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Revue n° 71, date de publication: 2006-01-10
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La reprise, la publication et la traduction sont autorisées pour des buts strictements non lucratifs Dimitrov à propos de la dissolution du Komintern |Archive EM|Dans une discussion avec d’éminents camarades du DKP (Parti Communiste allemand) à propos de la dissolution du Bureau d’information communiste par Khrouchtchev, au cours de laquelle je caractérisais cette dissolution comme une des mesures par lesquelles Khrouchtchev introduisait dans le mouvement communiste, à la place du principe marxiste-léniniste de l’internationalisme prolétarien, le « nationalcommunisme » propagé par le parti de Tito, il me fut répliqué : « Alors, tu dois avant tout adresser ce reproche à Staline, puisqu’en 1943, de sa propre autorité, sans rien demander à personne, il a ordonné la dissolution de l’Internationale communiste et ainsi porté un coup sévère au mouvement communiste ! » Cette vision de la dissolution du Komintern se retrouve de façon dominante aussi bien dans le DKP que dans le PDS (Parti Démocrate Socialiste) et, naturellement, parmi tous les partis et groupuscules dévoués à Trotski. Ce qu’il en fut vraiment, nous l’apprenons également à la lecture du journal personnel de Dimitrov. Fait partie de la préhistoire, une loi des États-Unis signée par le président Roosevelt, le 17 octobre 1940. Cette loi interdisait aux organisations américaines toute affiliation internationale. De ce fait, le Parti communiste des États-Unis était menacé de condamnation en raison de son appartenance à l’Internationale communiste. À l’époque, son secrétaire général, Earl R. Browder, était en prison. Il avait été condamné en janvier 1940 à une peine de quatre ans de prison pour « délit de passeport ». Sur sa proposition, le parti adressa une requête au CEIC – le Comité exécutif de l’Internationale communiste – pour savoir s’il ne serait pas opportun, pour échapper à l’interdiction du parti, de supprimer l’appartenance de ce dernier à l’Internationale communiste. C’est à cette requête que renvoie manifestement la note suivante du journal de Dimitrov : 16.11.40 : Ercoli (Togliatti), Marty et Gottwald chez moi à cause de la requête du Parti Communiste d’Amérique en rapport avec leur congrès extraordinaire. Nous sommes mis d’accord sur la réponse suivante : «S’il est absolument nécessaire de prendre une décision sur la question de l’appartenance (à l’organisation du Komintern), une décision semblable doit alors souligner la fidélité du parti au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien, au moment même où le parti est contraint de rompre temporairement les relations formelles avec l’Internationale communiste s’il veut conserver la possibilité de travailler légalement. » (p.319) Cinq mois plus tard, en avril 1941, Dimitrov rapporte des propos de Staline dans le cercle des camarades dirigeants. 20.4.41 : On trinqua aussi à ma santé. À cette occasion, J.V. Staline dit : chez Dimitrov, au Komintern, des partis se retirent (allusion au parti américain). Ce n’est pas mauvais. Au contraire, on devrait faire des partis communistes des partis totalement indépendants au lieu de sections de l’Internationale communiste. Ils doivent devenir des partis communistes nationaux avec différentes appellations – parti ouvrier, parti marxiste, etc. Le nom n’est pas important. Ce qui est important, c’est qu’ils prennent pied dans leur peuple et se concentrent sur leurs propres tâches spécifiques. Ils doivent avoir un programme communiste, doivent s’appuyer sur une analyse marxiste, ne pas toujours regarder vers Moscou, mais résoudre indépendamment, dans chaque pays respectif, les tâches concrètes pendantes. (…) Car la situation et les tâches diffèrent complètement selon les pays. (…) Si les partis communistes se renforcent de la sorte, ils pourront alors reconstruire leur organisation internationale. L’Internationale fut fondée du temps de Marx dans l’attente d’une révolution internationale à venir. De même, le Komintern fut créé sous Lénine au cours d’une semblable période. À présent, les tâches nationales de chaque pays viennent au premier plan. Le fait que les partis communistes sont subordonnés au Comité exécutif de l’Internationale communiste comme sections d’une organisation internationale, est un handicap. (…) Ne vous accrochez pas à ce qui était hier. Considérez de façon conséquente les conditions nouvellement surgies. (…) Dans les conditions actuelles, l’appartenance des partis