la liberté de rassemblement, d’association et de manifestation. Défauts et imperfections doivent être abordés pas à pas et de façon planifiée, mais non dans le sens du pluralisme politique et du système multipartite bourgeois. Les documents du PCC disent que les hommes politiques occidentaux qui insistent sur le « pluralisme politique » et un « système multipartite » prétendent que, de la sorte, on peut obtenir davantage d’égalité entre les classes au sein de la société civile, davantage de collaboration et d’implication des groupes d’intérêts. En réalité, il s’agit de plus d’égalité au sein de la bourgeoisie. La bourgeoisie ne partagera jamais ses droits avec la classe ouvrière ni ne cédera jamais le pouvoir de l’Etat à de larges sections des masses populaires.17 L’introduction du « pluralisme politique » dans les anciens pays socialistes de l’Europe de l’Est a eu de lourdes conséquences. L’expérience prouve que l’introduction du système multipartite bourgeois déboucherait sur l’abandon de la voie socialiste.
Il n’est pas permis d’entreprendre des actions allant à l’encontre de la Constitution, sous le couvert de la défense des droits de l’homme.
L’Assemblée populaire nationale (APN) est constituée de représentants élus par les provinces, les régions autonomes, les villes qui dépendent directement du gouvernement et les forces armées.18 Toutes les minorités nationales sont représentées à cette assemblée. L’étendue et le niveau de développement du pays ne permettent pas encore des élections directes de l’APN mais, progressivement toutefois, la voie s’ouvre à ces élections directes, à commencer par l’élection des représentants locaux du peuple. Aujourd’hui, les trois millions et plus de délégués de l’Assemblée populaire nationale sont élus directement au niveau des districts et des communes.
L’APN est désignée pour une période de cinq ans et se réunit une fois par an. Le comité permanent de l’APN est chargé du travail journalier. L’APN décide des modifications de la Constitution, veille à son respect, décide des lois du droit pénal et civil, des organes de l’Etat, etc. L’APN élit le président et le vice-président de la République populaire, nomme le ministre-président et les ministres après que le président ou le vice-président les ait proposés, élit le président de la commission militaire centrale, le président du tribunal populaire suprême et le procureur de la République. L’APN ratifie le plan de développement économique et social ainsi que le budget de l’Etat et adopte les décisions concernant leur réalisation. Elle prend également des décisions quant à la division administrative de l’Etat, ou encore concernant la guerre et la paix.

La Chine se compose de 33 unités territoriales qui dépendent directement de l’Etat central : les 22 provinces, les 5 régions autonomes que sont la Mongolie Intérieure, le Guangxi (de nationalité zhuang), le Tibet, le Ningxia (de nationalité hui), le Xinjiang (les Ouïgours), 4 villes qui dépendent directement de l’Etat central (Beijing, Tianjin, Shanghai, Chongqing) et deux « régions administratives spéciales », Hongkong et Macao. A l’issue de la colonisation britannique, d’une part, et portugaise, de l’autre, Hongkong et Macao ont de nouveau été rattachées à la Chine, la première en 1997, la seconde en 1999. Pour les deux, vaut le principe « un pays, deux systèmes », avec des dispositions propres et radicales. C’est surtout Hongkong qui joue un rôle important dans le développement des relations économiques internationales. La province de Taiwan est également considérée, juridiquement parlant, comme une province chinoise, mais elle n’a pas encore été réunie au territoire (voir chapitre 6).
La République populaire de Chine connaît un système multipartite de collaboration et de concertation politique, sous la direction du PCC. Il ne s’agit donc pas d’un système multipartite comme dans les pays capitalistes ni d’un système à parti unique comme dans les anciens pays socialistes. C’est le résultat de la révolution démocratique telle qu’elle a été menée à bien en Chine, l’interprétation du front d’unité dans la révolution démocratique et socialiste.
Le Parti communiste chinois est la force politique dirigeante du pays. Il est une composante irréfutable de l’orientation fondamentale vers le développement socialiste. Le contenu concret de ce rôle prépondérant diffère du tout au tout de cette « dictature à parti unique » dont on parle si souvent. Le PCC a tiré des conclusions fondamentales de la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est. Le rôle prépondérant du Parti est décrit comme suit dans son propre programme :
« Le Parti exerce principalement une direction politique, idéologique et organisationnelle sur l’Etat … Le Parti doit concentrer toute sa réflexion sur la direction du développement économique, organiser et coordonner toutes les forces, intervenir en tant qu’unité et, dans tout son travail, ne jamais perdre des yeux la construction économique. Le Parti doit faire en sorte que les décisions politiques soient prises démocratiquement et sur des bases scientifiques, qu’une ligne, une orientation et une politique correctes soient établies et appliquées. Il doit prendre fermement en main l’organisation, la propagande et la formation au sein du Parti et veiller à ce que tous les membres du Parti jouent un rôle d’avant-garde et donnent l’exemple.
Le Parti doit œuvrer dans le cadre de la Constitution et des lois. Le Parti doit veiller à ce que les organes législatifs, judiciaires et administratifs de l’Etat, des organisations économiques et culturelles et des associations à caractère social interviennent activement, de façon autonome, indépendante, responsable et coordonnée. Le Parti doit renforcer sa direction sur les syndicats, la jeunesse communiste, la ligue des femmes et autres organisations de masse et faire valoir pleinement leur rôle. Le Parti doit en permanence adapter sa méthode de direction aux développements nouveaux et aux modifications des situations. Il doit accroître le niveau de son rôle dirigeant. Les membres du Parti communiste doivent collaborer étroitement avec la masse des non-membres du Parti et, en compagnie de ces derniers, lutter pour la construction du socialisme chinois. »
La consolidation, l’implantation et le développement du Parti constituent ensemble l’une des tâches centrales que le 16e Congrès a désignée comme l’une des priorités. Il a surtout fait référence à la nécessité de renforcer les organisations de base, entre autres dans les campagnes et dans les entreprises qui ne sont pas propriété collective. Il a également insisté à plusieurs reprises sur la nécessité pour le Parti de renforcer sa base de classe et sa base de masse.
Le 16e Congrès s’est penché dans les détails sur la théorie de « la triple représentativité », telle qu’elle avait été exposée par Jiang Zemin en 2000. Cette théorie a été reprise dans les statuts du Parti. Cette idée parfois erronément comprise et interprétée contient les leçons tirées du développement complexe que la Chine a vécu depuis le début des réformes et, ensuite et surtout, les conclusions tirées de la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est. En résumé, cette «la triple représentativité » a été formulée comme suit lors du Congrès: le PC chinois représente le développement le plus avancé des forces productives, de la culture progressiste et des intérêts fondamentaux de l’écrasante majorité du peuple chinois. Cela signifie que l’on s’en tient au marxisme, mais également que l’on souhaite exclure le dogmatisme et les conceptions erronées à propos du marxisme et que l’on entend aussi bien perpétuer les traditions révolutionnaires qu’en créer de nouvelles. La nécessité d’agir de façon créative est fort importante. La génération actuelle avance de nouvelles propositions en comparaison avec ses prédécesseurs, et la génération suivante, à son tour, en avancera de nouvelles encore.
La théorie de la « triple représentativité » a beaucoup d’implications. Par exemple, le développement de la production et le bien-être du peuple doivent réellement être au centre des préoccupations de la politique. Le Parti ne peut agir en se dissociant du peuple. Le développement de la démocratie socialiste et de l’Etat socialiste de droit doit se poursuivre imperturbablement. On ne peut se permettre aucune faute dans la politique culturelle, etc. Il se développe un modèle socialiste qui s’appuie sur les quatre principes de base du PC chinois (s’en tenir à la voie socialiste, au rôle prépondérant du Parti, au marxisme et à la dictature démocratique du peuple), mais c’est quand même tout autre chose que le modèle soviétique ou celui de l’Europe de l’Est. Les documents du Congrès décrivent les expériences et les réalisations dans les domaines les plus divers et indiquent les étapes indispensables sans pour autant préconiser un modèle socialiste idéal. Dans le rapport du Comité central, on peut lire que « le pire danger pour le Parti, après la prise de pouvoir, consisterait à se dissocier de la masse ».
Dans de nombreuses publications occidentales, y compris de gauche, on donne une interprétation très simpliste et inexacte de la «triple représentativité », équivalant tout simplement à dire que l’on accepterait la présence de capitalistes au sein du Parti.
Ce n’est pas le cas. Dans le sillage des réformes en Chine, de nouvelles couches sociales sont apparues, comme le personnel des entreprises à capital étranger, les professions libérales, les entrepreneurs indépendants. Ils ne sont pas hostiles à l’égard du socialisme, ils fournissent une contribution à sa construction.19 Ils doivent recevoir une place convenable au sein de la société. Dans les modifications des statuts du Parti, on peut lire : « Chaque travailleur, paysan, soldat chinois ou toute personne appartenant à une autre couche sociale (…) qui reconnaît le programme du Parti et ses statuts (…) qui est disposé à suivre les décisions du Parti (…) peut demander son affiliation au PCC.» Une telle réglementation favorise la cohésion sociale au cours de l’actuelle phase de développement. La République populaire traverse en effet une phase dans laquelle le Parti adopte une position politique solide mais qui, en même temps, ne représente encore que le début du socialisme. C’est un stade de développement qui présente de nombreux phénomènes liés aux rapports sociaux tels qu’ils étaient avant que soit instauré le socialisme.
Une composante essentielle du 16e Congrès a été la composition de la direction. Le secrétaire général du Comité central, Jiang Zemin, n’était plus candidat à cette fonction. Il occupait ce poste depuis 1989 et avait fait du très bon travail, d’ailleurs jugé positif par le congrès. Le congrès a estimé que toutes les décisions importantes prises par le Comité central depuis le précédent congrès, ont été correctes. Jiang Zemin demeure président de la commission militaire centrale.
D’autres camarades dirigeants également, comme le président du parlement Li Peng et le ministre-président Zhu Rongji, ont cédé leurs fonctions au sein de la direction du Parti à des camarades plus jeunes. Hu Jintao a été élu nouveau secrétaire général du Comité central. Cela fait déjà dix ans qu’il est membre du comité permanent du bureau politique. Lors de la réunion de l’Assemblée populaire nationale en 2003, Hu Jintao a également été élu président de l’Etat et Wen Jiabao, qui remplit lui aussi une fonction dirigeante depuis des années, ministre-président. Le nouveau président du parlement est Wu Bangguo. Le passage à une nouvelle génération de dirigeants était préparé de longue date et s’est déroulé de façon planifiée. Les cadres supérieurs qui s’en vont continueront à mettre leurs expériences à la disposition des nouveaux cadres dirigeants, qui pourront ainsi en profiter. La composition du Comité central, elle aussi, a considérablement changé. La nouvelle direction veut poursuivre le cours préconisé par le PCC, afin de faire de la Chine un pays socialiste développé et moderne. Elle veut aborder les problèmes réels existants. Le 16e Congrès du PCC a créé les conditions qui le permettent.

