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Revue n° 78, date de publication: 2007-11-19
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en Chine |Archive
EM|
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| Produit | 1978 | 1988 | 1998 | 2004 | Hausse 1978- 2004 (en %) |
|---|---|---|---|---|---|
| Céréales | 318 | 357 | 412 | 362 | + 13,8 |
| Coton | 2,2 | 3,8 | 3,6 | 5 | + 127 |
| Plantes oléagineuses | 5,4 | 12 | 18 | 23 | + 326 |
| Betteraves sucrières | 25 | 56 | 79 | 74 | + 198 |
| Thé | 0,3 | 0,5 | 0,5 | 0,6 | + 100 |
| Fruits | 6,9 | 15 | 44 | 118 | + 1.610 |
| Viande (porc, bœuf, mouton) | -- | -- | 37 | 45 | -- |
| Produits de la pêche | 4,9 | 9,6 | 31 | 38 | + 675 |
La croissance de l'agriculture est phénoménale. Mais celle de l'industrie est trois fois plus grande encore. Voici le tableau de la production dans quelques branches de l'industrie, toujours calculée par habitant 162.
| Produit | 1978 | 1988 | 1998 | 2004 | Évolution 1978-2004 (en %) |
|---|---|---|---|---|---|
| Charbon (tonnes) | 0,65 | 0,89 | 1,01 | 1,50 | + 130 |
| Pétrole brut (litres) | 108 | 124 | 130 | 135 | + 25 |
| Électricité (kWh) | 268 | 495 | 940 | 1.687 | + 530 |
| Acier brut (kilos) | 33 | 54 | 93 | 210 | + 536 |
| Ciment (kilos) | 68 | 190 | 431 | 748 | + 1.000 |
| Textiles (mètres courants) | 11,5 | 17,0 | 19,4 | 32,4 | + 182 |
Une comparaison avec d'autres pays montre une fois encore à quel point la croissance est forte en Chine. Dans le tableau ci-dessous, on peut comparer la croissance de la production industrielle en Chine et dans d'autres pays entre 1995 et 2004, en prenant la production respective de chacun de ces pays en 1995 comme base de 100 163.
| Pays | Production Industrielle |
|---|---|
| Chine | 244 |
| Inde | 165 |
| États-Unis | 130 |
| Allemagne | 117 |
| France | 116 |
| Afrique du Sud | 116 |
| Japon | 106 |
| Italie | 104 |
| Grande-Bretagne | 103 |
La production en hausse assure aux habitants une prospérité à la croissance rapide. Durant la période 1952-1978, la prospérité par habitant a augmenté en moyenne de 2,2 pour cent par an. Cela change à partir de 1978, tant dans les villes que dans les campagnes. Dans les dix premières années de la réforme, le revenu dans les campagnes augmente plus rapidement que dans les villes. Ensuite, c'est le contraire qui se produit. Entre 1990 et 2006, déduction faite des hausses des prix, le revenu net par habitant des zones rurales augmente en moyenne de 4,8 pour cent par an. Dans les villes, la hausse est de 8,1 pour cent par an 164.
À mesure que le revenu augmente, les gens en dépensent un pourcentage de plus en plus faible en nourriture. Cela crée plus d'espace pour les produits qui ne sont pas de première nécessité. En 1978, 68 pour cent du revenu des habitants des campagnes est consacré à la nourriture, contre 58 pour cent dans les villes. En 2004, le pourcentage est descendu à 47 pour cent dans les campagnes et à 37 pour cent dans les villes 165. De ce fait, on assiste à une augmentation du nombre de biens de consommation que peuvent se procurer les citadins et les habitants de la campagne. Les deux tableaux suivants montrent le nombre de ces produits par 100 ménages, dans les villes d'abord, dans les campagnes ensuite 166.
| Produit | 1990 | 1995 | 2000 | 2004 |
|---|---|---|---|---|
| Motocyclette | 2 | 6 | 19 | 25 |
| Machine à laver | 78 | 88 | 90 | 96 |
| Réfrigérateur | 42 | 66 | 80 | 90 |
| Téléviseur couleurs | 59 | 90 | 116 | 133 |
| Appareil photo | 19 | 30 | 38 | 47 |
| Conditionnement d'air | 0,3 | 8 | 30 | 70 |
| Douche | -- | 30 | 49 | 70 |
| Ordinateur | -- | -- | 10 | 33 |
| Téléphone portable | -- | -- | 19 | 111 |
| Auto | -- | -- | 0,5 | 2,2 |
Presque tous les ménages citadins ont une machine à laver. Il y a 1,3 récepteur de télévision en couleurs par ménage. Dans les campagnes, ces chiffres sont nettement moins élevés et, dans le tableau qui suit, nous avons encore dû prendre en compte les récepteurs en noir et blanc.
| Produit | 2000 | 2003 | 2004 |
|---|---|---|---|
| Motocyclette | 22 | 32 | 36 |
| Machine à laver | 28 | 34 | 37 |
| Réfrigérateur | 12 | 16 | 18 |
| Téléviseur couleurs | 48 | 67 | 75 |
| Téléviseur noir et blanc | 53 | 43 | 38 |
| Conditionnement d'air | 1,3 | 3,5 | 4,7 |
| Téléphone portable | 4,3 | 24 | 35 |
| Téléphone fixe | 26 | 49 | 54 |
Le développement est moins rapide dans les campagnes que dans les villes. N'empêche que nous pouvons tirer notre chapeau devant de telles performances. Le directeur général de l' Organisation mondiale du commerce, Supachai Panitchpakdi, déclare : " Aucun pays dans l'histoire n'a connu semblable ascension économique. À tous points de vue, il s'agit de résultats impressionnants. La forte croissance économique de la Chine doit être perçue comme un moteur de la croissance dans le monde. La Chine est une source d'inspiration pour d'autres pays en voie de développement 167. "
Une économie toujours faible
Pourtant, l'économie est encore très faible, bien que la Chine soit parfois présentée comme une superpuissance. En fait, il s'agit d'un pays en voie de développement. La Chine compte 25 pour cent de toute la main-d'œuvre mondiale, alors que son économie ne représente que 6 pour cent de l'économie de la planète. En comparaison, les États-Unis comptent moins de 5 pour cent du total de la main-d'œuvre, mais leur économie représente 16 pour cent de l'économie planétaire.
Ce n'est qu'en 2040 que l'économie chinoise sera aussi importante que
celle des États-Unis. Mais, à cette date, le revenu par habitant
en Chine ne se situera toujours qu'entre un quart et un tiers de celui des États-Unis.
En 2040, la Chine aura une économie d'un niveau de développement
semblable à celui de la Grèce aujourd'hui 168. Du moins,
si nous tablons sur le maintien d'une croissance économique aussi forte
que celle des 29 années écoulées, ce qui est loin d'être
certain, car l'économie occidentale n'est pas en bonne santé et,
en cas de krach, il en résulterait des répercussions négatives
sur l'économie chinoise.
On peut mesurer le taux de développement d'une économie à
l'aide du produit national brut par habitant, de la partie de la population
qui travaille en zone rurale et de la part de l'agriculture dans l'ensemble
de l'économie. Quand on manie ces trois critères, la Chine de
l'an 2000 est au même niveau que les États-Unis de l'an 1900169.
Le tableau ci-dessous indique la proportion de main-d'œuvre dans les trois
secteurs : agriculture, industrie, services, et la part de chacun de ces secteurs
dans le produit intérieur brut :
| Secteur | Emploi (en %) |
Part PIB (en %) |
|---|---|---|
| Agriculture | 44 | 11 |
| Industrie | 24 | 50 |
| Services | 32 | 39 |
En Chine, 44 pour cent du total de la main-d'œuvre travaille dans l'agriculture. Aux États-Unis, 2 pour cent seulement. Les 44 pour cent travaillant dans l'agriculture n'ont produit en 2006 que 11 pour cent du produit intérieur brut.
Un autre critère de développement est l'électrification du pays. La Chine a une capacité électrique installée de 0,3 kilowatt par habitant 170. Cela ne représente que 10 pour cent de la capacité des États-Unis, même si la production d'électricité en Chine a été multipliée par six ces 29 dernières années.
Il n'y a pas que le volume de l'économie. Sa nature, aussi, présente un important retard sur les économies de l'Occident et du Japon. Quelque 130 millions de Chinois travaillent pour l'exportation, soit un sixième de la main-d'œuvre totale. Les exportations consomment beaucoup de main-d'œuvre, mais concernent surtout des produits assemblés à faible valeur. Par contre, les importations en Chine représentent des produits de valeur élevée. Concrètement : pour pouvoir payer un seul avion d'Airbus, la Chine a besoin des bénéfices de la vente de 800 millions de T-shirts 171. La Chine doit vendre 8,5 millions de paires de chaussures si elle veut acheter un seul Boeing 172. En décembre 2005, la Chine a commandé 150 appareils chez Airbus et 70 autres chez Boeing. On peut s'imaginer à quel point la Chine doit " inonder " les marchés mondiaux de ses T-shirts, chaussures, jouets et autres babioles de toutes sortes, rien que pour pouvoir se procurer ces avions. En équivalents, il s'agit de 120 milliards de T-shirts et de 600 millions de paires de chaussures.
L'économie chinoise a très peu de technologie qui lui est propre.