communistes au Komintern facilite leur persécution par la bourgeoisie et favorise le plan de celle-ci visant à les isoler des masses de leur propre pays ; les partis communistes seront empêchés de se développer de manière autonome et de résoudre leurs tâches en tant que partis nationaux. Conclusion de Dimitrov : « La question de la poursuite de l’existence de l’Internationale communiste durant la prochaine période et après les nouvelles formes de liaisons et de travail sur le plan international et dans les conditions de la guerre mondiale a été posée clairement et exactement. » (p. 374) À propos de la consultation sur cette question, Dimitrov se réunit avec les camarades dirigeants du CEIC : 21.4.41 : Ai confronté Ercoli et Maurice (Thorez) à la question de savoir si le CEIC devait cesser son activité comme instance dirigeante pour les partis communistes dans la prochaine période et devait garantir aux partis communistes isolés une pleine autonomie ; si on devait les transformer en véritables partis nationaux des communistes des pays respectifs qui, certes guidés par un programme communiste, résoudraient néanmoins à leur manière leurs tâches concrètes, propres aux conditions de leur pays, et qui seraient eux-mêmes responsables de leurs décisions et de leur action, et ce, à la place du CEIC – un organe d’information et de soutien idéologique et politique des partis communistes. Les deux estimaient qu’il était fondamentalement correct de poser la question et que cela correspondait totalement à la situation actuelle du mouvement ouvrier international. (p. 375) Quelque temps plus tard, en compagnie de D.S. Manuilski et d’A. A. Jdanov, Dimitrov mena à bonne fin d’autres consultations sur cette question . 12.5.41 : Discussion avec D.S. Manuilski sur la façon de justifier la décision de suspendre l’activité du CEIC. À ce remaniement sont liées de nombreuses questions floues et importantes. Au CC (chez Jdanov). Avons parlé du Komintern. 1. La décision doit être justifiée dans son principe puisque nous devons en livrer une explication plausible aussi bien à l’étranger qu’à nos communistes soviétiques. Le Komintern a une grande histoire et il cesse brusquement d’exister et d’agir comme centre international homogène. Dans la décision, on devrait au préalable prendre en considération tous les coups possibles de l’adversaire, par exemple, qu’il s’agirait là d’une prétendue manœuvre ou que les communistes auraient abjuré l’internationalisme et la révolution prolétarienne internationale. Notre argumentation doit être telle qu’elle conduise à un essor chez les partis communistes et non qu’elle suscite la démoralisation et l’incertitude (…). Les idées de l’Internationale communiste sont profondément enracinées dans les rangs des couches dirigeantes de la classe ouvrière des pays capitalistes. Dans l’étape actuelle, il est nécessaire que les partis communistes se développent comme partis nationaux autonomes. Après une apogée du mouvement communiste national dans les pays respectifs, ressurgira dans la prochaine étape une organisation communiste internationale sur une base plus large et plus solide. Il faut clarifier que la dissolution du CEIC ne signifie aucun renoncement à la solidarité prolétarienne internationale. Au contraire – seules les formes d’apparition et les méthodes changent afi n que les formes et les méthodes correspondent mieux à l’étape actuelle du mouvement ouvrier international. 2. Cette démarche doit être absolument sérieuse et conséquente. On ne doit pas changer d’habit, mais laisser tout le reste en l’état, c’està-dire que le CEIC est certes dissous, mais continue en fait d’exister sous une autre forme comme centre international dirigeant. 3. Très importante est la question de savoir sur l’initiative de qui cela se produit : sur la propre initiative de la direction ou sur proposition d’une série de partis communistes. La dernière solution est vraisemblablement meilleure. 4. La chose n’est pas urgente ; on ne devrait pas la précipiter, mais la discuter et la préparer sérieusement. Trois questions nécessitent la discussion : a. Comment doit-on la justifier dans son principe ? b. Qui doit prendre l’initiative de la décision ? c. Comment poursuivre l’héritage de l’IC ? 5. En tout cas, le mouvement communiste peut engranger d’importants avantages via cette démarche :