Outre le PCC, il existe encore huit autres partis en Chine. Ils sont nés dans le courant de la révolution néo-démocratique et, de ce fait, ont été appelés partis démocratiques. De mai 1948 au début 1949, ils ont accepté l’un après l’autre la proposition du Parti communiste de convoquer une Conférence politique consultative. En septembre 1949, en compagnie du PCC et de figures de proue qui n’étaient membres d’aucun parti, ils ont participé à la première Conférence politique consultative du Peuple chinois. Celle-ci a adopté un programme commun qui devait servir de Constitution provisoire, désigné un gouvernement populaire central et décidé de fonder la République populaire de Chine.
Les partis démocratiques jouissent de la liberté politique, sont autonomes sur le plan organisationnel et égaux devant la loi. Tout cela est fixé dans la Constitution. Ces partis reconnaissent la direction du PCC, collaborent aux travaux de ce dernier et s’engagent pour la cause du socialisme. Ces partis sont les suivants :

  1. Le « Comité révolutionnaire du Guomindang de Chine ». Fondé à Hongkong en janvier 1948, il compte plus de 60.000 membres, surtout d’anciens membres et sympathisants du Guomindang. Le parti honore l’héritage de Sun Yat-sen, c’est un parti patriotique et progressiste.
  2. La « Ligue démocratique chinoise ». Fondée en octobre 1941 à Chongqing, elle compte environ 144.000 membres. Ces membres et leurs cercles sont surtout composés d’intellectuels de la couche moyenne et supérieure.
  3. L’« Association chinoise de construction nationale démocratique ». Fondée en décembre 1945, elle compte environ 78.000 membres. Lors de la fondation, membres et partisans appartenaient surtout à la bourgeoisie. Il s’agissait surtout d’intellectuels entretenant des contacts avec le monde économique. Aujourd’hui encore, il s’agit de figures de proue du monde des entreprises, des spécialistes, des hommes de science.
  4. L’« Association chinoise de promotion de la démocratie ». Fondée à Shanghai en décembre 1945, elle compte plus de 74.000 membres. Ses membres et partisans sont surtout des intellectuels de l’enseignement, de la culture et des sciences, ainsi que du monde de l’édition.
  5. Le « Parti démocratique chinois des paysans et des travailleurs ». Fondé à Shanghai en août 1930, il regroupe plus de 75.000 membres. Membres et sympathisants sont essentiellement des intellectuels du monde médical, des hommes de science, des techniciens, des personnes actives dans le secteur culturel et des professeurs.
  6. Le « Zhi-Gong-Dang » de Chine. Fondé en octobre 1925, il compte environ 18.000 membres, surtout des Chinois rentrés de l’étranger ou des parents et relations de Chinois à l’étranger. Le précurseur de ce parti était le « Zhi-Gong-Tang » d’Amérique qui, lors de son congrès de San Francisco, en 1925, avait modifié son nom (tang = salle, dang = parti).
  7. L’« Association du 3 septembre », fondée en septembre 1944. Elle compte environ 78.000 membres. Ses adhérents sont surtout des intellectuels de la couche supérieure et moyenne du monde de la science et de la technique, de la culture, de l’enseignement et des soins de santé.
  8. La « Ligue démocratique pour l’autodétermination de Taiwan ». Fondée à Hongkong en novembre 1947, elle compte encore 1.800 membres, surtout originaires de Taiwan. Leur objectif est de servir la construction et la réunification de la patrie.

Aujourd’hui, des membres de ces partis siègent à l’Assemblée populaire nationale et à la Conférence politique consultative du Peuple chinois. Ils assument des fonctions importantes au sein du gouvernement, dans les institutions économiques, culturelles, scientifiques, techniques et éducatives. Les partis démocratiques sont des organisations représentant des forces sociales spécifiques qui, en compagnie du Parti communiste, collaborent à la gestion du pays. Le PCC et le gouvernement les consultent afin d’avoir leurs avis et les respectent. Ce ne sont pas des partis d’opposition ni des éléments à qui l’on ferme la porte du gouvernement. Au contraire, ils contribuent pour une part non négligeable au processus de prise de décision politique.
Parallèlement à l’Assemblée populaire nationale, la Conférence consultative politique se réunit une fois l’an pour traiter des questions essentielles de la politique de l’Etat, de la vie quotidienne en Chine et de tout ce qui concerne le front uni. La Conférence évalue le travail du gouvernement et l’application de la Constitution et des lois. Le système de collaboration entre les divers partis et la concertation politique, sous la direction du PCC, s’est avéré d’excellente qualité.
Aux principales organisations de masse exerçant une très grande influence sociale appartiennent la Fédération nationale des Syndicats de Chine, la Ligue de la Jeunesse communiste, la Fédération nationale des Femmes de Chine et l’Association pour l’Industrie et le Commerce.

Le pays le plus peuplé au monde comptait fin 2001 plus de 1,28 milliard d’habitants.20 C’est plus que n’importe quel autre pays au monde et, qui plus est, la situation est tout autre sur le plan qualitatif. Nourrir, loger, vêtir, assurer soins de santé, travail et enseignement à une population de 1,3 milliard de personnes : la tâche est gigantesque. Dans les années 70, en raison de l’explosion démographique, le gouvernement chinois a entamé une politique complexe de limitation des naissances comprenant aussi bien des tâches d’information, d’éducation, de concertation que des mesures administratives. La politique d’un seul enfant par couple s’est traduite par une limitation de la croissance démographique qui, aujourd’hui, n’est plus que de 6,45‰, c’est-à-dire une augmentation modeste et stable du nombre d’habitants.
Dès le début, le contrôle des naissances n’a pas été le même partout. A l’égard des minorités nationales, il n’a pas été appliqué de façon très stricte, voire même pas du tout. Il en a résulté entre autres que, ces dernières années, le pourcentage des minorités dans l’ensemble de la population est passé de 6 à 9%. Dans les campagnes aussi, ces dernières années, on a quelque peu assoupli ces mesures. Toutefois, à long terme, le maintien du contrôle de l’accroissement démographique demeure un élément important du développement social de la Chine.

Le peuple chinois se compose de 56 nationalités. Plus de 91% de la population appartient à la nationalité han. Les 55 autres nationalités sont désignées sous le terme de minorités nationales. La plus importante de celles-ci est la minorité zhuang, qui compte environ 15 millions de personnes, la plus petite est la minorité lhoba, avec moins de 3.000 individus. Les minorités nationales habitent surtout dans les régions septentrionales, occidentales et méridionales du pays. Dans les régions à plus forte concentration de minorités, des régions autonomes ont été constituées qui disposent des mêmes droits que les provinces (Mongolie Intérieure, Xinjiang, Ningxia, Tibet, Guangxi). Dans nombre de provinces, il existe des districts et régions autonomes. De même, des régions comme le Tibet et le Xinjiang font partie depuis des siècles du territoire chinois. Les Régions autonomes de la République populaire de Chine jouissent d’un haut degré d’autonomie mais, au contraire des républiques de l’ancienne Union soviétique, elles ne disposent pas du droit constitutionnel de se séparer de l’Etat.
La Constitution garantit les droits des minorités et la direction accorde une grande attention à leur développement économique et culturel. Ainsi, aujourd’hui, toutes les minorités ont leur propre écriture, ce qui n’était pas le cas en 1949. Du fait des nombreuses règles d’exception dans différents domaines de la vie sociale, le développement de ces groupes de population a pu progresser. Pour l’administration et le management, l’enseignement et la recherche, les sciences et la technique, les soins médicaux, etc., les minorités disposent aujourd’hui de personnel qualifié émanant de leurs rangs propres.