Les États-Unis et le Japon utilisent environ 5 pour cent de technologies
étrangères, dans leur processus de production. En Chine, le pourcentage
de technologies étrangères dépasse 50 pour cent 173.
Financièrement et écologiquement, le très faible niveau
technologique de l'économie est une affaire coûteuse. Pour produire
une marchandise d'une valeur de 1 dollar, la Chine a besoin de 4,4 fois plus
d'énergie que les États-Unis, déjà considérés
comme de gros gaspilleurs sur ce plan. Si on la compare avec le Japon ou l'
Europe occidentale, c'est encore pire : la Chine a besoin de 7,7 fois plus d'énergie
que l'Allemagne et la France pour produire une marchandise de 1 dollar. Avec
le Japon, le rapport est même de 11 174. Le faible niveau technologique
du mode de production est l'une des raisons pour le quelles la richesse produite
par un travailleur chinois moyen est tellement plus petite que celle produite
par un travailleur américain, japonais ou ouest-européen. Il existe
naturellement en Chine des usines qui, sur le plan de la technologie et de la
productivité, sont comparables aux usines japonaises ou occidentales
(entre autres, les filiales des multinationales étrangères), mais
elles ne constituent qu'une petite minorité. En 2000, la valeur ajoutée
moyenne produite par un travailleur de l'industrie aux États-Unis est
28 fois plus grande que celle d'un travailleur chinois de l'industrie 175.
Un travailleur américain produit cette année une plus-value de
81 000 dollars, un travailleur allemand 80 000 dollars et un travailleur chinois
2 900 dollars. Même si on tient compte du fait que les salaires en Chine
sont de loin inférieurs à ceux du Japon et de l'Occident, la compétitivité
de l'économie chinoise reste quand même beaucoup plus faible 176.
C'est pourquoi la part de la Chine dans le commerce international est médiocre.
Aujourd'hui, la Chine ne prend toujours à son compte que 6,5 pour cent
des exportations mondiales. C'est très peu si on considère qu'elle
compte 22 pour cent de la population planétaire. Dans le tableau ci dessous,
on peut découvrir les chiffres des exportations de divers pays
en 2005, tant en volume que par habitant 177.
| Pays | Exportations (en milliards d'USD) |
Population (en millions d'hab.) |
Exportations par hab. (en USD) |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 970 | 80 | 12.125 |
| États-Unis | 904 | 292 | 3.095 |
| Chine | 762 | 1.300 | 586 |
| Japon | 595 | 125 | 4.760 |
| France | 460 | 60 | 7.666 |
| Pays-Bas | 402 | 16 | 25.125 |
| Grande-Bretagne | 382 | 59 | 6.474 |
| Italie | 367 | 57 | 6.438 |
| Canada | 359 | 32 | 11.218 |
| Belgique | 334 | 10 | 33.400 |
En volume d'exportation, la Chine figure en troisième place, après l'Allemagne et les États-Unis, ce qui n'est déjà pas très brillant. Mais, si on tient compte du chiffre de la population chinoise, on voit que c'est encore beaucoup plus grave. La Chine arrive en dernière place sur cette liste, avec 586 dollars d'exportations à peine par habitant. Tous les autres pays la dépassent de la tête et des épaules.
Un autre aspect du faible degré de développement de l'économie
réside dans le faible niveau des bénéfices d'entreprises.
En 2005, dans le top 100 des entreprises les plus rentables au monde, figurent
seulement quatre entreprises chinoises : Petro China au rang 10, China Mobile
au rang 53, China Construction Bank au rang 72 et Sinopec au rang 89. Le top
6 américain fait 110 milliards d'euros de bénéfices. C'est
autant que les 159 entreprises d' État centrales qui constituent l'épine
dorsale de l'économie chinoise. Même tableau lorsqu'on se penche
sur la situation financière, les possibilités de croissance et
l'image de marque auprès du consommateur des firmes du top mondial. Dans
le top 100 de ces marques les plus appréciées en 2007, on ne trouve
que
trois entreprises chinoises : China Mobile au rang 5, Bank of China au
rang 38 et China Construction Bank au rang 61 178.
Le 11 octobre 2005, le Bureau politique du Parti communiste soumet un document à l'approbation du Comité central. On peut y lire : " Il nous faut absolument comprendre que notre pays se trouve toujours dans la première phase du socialisme et que cela va encore durer tout un temps. Les forces productives n'ont pas encore été pleinement développées et le développement en ville et dans les campagnes est encore inégal. La façon extensive de produire a été insuffisamment amendée, la structure économique n'est pas assez rationnelle, la capacité d'innover en toute indépendance n'est pas forte, les contradictions entre le développement économique et le développement social et entre l'économie et l'écologie s'accroissent. La pression sur l'emploi ne diminue pas. Il y a beaucoup de différences dans les revenus 179. "
Le parti essaie d'aborder ces problèmes et contradictions, mais il ne faut pas se bercer d'illusions : dans cette phase du développement économique, il ne peut régner d'harmonie parfaite, des problèmes apparaîtront, et parfois très graves. Le socialisme est un processus de développement. Ce qui existe au début ou dans le cours de ce processus est différent et moins bon que ce qui aura été réalisé à la fin de ce même processus. Le 10 février 2005, le président du parti, Hu Jintao, déclare dans un long discours adressé aux principaux cadres du parti des niveaux national et provincial : " Notre société socialiste est une société qui présente des contradictions. Le processus de construction d'une société harmonieuse, socialiste, est un processus permanent visant à résoudre toutes les espèces de contradictions et un processus visant à écarter les facteurs non harmonieux et à renforcer les facteurs harmonieux. À mesure que la Chine va vers son développement, certaines contradictions s'amplifient. C'est un phénomène que nous ne pouvons pas éviter tout à fait, car notre société subit en permanence des mutations profondes. Nous devons aborder ces contradictions et trouver des façons de les résoudre 180. "
Les problèmes dans les zones rurales
En premier lieu, l'industrialisation de la Chine a été financée par les campagnes. C'est d'ailleurs le cas dans la plupart des pays qui tentent de sortir du sous-développement. Les villes se développent en même temps que l'industrie. Presque inévitablement apparaît un développement inégal : les villes progressent plus rapidement que les campagnes sur le plan du revenu individuel, des soins de santé, de l'enseignement, des infrastructures, de la culture et des transports, des équipements sociaux... Aussi, le plus gros problème économique et social auquel la Chine est confrontée aujourd'hui est-il celui du retard des zones rurales sur les zones urbaines.
En Chine, la pauvreté a toujours été principalement l'affaire des campagnes. Sur ce plan, le pays peut présenter un palmarès susceptible de faire revenir sur ce jugement. James Morris, le directeur du Programme alimentaire mondial, dit que les prestations de la Chine dans la lutte contre la pauvreté " sont le plus grand miracle du 20e siècle 181 ". Si on applique la norme officielle chinoise en matière de pauvreté, le pays a réduit son nombre de pauvres, de 250 millions en 1978 à 25 millions de nos jours. Selon les normes internationales en matière de pauvreté (un revenu de moins de 1 dollar par jour), le nombre de pauvres a baissé, passant de 490 millions en 1978 à 85 millions aujourd'hui, soit de 49 pour cent de la population à 7 pour cent 182. Selon la norme chinoise, près de 24 millions de pauvres absolus vivaient dans les campagnes en 2005. Mais, si on y ajoute les gens des campagnes qui ont un revenu égal à cette norme et la dépassant de 50 pour cent, on atteint quand même un total de 65 millions de pauvres. Malgré les prestations excellentes, la pauvreté n'a donc pas encore été éradiquée. Du fait que le développement est plus rapide dans les villes qu'à la campagne, les différences de revenus sont de plus en plus grandes. Ces quinze dernières années, le revenu du citadin a augmenté presque deux fois plus vite que celui de l'habitant des campagnes. Le revenu moyen en ville est actuellement 3,2 fois plus élevé que le revenu moyen dans les campagnes. Le revenu moyen de Shanghai, de loin la ville la plus développée, est entre sept et dix fois plus élevé que dans les provinces rurales les plus arriérées. La province la plus riche est celle du Zhejiang. Ici aussi, le revenu du citadin est 2,5 fois plus élevé que celui du campagnard 183. Ensuite, il y a également de grandes différences sur le plan des soins de santé. L'espérance de vie du Chinois moyen a évolué de la façon suivante 184 :
| Année | Espérance de vie en années |
|---|---|
| 1949 | 35 |
| 1957 | 50 |
| 1980 | 65 |
| 2000 | 71 |
Depuis la révolution, le Chinois peut espérer vivre deux fois plus vieux. Naturellement, il s'agit d'un grand progrès. Mais cette moyenne dissimule des différences importantes. Dans les villes de Beijing et Shanghai, l'espérance de vie est de 82 ans, soit presque autant qu'en Belgique. Mais, dans les provinces de Guizhou, Yunnan, Tibet, Qinghai et Xinjiang, l'espérance de vie se situe entre 64 et 67 ans. Les chiffres de mortalité des bébés de moins d'un an ont baissé dans l'ensemble de la Chine, passant de 20 pour cent en 1950 à 2,5 pour cent en 2005. Une performance pour laquelle le pays a été chaleureusement félicité par l' Organisation mondiale de la santé 185. Mais un rapport gouvernemental de 2004 affirme que le chiffre de mortalité des bébés dans les provinces les plus pauvres est quatre fois plus élevé que dans les villes 186.