Six semaines avant l’attaque de l’Allemagne nazie contre l’Union soviétique, comme l’on voit, la dissolution de l’IC était donc pour ainsi dire décidée. Le commencement de la guerre patriotique contre l’Allemagne fasciste passa de façon compréhensible à l’avant-plan, avant même toutes les autres questions. En outre, la direction des partis communistes par le CEIC dans les conditions totalement changées de l’alliance de l’Union soviétique, de la Grande-Bretagne et des États-Unis pour une certaine période, prit encore une fois une grande importance. Ce n’est qu’après la grande victoire de l’Armée rouge à la bataille de Stalingrad, victoire qui permit d’amener définitivement les armées de l’Allemagne fasciste sur la voie de la défaite, en mai 1943, qu’on trouve dans le journal de Dimitrov la première allusion, depuis l’attaque fasciste, à la dissolution de l’Internationale communiste. 8.5.43 : De nuit avec Manuilski chez Molotov. Nous nous sommes entretenus de l’avenir du Komintern. Sommes parvenus à la conclusion que le Komintern, en tant que centre de direction pour les partis communistes dans les conditions actuelles, est un obstacle à son propre développement et à l’accomplissement de ses tâches spécifi ques. On élabore un document pour la dissolution de ce centre. Entre ce 8 mai 1943 et le 22 mai de la même année, il ne se passe pas de jour où ne soit inscrite une notice dans le journal de Dimitrov sur les délibérations concernant cette question. Le 11 mai 1943, un projet de déclaration du président du CEIC, rédigé par Dimitrov et Manuilski, est porté à la connaissance de Staline, qui marque son accord. Ce projet fut délibéré plusieurs fois au présidium du CEIC, rédigé dans sa version définitive le 20 mai 1943, accepté unanimement par le Bureau politique du Parti communiste de l’URSS le 21 mai 1943 et publié le 22 mai 1943 dans la Pravda sous l’intitulé « Communication du présidium du Comité exécutif de l’Internationale communiste ». Sa teneur était la suivante : Le rôle historique de l’Internationale communiste qui avait surgi en 1919, suite à l’effondrement politique de l’énorme majorité des vieux partis ouvriers de l’avant-garde, consistait en la défense des enseignements du marxisme contre leur aplatissement et leur distorsion par des éléments opportunistes du mouvement ouvrier. Il consistait à favoriser dans une série de pays la fusion de l’avant-garde des ouvriers progressistes dans de véritables partis ouvriers, à les aider à mobiliser les masses des travailleurs pour la défense de leurs intérêts politiques et économiques, pour le combat contre le fascisme et la guerre préparée par lui, à soutenir l’Union soviétique comme principal appui contre le fascisme. L’Internationale communiste a dévoilé au bon moment la véritable signification du « pacte anti-Komintern » dont se servaient les hitlériens comme instrument de préparation à la guerre. Bien avant cela déjà, le Komintern a dénoncé infatigablement l’honteux travail de sape des hitlériens dans les autres États, qu’ils masquaient avec leurs criailleries sur la prétendue ingérence de l’Internationale communiste. Longtemps avant la guerre, il était déjà apparu clairement qu’avec la complexité croissante de la situation, tant intérieure qu’extérieure, des différents pays, la solution des tâches du mouvement ouvrier de chaque pays par les forces d’un quelconque centre international se heurterait à des difficultés insurmontables. Cette différence des voies historiques de développement des différents pays du monde, le caractère différencié, voire même le contraste de leur structure, la différence de niveau et de rythme de leur évolution sociale et politique et, fi nalement, la différence de degré de conscience et d’organisation des travailleurs, font que différentes tâches s’imposent à la classe ouvrière des différents pays. Tout le déroulement des événements dans le quart de siècle écoulé et l’expérience acquise par l’Internationale communiste ont montré de façon convaincante que la forme d’organisation choisie lors du 1er Congrès de l’Internationale communiste pour l’unifi cation des travailleurs – et qui correspondait aux exigences de la période initiale de renaissance du mouvement ouvrier – se survivait de plus en plus avec la croissance du mouvement ouvrier dans les différents pays et la complexité de leurs tâches et devenait même un obstacle au renforcement ultérieur des partis ouvriers nationaux. La guerre mondiale, déclenchée par les hitlériens, a accentué encore plus les différences dans la situation des divers pays, elle a creusé un profond fossé entre les pays porteurs de la tyrannie hitlérienne et les peuples épris de liberté qui se sont fondus dans la puissante coalition anti-hitlérienne. Tandis que dans les pays du bloc hitlérien, la tâche