Le Tibet, une composante indissociable de la Chine

Le Tibet est l’un des thèmes utilisés de manière récurrente par la propagande bourgeoise pour attaquer la politique chinoise. Examinons donc cette question de plus près.
Depuis des siècles, le Tibet fait partie de la Chine. Même le groupe du dalaï-lama, qui vit en Inde, ne peut le nier. Mais jugez plutôt : après des années de séjour à l’étranger, le Tibétain Dainmba retourne en Chine. Il a participé notamment à un camp spécial de formation pour Tibétains dans le Colorado, aux Etats-Unis. Là, raconte-t-il en mai 1991, un instructeur politique avait expliqué que, pour empêcher que la Chine s’enrichisse et devienne puissante, il fallait diviser le pays tant qu’il était encore pauvre. Il fallait donc œuvrer à la sécession du Tibet, ensuite du Xinjiang, puis de la Mongolie Intérieure et, enfin, de la Mandchourie. Les Etats-Unis disposaient de toute une série de camps où l’on formait des Tibétains pour des missions spéciales au Tibet. Selon les informations officielles des services américains, ces camps auraient été fermés après la visite de Nixon en Chine en 1972, et à l’issue de la reprise des relations diplomatiques en 1976. De même, le soutien financier et les livraisons d’armes aux séparatistes tibétains auraient été arrêtées. Mais les propos de l’instructeur sont particulièrement éloquent et caractéristique de la politique américaine.
L’histoire des Etats nous enseigne que les frontières naissent des rapports de force, de la violence et des guerres. C’était le cas à l’époque de la féodalité et, sous le développement capitaliste, on n’imagine pas qu’il puisse en être autrement. En 641 de notre ère, une princesse de la Cour impériale de Chine épouse un roi du royaume tibétain. Le Tibet devient ainsi une partie de la Chine. Au milieu du 13e siècle, le Tibet est rattaché officiellement au territoire de la Chine. Dans la seconde moitié du 19e siècle, la politique des puissances capitalistes développées, visant à se partager la Chine en sphères d’influence, connaît son apogée. La Chine est alors dégradée à l’état de semi-colonie. En 1888 et en 1903, les troupes britanniques attaquent le Tibet à partir de leur colonie indienne afin de le placer sous la zone d’influence britannique. Ils occupent Lhassa tout un temps et le dalaï-lama est contraint de s’enfuir. En 1913, sous la pression des Britanniques, les sujets tibétains sortent une « déclaration d’indépendance » qui se heurte à l’opposition du gouvernement central chinois (du Guomindang, à l’époque) et qui n’est pas reconnue sur le plan international. La Grande-Bretagne réclame la gestion financière et la défense du Tibet, en langage clair, sa colonisation progressive. C’est un mensonge historique que de prétendre, comme on peut le lire aujourd’hui dans la presse bourgeoise et dans certains manuels d’histoire, que le Tibet, dans la période située entre la chute de l’empire, en 1911, et la fondation de la République populaire, en 1949, a été dans les faits un Etat indépendant. Dans son discours prononcé à son accession à la présidence provisoire de la République de Chine, le 1er janvier 1912, Sun Yat-sen proclame la « réunion des Han, des Mandchous, des Mongols, des Hui et des Tibétains en un Etat unique, en tant que membres d’une seule grande famille ». La Constitution établit sans la moindre équivoque que le Tibet est une composante du territoire de la République de Chine. Des représentants des gouvernements locaux tibétains participent à la rédaction des documents officiels du Guomindang, relatifs à la création d’un gouvernement national et d’une assemblée nationale. Selon une coutume remontant à plusieurs siècles, le quatorzième dalaï-lama, en 1940, est également désigné par le gouvernement central. Le gouvernement du Guomindang installe ses représentants au Tibet. A la fin de la guerre civile, lorsque la défaite des troupes du Guomindang se précise, et surtout après la fondation de la République populaire, les Etats-Unis multiplient leurs activités dans la région. Ils délèguent des envoyés aux négociations qui se déroulent au Tibet et émettent un communiqué de presse disant qu’ils sont prêts « à reconnaître le Tibet comme un pays indépendant et libre », ils fournissent des armes et des munitions afin de résister à l’invasion de l’Armée populaire de Libération. Le 8 juillet 1949, sur le conseil des Etats-Unis, le gouvernement local tibétain expulse du pays les fonctionnaires du Guomindang afin d’entraver la libération du Tibet par l’Armée populaire de Libération. Lorsque la guerre de Corée éclate, en juin 1950, le Tibet constitue un maillon de la chaîne stratégique que les Etats-Unis veulent installer en Orient. Le 13 juin 1950, le département américain des Affaires étrangères adresse une note à l’ambassadeur britannique à Washington pour lui faire savoir que les Etats-Unis vont très vraisemblablement entreprendre des actions de soutien aux ambitions tibétaines de se séparer de la Chine.
Au cours de la lutte de libération du peuple chinois contre la domination du Guomindang, les provinces voisines du Tibet sont libérées de façon pacifique. Les autorités locales du Tibet ne veulent toutefois pas entendre parler de négociations avec le nouveau gouvernement central et elles concentrent des troupes dans l’Est du Tibet. Par conséquent, en 1950, la région de Qamdo, dans l’Est du Tibet, est libérée militairement par l’Armée populaire de Libération. En mai 1951, le gouvernement central et le gouvernement local du Tibet signent un accord relatif à la libération pacifique du Tibet. Le dalaï-lama et le panchen-lama participent en 1954 à la première Assemblée populaire nationale, au cours de laquelle est adoptée la Constitution de la République populaire de Chine, Constitution qui établit également les principes de l’autonomie nationale des régions.
Jusque dans les années 50, le Tibet s’est égaré dans les âges les plus obscurs du servage. 5% de la population constituait la couche dominante, dont faisait partie la noblesse temporelle et spirituelle des monastères, alors que 90% de la population était constituée de serfs et les 5% restants d’esclaves. Avec le soutien de la CIA, les dirigeants féodaux opposés aux réformes renforcent les tendances séparatistes. En mars 1959, ils organisent une insurrection armée à Lhassa. Le 17 mars, le dalaï-lama (alors âgé de 23 ans), « accompagné » d’agents formés aux Etats-Unis, est conduit à la frontière de l’Inde, où se sont également réfugiés les putschistes à l’issue de leur défaite. Depuis lors, le dalaï-lama claironne au quatre coins du monde « l’indépendance du Tibet ». Le Parlement européen de Strasbourg constitue un forum particulièrement réceptif à ce genre de discours. Depuis toujours, la Chine est disposée à nouer des contacts avec le dalaï-lama, mais pas en vue de discuter de « l’indépendance du Tibet ». Après la défaite de la révolte de 1959, des réformes démocratiques ont eu lieu au Tibet, le servage est supprimé et un million de serfs et d’esclaves ont été libérés.
En septembre 1965, sur base de la Constitution de 1954, la région autonome du Tibet est officiellement instaurée. Le Tibet a un territoire de 1,2 million de km2, pour 2,6 millions d’habitants (dont 94% de Tibétains et 6% de Han). Le chinois et le tibétain sont les langues officielles à part égale. L’économie et le niveau de vie sont en net progrès, même dans cet environnement naturel particulièrement aride – d’une altitude moyenne de plus de 4.000 mètres, avec des liaisons et un approvisionnement en énergie extrêmement problématiques. Culture, enseignement et soins de santé vont en s’épanouissant. La restauration du palais du Potala est un reflet de l’essor de la région.
Le cinquantième anniversaire de la libération pacifique du Tibet a été célébré avec faste en 2001. Dans un livre blanc, le gouvernement fait clairement état des progrès du Tibet sur la voie de la modernisation. En 2000, le PIB y était de 1,4 milliard de dollars, soit trois fois plus qu’en 1951. Parmi les enfants tombant sous l’obligation scolaire, 86% vont aujourd’hui à l’école. Le Tibet compte 25 instituts scientifiques et quatre universités. Quatre-vingts pour-cent des cadres du Tibet sont des Tibétains ou des membres d’une minorité nationale. Aujourd’hui, le Tibet dispose de 2.100 km de routes asphaltées et d’un pipeline de plus de 100 km de long, allant de Golmud à Lhassa et permettant d’assurer l’approvisionnement en carburant. La première ligne de chemin de fer vers Lhassa est en voie d’achèvement.

5. L’essence des réformes et de la politique d’ouverture

Le PCC a défini la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est comme un contrecoup aux conséquences importantes, mais non comme l’échec total du socialisme. Le succès du développement du socialisme en Chine réfute la prétention selon laquelle le socialisme scientifique a échoué. C’est le socialisme que la Chine bâtit et non le capitalisme.21
Le PCC dit qu’avec sa politique de réformes et d’ouverture, menée depuis 1978, il entend améliorer les structures économiques et politiques du socialisme et non les supprimer. Il s’agit donc d’une différence de principe entre les réformes en Chine et celles de la Russie et des anciens pays socialistes de l’Europe de l’Est. D’importantes leçons ont été tirées des événements de la fin des années 80 et du début des années 90. La Chine pose le premier jalon de la voie socialiste et n’a pas choisi une voie qui s’écarte du socialisme.
A la fin de la Révolution culturelle, certains, y compris en Chine, avaient annoncé que le socialisme avait vécu. C’était une réaction à la situation terrible que traversait le pays. L’impasse qui se profilait déjà en Union soviétique et en Europe de l’Est jouait un rôle. Jiang Zemin, à l’époque secrétaire général du Comité central du PCC, déclarait, lors du 15e Congrès de 1997 : « Il est erroné d’exiger que nous abandonnions la base socialiste de notre système de société. »22 Malgré d’importantes erreurs et leurs conséquences négatives, le PCC était fermement décidé à demeurer fidèle au socialisme.
Le rapport du Comité central lors du 16e Congrès affirme : « La fin des années 80 et le début des années 90 du siècle dernier ont été marqués tant par de graves troubles politiques dans notre pays23 que par de brusques changements de situation en Europe de l’Est, suivis de la dislocation de l’Union soviétique ; le socialisme mondial avait essuyé de graves revers et la cause du socialisme chinois se trouvait confrontée dans sa marche en avant à des difficultés d’une ampleur sans précédent ainsi qu’à des pressions d’une rare violence. A ce tournant capital de l’histoire, alors qu’il y allait de l’avenir et du destin du Parti et de l’Etat, le Comité central, s’appuyant fermement sur tous les camarades du Parti et sur l’ensemble de notre peuple multiethnique (…) est parvenu à stabiliser la situation générale créée par la réforme et le développement économique et à sauvegarder la grande cause du socialisme à la chinoise. »24
Au début des années 90, après la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est, Deng Xiaoping a dit que la Chine ne devait pas se réjouir, mais qu’elle devait continuer à travailler en toute modestie et ne pas courir en brandissant son drapeau de façon triomphaliste. Ce n’est que si le socialisme se maintient en Chine qu’il continuera à exister dans le monde. Il déclarait en outre : si, au milieu du siècle prochain, la Chine atteint vraiment son épanouissement, elle aura pavé la voie pour le tiers monde où habitent les trois-quarts de la population mondiale. Toutefois, une chose est plus importante encore: elle aura prouvé à l’humanité que le socialisme est la seule voie possible, que le socialisme est supérieur au capitalisme.25
Avec la politique des réformes qui opère sur les structures économiques et politiques de la société, le PCC a emprunté sa voie propre : après la victoire de la révolution, il a réalisé avec succès une société socialiste, ce qui prouve qu’il existe bel et bien une alternative au système capitaliste. Le déroulement des réformes en Chine prouve que de nouvelles structures efficaces du socialisme peuvent être mises en place et que le succès économique est possible sans remettre le socialisme en question. Ainsi naît, pas à pas, un nouveau modèle du socialisme que le PCC, toutefois, n’a pas l’intention de présenter comme la seule voie possible de salut. Il a reçu l’appellation de « socialisme à la chinoise » ou de « phase initiale du socialisme ». Ce modèle n’a pas fait son temps et, en ce moment, on n’entend pas encore l’élaborer sur le plan théorique.
Le point de départ de la nouvelle stratégie du PCC était l’opinion selon laquelle la Chine se trouve dans la phase initiale du socialisme et que cette période va durer assez longtemps. Dans le programme du Parti du PCC, on peut lire : « Notre pays en est au stade initial du socialisme. C’est une période historique que l’on ne peut contourner dans la construction du socialisme et dans la modernisation d’une Chine qui accuse un retard économique et culturel. Cette phase va durer plus d’un siècle. Dans la construction du socialisme dans notre pays, il convient de partir de la situation propre à notre pays, notre voie doit être celle d’un socialisme aux caractéristiques chinoises. »26
Remarquez le parallèle avec la révolution néo-démocratique en Chine. La révolution antiféodale et anticoloniale ne pouvait réussir sous la direction de la bourgeoisie, mais uniquement sous la direction du prolétariat et de son Parti. Pour certains problèmes, une solution se présente aujourd’hui dans la phase initiale du socialisme, alors qu’à vrai dire, elle aurait dû se présenter au cours du développement capitaliste, ce qui n’était donc pas possible dans la situation chinoise – c’est une invitation à développer les considérations théoriques sur les lois du développement de la société dans les pays du tiers monde après qu’ils ont obtenu leur indépendance nationale. Lors du 15e Congrès, le secrétaire général Jiang Zemin avait déclaré : « L’une des causes fondamentales des erreurs que nous avons commises dans la construction du socialisme, avant le troisième Plénum du Congrès27 du PCC, c’est que les tâches définies à l’époque et les directives politiques élaborées avaient été fixées bien trop haut pour le stade initial du socialisme. »28
La condition de base pour rester dans la voie socialiste, déclare le PCC, c’est que la possession collective socialiste demeure la forme de propriété dominante. Dans tous les documents à ce propos, on insiste sur le fait qu’on ne peut modifier le système économique fondamental. Dans ce système, la propriété collective socialiste continue à dominer avec, en outre, d’autres formes de propriété. Les principaux secteurs économiques sont aux mains de l’Etat. La propriété par l’Etat représente un tiers du produit intérieur brut. Le secteur collectif (dont fait partie l’agriculture, qui constitue 15% du PIB) assure un autre tiers du PIB. Ensemble, l’Etat et le collectif constituent la propriété commune socialiste. Outre ces composantes socialistes, on trouve l’économie mixte des entreprises individuelles et privées, y compris les investissements étrangers. Ce dernier secteur fournit un tiers du PIB. Il bénéficie d’une grande marge de manœuvre, mais il n’est nullement question de « privatisation » ou de « transformation ». L’Assemblée populaire nationale de mars 2003 a décidé que l’Etat devait diriger d’une main plus ferme les processus économiques et sociaux. Une institution officielle centrale de la propriété d’Etat a donc été créée.
Dans son discours prononcé lors du 78e anniversaire de la fondation du PCC, le 28 juin 1999, Jiang Zemin a déclaré : « A l’étranger et en Chine même, des voix s’élèvent en faveur de la privatisation. Si une part importante de la propriété de l’Etat tombe aux mains du privé, elle tombera aux mains d’une petite minorité. Cela reviendrait à détruire la base du système social socialiste. »29
La revue théorique du Comité central du PCC, Qiu Shi (traduction : tendre à la vérité), insiste fortement sur ce qui suit : « Ce n’est que lorsque la propriété collective socialiste remplace la propriété privée que la contradiction entre la socialisation de la production et la propriété privée des moyens de production au sein du capitalisme peut trouver une solution fondamentale. C’est seulement alors que les rapports de production peuvent être mis en concordance avec les conditions du développement des forces productives. (…) Certains Etats socialistes ont renoncé au but d’une réforme socialiste et ont appliqué la privatisation, ce qui a eu des conséquences catastrophiques. »30