Pour mille habitants, on compte dans les villes trois fois plus de lits d'hôpital et cinq fois plus de travailleurs médicaux que dans les campagnes 187. Dans les campagnes vit 58 pour cent de la population, mais celle-ci n'y reçoit que 30 pour cent des dépenses en soins de santé. Le coût des soins de santé pour le patient y a également augmenté beaucoup plus vite que le revenu. Le traitement médical moyen coûte aujourd'hui 57 pour cent de plus qu'en 1998. Un séjour à l'hôpital coûte même 76 pour cent de plus 188. Résultat : dans les campagnes, presque la moitié des gens ne vont pas chez le médecin quand c'est nécessaire et 30 pour cent ne se font pas hospitaliser si un médecin le conseille 189. Dans un rapport où ils citent eux-mêmes ces chiffres tout en formulant également d'autres autocritiques, le Parti communiste et le gouvernement reconnaissent leur échec sur le plan des soins de santé dans les campagnes. Avec la disparition des communes en 1978-1980, a disparu également le système de santé dont elles étaient nanties. Le parti et le gouvernement ne sont pas intervenus suffisamment pour mettre en place un système collectif alternatif. De ce fait, les soins de santé sont devenus une responsabilité individuelle et une affaire de marché, " et on ne peut dire que ce fut un succès ", ajoute le gouvernement 190.
Il existe également des problèmes au niveau de l'enseignement.
Ce dernier, en Chine, a fait un énorme bond en avant. En 1977, 66 pour
cent de la population savait lire et écrire. Aujourd'hui, on est passé
à 91 pour cent 191. La Chine a le plus grand réseau
d'enseignement au monde. Les classes maternelles comptent 23 millions d'enfants.
L'enseignement primaire a 108 millions d'élèves, le moyen 60 millions,
le moyen général supérieur 25 millions et le moyen professionnel
supérieur 18 millions. 98,93 pour cent des filles et 98,97 pour cent
des garçons de 6 à 12 ans suivent l'enseignement primaire 192.
Presque un adolescent de 12 à 18 ans sur deux suit l'enseignement moyen.
C'est surtout le nombre d'étudiants de l'enseignement universitaire et
de l'enseignement supérieur non universitaire qui a augmenté de
façon impressionnante.
Voici l'évolution du nombre des étudiants 193 :
| Année | Nombre d'étudiants (en millions) |
|---|---|
| 1978 | 0,8 |
| 1990 | 2,0 |
| 1995 | 2,9 |
| 2000 | 5,5 |
| 2003 | 11,0 |
| 2004 | 13,0 |
| 2006 | 17,4 |
189 Ibidem.
C'est ainsi que la Chine est le pays qui compte le plus d'étudiants universitaires et de l'enseignement supérieur. 1,1 million de jeunes suivent également un enseignement post universitaire. Les universités chinoises accueillent en outre quelque 100 000 étudiants étrangers. En 1990, 3 pour cent des jeunes de plus de 18 ans allaient à l'université ou dans une école supérieure. Aujourd'hui, ils sont 16 pour cent. Le plan prévoit qu'ils seront 23 pour cent en 2010 et 40 pour cent en 2020. Aujourd'hui, 5 pour cent des jeunes qui vont travailler pour la première fois ont suivi un enseignement universitaire ou supérieur non universitaire. En 2050, ils devront être 44 pour cent 194.
Tous ces chiffres sont brillants, mais il y a également des problèmes. Les deux plus importants sont le coût pour les parents et la différence de qualité entre la ville et la campagne. À l'instar des soins de santé, les coûts de l'enseignement ont grimpé plus rapidement que le revenu des gens. En 2002, pour étudier à l'université, il fallait payer un droit d'inscription de 400 à 600 euros. Jusqu'en 1990, ce droit n'existait pas. Depuis les années 1990, les parents doivent également payer des frais de scolarité pour l'enseignement primaire et l'enseignement moyen. Les autorités centrales laissent le financement de l'enseignement aux autorités locales. Ce n'est pas une bonne chose pour les campagnes, plus pauvres que les villes. Les autorités locales doivent également payer les enseignants et il s'ensuit qu'un grand nombre d'entre eux s'en vont dans les villes où les traitements sont nettement plus élevés. Résultat : une pénurie d'enseignants et, en bien des endroits, ce sont des gens qui n'ont pas été formés à ces tâches qui doivent les remplacer.
Que faire ?
Les trois problèmes des campagnes que nous avons cités - le revenu, les soins de santé et l'enseignement - ont une base objective. Le modèle de développement appliqué par le Parti communiste part de la côte est où l'industrie est de loin la plus développée. On a désigné d'abord quatorze centres géographiques à partir desquels le développement est censé conquérir le reste du pays. Ce modèle de développement a pleinement prouvé sa valeur. Il est normal que, dans ces centres, se développent des villes où les habitants sont bien plus prospères. Pourtant, le Parti communiste et le gouvernement disent qu'eux-mêmes ont commis des erreurs qui étaient évitables. Chen Xiwen est le directeur du groupe dirigeant des ministères responsables du développement des campagnes. Chen déclare : " Le fait que la qualité de la vie du campagnard a du retard sur celle du citadin a des raisons historiques. Mais nous-mêmes n'avons pas suffisamment agi en vue d'améliorer les prestations de services destinées aux paysans 195. " C'est pourquoi le gouvernement a décidé que les campagnes, l'agriculture et les paysans (en chinois, résumés en un seul terme, san nong) auraient la priorité absolue. Il y aura davantage d'investissements dans les infrastructures, de soutien financier à l'agriculture, de prospérité et d'équipements sociaux pour les paysans 196.
En octobre 2005, le Parlement décide que, dès le 1er janvier 2006, le revenu imposable passera de 800 à 1600 yuan par mois. Celui qui gagne 1600 yuan ou moins par mois, ne doit plus payer d'impôt sur ses revenus. C'est le cas pour plus de 80 pour cent des paysans 197. Dans le même temps, le gouvernement central décrète qu'il est désormais interdit aux autorités locales de prélever de nouveaux impôts dans les campagnes et d'augmenter ceux déjà existants 198. En 2006, le nombre de pauvres absolus dans les campagnes diminue de 2,2 millions, c'est à-dire de 10 pour cent, se réduisant ainsi à 21,5 millions. Le nombre de pauvres (les personnes qui ont un revenu égal au seuil de pauvreté chinois et jusqu'à 50 pour cent au-dessus) baisse cette même année de 5 millions, soit 12,5 pour cent : ils sont encore 35 millions 199.
Entre-temps, le gouvernement met à nouveau sur pied un système de santé coopératif presque entièrement financé par les autorités centrales et régionales avec, en outre, une cotisation modique de la part des assurés. En 2004, 156 millions de paysans y sont affiliés. En 2006, ils sont déjà 410 millions, soit 55 pour cent de la population des campagnes. Selon le plan, l'assurance doit couvrir toute la population rurale pour 2010 200. Ensuite, un programme triennal est en cours afin d'améliorer la formation des travailleurs médicaux ruraux et d'envoyer dans les campagnes des médecins des villes 201.
Sur le plan de l'enseignement non plus, le gouvernement ne reste pas inactif. Dès 2008, il entend payer les salaires des 6 millions d'enseignants des campagnes à partir du budget du ministère central de l' Enseignement 202. Le revenu des enseignants ruraux sera alors le même que celui de leurs collègues des villes. En outre, le gouvernement a décidé en 2007 de supprimer les coûts de scolarité pour 150 millions d'enfants des campagnes en âge d'aller à l'école (jusqu'à leur 15e anniversaire). Les 500 000 étudiants les plus pauvres des écoles supérieures ou des universités recevront dès 2007 une aide mensuelle de 150 yuan. En 2006, 50 000 étudiants seulement avaient pu en profiter. Dans les étapes suivantes, le gouvernement veut également assurer la gratuité des manuels scolaires tant dans l'enseignement primaire que dans le moyen (jusqu'à l'âge de 15 ans). Dans les campagnes, les uniformes scolaires doivent également être gratuits - c'est déjà le cas pour diverses provinces pauvres 203.
La solution fondamentale au retard des campagnes réside dans l'industrialisation et l'urbanisation. Le lopin de terre arable d'une famille paysanne moyenne est trop petit pour espérer en tirer une prospérité égale à celle d'un citadin. Trop de personnes dépendent des activités agricoles. Pourtant, bien des choses ont déjà changé. Le tableau ci-dessous montre comment, après 1965, les activités professionnelles ont de plus en plus glissé vers l'industrie et les services.
| 1952 | 1957 | 1965 | 1978 | 2004 | 2006 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Agriculture | 83 | 81 | 82 | 70 | 46 | 44 |
| Industrie | 7 | 9 | 8 | 17 | 23 | 24 |
| Services | 10 | 10 | 10 | 13 | 31 | 32 |
Le passage de la main-d'œuvre excédentaire de l'agriculture à l'industrie et aux services est le mécanisme le plus effi cace pour l'augmentation du niveau de vie dans les campagnes, pour l'industrialisation du pays et pour l'émancipation culturelle et idéologique des habitants des campagnes. Actuellement, 284 millions de personnes travaillent toujours dans l'agriculture. C'est 150 millions de trop. L'excédent de main-d'œuvre va s'accroître à mesure que l'agriculture passera à une échelle plus grande et se mécanisera davantage 204.