principale des travailleurs, des ouvriers et de tous les hommes honnêtes consiste à collaborer de tous côtés à la défaite de ce bloc en minant la machine de guerre hitlérienne, à contribuer à la chute des gouvernements responsables de la guerre, dans les pays de la coalition anti-hitlérienne, il est un devoir sacré des larges masses populaires et, avant tout, des travailleurs progressistes, de soutenir de tous côtés les efforts de guerre des gouvernements de ces pays pour écraser au plus vite le bloc hitlérien et assurer la collaboration des nations sur la base de l’égalité des droits. En cela, il ne faut pas perdre de vue que quelques pays ralliés à la coalition anti-hitlérienne ont aussi leurs propres tâches. Ainsi, par exemple, dans les pays occupés par les hitlériens et privés de leur indépendance étatique, la tâche principale des travailleurs progressistes et des larges masses populaires consiste en l’épanouissement de la lutte armée en vue de la transformer en guerre de libération nationale contre l’Allemagne de Hitler. Conjointement, la guerre de libération des peuples épris de liberté contre la tyrannie hitlérienne a mis en mouvement les plus larges masses populaires qui, sans distinction de parti ou d’appartenance religieuse, ont rejoint les rangs de la puissante coalition anti-hitlérienne, et a visiblement montré que l’élan national et la mobilisation des masses peuvent être réalisés pour la victoire la plus rapide sur l’ennemi par l’avant-garde du mouvement ouvrier de chaque pays de la meilleure et de la façon la plus fertile dans le cadre de leur État. Déjà le 7e Congrès de l’Internationale communiste, en 1935, prenait en compte les changements qui s’étaient produits avant lui, aussi bien dans la situation internationale que dans le mouvement ouvrier et qui exigeait une grande mobilité et autonomie des sections de l’Internationale communiste. Il soulignait la nécessité, pour l’exécutif de l’Internationale communiste, lors de la rédaction de la résolution sur toutes les questions du mouvement ouvrier, de partir des conditions concrètes et des particularités de chaque pays respectif et d’éviter toute intervention directe dans les affaires organisationnelles internes des partis communistes. L’Internationale communiste prit en compte ces considérations lorsqu’elle eut connaissance de la décision du Parti communiste des États-Unis d’Amérique, en novembre 1940, de sortir des rangs de l’internationale communiste, et elle l’approuva. Les communistes guidés par les enseignements des fondateurs du marxisme-léninisme n’ont jamais été des partisans du maintien de formes d’organisations obsolètes. Ils ont toujours soumis les formes d’organisation et les méthodes de travail de ces organisations aux intérêts politiques fondamentaux du mouvement ouvrier tout entier, aux particularités de la situation historique concrète donnée et aux tâches émanant directement de cette situation. Ils se souviennent de l’exemple du grand Marx qui rassembla les travailleurs progressistes dans les rangs de l’Association internationale des travailleurs et, par la suite, de l’accomplissement de sa tâche historique par la Première Internationale – installer les fondements du développement du parti ouvrier dans les pays d’Europe et d’Amérique. En conséquence de la nécessité parvenue à maturation de créer des partis ouvriers nationaux de masse, il a fallu passer à la dissolution de la Première Internationale, puisque cette forme d’organisation ne correspondait plus aux besoins. Partant des considérations présentes, en prenant en compte la croissance et la maturité politique des partis communistes et de leurs cadres dirigeants dans les pays respectifs aussi bien qu’en considération du fait que, lors du déroulement de la présente guerre, une série de sections ont soulevé la question de la dissolution de l’Internationale communiste en tant que centre dirigeant du mouvement ouvrier international, le présidium du Comité exécutif de l’Internationale communiste s’autorise – puisqu’il n’a plus, dans les conditions de la guerre mondiale, la possibilité de convoquer le Congrès de l’Internationale communiste – à soumettre la proposition suivante aux sections de l’Internationale communiste pour approbation : Dissoudre l’Internationale communiste comme centre dirigeant du mouvement ouvrier international et délier les sections de l’Internationale communiste des obligations résultant du statut et des décisions de celle-ci. Le présidium du Comité exécutif de l’Internationale communiste appelle tous les adhérents de l’Internationale