Un peu plus loin, Qiu Shi traite encore d’un autre aspect de la problématique : « Il ne faut pas nier que, dans l’économie de marché socialiste, naissent divers intérêts économiques. On voit apparaître des couches de population qui n’existaient pas auparavant. Les secteurs non collectifs de l’économie ont leurs propres intérêts et défenseurs. C’est normal. Mais la réalisation de ce que cherchent à obtenir tous ces groupes divergents doit se produire dans le cadre de la constitution et des prescriptions légales du pays. »31
Dans les travaux théoriques du PCC, on se rend compte que la propriété collective socialiste ne doit pas nécessairement être liée à l’économie de plan.
L’économie planifiée et l’économie de marché existent aussi bien dans le capitalisme que dans le socialisme (remarquez également, ici, l’hypocrisie des termes utilisés par les économistes bourgeois : ils définissent l’économie capitaliste, centrée sur le profit, comme une économie de marché, alors qu’en réalité, ce n’est plus le cas depuis longtemps déjà). Le développement d’une économie socialiste de marché, qui requiert une politique macroéconomique de la part de l’Etat, est une méthode de politique économique adaptée à la phase initiale très longue du socialisme et aux circonstances concrètes que connaît la Chine. Le 16e Congrès estimait : « Le développement d’une économie de marché dans le contexte du socialisme constitue une initiative magistrale sans précédent dans l’histoire. C’est une contribution historique apportée par les communistes chinois au développement du marxisme. »32
Le PCC tire les leçons de la défaite du socialisme en Union soviétique et en Europe de l’Est et s’oppose par principe à l’abandon de la voie socialiste, à une « transformation ».
A l’occasion du 20e anniversaire de la politique de réformes, Jiang Zemin déclarait : « Nous ne pouvons permettre que cet ordre des choses soit renversé ou affaibli ou supprimé ; nous ne pouvons en aucun cas copier le système politique occidental. Ce n’est qu’en maintenant et en perfectionnant la structure socialiste de notre pays que nous garantirons l’unité du pays, l’harmonie entre les diverses minorités nationales, la stabilité sociale et le développement de l’économie. La démocratie est toujours concrète, jamais abstraite. Elle est étroitement liée au système de société d’un pays. Elle est liée à l’ordre juridique de l’Etat. La Chine est un Etat de démocratie socialiste, elle se développe en un Etat socialiste de droit. Nous réformerons nos structures politiques de façon active, bien décidée et mûrement réfléchie. Cela va de soi si nous voulons continuer à optimaliser la structure politique socialiste de notre pays et l’amener à se développer. La réforme de la structure politique comme nous la menons se fait sous la direction du Parti communiste, en développant la démocratie populaire, en améliorant le système juridique de l’Etat, en réformant l’appareil de l’Etat et le cadre de commandement et en développant une politique démocratique socialiste aux caractéristiques chinoises. La réforme du système politique doit être adaptée à la réforme du système économique et au degré de développement de l’économie et de la culture en Chine. Elle doit se faire progressivement et de façon ordonnée. »33 Le 16e Congrès a expressément confirmé ce point de vue. Le rapport dit ceci : « Nous devons continuer à prendre comme point de départ les circonstances de notre pays, nous devons systématiser les expériences que nous avons acquises dans la pratique et, en même temps, profiter des réalisations politiques et sociales utiles de l’humanité ; en aucun cas, nous ne pouvons copier le système politique occidental. »34
Last but not least, le Congrès insiste pour que l’on garantisse la stabilité politique et l’unité dans la société. Les contradictions internes qui interviennent dans le processus des réformes méritent une attention toute particulière.
La vigilance s’impose à l’égard des forces hostiles internes et extérieures.35 Les intérêts fondamentaux du peuple chinois doivent être protégés sans l’ombre d’une hésitation. Tout le processus des réformes, de la politique d’ouverture et de la modernisation a pour but de permettre aux masses populaires – les ouvriers, les paysans, les intellectuels et les autres couches – de cueillir ensemble les fruits du développement économique et social.
Nous construisons une structure politique et, pour ce faire, nous ne perdons pas de vue que le PCC doit assumer la direction, que le peuple – la dictature démocratique du peuple – exerce le pouvoir et que nous devons développer la démocratie socialiste et l’Etat socialiste de droit. On ne peut pas oublier non plus que la Chine est un pays surpeuplé disposant d’un vaste territoire. La République populaire est un pays en voie de développement et, dans ce pays, les diverses régions ont des niveaux de développement très différents. Sans une direction unifiée assumée par un parti politique fort tel que le PCC, l’instabilité naîtrait et il ne serait pas question de modernisation socialiste.
Le PCC se réclame du marxisme et s’en tient au socialisme scientifique. Ces dix dernières années, un débat très large a eu lieu en Chine sur l’analyse du naufrage du socialisme en Union soviétique et dans les pays socialistes européens. Ce débat (et certainement les conclusions concernant la politique du PCC) a déjà mené à des résultats fondamentaux mais il n’est en aucun cas terminé. Un exemple est le jugement selon lequel il s’agit d’une lourde défaite du socialisme, mais que le socialisme n’est pas enterré pour autant. La Chine, Cuba, le Vietnam et d’autres pays suivent une voie socialiste. Les idéaux et objectifs socialistes n’ont pas abdiqué, ni dans les pays capitalistes développés, ni dans les pays du tiers monde. Il est donc absolument erroné de déclarer que la page du socialisme est « définitivement tournée ».