En même temps que l'industrialisation se développe l'urbanisation.
Le tableau ci-dessous montre le résultat de 29 années d'urbanisation
en Chine 205.
| 1978 | 2004 | Evolution 1978-2004 |
|
|---|---|---|---|
| Population totale | 962 miljoen | 1.300 miljoen | + 35 % |
| Zones rurales | 790 miljoen (82 %) |
757 miljoen (58 %) |
- 5 % |
| Villes | 172 miljoen (18 %) |
543 miljoen (42 %) |
+ 215 % |
La partie de la population qui vit dans les campagnes a baissé en un quart de siècle : de 82 pour cent à 58 pour cent de la population. Ces dix dernières années, la population urbaine s'est accrue de 200 millions d'unités, ce qui équivaut à la population totale de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France. Le rythme de l'urbanisation est très élevé. Pourtant, 750 millions de personnes vivent toujours dans les campagnes. L' Europe occidentale et les États-Unis ont eu besoin de 300 ans pour accomplir leur industrialisation et leur urbanisation. La Chine ne dispose pas de tout ce temps. Le pays a l'intention de construire chaque année 20 villes d'entre 500 000 et un million d'habitants. Chaque fois, 15 millions de personnes. Chaque année, on assiste à la naissance de villes qui, additionnées, sont aussi grandes que New York et Londres ensemble.
Les syndicats et les droits syndicaux
Le 8 mars 2007, dans le journal du parti, le Renmin Ribao, paraît un
article signé par le Premier ministre Wen Jiabao. On peut y lire : "
Le camarade Deng Xiaoping a prouvé qu'en essence, le socialisme consistait
à libérer et développer les forces productives, à
éliminer l'exploitation et la polarisation et à réaliser
la prospérité pour tous. Cela signifie que, dans la consolidation
et le développement du socialisme, nous devons nous concentrer sur deux
tâches principales : la première est le développement des
forces productives afin d'améliorer la prospérité du pays,
la seconde consiste à améliorer la probité et la justice
sociale, à faire s'enflammer la créativité de la nation
tout entière et à tendre vers l'harmonie sociale. Ces deux tâches
sont mutuellement liées et elles se renforcent l'une l'autre 206.
"
Force est de constater que, ces 29 dernières années, ces deux tâches n'ont pas toujours été mutuellement liées et qu'elles ne se sont pas non plus toujours renforcées l'une l'autre. Mais était-ce tout à fait évitable dans une société qui évolue si vite ? Lorsque, dans les années 1990, l'industrie privée et les multinationales étrangères prennent à leur compte une part toujours plus importante de l'emploi, la classe ouvrière et le syndicat sont confrontés à une situation nouvelle. L'industrie privée et les multinationales ont un premier atout : la plupart des travailleurs viennent du secteur agricole où, durant deux millénaires, a régné une mentalité féodale de servilité. Ces nouveaux travailleurs n'ont encore ni l'expérience de lutte ni les conceptions d'une classe ouvrière adulte. Un second atout : outre les anciens paysans, la classe ouvrière est surtout constituée de gens qui, des années durant, ont travaillé pour des entreprises d' État. Ils ont grandi dans des entreprises où la direction était aux côtés des travailleurs. Aujourd'hui, ils sont confrontés à des patrons qui, en premier lieu, cherchent leur propre intérêt. Brusquement, il y a là les contradictions de classes propres à l'usine capitaliste. Les travailleurs, le syndicat et les membres du parti également ont eu besoin de plusieurs années pour s'y adapter. Aujourd'hui encore, il y a des cadres du parti, des autorités locales et du syndicat qui pensent qu'il ne faut pas être trop pointilleux avec la législation sociale. Ils pensent : du moment que l'économie progresse... Le troisième atout des patrons nationaux et étrangers, c'est que la Chine a besoin d'eux. Heureusement, de moins en moins, mais la Chine a toujours besoin de leurs capitaux, de leurs technologies, de leurs techniques de management et de leurs possibilités de création d'emploi. Ces trois éléments ont fait régulièrement en sorte que - comme le décrit Wen Jiabao - " la probité et la justice sociale " sont restées à la traîne sur " la libération et le développement des forces productives ".
Ons Recht (notre droit), le journal du syndicat flamand des employés LBC (de la CSC) en Belgique, écrit : " Dans l'usine chinoise de Philips, le personnel travaille huit heures par jour, cinq jours par semaine. Et, en sus des salaires, Philips paie un fort pourcentage pour les pensions et l'assurance maladie 207. " C'est ce qui est écrit dans la loi et c'est ainsi que ça doit aller également. Mais Philips est une exception. La plupart des multinationales ont foulé aux pieds la législation sociale. En Occident, des hommes politiques disent souvent : " En Chine, les travailleurs n'ont pas de droits sociaux et ils sont exploités. " Mais ils ne disent pas que ce sont surtout les multinationales occidentales qui foulent aux pieds les droits des travailleurs et ne respectent pas la législation. Bien des multinationales pensent qu'elles peuvent faire en Chine ce qu'elles font dans d'autres pays du tiers monde.
Dans la législation chinoise, il est écrit que les travailleurs peuvent travailler au maximum 44 heures et 5 jours par semaine. Mais dans la province relativement très industrialisée du Guangdong, c'est plutôt l'exception que la règle, ainsi qu'il ressort d'une enquête. Bien des travailleurs doivent prester " volontairement " des heures supplémentaires qui, parfois, ne sont même pas payées. Le journal gouvernemental China Daily écrit : " L'accroissement de l'efficience au travail est l'un des objectifs de la réforme et il est tout à fait justifié. Mais ce que font de très nombreux patrons est illégal, immoral et inadmissible 208. " La situation est la plus grave parmi les immigrés intérieurs, les gens qui quittent les campagnes pour se rendre dans les régions où l'industrie est répandue et y travailler quelques mois par an voire, parfois, quelques années. Ils sont 150 millions. Ils se voient généralement confier les travaux les plus sales ou les plus lourds, moyennant les salaires les plus bas 209. Wuyun Qimuge, un vice-président du Parlement, dit que le salaire moyen du migrant ne représente que 58 pour cent de celui des autres travailleurs. Parmi les femmes migrantes, seule une infime minorité a un contrat de travail sur papier. Une porte-parole de la Fédération des femmes du parti déclare : " Pas de contrat de travail signifie pas de protection des droits, un salaire instable et de mauvaises conditions de travail 210. "
En 2003, le parti, le gouvernement, le Parlement et le syndicat lancent une campagne pour ramener les patrons dans les limites de la législation. Cela doit se faire en premier lieu en renforçant le syndicat dans les entreprises. Tant pour les migrants que pour tous les travailleurs. Le syndicat dit en même temps qu'il entend recruter 10 millions de nouveaux membres tous les ans, dont 6 millions de migrants. Et ça marche en 2003, le syndicat comptait 130 millions de membres ; en 2007, ce chiffre est passé à 170 millions. En 2003, le parlement chinois lance une commission d'enquête qui publie un rapport dans lequel on peut lire : " Moins de 10 pour cent des 500 000 entreprises étrangères en Chine ont toléré la présence d'un syndicat 211. " À la suite de quoi, Wang Zhaoguo, un autre vice-président du Parlement, met les patrons en garde dans des propos sans la moindre équivoque : " Les employeurs qui empêchent l'organisation d'un syndicat dans leur entreprise seront cités à comparaître devant le juge 212. " Les multinationales se démènent comme le diable dans un bénitier. À Shanghai et Beijing, elles organisent des journées d'étude afin de voir comment elles pourraient arrêter l'offensive chinoise. Lors de l'une de ces journées d'étude, un dirigeant d'entreprise en colère lâche : " Les Chinois veulent non seulement un syndicat, ils veulent également des sections du Parti communiste dans nos entreprises !213 " Ce qui, en outre, est parfaitement exact. Le gouvernement essaie en même temps une seconde tactique. En Chine, perdre la face est la chose à peu près la plus grave qui puisse arriver à une personne ou à une entreprise. En octobre 2005, le ministère de l' Emploi et des Affaires sociales de la province de Guangdong publie une liste sur laquelle figurent les noms de vingt entreprises et de leurs directeurs qui, selon le ministère, " commettent de graves infractions contre la législation du travail ". Et d'ajouter dans le même souffle que, désormais, il va publier tous les noms des entreprises et de leurs responsables qui ne s'en tiennent pas à la loi. Le ministère associe le communiqué à un appel aux travailleurs afin qu'ils n'acceptent plus ces pratiques déplorables 214.