communiste à concentrer toutes leurs forces au soutien unilatéral et à la participation active à la guerre de libération des peuples et des Etats de la coalition anti-hitlérienne pour l’écrasement le plus rapide de l’ennemi mortel des travailleurs : le fascisme de l’Allemagne et de ses alliés et vassaux. Cette déclaration fut adressée à toutes les sections du Komintern en tant que prise de position et tous les partis l’approuvèrent sans exception. À la date du 29 mai 1943, Dimitrov nota la teneur de la déclaration d’approbation des partis communistes de Grande-Bretagne, d’Australie et de Yougoslavie ainsi que la teneur d’une interview que Staline avait donnée à propos de la dissolution du Komintern, à King, correspondant de l’agence Reuter à Moscou. 8.6.43 : Avons mené la dernière session du présidium du CEIC. 1. Avons constaté que toutes les sections ont salué unanimement la proposition de dissolution du Komintern et qu’aucune section n’a soulevé d’objection contre cette proposition. 2. Avons déclaré la dissolution du Comité exécutif du Komintern, de son présidium et du secrétariat aussi bien que de la Commission de contrôle international. 10.6.43 : Dans la Pravda, notre communiqué sur la décision du présidium du 8 juin 1943 a été publié. Par conséquent, aussi bien la documentation que les notes de Dimitrov dans ses journaux sur l’histoire de la dissolution du Komintern infirment totalement la légende de la « brusque dissolution de l’Internationale communiste par un seul décret de Staline ». Voici la vérité : C’est la loi américaine d’octobre 1940, qui menaçait d’interdiction le PC des États-Unis – au cas où il continuerait à être une section du Komintern – qui donna l’impulsion à la réflexion sur la dissolution. Le premier pas vers la dissolution fut alors la suppression qui s’ensuivit de la liaison du PC des États-Unis avec l’Internationale communiste. La raison décisive de la dissolution du Komintern était d’une part les conditions objectives modifiées – parmi lesquelles la poursuite d’une direction centrale du travail des partis communistes serait devenue un obstacle à la poursuite de leur croissance et à l’approfondissement de leur liaison avec les travailleurs de leurs pays respectifs, et d’autre part la conviction que, dans l’intervalle, les partis communistes avaient suffisamment mûri pour se muer en partis marxistes-léninistes n’ayant plus besoin de la direction d’une centrale. La dissolution se produisit après une consultation d’un an du présidium du CEIC et avec approbation de toutes les sections de l’IC d’une manière indéniablement démocratique. La dissolution de l’Internationale communiste ne fut donc en aucune manière un manquement à l’internationalisme puisque l’internationalisme fut une composante essentielle de chaque parti marxiste-léniniste véritable, indépendamment de la forme organisationnelle respective de leur collaboration. Il fut en outre expressément envisagé pour l’avenir, aussi bien par Staline que par le présidium du CEIC, de recréer dans des conditions nouvelles une organisation internationale des partis communistes dans la forme qui correspondrait alors à la situation existante. Comme on le sait, en septembre 1947, le Bureau d’information des partis communistes et ouvriers (Kominform) fut fondé lors d’une conférence à Varsovie, parce que – comme le mentionnait le communiqué de la conférence – le manque de contact entre les partis représentés à la conférence avait suscité des phénomènes négatifs. Ce Bureau d’information avait pour tâche l’organisation d’échanges d’expériences entre les partis et, au besoin, la coordination de leur activité sur la base d’un accord réciproque. Les participants à la conférence, membres fondateurs du rassemblement appelé en abrégé « Bureau d’information », étaient des représentants de partis communistes au pouvoir – PC de l’URSS, PC de Bulgarie, PC de Yougoslavie, Parti ouvrier polonais, PC de Roumanie, PC de Tchécoslovaquie, PC de Hongrie et de deux partis communistes de l’Europe de l’Ouest, du PC de France et du PC d’Italie. Le Bureau d’information exista durant neuf années. Sa fi n se distingua fondamentalement de la fin de l’Internationale communiste. Certes, extérieurement, la forme fut préservée : dans la « communication d’information sur la suspension de l’activité du Bureau d’information des partis communistes et ouvriers », la dissolution est justifiée de même par de « nouvelles conditions pour l’activité des partis communistes et ouvriers » et il est stipulé ceci : « Les Comités centraux des partis communistes