6. La question de Taiwan et le principe d’une Chine unique

Maintenant que Hongkong et Macao sont à nouveau rattachés politiquement à la République populaire de Chine, il n’y a plus que Taiwan a encore être séparé du territoire national. Taiwan constitue un problème complexe, un écheveau de conflits intérieurs et extérieurs. Dans une petite partie de la Chine, certaines forces hostiles au peuple continuent à agir longtemps après que le succès de la révolution chinoise leur ait ravi le pouvoir sur l’Etat. En même temps, Taiwan constitue l’un des sujets les plus sensibles des relations sino-américaines. Les Etats-Unis pensent que, dans leurs tentatives pour faire pression sur la Chine, c’est avec la question de Taiwan qu’ils pourront obtenir le succès le plus rapide. C’est la raison pour laquelle, pour les pays de l’océan Pacifique, la stabilité de l’ensemble de la région dépend de la situation dans le détroit de Taiwan.
De tout temps, Taiwan a appartenu à la Chine. Dès le 3e siècle, l’île est visitée par des habitants du continent. Au 17e siècle, la dynastie Qing y établit son gouvernement. Aux 16e et 17e siècles, les puissances coloniales que sont le Portugal, l’Espagne et les Pays-Bas occupent des parties de l’île mais, à la fin du 17e siècle, les troupes chinoises les en chassent. En 1886, Taiwan reçoit le statut de province de l’Empire chinois. Après la défaite dans la guerre contre le Japon de 1894-95, la Chine doit céder Taiwan au Japon (traité de Shimonoseki). Lors des attaques japonaises contre la Chine en 1937, cette dernière déclare la guerre au Japon et déclare caducs tous les traités entre les deux pays, y compris le traité de Shimonoseki. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’accord de paix stipule que le Japon doit rétrocéder Taiwan à la Chine.
La question actuelle de Taiwan est née après 1945. Avec le plein soutien des Etats-Unis, les troupes du Guomindang déclenchent une guerre civile qu’elles vont finalement perdre. Le secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères, Dean G. Acheson, écrit en 1949, dans une lettre adressée au président Truman : « C’est regrettable, mais irréversible : l’issue fatale de la guerre civile en Chine échappe au contrôle de notre gouvernement. (…) Rien de ce qu’a entrepris notre pays n’y a joué un rôle. C’est le résultat des rapports de force internes de la Chine, sur lesquels notre pays a essayé en vain d’avoir prise. »
Après la chute du gouvernement du Guomindang de Nanjing, Tchang Kaï-chek se réfugie à Taiwan avec une partie de ses troupes et de son gouvernement. C’est là qu’il poursuit ses activités sous le nom de « République de Chine » laquelle, toutefois, selon le droit constitutionnel et le droit populaire, n’existe plus après la fondation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949. Désormais, les Etats-Unis vont essayer d’isoler la République populaire et vont accorder systématiquement leur soutien au régime de Tchang Kaï-chek. Après le déclenchement de la guerre de Corée, Truman dira, le 27 juin 1950 : «J’ai ordonné à la 7e Flotte d’empêcher toute attaque contre Taiwan. » La 7e Flotte stationne en permanence dans le détroit de Taiwan et les forces aériennes américaines se voient attribuer une base sur l’île. En 1954, les Etats-Unis concluent avec les autorités de Taiwan un « traité de défense commune ». C’est ainsi que la province de Taiwan se retrouve sous la « protection » des Etats-Unis, ce qui constitue une ingérence manifeste dans les affaires internes de la Chine.
Bien que, depuis 1955, des entretiens diplomatiques aient lieu entre les Etats-Unis et la République démocratique de Chine, ce n’est que dans les années 60 que les Etats-Unis commencent à adapter leur politique à l’égard de la Chine au développement de la République populaire et des changements internationaux. En octobre 1971, les Nations unies reconnaissent les droits légaux de la République populaire en leur sein et excluent Taiwan de l’Onu.
Les interminables négociations entre les Etats-Unis et la République populaire s’expriment dans trois communiqués qui fixent les principes fondamentaux des relations bilatérales (mais dont la Chine doit exiger en permanence qu’ils soient respectés).

  1. Le communiqué de Shanghai de 1972. On peut y lire que « les Etats-Unis comprennent que tous les Chinois, de part et d’autre du détroit de Taiwan, sont d’avis qu’il n’y a qu’une seule Chine et que Taiwan en fait partie. »
  2. Le communiqué commun de 1978 à propos des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine et les Etats-Unis dit que « les Etats-Unis reconnaissent le gouvernement de la République populaire de Chine comme le seul gouvernement légal de la Chine ». Les Etats-Unis promettent de rompre leurs relations diplomatiques avec Taiwan, d’annuler leur traité avec les autorités de Taiwan concernant « la défense commune » et de retirer leurs troupes de Taiwan.
  3. Le « Communiqué du 17 août 1982 » sur la vente d’armes des Etats-Unis à Taiwan précise que les Etats-Unis « sont disposés à réduire progressivement leurs ventes d’armes à Taiwan et qu’au bout d’un certain laps de temps, ils vont prendre à ce sujet une décision définitive ».

La Chine considère la question de Taiwan comme un problème interne. La ligne principale est celle de la réunification pacifique, avec « un seul pays et deux systèmes » (comme cela a été réalisé avec succès dans le cas de Hongkong). C’est déjà l’orientation que préconisait l’Assemblée populaire nationale en 1979. Elle partait du principe qu’à terme, les autorités de Taiwan, elles aussi, finiraient par estimer qu’il n’y a qu’une Chine et que Taiwan en fait partie. Cette solution pacifique, a toujours fait entendre clairement la Chine, ne nous oblige pas à abjurer la violence. Mais l’éventuelle violence ne serait alors pas dirigée contre la population de Taiwan, mais bien contre les tentatives d’en maintenir l’« indépendance » ou contre une intervention de puissances étrangères en vue d’empêcher l’unification de la Chine. Des tentatives visant à séparer Taiwan de la Chine indiqueraient la volonté de faire échouer la réunification pacifique.
De nombreux points de contacts entre les deux camps se sont développés, notamment l’« Association pour les relations entre les deux rives du détroit de Taiwan » (sur le continent) et la « Fondation pour des échanges de part et d’autre du détroit de Taiwan » (à Taiwan). Ces organisations ont conclu un certain nombre d’accords sur base du principe d’une Chine unique, par exemple pour la protection des droits et intérêts légaux de la population des deux côtés du détroit.
Dans le cadre de la politique d’« un pays et deux systèmes », l’actuel système social et économique de Taiwan pourrait lui aussi se maintenir longtemps encore après la réunification. Taiwan constituerait alors une zone dotée d’un système politique spécial, avec son administration et sa législation propres. L’île gérerait elle-même les questions relatives aux partis ainsi que les affaires administratives, militaires, économiques et financières. Elle se verrait même conférer certaines compétences dans les affaires étrangères.
Ces dix dernières années, beaucoup de contacts directs ont eu lieu entre les habitants de Taiwan et ceux du continent. Chaque année, quelque 3 millions d’habitants de Taiwan visitent la Chine continentale. En 2002, le volume des échanges commerciaux atteignait près de 44,7 milliards de dollars. Des hommes d’affaires de Taiwan ont investi 140 milliards de dollars sur le continent. Il existe des liaisons téléphoniques, mais pas de liaisons maritimes ou aériennes, ce qui influe fortement sur les frais des voyageurs en provenance de Taiwan. Mais les autorités de Taiwan continuent à dire « trois fois non » : pas de commerce direct, pas de trafic postal direct, pas de liaisons maritimes et aériennes directes.
Au début des années 90, les autorités de Taiwan allaient abjurer le principe d’une Chine unique. Le « président » de l’époque, Lee Teng-hui, utilisait le terme « indépendance » de Taiwan. En 1999, dans un ouvrage, il exigeait la partition de la Chine en sept zones à « souveraineté totale », une manifestation claire de ses objectifs politiques personnels et de ceux de sa clique (en 1995, l’homme effectuait même une « visite privée » aux Etats-Unis). Lors des élections présidentielles de 2000, le Guomindang a subi une défaite et c’est le Parti démocratique progressiste qui a «fourni» le président en la personne de Chen Shuibian, dont le gouvernement, lui aussi, se cramponne à la politique de la séparation.
Avec l’accession de Bush au pouvoir, les Etats-Unis ont également enfreint certains principes importants des trois communiqués sensibles susmentionnés. Bush a affirmé, à propos de la Chine et de Taiwan, qu’elles étaient deux pays (même si les fonctionnaires du gouvernement américain ont rejeté la chose comme étant un « lapsus ») et que les réglementations concernant les fournitures d’armes et les visites des représentants de la direction taiwanaise aux Etats-Unis avaient été assouplies. Ce qui a déclenché de vives réactions de la part de la République populaire de Chine. La question se complique toutefois à l’extrême du fait que les Etats-Unis ont l’intention d’impliquer Taiwan dans leur système de défense par missiles. La lutte pour le «principe d’une Chine unique » traverse une phase précaire et le gouvernement Bush doit bien soupeser les différends qu’il peut se permettre dans ses relations avec la Chine.

7. La politique étrangère et les relations internationales, la défense

Fin 2002, la Chine entretenait des relations diplomatiques avec 165 Etats. La reconnaissance internationale de la République populaire a connu nombre de difficultés et s’est fait longtemps attendre. L’Union soviétique et les démocraties populaires de l’Europe de l’Est ont reconnu la République populaire de Chine dès sa fondation. Les Etats occidentaux, de leur côté, ont organisé un boycott et poursuivi leurs relations diplomatiques et leur collaboration avec Taiwan. Dans le cadre de la conférence de Bandung en 1955 et, plus tard, lorsque la Chine est redevenue membre des Nations unies en 1971, le pays a noué des relations diplomatiques avec des pays du tiers-monde et avec des Etats capitalistes hautement développés. Avec le Vatican, il existe bien des contacts, mais pas de relations diplomatiques, alors que le Vatican en a avec Taiwan.
Avec la politique de réformes et d’ouverture, la Chine « mène une politique indépendante axée sur la paix ». Ses relations avec les autres Etats reposent sur les cinq principes de la coexistence pacifique. Paix, collaboration et développement constituent le principal contenu de la politique extérieure chinoise. Dans le rapport au 15e Congrès, on peut lire : « Dans toutes les affaires internationales, nous partons des intérêts fondamentaux du peuple chinois et des peuples du monde. La Chine ne cèdera à aucune pression étrangère et ne se liera à aucune grande puissance. La Chine ne participera pas à la constitution d’un bloc, pas même militaire ; elle ne participera pas à la course aux armements et ne recherchera aucune expansion militaire. (…) Jamais nous n’imposerons à d’autres notre système de société et notre idéologie et nous n’accepterons à aucune condition qu’un pays impose ailleurs son système de société et son idéologie. »36
Le 16e Congrès a confirmé ce point de vue et posé comme principe les tâches suivantes :

  •  Maintenir la paix et chercher un développement qui soit bénéfique aux peuples. Ceci signifie qu’on ne recherche pas les conflits avec d’autres systèmes de sociétés.
  •  Favoriser le développement objectif d’un monde multipolaire, garantir la stabilité de la communauté internationale, dans l’intérêt général de toute l’humanité. La Chine estime que la globalisation économique constitue un développement objectif qui, sous la domination capitaliste, est défini naturellement de façon capitaliste. C’est pourquoi la Chine préconise que la globalisation économique soit orientée sur la prospérité commune, qu’on en élabore les avantages et qu’on en évite les désavantages, de sorte que tous les pays, et certainement les pays en voie de développement, puissent en tirer profit. La Chine rejette les visées des Etats-Unis et des autres puissances impérialistes vers une globalisation universelle et surtout politique, car elles constituent une tentative de créer un monde unipolaire. Un nouvel ordre économique et politique international, équitable et rationnel, doit être établi. Cela requiert la lutte contre la domination mondiale et la politique de pouvoir, mais également la lutte contre le terrorisme, aussi bien contre ses manifestations que contre ses causes.
  •  Poursuivre l’amélioration des relations avec les pays développés, en gardant à l’esprit les intérêts fondamentaux des peuples plutôt que les différences de systèmes de sociétés et d’idéologies. La Chine part du principe que, dans les circonstances actuelles, les divers systèmes de sociétés coexisteront encore très longtemps.
  •  La poursuite de la collaboration et des relations de bon voisinage avec les Etats limitrophes de la région constituent le centre de gravité de la politique étrangère chinoise. Cela comprend le renforcement de la solidarité et de la collaboration avec le tiers-monde, une confiance et une bonne entente mutuelle, une aide et un soutien réciproque. La Chine continuera à jouer son rôle au sein des Nations unies et des autres organisations internationales et elle continuera certainement à soutenir les pays en voie de développement en protégeant leurs propres droits et intérêts légitimes.