Mais le point principal réside dans la création et le renforcement du syndicat dans les entreprises et, en premier lieu, dans les plus importantes : les filiales des multinationales. Si, pour fin 2004, la situation ne s'est pas améliorée, les autorités chinoises vont durcir leur attitude. Cheng Siwei, encore un autre vice-président du Parlement, cite nommément les multinationales Wal-Mart, Kodak, Dell et Samsung. Il déclare : " Toutes les entreprises qui sont installées en Chine doivent respecter les lois chinoises. Qu'importe qu'elles soient grandes et importantes ou non 215. "
Finalement, le parti et le syndicat décident d'opérer une percée en force auprès de l'une des multinationales les plus réactionnaires : la chaîne américaine de grands magasins Wal-Mart, propriété de la famille Walton. Wal-Mart emploie 30 000 personnes en Chine. Cinq membres de la tribu Walton occupent les places numérotées de 10 à 14 dans le hit-parade des personnes les plus riches au monde. Chacun d'entre eux possède 18 milliards de dollars sur son livret d'épargne. Partout dans le monde, la multinationale interdit les syndicats. En février 2005, quand deux cents employés du magasin Wal-Mart veulent fonder un syndicat à Jonquière (Canada), Wal-Mart ferme son magasin. La haine de Wal-Mart à l'égard des syndicats est telle que la firme préfère abandonner une activité plutôt que d'autoriser un syndicat. Dans le manuel que chaque manager doit étudier lors de sa désignation, il est écrit : " Tenir le syndicat à l'extérieur est une chose qui doit vous occuper l'esprit constamment. L'engagement de rester libre de tout syndicat doit exister à tous les niveaux du management : depuis le conseil de gestion jusqu'au responsable des magasins. 365 jours par an, vous devez garder cet objectif en vue 216. "
Sans grand embarras de la part des autorités américaines, Wal-Mart fait même travailler régulièrement des enfants aux États-Unis. La CISL (Centrale internationale des syndicats libres) déclare en juillet 2004 : " Wal-Mart viole en permanence les droits des travailleurs aux États-Unis. Depuis 1995, quelque 60 plaintes sont en cours contre la chaîne de magasins pour infractions multiples à la législation sociale 217. " La Justice américaine ne fait rien. Elle refuse de condamner Wal-Mart, ne serait-ce qu'une seule fois. Si la Chine parvenait à mettre Wal-Mart à genoux, les autres multinationales en Chine devraient bien suivre. Et cela conforterait la position des syndicats qui, en Europe occidentale et aux États-Unis, luttent également pour faire accepter les syndicats chez Wal-Mart. Le dirigeant syndical Zhang Hongzun explique : " Si nous parvenons à organiser un syndicat chez Wal-Mart, cela constituera un gros encouragement pour le syndicat aux Etats-Unis 218. "
Le 28 juin 2006 à 10 heures du soir, 25 travailleurs du siège de Wal-Mart à Pujiang (province méridionale du Fujian) se réunissent. Le siège local emploie 400 personnes. Si les travailleurs se retrouvent si tard, c'est pour toucher en même temps les gens des deux équipes, matin et après-midi. L'assemblée s'ouvre avec l'hymne populaire national :" Debout, toi qui ne veux plus être esclave ! " Cinq heures plus tard, l'assemblée se termine par l'Internationale219. Ensuite, on a désigné un président et deux vice-présidents. Ceux qui ont dirigé le processus jusqu'à ce moment sont le vice-président national du syndicat, Xu Deming, et le secrétaire local du parti, Zheng Wenshan. Les deux hommes sont en contact permanent avec les échelons supérieurs du syndicat et du parti. Les 25 travailleurs qui veulent créer la section syndicale doivent se mettre à l'oeuvre très prudemment afin d'éviter d'être licenciés. Ils ont été recrutés par des syndicalistes extérieurs à l'entreprise. Durant plusieurs semaines, ils s'adressent aux travailleurs quand ils entrent ou quand ils sortent, ils distribuent des tracts et des bulletins syndicaux aux portes de l'entreprise, ils se rendent incognito au domicile des travailleurs. Au bout d'un certain temps, ils ont d'abord convaincu un, puis deux, trois, quatre travailleurs. Ceux-ci commencent à leur tour à s'adresser à leurs collègues au sein de l'entreprise. Avec le message suivant : " Si vous ne désirez pas vous affilier au syndicat, c'est votre droit. Mais, par contre, motus et bouche cousue, car, autrement, notre boulot est en danger 220. " Ces premiers syndicalistes chez Wal-Mart diront plus tard : " Nous devions d'abord convaincre les gens de la nécessité d'un syndicat. Ce n'est pas si simple que cela, mais nous devions choisir cette voie : nous devions partir de leurs idées et conceptions, faire croître leur conscience démocratique et susciter leur enthousiasme à propos du travail syndical 221. " Fin juillet 2006, on en est là. Les syndicalistes introduisent une demande de mise en place d'une section syndicale. Wal-Mart ne peut faire autrement que d'accepter le fait accompli. Entre-temps, des délégations syndicales sont pratiquement prêtes dans quinze autres endroits. Aborder une confrontation musclée avec seize succursales en même temps, ce n'est pas possible, même pour Wal-Mart. Après la reconnaissance de la section syndicale de Pujiang, les choses vont très vite. Dans la semaine qui suit, six autres sections sont encore créées. Aujourd'hui, il y a des sections syndicales dans plus de 60 succursales de Wal-Mart en Chine.
Après cette victoire, le syndicat ACFTU écrit dans son journal : " Ces dernières années, dans notre travail de constitution de syndicats, nous avons rencontré beaucoup de résistance passive de la part des employeurs. Les choses étaient très difficiles. Ce succès chez Wal-Mart recule les limites dans le sens où nous avons désormais trouvé une nouvelle façon de penser. Cela aura pour effet d'inciter plus encore les investisseurs étrangers et privés à s'en tenir aux lois et à autoriser les syndicats ; ensuite de faire comprendre aux syndicalistes qu'ils ont une nouvelle mission désormais. La nouvelle logique dans l'installation de syndicats requerra des adaptations de notre travail, de nos méthodes, de nos structures. Nous nous mettrons en quête des militants qui doivent constituer l'épine dorsale de notre organisation 222. "
Après cette percée, d'autres sections syndicales suivront dans diverses multinationales et le mouvement se poursuit toujours. En janvier 2007, Foxconn, la multinationale qui fabrique l'iPod pour le compte d'Apple, a été obligée d'autoriser la présence de sections syndicales. En Chine, Foxconn emploie 200 000 personnes. En mars 2007, le syndicat et les autorités ont lancé une campagne en vue de forcer McDonald's (50 000 travailleurs), KFC et Pizza Hut (ensemble, 100 000 travailleurs) à respecter la loi. Toutes trois soumettent leur personnel à temps partiel à des barèmes salariaux qui se situent nettement en deçà des minima légaux 223. Pour la fin 2007, conformément au plan, il doit y avoir des sections syndicales dans au moins 70 pour cent des filiales des multinationales en Chine.
Dans le prolongement de l'offensive nationale en vue de faire accepter les syndicats partout et de faire respecter la législation sociale, le Parti communiste a préparé une nouvelle Loi du travail qui doit encore entrer en vigueur en 2007. Le syndicat national ACFTU est déjà occupé à ouvrir 866 nouvelles " boutiques juridiques " auxquelles les travailleurs pourront s'adresser pour des renseignements ou pour introduire une plainte si le patron ne respecte pas la nouvelle loi.
La loi prévoit que le patron et le syndicat doivent négocier sur un pied d'égalité les conventions collectives de travail. Lors de l'embauche d'un travailleur, la période d'essai peut durer deux mois au maximum, ensuite le travailleur doit recevoir un contrat définitif. Le licenciement collectif est interdit sans l'autorisation du syndicat. Le licenciement individuel doit être justifié et n'est autorisé que si le syndicat en est averti à l'avance. En cas de licenciement, le patron doit payer une indemnité fixe de licenciement. Il y a un contrôle strict du respect des lois sociales existantes, comme la semaine de travail de 44 heures, la semaine de cinq jours, le salaire minimal, le paiement des heures supplémentaires. Une composante très importante de la loi, c'est que tous les patrons sont obligés, à l'embauche, de signer un contrat de travail sur papier. En ce moment, 20 pour cent seulement des travailleurs du privé ont un contrat de travail écrit 224. Les contrats collectifs doivent être plus avantageux que les minima prescrits par les autorités nationales et locales. Les normes des contrats individuels ne peuvent être inférieures à celles des contrats collectifs.
En avril 2006, une première version de cette nouvelle loi du travail devant encore être approuvée est publiée dans les médias chinois. Les autorités demandent à la population d'y aller de ses commentaires sur la loi et, à cet effet, elle met à sa disposition un site internet. Pas moins de 191 849 réactions entrent. Le syndicat, le parti, le Parlement tiennent d'innombrables réunions ouvertes afin de savoir ce que la population pense et comment il est encore possible d'amender la loi. Un petit échantillon de démocratie directe qui a également pour but de mobiliser la population et de la rallier à cette démarche importante.
Mais il y a également des réactions de la part des multinationales
et elles ne sont pas positives. L'American Chamber, le quartier général
des multinationales américaines à Shanghai, rédige un document
de 42 pages dans lequel il est dit que la loi " mine les possibilités
d'embauche des travailleurs chinois et aura un impact négatif sur le
pouvoir attractif de la Chine sur les investissements étrangers ".
Keyong Wu, un conseiller de la Chambre britannique de commerce, dit que si la
loi entre en vigueur, les multinationales pourraient bien tourner le dos à
la Chine et se rendre en Inde, au Pakistan ou en Asie du Sud-Est. Serge Janssens
de Varebeke, le président de la Chambre européenne de commerce,
tient le même discours de chantage auquel nous ont habitués les
capitalistes : " La loi va accroître les coûts de production.