ouvriers appartenant au Bureau d’information ont pratiqué un échange d’opinions sur les questions de son activité et reconnu que le Bureau d’information fondé par eux en 1947 a épuisé sa fonction ; dans ce contexte, ils ont d’un commun accord pris la décision de suspendre l’activité du Bureau d’information (…) et de suspendre la parution de son organe, le journal Pour une paix durable, pour la démocratie populaire. » À présent, se pose la question : qu’est-ce qui a donc changé de si fondamental depuis le 14 décembre 1955 et le 17 avril 1956 pour passer de la défense de l’existence du Bureau d’information à l’opinion qu’il « aurait épuisé sa fonction » ? Le 14 décembre 1955, Khrouchtchev et Boulganine tinrent en effet à New Delhi une conférence de presse commune au cours de laquelle Boulganine prit position comme suit : Parfois, on se demande si l’on ne pourrait pas liquider d’une manière ou d’une autre le « Kominform » Pour quelle raison les partis communistes devraient-ils renoncer à une forme universellement reconnue de relations et de collaboration internationales ? Pourquoi ceux qui ont soulevé la question d’une liquidation du « Kominform » n’ont-ils rien contre l’activité de l’Internationale socialiste qui unit les partis socialdémocrates ? Pourquoi leur paraît-il naturel et justifié que les capitalistes se réunissent en monopoles internationaux et confèrent régulièrement pour pratiquer leurs affaires en commun tandis que l’on exige de la classe ouvrière de renoncer à la grande devise de la solidarité internationale déjà prononcée par Marx et Engels, « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », correspondant aux intérêts les plus personnels de tous les travailleurs ? Ce fut pourtant une défaite parfaite pour ces seigneuries occidentales pour qui le Kominform – la terminologie usuelle à l’Ouest pour le Bureau d’information – avait été si longtemps une épine dans le pied ! Comment cela se fait-il que cela n’était-il plus valable quatre mois plus tard ? Qu’est-ce qui avait donc si profondément changé ? Il n’y a qu’une seule réponse à cela. Entre-temps, le XXe Congrès du Parti communiste de l’URSS avait eu lieu et avait engagé le tournant en s’éloignant de la politique léniniste de lutte contre l’impérialisme dans le but d’en triompher par la politique de réconciliation et de « coexistence » durable et pacifique avec l’impérialisme. Il s’agissait donc d’une distanciation vis-vis de la politique révolutionnaire de lutte de classe intransigeante dans l’esprit du Manifeste du Parti communiste, afi n d’adopter une politique révisionniste de conciliation de classe. Le Bureau d’information des partis communistes et ouvriers était composé de telle sorte qu’il pouvait devenir un centre de résistance contre l’application de ce tournant dans le mouvement communiste mondial. La contrainte qu’exerçait aussi le Bureau d’information sur la direction du PC de l’URSS afin que celle-ci harmonise ses propres décisions avec les partenaires au sein d’un organe collectif de délibération, voilà la fonction désignée comme « épuisée ». Le Bureau d’information devait donc disparaître ! Khrouchtchev avait besoin d’avoir la voie libre pour sa réconciliation, en juin 1955, avec Tito et, ensuite, pour sa tactique surprise utilisée avec succès lors du XXe Congrès et consistant à mettre devant le fait accompli les autres partis communistes et, partant, face à une alternative : l’obéissance ou la rupture avec le Parti communiste de l’URSS ! Ce que le refus de l’obéissance aurait comme conséquence, on le présenta à tous en 1960 avec l’exemple de la rupture avec l’Albanie et la Chine. Mais cela ne fut possible à la direction révisionniste que parce qu’il n’y avait plus aucun organe collectif du mouvement communiste… est le spécialiste le plus réputé de l’histoire du fascisme allemand. Il est également un spécialiste de l’histoire du révisionisme au sein du mouvement communiste internationale. (www.kurt-gossweiler.de) Le texte ci-dessus est paru originellement dans Weiseneer Blätter, 4e trimestre, 2001. Toutes les indications de pages se réfèrent aux écrits de George Dimitov intitules Journaux 1933-1943, publiée en allemand par Bernard H. Bayerlein. Traduit du russe et du bulgare par Vladislav Hedeler et Brigit Schievenz, Edition Aufbau, Berlin 2000. Le texte présenté ci-dessus est la deuxième partie d’un article paru dans la revue Les dossiers du BIP, n° 89 en décembre 2002. Ces dossiers sont édités par les Editions Démocrite, bd Roger Salengro 52, 93190 Livry-Gargan en France. E-mail : democrite@wanadoo.fr |