La République populaire estime qu’après la disparition de la bipolarité – du fait de l’effondrement de l’Union soviétique et du démantèlement du pacte de Varsovie et du Comecon – les Etats-Unis tentent aujourd’hui d’imposer au monde leur domination incontestée (unipolarité). Les Etats-Unis ont beau être la seule superpuissance, de nouveaux pôles apparaissent et une multipolarité se développe. Les grandes puissances – l’Union européenne, le Japon et la Russie – sont individuellement plus faibles que les Etats-Unis, elles ne compromettent nullement la position des Etats-Unis en tant que superpuissance. Pourtant, seules ou en association avec d’autres, elles peuvent museler les Etats-Unis. De même, la montée de la Chine constitue un aspect de cette multipolarisation. « En tant que membre permanent du Conseil de sécurité et grande puissance régionale, la Chine, outre ses réformes internes, son ouverture à l’étranger et sa modernisation, s’occupe activement des affaires internationales, dans lesquelles elle joue un rôle de plus en plus important. Le pays est de plus en plus reconnu comme grande puissance. La Chine demeure fidèle à ses principes, elle défend la justice, les droits et intérêts légitimes des pays en voie de développement et constitue de la sorte une force importante pour le maintien de la paix mondiale et de la stabilité régionale. »37
Du fait de son développement constant, la Chine « va devenir un pôle au sein du monde multipolaire. Un pôle qui continue à défendre la souveraineté des Etats et l’inviolabilité territoriale et qui intervient contre l’ingérence et l’agression étrangères. Un pôle qui intervient contre l’arrogance et en faveur de la justice, qui défend les droits et intérêts légitimes des pays du tiers-monde. Un pôle qui intervient activement contre le nouvel ordre international politique et économique. Un pôle qui persiste dans la voie du socialisme, qui ne cherche pas la domination mondiale, qui ne se conduit pas de façon hégémonique, mais qui fournit sa contribution au progrès de l’humanité. »38 Dans son discours adressé au 16e Congrès, le ministre des Affaires étrangères, Tang Jiaxuan, déclarait : «La Chine a acquis dans le monde une position de grande puissance du socialisme aux caractéristiques chinoises. »39
La Chine a vivement condamné l’agression de l’Otan contre la Yougoslavie et elle critique également la nouvelle stratégie de l’Otan et le fait qu’un certain nombre d’Etats ne respectent pas la Charte des Nations unies et d’autres principes généralement reconnus des relations internationales, sous le prétexte qu’ils doivent défendre les droits de l’homme et l’humanisme. La Chine se retourne contre les plans américains d’un programme de défense du territoire des Etats-Unis contre des missiles assaillants (Nationale Missile Defense) et d’une défense antimissile de théâtre d’opération (Theatre Missile Defense), car ils sapent les efforts visant à contrer la prolifération des armes de destruction massive.
La Chine condamne les attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis. Mais, en relation avec les réactions à ce sujet, la République populaire fait référence à la compétence du Conseil de sécurité et le pays insiste sur le fait que les mesures prises doivent servir la paix et la sécurité des peuples et des Etats. La Chine a officiellement rejeté les déclarations du président Bush à propos de « l’Axe du mal ». Les relations entre les Etats doivent s’appuyer sur la Charte des Nations unies, sur les cinq principes de la coexistence pacifique et sur l’égalité de tous les pays. Cela seul assurera la stabilité et une paix durable.40 Un expert de l’Académie chinoise des Sciences militaires a déclaré que la Chine résout les conflits en recourant à l’intelligence et non à la violence.41
La République populaire s’est engagée activement afin d’empêcher la guerre d’agression contre l’Irak et elle défend la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne. La Chine a condamné la guerre des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et autres contre l’Irak comme une agression, une violation du droit des peuples et une marque de mépris à l’égard des décisions des Nations unies. La Chine exige que soit immédiatement mis un terme à l’invasion.

La Chine et les Etats-Unis

Vu la nouvelle situation géostratégique engendrée par la défaite du socialisme en Union soviétique et dans les Etats de l’Europe de l’Est, les relations entre la Chine et les Etats-Unis se sont modifiées qualitativement. Le centre de gravité de la politique étrangère américaine s’est déplacé de l’Europe vers l’Asie. Les effets du bombardement de l’ambassade chinoise à Belgrade, le 8 mai 1999, ne s’étaient pas encore estompés que de nouvelles complications surgissaient déjà lors de l’accession de George W. Bush à la présidence. Cette même année, le Pentagone publiait une étude (Asia 2025) d’où ressortait la conception selon laquelle l’Asie allait constituer, dans un proche avenir, un danger potentiel pour les intérêts des Etats-Unis. Au 21e siècle, l’Asie va devenir le centre de l’économie mondiale et, par conséquent, le foyer de la rivalité entre les grandes puissances. Cette analyse a engendré une nouvelle discussion sur l’Asie, et particulièrement sur la Chine. Alors que l’ancien président Clinton qualifiait encore les rapports entre l’Amérique et la Chine de « partenariat stratégique », Bush, lui, parle de « rivalité stratégique ». Selon l’ancien ambassadeur américain aux Nations unies Richard Holbrooke, s’exprimant dans Der Spiegel, le « refroidissement des rapports entre les Etats-Unis et la Chine » est imputable à «l’idéologie, l’histoire et les droits de l’homme », et non à l’un ou l’autre danger pouvant émaner de la Chine. « La Chine ne menace personne », déclarait Holbrooke, « la Chine est une grande puissance asiatique en devenir, mais elle ne nous menace pas, ni nous ni nos amis. »42 Il ne s’agit donc pas pour les Etats-Unis de se défendre, ce qu’ils veulent, c’est tout simplement dominer le monde.
De même, les déclarations à propos de Taiwan et du système de défense antimissiles prévu en Asie portent la Chine à croire que la politique des Etats-Unis à son égard, sous le président Bush, va considérablement se durcir. Considérons maintenant l’incident du 1er avril 2001, lorsqu’un appareil espion américain s’est hasardé au-dessus des côtes de la Chine du Sud, lors d’un vol de reconnaissance de longue distance (rien que le long de la côte chinoise, les Etats-Unis mènent annuellement 400 vols d’espionnage). La défense aérienne chinoise a envoyé deux avions de chasse afin de protéger la frontière de l’Etat et sa propre souveraineté. Il s’en est suivi une collision : l’avion américain a heurté un appareil chinois, qui s’est écrasé. Le pilote chinois a perdu la vie, l’appareil américain a été endommagé et a opéré un atterrissage forcé sur la base aérienne de Lingshui, dans l’île de Hainan. L’affaire a débouché sur des pourparlers diplomatiques qui ont amené les Etats-Unis à présenter leurs excuses pour cette violation de l’espace aérien chinois, pour la perte de l’appareil chinois et pour la mort du pilote. L’incident découle d’une conception stratégique des Etats-Unis qui n’est pas sans dangers. Un journal de Hongkong écrivait à ce propos : la collision est la conséquence fâcheuse des tentatives des Etats-Unis de soumettre la planète tout entière à leur contrôle politique.
L’attitude de Bush à l’égard de la Chine n’est pas nouvelle. Certains analystes chinois soulignent que, déjà depuis la défaite du socialisme en Union soviétique et dans les pays de l’Europe de l’Est, c’est-à-dire depuis la fin du monde bipolaire, les Etats-Unis développent vis-à-vis de la Chine une politique que l’on peut qualifier de politique de « containment », de défiance et de tentatives de faire s’écrouler le pays. Selon ces analystes chinois, les spécialistes américains s’étaient attendus à ce que les réformes chinoises, orientées vers le marché, déclenchent de grands changements dans le système politique et que la génération plus jeune se tourne davantage vers l’Occident. Il s’est avéré qu’il s’agissait d’illusions.
L’attitude du gouvernement américain vis-à-vis de la Chine se heurte à quelque résistance dans les cercles politiques aux Etats-Unis mêmes, mais également à l’étranger. Pour leur politique de containment, les Etats-Unis avaient besoin du soutien de l’Union européenne, du Japon et des Etats voisins de la Chine. Ces pays, toutefois, n’ont aucun intérêt à « contenir » la Chine.
Les analystes chinois résument la chose comme suit : la Chine est une grande puissance régionale qui ne constitue aucun danger pour la sécurité ou les intérêts économiques des Etats-Unis. Dans de nombreuses questions mondiales et régionales – qu’il s’agisse de la protection du système financier international, de la lutte contre le terrorisme international, de la non-prolifération des armes nucléaires, de la stabilité de la presqu’île coréenne – la Chine et les Etats-Unis ont des intérêts communs. C’est pourquoi ces analystes estiment que les Etats-Unis n’ont pas vraiment l’intention de s’engager dans une confrontation avec la Chine. Ce serait une grave erreur stratégique. Ils font également remarquer que les investissements américains en Chine s’élèvent à plus de 30 milliards de dollars et que la Chine est le quatrième partenaire commercial des Etats-Unis. Si les Etats-Unis veulent lancer une nouvelle guerre froide, contre la Chine en l’occurrence, cela pourrait nuire grandement à leurs propres intérêts économiques en Chine. Le gouvernement chinois se conduit de façon intelligente et vise les intérêts à long terme. La meilleure façon de les servir, c’est d’éviter qu’une nouvelle guerre froide se déclenche entre les deux Etats.43

La Chine et l’Union européenne

Les relations entre la Chine et les Etats européens se sont fortement développées. La collaboration économique est d’une grande importance (voir, par exemple, le projet germano-chinois du Transrapid, un train suspendu, à Shanghai). A l’arrivée de l’euro, le gouvernement chinois a décidé de transformer une partie de ses réserves de devises en euros. Il y voit un important élément économique du monde multipolaire. Des contacts politiques réguliers à haut niveau, notamment avec la République fédérale, font partie du large éventail des activités internationales de la République populaire. Parfois, il y a des problèmes, comme lors des contacts entre les Etats de l’Union européenne et le dalaï-lama, ou en ce qui concerne Taiwan, ou encore en cas d’ingérence dans les affaires internes de la Chine.