Cela va forcer les entreprises étrangères à reconsidérer
les investissements prévus et à se poser la question de savoir
si elles doivent poursuivre leurs activités en Chine 225.
" Xie Liangmin, vice-président de la section Législation
du syndicat ACFTU, répond : " Cela dépasse les bornes d'intervenir
dans la mise en place de la législation d'un pays en le menaçant
de retirer ses
Investissements 226. " Fin avril 2007, le Parlement s'attelle
à l'évaluation
de la troisième version de la législation du travail. Au moment
de la mise sous presse du présent numéro d'Études marxistes,
le résultat de cette évaluation n'est pas encore connu. En tout
cas, des voix s'élèvent déjà pour que l'on complète
la nouvelle loi du travail par de nouvelles lois sur la sécurité
sociale, la sécurité au travail, la formation dans les entreprises,
la sécurité de l'emploi, etc.
Le Parti communiste
Aucun parti, groupe ou instance dans l'histoire n'a tant fait pour un si grand
nombre de personnes que le Parti communiste chinois. Le parti a libéré
le pays d'un siècle de colonialisme et de deux mille ans de féodalité
ancienne. Le parti a réunifié le pays et, en 60 ans, il a réalisé
un revirement complet sur le plan social, économique, politique et culturel.
Le capitalisme existe depuis quelque 300 ans déjà. Pourtant, il
n'a pu apporter la modernisation que dans 40 pays à peine alors que plus
de 100 pays se débattent toujours dans le sous-développement.
En outre, le capitalisme n'a pu atteindre ce degré de développement
dans un nombre restreint de pays qu'en s'emparant de millions d'esclaves dans
d'autres pays et en institutionnalisant l'esclavage dans ces mêmes pays,
qu'en pillant des matières premières - un pillage qui se poursuit
toujours à l'heure actuelle - en Asie, en Afrique et en Amérique
latine, et en déclenchant des guerres de conquête et de destruction
aux quatre coins de la planète. Le Parti communiste chinois n'a eu besoin
que de 60 années pour sortir 1,3 milliard d'humains de la misère
et leur assurer un relatif bien-être sans voler pour autant un gramme
d'argent, une once d'or ou une goutte de pétrole ailleurs dans le monde.
Le parti a élaboré un modèle de développement qui
s'est mué en source d'inspiration pour d'autres pays du tiers monde.
Pour beaucoup de pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, la Chine
est un compagnon de route. Le président sud-africain Mbeki déclare
: " L'espoir de l'Afrique réside sur la place de la Paix Céleste
à Beijing 227. " Sous la direction du Parti communiste,
la Chine met sur pied de nombreux fronts unis en compagnie d'autres pays et
groupes de pays et elle parvient ainsi à jeter un solide barrage contre
la menace de guerre des États-Unis et les exigences américaines
d'un monde unipolaire sous le commandement de Washington.
Durant ses 85 années d'existence, le parti a connu bien des dangers et
bien des crises. Il les a tous surmontés en se cramponnant au marxisme
et à ses principes de fonctionnement mis en oeuvre dans la pratique.
Dans ses propres rangs, le parti n'a jamais cessé de mener la lutte contre
les fautes de gauche et de droite. Les expériences, de même que
l'innovation théorique qui les a accompagnées, sont extraordinairement
enrichissantes pour les marxistes des autres pays du monde.
Ce palmarès fait quelque peu hésiter lorsqu'on veut parler des problèmes que connaît le Parti communiste chinois. La direction du parti fait elle-même état de deux problèmes majeurs : la capacité du parti et des cadres à aborder de façon correcte les nouvelles contradictions complexes et la fermeté idéologique du parti. De nouvelles contradictions apparaissent, comme le développement inégal entre villes et campagnes, le contrecoup de la croissance économique sur l'environnement, le développement inégal de l'économie et des équipements sociaux, la montée d'un nouveau groupe de capitalistes, l'infiltration des idées libérales à propos de l'économie et de la société, la situation souvent injuste des 150 millions de migrants, la trop lente émancipation de la femme... Dans le même temps, le monde entier change à une vitesse étonnante. La mondialisation économique couvre aujourd'hui la totalité du globe terrestre. Les pays impérialistes se cramponnent obstinément à leurs empires alors que les pays du tiers monde en exigent la fin de façon de plus en plus insistante. Depuis 33 ans déjà, le capitalisme est en crise et il ne voit toujours pas d'issue à cette crise. Dans les pays capitalistes, le chômage demeure immense, les salaires stagnent malgré la productivité plus élevée, la pauvreté s'accroît et le fossé entre riches et pauvres n'a jamais été aussi large dans l'histoire. Tous ces changements et contradictions ont leur contrecoup sur la situation en Chine. Le Comité central du parti déclare : " La conjuration stratégique des forces hostiles en vue d'occidentaliser la Chine et de la désagréger se poursuit sans discontinuer 228. " Dans l'édification du pays, le parti tient compte de ces contradictions intérieures et extérieures et des objectifs des forces hostiles. Mais tout cela ne suffi t pas à modifier facilement la situation.
Le parti dirige aujourd'hui le pays depuis presque 60 ans. Il compte 70 millions
de membres et 3,4 millions d'unités de base. Il a des millions de cadres.
Mais, selon la direction du parti, un très grand nombre de ces cadres
doivent faire de sérieux efforts en vue de mieux s'acquitter de leur
tâche. En décembre 2006, une assemblée sur la situation
socio-économique réunit le Bureau politique du parti, nombre de
membres du Comité central et des figures de pointe de divers secteurs
économiques. À l'issue de son déroulement, la conférence
publie un texte dans lequel il est dit : " Les cadres dirigeants doivent
accroître d'urgence le niveau de leurs connaissances et leurs capacités
de travail à la lumière de l'application du concept du développement
scientifique. Ils doivent approfondir leur connaissance du marxisme-léninisme
et s'approprier davantage ses points de vue et méthodes. Ils doivent
étudier afin de mieux comprendre les principes moteurs et les décisions
-stratégiques du parti. Ils doivent sans cesse affûter leur conscience
et résoudre les problèmes qui surgissent lors de l'application
du concept du développement scientifique. Ils doivent travailler dur
pour accroître leur savoir professionnel. Ils doivent étudier l'économie
moderne et augmenter leur capacité à diriger l'économie
socialiste de marché. [...] Le concept du développement scientifique
est l'expression concentrée de la conception du monde et de la méthodologie
qui dirige le développement. C'est utiliser la position, le point de
vue et la méthode du marxisme afin d'analyser et de comprendre la modernisation
socialiste. Afin de pouvoir comprendre en profondeur le système scientifique
et l'appliquer, nous devons étudier la philosophie marxiste. Nous devons
constamment étudier le matérialisme dialectique, émanciper
notre esprit et chercher la vérité dans les faits 229.
" Dans d'autres circonstances, le président du parti Hu Jintao déclare
: " Le sens des responsabilités de certains cadres du parti n'est
pas assez fort. Leur façon de penser ne va pas droit au but. Leur style
de travail n'est pas sain. C'est à peine s'ils ont des liens avec les
masses. L'esprit de lucre, de jouissance et l'extravagance du style de vie sont
de plus en plus fréquents chez nos cadres. Chez certains membres et cadres
du parti, la façon saine de travailler dur s'est affaiblie et a même
été complètement oubliée par une petite minorité.
Certaines organisations de base du parti sont plutôt apathiques et certains
membres du parti font tout sauf remplir leur rôle d'avant-garde. Dans
certaines sections et unités et dans certains endroits, la corruption
s'est gravement répandue 230.
"
Lu Xianfu, un directeur de l'École centrale du Parti, déclare
: " On rencontre toujours des cadres incompétents et de mauvais
mécanismes dans la façon de diriger 231. " En
2004, l'École centrale du Parti a réalisé une étude
sur la compétence des cadres au-dessus du niveau du district. Il en est
ressorti que plus de la moitié de ces cadres n'étaient "
pas en mesure de faire une analyse scientifique d'une situation ", qu'un
tiers avaient " des difficultés pour aborder une situation complexe
" ou " perdaient complètement les pédales dans ce genre
de situation ", ajoute Lu Xianfu. " On a pu le voir quand a éclaté
l'épidémie de SRAS 232 ", dit-il encore. (Comme
on a également pu voir l'incompétence avec la maladie de la vache
folle en Grande-Bretagne, la crise de la dioxine en Belgique ou la peste porcine
dans bon nombre de pays européens.)
La compétence professionnelle des cadres, d'une part, et leur fermeté idéologique et leur intelligence politique, d'autre part, sont deux éléments d'un ensemble. La compétence professionnelle n'a pas trait en premier lieu aux connaissances techniques de la branche économique dans laquelle les cadres sont actifs, mais à leur compréhension du processus concret de développement socialiste dans cette branche, la compréhension des contradictions qui surgissent et changent en permanence dans ce processus et la capacité de dominer et de gérer ces contradictions. Le concept socialiste du développement de la Chine est le résultat de l'unité entre la conception marxiste du monde, le matérialisme dialectique et le caractère propre et l'histoire de la Chine et du Parti communiste. En d'autres termes : la gestion de la branche ou de l'unité dont le cadre est responsable ne donne pas les résultats escomptés et emprunte une mauvaise direction quand le cadre n'a pas une compréhension suffisante du modèle socialiste de développement, alors que cette compréhension ne peut exister que si l'on a une connaissance approfondie du marxisme et du matérialisme dialectique.
Le vice-ministre vietnamien de la Planification, Le Dang Doanh, déclare: " Le Vietnam cherche sa voie en se battant, en cherchant, en tombant et en se relevant. Il existe diverses voies qui mènent au socialisme. L'Asie est trop diversifiée pour un seul modèle socialiste. L'humanité a besoin de divers modes d'approche du socialisme pour en arriver à un consensus à propos du modèle 233. " Lénine dit, dans la même veine que " le socialisme achevé ne saurait résulter que de la collaboration révolutionnaire des prolétaires de tous les pays et à la suite de nombreuses tentatives dont chacune, considérée isolément, sera unilatérale et souffrira d'une certaine disproportion 234 ".
Le socialisme à caractéristiques chinoises, comme l'a surnommé le Parti communiste chinois, a ses unilatéralismes et ses disproportions. Mais, à l'instar du Vietnam ou de Cuba, le pays ne peut pas faire autrement que de chercher sa propre voie et qu'il ait, ce faisant commis des fautes et même des fautes graves, est inévitable. Ceux qui croient qu'il pourrait en être autrement vivent sur une autre planète. Ce n'est pas auprès de la firme Marx-Engels-Lénine qu'il faut vous adresser si vous cherchez un modèle absolu, un complet sur mesure en prêt-à-porter, ou un kit IKEA du socialisme. L'élimination des partialités et des déséquilibres est un processus constant, car le pays est constamment en mouvement et en mutation. Le parti et les cadres qui dirigent ce processus doivent se former en permanence, dit le président Hu Jintao. Et, en premier lieu, dans la connaissance du socialisme scientifique. Ceux qui ne veulent pas en entendre parler ou qui sont incorrigibles doivent s'en aller. En 2004, la direction du parti a radié 490 000 membres et cadres de la liste des membres 235.
C'est à tous les autres que s'adresse cet appel de Hu Jintao : " Nous devons nous consacrer davantage à l'étude et au développement de la théorie marxiste et formuler des réponses aux importantes questions théoriques et pratiques. Nous devons consolider le rôle prépondérant du marxisme dans l'idéologie du pays et guider le peuple dans le renforcement de sa conviction de ce que le socialisme à caractéristiques chinoises est correct. Nous devons promouvoir les idées collectivistes et socialistes de sorte que le peuple dans son ensemble puisse avoir une compréhension correcte des lois du développement social, qu'il puisse conserver un moral élevé et qu'il veuille toujours aller de l'avant 236. "
En janvier 2005, le parti lance une campagne nationale " pour le maintien du caractère avant-gardiste des membres du parti ". Pendant un an et demi, on étudie le marxisme au sein du parti, chaque fois à l'aide de textes qui ont été adaptés à la situation de tout un chacun. La campagne est accompagnée d'une circulaire intitulée Conceptions du Comité central et dans laquelle la compétence professionnelle des cadres est associée à la force idéologique et à la formation marxiste. Hu Jintao déclare : " Le marxisme est l'idéologie dirigeante dans l'édification de notre parti et de notre nation. Il est le guide scientifique pour la mise en place d'une société socialiste harmonieuse. Si la position prépondérante du marxisme faiblit, une situation chaotique va apparaître dans le domaine idéologique et nous perdrons l'âme idéologique nécessaire à l'harmonie sociale. [...] La campagne que nous menons aujourd'hui pour le maintien du caractère avant-gardiste des membres du parti a laissé, en compagnie des acquis les plus récents dans la popularisation du marxisme, des traces profondes parmi les membres du parti et parmi le peuple. Nous devons étudier et développer le marxisme de façon durable et avec détermination 237. "
Entre-temps, cette dernière phrase de Hu Jintao a été transformée en un programme pratique. Chaque année, cinq cents cadres du parti de niveau ministériel et 110 000 cadres de niveaux moindres reçoivent une formation de 16 jours, adaptée à leur niveau et à leur terrain de travail. Durant cette période, ils sont exemptés de leurs tâches. La formation se concentre sur l'objectif consistant à " élever le niveau idéologique et politique et améliorer leurs capacités à prendre des macrodécisions et à évaluer et diriger la situation globale ". Un autre groupe de 1 100 cadres sont formés à part afin de donner une direction à l'édification d'une " nouvelle campagne socialiste ". 700 figures éminentes des médias et de la recherche scientifique reçoivent, elles aussi, une formation adaptée. Il s'agit chaque fois de formations dirigées depuis le centre. À côté de cela, les provinces élaborent elles-mêmes des sessions de formation pour les cadres subalternes. Au bout de cinq ans, le Comité central vérifiera quels sont les résultats de ce programme 238.
En outre, le Comité central a formé deux groupes de travail.
Le premier a pour tâche de traduire en chinois toutes les oeuvres de Marx,
Engels et autres marxistes importants et de vérifier les traductions
déjà existantes sur le plan de leur exactitude. Un autre groupe
de travail doit rédiger pour chaque terrain de spécialisation
(sociologie, philosophie, économie, pédagogie, linguistique...)
40 manuels dans lesquels on appliquera à ces divers terrains les principes
fondamentaux du marxisme, la conception matérialiste du monde et la méthode
dialectique. Le tout dans l'intention de réaliser dans chacun de ces
terrains de nouvelles percées dans l'application du marxisme. De la sorte,
le parti espère enseigner -aux cadres comment utiliser le marxisme de
façon scientifique et les mettre davantage en mesure d'utiliser le marxisme
comme fil conducteur de leur pratique 239.
Le Comité central et l'Académie chinoise des Sciences ont également
constitué un groupe de travail pour l'étude du libéralisme.
En 2004, ce groupe publie un premier ouvrage : Le néolibéralisme
: analyse et commentaires. Les auteurs, dont le vice-président de l'Académie
des Sciences et l'ancien recteur de l'université de Beijing, écrivent
que le libéralisme est l'expression théorique du capitalisme monopoliste
international. Ils écrivent en outre que les économistes chinois
se trompent quand ils se laissent diriger par les oeuvres des avocats du capitalisme,
comme Milton Friedman, Friedrich von Hayek et Karl Popper 240. Dans
le sillage de cet ouvrage, on assiste durant le second semestre 2004 au lancement
d'une campagne contre le libéralisme. Des articles paraissent dans divers
quotidiens et hebdomadaires ainsi que sur divers sites Internet. En novembre
2004, la section Propagande du Comité central diffuse le Document no
29 qui critique entre autres les économistes Mao Yushi et Yang Xiaokai
pour leurs points de vue libéraux. Et c'est la même chose pour
nombre de journaux et de sites internet. Durant la même période,
le chef de la section Propagande, Liu Yunshan, déclare dans un discours
que " l'idéologie est un terrain d'importance stratégique
" et que " des forces rivales entendent bien s'emparer de ce terrain
241 ".
En juillet 2005 suit une campagne similaire, lancée cette fois par Liu
Guoguang, un économiste à la retraite qui jouit d'un énorme
prestige. Cette fois, la campagne se poursuit jusqu'à l'été
2006. Dans un discours, Liu Guoguang explique : " L'influence des théories
économiques occidentales connaît un succès croissant alors
que la position de l'économie marxiste en tant que guide s'est affaiblie.
L'idéologie capitaliste s'est infiltrée dans le travail économique
242. " En janvier 2006, la campagne aboutit aux premières
mesures répressives : les centres de recherche des économistes
libéraux Mao Yushi et Wu Jinglian, situés respectivement à
Beijing et à Shanghai, sont fermés 243. D'autres, comme
le professeur Zhang Weiying, de l'université de Beijing, se voient reprocher
d'avoir des points de vue trop proches de ceux des entrepreneurs. Tout cela
montre au moins clairement que " le Parti communiste chinois s'est très
bien rendu compte que le marché en perpétuelle expansionconstitue
un défi à son organisation 244 ".
En 1957, Mao Zedong disait qu'on ne savait pas encore avec certitude qui l'emporterait
en Chine, le socialisme ou le capitalisme 245. C'était une
vérité à l'époque et c'est toujours correct aujourd'hui.
Mais si on jette un regard rétrospectif sur l'histoire du parti et que
l'on considère le palmarès de ce dernier, ce ne sont pas les raisons
qui manquent de se montrer optimiste.
Peter Franssen,
mars-avril 2007.
Peter Franssen franssen.peter@gmail.com est journaliste à l'hebdomadaire Solidaire. Il est co-auteur avec Ludo Martens de L'argent du PSC-CVP ou la mort d'un dirigeant de la CSC (EPO, 1984) et avec Pol De Vos de Le 11 septembre :pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l'air (EPO, 2002).
Notes
160 Joshua Cooper Ramo, The Beijing Consensus, The Foreign
Policy Centre, Londres, 2004, p. 36.
161 National Bureau of Statistics of China, China Statistical Yearbook 2005,
Statistics Press, Beijing, 2006, tableau 2-6, p. 40.