La Chine et le Japon

Le Japon est le plus important partenaire commercial de la Chine. Les entreprises japonaises détiennent une grande part des investissements étrangers en Chine.44 Les deux pays entretiennent des relations intenses en tous genres.
En même temps, de nombreux problèmes existent : dans les manuels scolaires et autres publications japonaises, la guerre du Japon contre la Chine n’est toujours pas décrite comme elle devrait l’être. Malgré les protestations chinoises, les hommes politiques japonais visitent toujours le monument Yakusuni aux victimes japonaises de la guerre, même si celles-ci ont été condamnées par la Cour de justice internationale pour crimes de guerre. De même, l’attitude japonaise dans la question de Taiwan, notamment, est génératrice de conflits.

La Chine et la Russie

Vu les modifications énormes de la situation internationale ces dix dernières années, la Chine a décidé d’occuper une position plus active sur le plan de la politique étrangère. L’un des principaux éléments a été la nouvelle politique à l’égard de la Russie, dans laquelle une plus grande collaboration est recherchée. Dans les années qui ont précédé la chute de l’Union soviétique, le climat était déjà nettement meilleur et les problèmes de frontières avaient été en principe résolus. Après de solides préparatifs, le Premier ministre chinois a profité d’une visite officielle en Russie, le 16 juillet 2001, pour signer à Moscou un traité de bon voisinage, d’amitié et de collaboration.
Il ne s’agissait nullement ici d’un pacte, mais bien d’importants accords bilatéraux censés déboucher sur des relations plus stables, dénuées de conflits. Dorénavant, les deux parties s’appuient sur le principe de la coexistence pacifique, leurs frontières communes constituant un point de rencontre au profit d’une paix durable et de l’amitié entre les deux pays. La confiance doit s’installer sur le plan militaire et les troupes concentrées dans les régions frontalières doivent être réduites. Aucun des deux pays ne peut participer à un pacte qui mettrait en danger la souveraineté, la sécurité ou l’inviolabilité territoriale de l’autre. Les deux pays affirment qu’ils cherchent à maintenir l’équilibre stratégique du monde et à renforcer le rôle de l’Onu. Au cours d’entretiens bilatéraux, les deux pays se sont engagés en faveur d’un monde multipolaire, d’un nouvel ordre international loyal et honnête, doté de stabilité, de démocratie et d’absence de confrontations. A leurs yeux, des concepts tels qu’« interventions humanitaires » et «souveraineté limitée » ne sont que des tentatives pour saper la base du droit des peuples. Tous deux réclament une répartition honnête des avantages de la globalisation économique et de la croissance de l’économie mondiale et ils veulent réduire le gouffre sans cesse grandissant entre le Nord et le Sud.45
La situation internationale et la base des relations entre les deux Etats, après l’effondrement de l’Union soviétique et la disparition de l’ordre socialiste en Russie, se sont trouvées considérablement modifiées. Le traité sino-russe en est une retombée sur le plan du droit international public.
Etant donné le durcissement de la situation internationale, surtout en raison de l’attitude du gouvernement Bush vis-à-vis de l’Irak, la visite en Chine du président russe Poutine, en décembre 2002, revêt une signification particulière. Les deux pays ont répété leur point de vue selon lequel la question de l’Irak devait recevoir une solution politique et diplomatique, sur base des résolutions des Nations unies.

Un plus ample engagement dans la politique étrangère

Sur d’autres plans également, la République populaire de Chine intervient avec plus de poids, compte tenu de la nouvelle situation internationale. Quelques exemples :
• Sur l’initiative des Chinois, a eu lieu, en septembre 2000, la première rencontre au sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. La Chine s’est surtout engagée en faveur de dossiers censés défendre les intérêts des pays en voie de développement. La Chine s’emploie à ce que les Nations unies jouent un rôle plus important et qu’elles soient considérées comme l’autorité, l’institution internationale par excellence des Etats souverains dans le traitement des affaires internationales, notamment sur le plan de la paix et du développement.
• La Chine voudrait voir s’étendre le rôle de l’organisation de développement de Shanghai (Chine, Russie, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizistan, Ouzbékistan). Cette organisation s’est constituée en juin 2001, à partir du groupe des cinq (Chine, Russie, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizistan) et s’occupe de problèmes régionaux, du développement de la collaboration régionale, de la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et le trafic de drogue. L’organisation plaide en faveur de la paix, de la stabilité et de la sécurité dans la région.
Toutefois, en raison de la collaboration étroite, surtout militaire, de certains de ces pays avec les Etats-Unis qui, sur le plan stratégique, sont manifestement hostiles à la Chine, une tendance inverse est apparue dans la région.
• La Chine poursuit directement son travail d’amélioration des relations sino-vietnamiennes, sur base de la normalisation officielle des relations en 1991. En décembre 2000, le président de la République socialiste du Vietnam effectuait une visite officielle en République populaire de Chine. Des accords étaient signés, entre autres, sur la démarcation des eaux territoriales et sur la pêche dans les eaux séparant les deux Etats. Les deux pays échangent intensivement leurs expériences dans le domaine des réformes et du développement économique et il existe entre eux une large collaboration économique et politique.
• En octobre 2000 a eu lieu à Beijing un forum sur la collaboration sino-africaine, une délibération au sommet à propos des stratégies de développement, de l’annulation des dettes et d’un nouvel octroi de crédits. En œuvrant en faveur d’un nouvel ordre politique et économique international, la Chine entend surtout défendre les intérêts et les droits des pays en voie de développement.
• En octobre 2001, s’est tenue à Shanghai une rencontre au sommet de l’APEC (organisation en faveur de la collaboration économique en Asie et dans la région du Pacifique), à laquelle participaient les chefs d’Etat et de gouvernement de vingt pays. L’APEC joue un rôle de plus en plus important dans l’économie mondiale.

Le contrôle des armements et le désarmement

En décembre dernier, le gouvernement chinois publiait un livre blanc intitulé « Défense nationale 2002 ». Ce livre blanc part de l’idée selon laquelle la stratégie chinoise est orientée sur la défense de la sécurité et de l’unité du pays. Une stratégie défensive, donc, dans laquelle le pays vise une capacité opérationnelle plus élevée de l’armée, compte tenu de l’état des technologies avancées.
Les médias de divers pays ont qualifié de « caractéristique » le fait que, l’an dernier, le budget militaire de la Chine a augmenté de 17%. C’est un fait, certes, mais de telles informations donnent une image déformée de la réalité. Considérons les chiffres des dépenses militaires des pays ci-dessous et leur pourcentage par rapport à leurs dépenses globales, en US dollars, pour l’année 2001 :

Etats-Unis 348 milliards 16,55%
Russie 9,1 milliards 18,35%
Allemagne 20,7 milliards 9,8%
Japon 40,5 milliards 5,98%
Chine 20,4 milliards 7,65%

Des dépenses militaires chinoises, 31,9% sont consacrées à la solde des effectifs, 34,3% aux dépenses courantes et 33,8% à l’équipement. Lorsqu’on examine tous les facteurs, les dépenses de la défense nationale chinoise sont relativement faibles. L’armée chinoise est forte de 2,5 millions d’hommes.
La Chine est favorable à une interdiction générale des armes nucléaires et elle désire leur destruction complète. La Chine s’engage à ne jamais recourir la première aux armes nucléaires ni d’en menacer des pays et régions qui n’en possèdent pas. La Chine souhaite que toutes les puissances nucléaires traduisent ces mêmes engagements dans leur législation. L’arsenal nucléaire chinois se limite au niveau minimal requis pour l’autodéfense du pays (en Occident, on estime que les armes nucléaires chinoises représentent 5% de l’arsenal mondial en ce domaine).
La Chine s’oppose à la prolifération des armes de destruction massive. Le pays a signé le traité de non-prolifération et respecte tous ses engagements. Il existe un système de contrôle interne des exportations nucléaires, conforme aux dispositions de l’IAEA46. Les prescriptions chinoises en matière d’exportation de matières fissiles et autres combustibles nucléaires n’accordent d’autorisation qu’aux firmes spécialisées qui bénéficient d’une décharge du gouvernement et de licences spéciales. La Chine ne collabore pas avec les institutions nucléaires étrangères échappant au contrôle de l’IAEA.
La Chine estime que le traité d’interdiction totale des essais nucléaires constitue une étape importante dans le processus du désarmement nucléaire. Elle faisait partie du premier groupe des signataires du traité et elle a participé à tous les préparatifs en vue de sa ratification. En compagnie de la communauté internationale, la Chine est disposée à faire appliquer le traité le plus rapidement possible. Le problème, c’est que, jusqu’à présent, les Etats-Unis ne sont absolument pas disposés à ratifier le traité parce qu’ils veulent pouvoir se livrer à des essais avec ce qu’ils appellent les « mini-nukes » (mini-armes nucléaires). La Chine fait partie des premiers signataires des conventions relatives à l’interdiction des armes chimiques et biologiques. Dans le sens de ces traités, elle a adopté des réglementations internes en vue du contrôle de l’exportation des substances chimiques et biologiques. Des organes spéciaux de l’Etat ont été mis en place en vue de faire respecter les traités. La Chine s’est soumise aux contrôles internationaux sur ce plan. Sur le territoire chinois, se trouvent encore actuellement un grand nombre d’armes chimiques abandonnées par les troupes japonaises durant la Seconde Guerre mondiale. Dans un mémorandum commun aux deux pays, le gouvernement chinois, conformément aux traités internationaux, exige que le Japon vienne procéder à l’enlèvement de ces armes.
De tout temps, la Chine a été favorable à l’interdiction générale et à la destruction massive des armes biologiques. En 1984, le pays se ralliait à la convention relative à l’interdiction des armes biologiques et, chaque année, il adresse un rapport aux Nations unies sur la mise en application de cette convention.
La Chine a publiquement déploré qu’en 2001, les Etats-Unis aient mis hors circuit le traité sur la limitation des systèmes de missiles antibalistiques47. La Chine attache une grande importance au maintien de la stabilité stratégique mondiale et du système de contrôle international des armements, du désarmement et de la non-prolifération des armes nucléaires, parce qu’il sert les intérêts de tous les pays. La Chine s’inquiète du système de défense anti-missiles pour les territoires en guerre (TMD) développé par les Américains et qu’ils ont l’intention d’installer en Asie du Nord-Est. Cela se traduira par une escalade dans l’armement et constituera une menace pour la stabilité de la région. La Chine est absolument opposée à ce que Taiwan soit impliqué de quelque manière que ce soit dans le système TMD tel qu’il est prévu de le mettre en place.
Afin de contrer la militarisation de l’espace, la Chine a émis des propositions concrètes : il faut interdire d’envoyer des armes dans l’espace et l’engagement d’armes (ou les menaces) contre des objets gravitant dans l’espace doit faire l’objet d’une conférence sur le désarmement.
Le problème de la prolifération des missiles bénéficie d’une grande attention. La Chine est disposée à collaborer à une initiative internationale de lutte contre ce phénomène. Le pays participe aux discussions portant sur un code international de conduite qui doit empêcher la multiplication des missiles balistiques et sur des propositions en vue d’une « réglementation mondiale du contrôle des missiles ». La Chine n’aide aucun pays à développer des missiles balistiques susceptibles de servir comme porteurs d’armes nucléaires et exerce un contrôle sévère sur l’exportation de missiles, de matériel et de technologie qui peuvent servir à la construction de tels engins. En août 2002, le gouvernement chinois a fixé des dispositions en vue du contrôle sur l’exportation des missiles guidés, de leurs composantes et des technologies qui s’y rapportent.
En juillet 2001, la Chine a participé à la conférence des Nations unies sur le commerce illégal des armes de format réduit. Elle a également mis en pratique le programme d’action adopté lors de cette conférence. En 1998, elle a ratifié le protocole modifié relatif aux mines antipersonnel. Le pays s’est engagé à ne pas exporter ce type d’armes. La Chine contribue aux efforts internationaux dans le cadre d’opérations de déminage au Cambodge, en Ethiopie, en Erythrée, au Mozambique, au Rwanda, en Namibie et en Angola. En 2002, elle a libéré plus de 3 millions de dollars en vue du déminage de l’Erythrée et du Liban. En Erythrée, un groupe d’experts chinois est toujours au travail.

Septembre 2003

Né en 1938, Rolf Berthold entreprend des études à l’Institut des Relations internationales de Beijing et à l’Académie des Sciences politiques et de Droit en RDA. De 1962 à 1990, il est collaborateur du ministère des Affaires étrangères de la RDA. Ensuite, il est attaché à l’ambassade de la RDA en République démocratique de Chine et au Vietnam, chef de section en Chine et au Vietnam. De 1982 à 1990, il est ambassadeur de la RDA en République populaire de Chine.

Notes

1. Dans cette société semi-féodale et semi-coloniale, de hauts fonctionnaires de l’Etat s’enrichissent via la corruption et l’aliénation des deniers de l’Etat. En compagnie de la bourgeoisie compradore et des grands propriétaires fonciers, ils constituent les trois classes ennemies au sein de la révolution national-démocratique. (Note d’Etudes Marxistes)
2. En juin 1941, le Comité central fixe la date du 1er juillet comme journée officielle de la fondation du Parti.
3. La Chine avait été forcée de « louer » à des conditions très défavorables des parties de son territoire à l’Angleterre, la Russie et l’Allemagne, notamment pour l’exploitation et le commerce. Ces portions occupées du territoire chinois furent appelées des concessions. (Note d’Etudes Marxistes)
4. La date de début de la Seconde Guerre mondiale diffère. Pour la Chine, nous pouvons, sans risque d’erreur, considérer qu’elle a débuté avec l’agression japonaise, donc bien longtemps avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, en 1939.
5. Avec le capital étroitement lié à l’appareil d’Etat. Voir note 1.
6. Conférence des chefs de gouvernement de 29 pays asiatiques et africains en avril 1955 à Bandung. Dans un programme en dix points, ils se déclarent d’accord avec les principes de la coexistence pacifique et du droit à l’autodétermination de chaque nation. Ils s’expriment contre la politique impérialiste de l’oppression coloniale et des pactes militaires. La Conférence de Bandung confère de nouvelles impulsions importantes aux luttes de libération nationale.
7. Dans le texte original en allemand, il est ajouté : « entre autres, une délégation du SED sous la direction de Walter Ulbricht et une délégation du KPD sous la direction de Max Reimann. » (Note d’Etudes Marxistes)
8. Histoire succincte du PCC, Beijing, 2001, p.119 (en chinois).
9. Ibidem, p.120.
10. « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles de pensée rivalisent. »
11. La Révolution culturelle (de 1966 à 1978) fut une période de divergences de vues internes à la fois complexes et très pénibles au cours de laquelle on combattit surtout les éléments « bourgeois ». Sur le fond, il s’agissait toutefois de divergences de vues internes à propos de la stratégie de la voie socialiste.
12. Jiang Qing (épouse de Mao Zedong), Zhang Chunqiao, Wang Hongwen et Yao Wenyuan.
13. Rotfuchs, janvier 2003.
14. Rapport du gouvernement au Congrès national du Peuple de mars 2002, chin. internet.
15. Journal du Peuple, 18 novembre 2002 (en chinois).
16. Agence de presse Xinhua, 17 février 2000.
17. Voir Qiu Shi, 20/2000 : « Dans la mise en place d’une politique démocratique, il convient de prendre comme point de départ la situation concrète de la Chine – Critique sur la diffusion du point de vue concernant la libéralisation démocratique occidentale ».
18. L’actuel Congrès national comprend 18,87% d’ouvriers et de paysans, 21,05% d’intellectuels, 32,87% de cadres, 15,42% de membres d’autres partis ou de sans parti, 8,98% de personnel de l’Armée populaire de Libération, 1,17% de représentants de Hongkong, 0,40% de Macao, 1,24% de Chinois qui sont rentrés de l’étranger, 21,81% sont des femmes, 14,37% appartiennent aux minorités nationales.
19. Ce que l’on peut lire dans la revue allemande Sozialismus (janvier 2003), à savoir que les entrepreneurs sont considérés « exclusivement » comme des bâtisseurs du socialisme, ne concorde pas avec la réalité. Vous ne trouverez jamais semblable explication dans les textes chinois. C’est en vain que vous chercherez dans les documents du Congrès chinois des affirmations disant qu’au sein du PC chinois, il n’existe plus de classes, mais uniquement des catégories ou couches, comme on peut le lire dans le journal allemand Junge Welt (24 janvier 2003). Dans le rapport au 16e Congrès, il est dit : « La classe ouvrière, y compris les intellectuels et la grande masse des paysans, constitue toujours la force fondamentale en vue du développement des forces de production et de l’ensemble du progrès social de notre pays. Les couches sociales qui sont nées du changement radical de société, comme les managers et les techniciens des entreprises scientifico-techniques individuelles et le personnel technique engagé par le capital étranger, les petits indépendants, les entrepreneurs du privé, les agents immobiliers et les professions libérales, participent tous à l’édification du socialisme chinois. Il s’agit donc pour nous de collaborer avec des gens provenant de différentes couches sociales qui contribuent à l’épanouissement de la patrie, de stimuler leur envie d’entreprendre, de protéger leurs droits et intérêts légaux, d’estimer à leur juste valeur leurs éminents représentants, de créer une situation dans laquelle tous les citoyens peuvent travailler au mieux de leurs capacités, trouver la place qui leur convient et vivre dans un esprit de concorde mutuelle. »
20. 37,3% d’entre eux habitent dans les villes et les communes, 62,7% dans les campagnes.
21. Qiu Shi, 21/2000, « La théorie du socialisme scientifique est une vérité absolument incontestable ».
22. Beijing Information, 40/1997
23. Les événements de la place Tien An Men.
24. Journal du Peuple, 18 novembre 2002 (en chinois).
25. Deng Xiaoping, Œuvres choisies, T.3, p.343 (en chinois).
26. Documents du 15e Congrès du PCC (en chinois).
27. Décembre 1978.
28. Beijing Information, 40/97
29. Journal du Peuple, 1er juillet 1999 (en chinois).
30. Qiu Shi, 18/2000, « S’en tenir de façon déterminée à l’ordre économique fondamental du socialisme – Critique de la conception de la privatisation de l’économie. »
31. Qiu Shi, 20/2000, « Dans la construction de la politique démocratique, il faut partir de la situation concrète de la Chine – Critique de la propagande en faveur du point de vue de la libéralisation démocratique occidentale. »
32. Rapport au 16e Congrès, Journal du Peuple, 18 novembre 2002 (en chinois).
33. Journal du Peuple, 19 décembre 1998 (en chinois).
34. Journal du Peuple, 18 novembre 1998 (en chinois).
35. En fait certainement partie également la secte politique à coloration religieuse Falungong, dont le siège principal est aux Etats-Unis.
36. Beijing Information, 40/1997.
37. Qiu Shi, 9/2000, « La tendance à la multipolarisation est devenue irréversible ».
38. Ibidem.
39. China Internet Information Center, 19 novembre 2002.
40. Porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, China Internet Information Center, 4 février 2002.
41. China Internet Information Center, 1er août 2002.
42. Der Spiegel, 17/2001.
43. Beijing Information, 28/2000.
44. 5% des investissements japonais à l’étranger vont à la Chine.
45. Journal du Peuple, 17 juillet 2001.
46. Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA)
47. Traité ABM (Anti-Ballistic Missile), jadis conclu entre les Etats-Unis et l’Union soviétique.