162 Ibidem.
163 Ibidem, tableau 2-5, p. 909.
164 Ibidem, tableau 10-2, p. 335 ; et National Development and Reform Commission,
Report on the Implementation of the 2006 Plan for National Economic and Social
Development, Fifth Session of the Tenth National People's Congress, Beijing,
5 mars 2007, p. 10.
165 National Bureau of Statistics of China, op. cit., tableau 10-2, p. 335 ;
et Luo Yuanjun, " Economic Soft Landing: a Common Desire ", China
Today, février 2005.
166 National Bureau of Statistics of China, op. cit., tableau 10-5, p. 337 et
tableau 10-30,
p. 367.
167 Supachai Panitchpakdi, " Putting the Doha Development Agenda back on
track : why it matters to China ", Discours prononcé lors du forum
international L'OMC et la Chine Beijing, 10 novembre 2003.
168 Vaclav Smil, " Japan and China : the Next Fifty Years ", Japan
Focus, 5 septembre 2006.
169 He Weixin, " La Chine sera un pays développé en 2080",
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170 " How can Energy Shortage be blamed on China ", People's Daily,
21 septembre 2005.
171 Boudewijn Vanpeteghem, " Eén Airbus levert winst op van 800
miljoen T-shirts ", De Standaard, 3 juin 2005.
172 " China's Foreign Trade : from Quantity to Quality ", People's
Daily, 7 octobre 2005.
173 Li Bin, Zhang Jingyong et Zou Shengwen, " Nine Major Problems challenging
an "Innovation-Oriented State" ", Xinhua, 22 janvier 2006.
174 " Devising Strategies under the Command Tent in Pursuit of Development
? ", Xinhua, 10 août 2005 ; et " 10 Key Words depicting China
in "10th Five-Year Plan" Period ", People's Daily, 28 septembre
2005.
175 Fred Bergsten, Bates Gill, Nicholas Lardy et Derek Michell, " China
: the Balance Sheet - What the World needs to know now about the Emerging Superpower
", Public Affairs,New York 2006, 88.
176 Marcus Wolf, Why Globalization works, Yale University Press, New Haven,
2004, pp. 175-177. 177 Organisation mondiale du commerce, International trade
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178 BRANDZ Top 100 Report, Milward Brown Optimor, 22 avril 2007.
179 " CPC Central Committee Proposal on Formulating the 11th Five-Year
Program for National Economic and Social Development ", Xinhua, 21 octobre
2005.
180 Hu Jintao, " Building Harmonious Socialist Society ", Speech at
Special Discussion Class for Principal Leading Cadres, Xinhua, 30 juin 2005.
181 " China tries to bring its Roaring Economy to a Sustainable Level ",
People's Daily, 31 décembre 2004 ; et Chine : des progrès substantiels
dans la lutte contre la pauvreté ", Xinhua, 20 décembre 2004.
182 Reducing Poverty, sustaining Growth, scaling up Poverty Reduction - A Global
Learning Process and Conference in Shanghai, China's 8-7 National Poverty Reduction
Program, Worldbank, Washington, 2004, p. 3.
183 " Zhejiang leads the Way in per capita GDP ", Xinhua, 30 janvier
2006.
184 National Bureau of Statistics of China, op. cit., p. 96 ; et Maurice Meisner,
Mao's China and after - A History of the People's Republic, The Free Press,
New York, 1986, p. 437.
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186 Feng Jianhua, " La mortalité chez les nouveau-nés ",
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187 Li Zi, " Les dilemmes ruraux ", Beijing Information, no 10, 2005.
188 Li Weiwei et Li Fei, " The "11-5": "Four Major Contradictions"
that need resolving in Harmonious Social Development ", Xinhua, 31 octobre
2005.
190 Hu Yan, " New Vision sought for Community Health Care ", China
Daily, 18 septembre 2006.
191 Fred Bergsten, Bates Gill, Nicholas Lardy et Derek Michell, op. cit., pp.
22 et 50.
192 Information Offi ce of China's State Council, " White Paper on Gender
Equality, Women's Development in China ", Xinhua, 24 août 2005.
193 National Bureau of Statistics of China, op. cit., p. 692 ; et National Bureau
of Statistics of China, Statistical Communiqué of the People's Republic
of China on the 2006 National Economic and Social Development, 28 février
2007, chapitre 9.
194 Yitzhak Shichor, " China's Revolution in Higher Education ", China
Brief, vol. 6, issue 5, 2 mars 2006.
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Thinking and Implementing the Scientifi c Development Concept ", Renmin
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le revenu ", Beijing Information, no 41, 2005 ; et " Income-tax Threshold
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198 Li Fan, " Unrest in China's Countryside ", China Brief, vol. 6,
issue 2, 20 janvier 2006.
199 National Bureau of Statistics of China, Statistical Communiqué of
the People's Republic of China on the 2006 National Economic and Social Development,
28 février 2007, chapitre 11.
200 Jan Jonckheere, " Hoe sociale kloven bestrijden ", China Vandaag,
1 avril 2006 ; et National Development and Reform Commission, op. cit., p. 7.
201 Jan Jonckheere, op. cit.
202 " Rural Teachers' Pay may be centralized ", China Daily, 20 décembre
2005.
203 " China ends School Fees for 150 m ", BBC, 13 décembre
2006
204 " Wang Weiguang, Vice President of Central Party School on scientifically
understanding Internal Contradictions among People ", Liaowang, 9 décembre
2006.
205 National Bureau of Statistics of China, op. cit., pp. 27 et 93.
206 Wen Jiabao, " Our Historical Tasks at the Primary Stage of Socialism
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207 Jan Deceunynck, " Kennis vind je overal ", Ons Recht, février
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208 Liu Shinan, " Effi ciency made at Cost of Workers' Interests ",
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209 Günter Schucher, " Chinas neues Arbeitsvertragsgesetz - Stärkung
der Schwachen oder nur Beruhigungspille ", China Aktuell, 4/2006, pp. 47-65.
210 " Half of Rural Women working in Cities without Labor Contracts ",
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211 Deirdre Griswold, " Chinese Law helps Workers organize Union at Wal-Mart
", Workers World, 27 janvier 2005.
212 " Union alleges Bias by Private International Firms ", China Daily,
31 août 2004.
213 Richard McGregor, " Multinationals resist Introduction of Chinese Unions
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216 Chris White, " The Chinese unionising Wal-Mart ", China Report,
15 fevrier 2007.
217 International Confederation of Trade Unions, " Internationally recognized
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218 Wadi'h Halabi, " Wal-Mart Workers of the World unite ", Political
Affairs, juin 2004.
219 Dai Xiangde et Wu Jinyong, " Labour's Breakthrough at Wal-Mart ",
Business Watch Magazine, 4 septembre 2006.
220 Ibidem.
221 Ibidem.
222 Anita Chan, " Organizing Wal-Mart : the Chinese Trade Union at a Crossroads
", Japan Focus, 8 septembre 2006.
223 " China Inquiry into Fast-food Wages widens ", Reuters, 2 avril
2007.
224 " Undue Influence: Corporations gain Ground in Battle over China's
New Labor Law ", Global Labor Strategies, mars 2007, p. 10.
225 Ibidem, pp. 21-23.
226 Bill Savadove, " Labour Law won't go to NPC in March ", South
China Morning Post, 31 janvier 2007.
227 Thabo Mbeki, " At the Heavenly Gate in Beijing Hope is born ! ",
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228 CPC Central Committee, " Decision on Enhancing Ability to govern ",
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229 " The Central Economic Work Conference opens in Beijing. Hu Jintao
and Wen Jiabao deliver Important Speeches ", Xinhua, 9 décembre
2006.
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is Prosperous when it is Rich ideologically ", Liaowang, 23 octobre 2005.
231 " With Future in Mind, CPC seeks Ways to enhance Ruling Capabilities
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232 Severe Acute Respiratory Syndrome, traduit par " syndrome respiratoire
aigu sévère
- SRAS ".
233 Le Dang Doanh, " Market Economy with Socialistic Orientation ",
Conférence : International Economic Association Round Table, Hong Kong,
14-15 janvier 2005.
234 V. I. Lénine, " Sur l'infantilisme "de gauche" et
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tome 27, p. 361.
235 " CPC expels 490,000 Unqualifi ed Members in 2004 ", People's
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236 Hu Jintao, " Building Harmonious Socialist Society ", Speech at
Special Discussion Class for Principal Leading Cadres, Xinhua, 30 juin 2005.
237 Ibidem.
238 CPC Central Committee, " National Program for Cadres' Educational Training
", Xinhua, 19 janvier 2007.
239 " Website on Marxism under Construction ", People's Daily, 26
septembre 2004.
240 Joseph Fewsmith, " China under Hu Jintao ", China Leadership Monitor,
no 14, Hoover Institution, Stanford University, printemps 2005.
241 Ibidem.
242 Li Chengrui, " Guiding Role of Marxist Economics in PRC ", Renmin
Wang, 11 mars 2006.
243 Richard McGregor, " A Fierce Battle hobbles China's March to the Market
", Financial Times, 28 février 2006.
244 Joseph Fewsmith, " CCP launches campaign to maintain the Advanced Nature
of Party Members ", China Leadership Monitor, no 13, Hoover Institution,
Stanford University, hiver 2005.
245 Mao Zedong, " De la juste solution des contradictions au sein du peuple
", OEuvres choisies, t. 5, p. 444.