Pol De Vos
Venezuela : anti-impérialisme et socialisme |Archive EM|

Introduction

Le 3 décembre 2006, Hugo Chávez était réélu pour un nouveau mandat de président du Venezuela. Depuis le balcon du palais présidentiel, il dédiait " la victoire du peuple bolivarien1 " à Bolivar et au Christ. " Une victoire de l'amour et de la paix ", s'écriait Chávez. Et d'ajouter : " Aujourd'hui commence une nouvelle ère avec, comme ligne stratégique fondamentale, l'approfondissement et l'extension de la révolution bolivarienne. Plus de 60 % de gens ont voté, non pas pour Chávez, mais pour le projet socialiste bolivarien, pour le socialisme vénézuélien."

Au cours de la décennie écoulée, l'Amérique latine a connu bien des insurrections populaires, des gouvernements progressistes et des révolutions. Seule la révolution cubaine a pu tenir bon face à l'agression et la politique de sape des États-Unis et des élites locales. Aujourd'hui encore, presque cinquante ans après la révolution du 1er janvier 1959, Cuba est mise sous pression et agressée en permanence. Depuis tout ce temps, les États-Unis essaient d'étrangler l'économie cubaine au moyen d'un blocus économique. D'autres révolutions et gouvernements qui, après une victoire électorale, voulaient appliquer des réformes radicales, sinon révolutionnaires, ont été renversés ou emportés par une contre-attaque des élites locales avec le soutien des États-Unis. Aujourd'hui aussi, ces derniers aimeraient régler définitivement son compte à la révolution bolivarienne au Venezuela, et le plus rapidement possible.

Quelle politique Chávez a-t-il menée depuis sa première victoire électorale, fin 1998 ? Comment est-il parvenu à se maintenir au cours des huit années écoulées ? Comment perçoit-il son projet socialiste bolivarien ? Comment se prépare-t-il en vue de pouvoir faire face, à l'avenir, à une inévitable contre-révolution ?

Le Venezuela en chiffres

Vénézuela en chiffres

La structure de l'économie vénézuélienne

Le Venezuela a une économie capitaliste. Durant la période récente, diverses formes de production coopérative et à orientation sociale ont été développées. En 2003, le produit intérieur brut (PIB - la valeur de toutes les marchandises et services produits dans le pays) était de 103 milliards de dollars, soit 4 000 dollars par habitant.

Le secteur clé est le pétrole, où tout tourne autour de l'entreprise d'État Petróleos de Venezuela S.A. (PDVSA). Pour une part importante, le pays reste dépendant de l'exportation de ce pétrole (et donc des prix pétroliers internationaux). En 2005, le secteur pétrolier couvrait 16 % du PIB et 87 % des revenus de l'exportation. Le pétrole représente également la moitié des recettes de l'État2.
En outre, la production industrielle locale intervient de plus en plus dans le PIB. En 2002, pour 14 % et pour 17 % déjà en 2005. En premier lieu, acier, aluminium, produits textiles et alimentaires. Ensuite, ciment, pneus, papier et engrais3. On y assemble également des voitures destinées au trafic routier intérieur et à l'exportation4.
Les États-Unis sont le principal partenaire commercial du pays5. En 2005, le Venezuela a exporté pour 34 milliards de dollars vers les États-Unis, alors que ces derniers exportaient pour 6,4 milliards de dollars vers le Venezuela (surtout des moyens de transport, des machines et des matériaux de construction)6.

Le Venezuela dispose d'un réseau routier très ramifié, mais, à l'exception de la navigation aérienne, le secteur des transports a vieilli. Caracas est dotée d'un métro moderne, mais une seule liaison ferroviaire fonctionne avec le reste du pays7.

Au début du 19e siècle, le Venezuela était un pays typique de l'Amérique latine, avec une production étendue de cacao, de café, de sucre, de coton et de tabac. À l'époque, au moins 70 % de la population était rurale. L'intérêt croissant suscité par l'industrie pétrolière dès le début du 20e siècle a donné lieu à ce qu'on a appelé la " maladie hollandaise " (en raison des conséquences pour l'économie hollandaise de la découverte de gaz naturel en mer du Nord). L'exportation du pétrole a débouché sur un afflux massif de devises étrangères et le pouvoir d'achat a augmenté rapidement. Du fait de l'inflation croissante, les produits importés, tant agricoles qu'industriels, sont devenus moins chers que les produits locaux. Le marché vénézuélien a été inondé de produits d'importation, lesquels ont constitué un puissant frein au développement industriel 8 .

Mais l'agriculture elle aussi allait péricliter. En 1960, 35 % de la population à peine habitait encore dans les campagnes et, en 1990, 12 % seulement. Le Venezuela devenait l'un des pays les plus urbanisés du continent. En même temps, il est le seul pays de l'Amérique latine à être un importateur net de produits agricoles, avec une production agraire qui ne représente que 6 % du PIB.

Ajoutez à cela la grande inégalité qui règne dans la propriété des terres : de nombreuses " haciendas " comptent plus de 1 000 hectares. En 1937, 88,8 % des terres agricoles étaient aux mains de 4,8 % des propriétaires terriens. Les petits paysans, avec 10 hectares ou moins de propriété, représentaient 57,7 % des propriétaires terriens mais, tous ensemble, ils ne possédaient que 0,7 % de la superficie des terres cultivables 9 .

Aujourd'hui, l'agriculture intervient pour 4 % du PIB et emploie 10 % de la population active. Les terres cultivables ne représentent que 2,95 % de la superficie totale du pays. Mais, en fait, entre un tiers et un quart seulement de ces terres sont utilisées en permanence pour l'agriculture.

Le Venezuela importe actuellement environ deux tiers de ses besoins alimentaires. En 2005, des firmes ont vendu pour 419 millions de dollars de produits agricoles au Venezuela. Entre autres : farine, maïs, fèves de soja, coton, graisses animales, huile végétale. Les États-Unis assurent de la sorte plus d'un tiers des importations alimentaires du pays 10 .

Dans les années 1990, le secteur bancaire a connu une crise grave. Après l'effondrement en 1994 de la Banco Latino, la seconde banque du pays, une réaction en chaîne de faillites s'est déclenchée. L'État reprenait le contrôle de treize banques, dont quelques-unes parmi les plus importantes, afin d'éviter un effondrement financier. En 1995, le gouvernement subventionnait plus de la moitié des banques commerciales du pays. Seize banques furent nationalisées ou fermées. En décembre 1996, les trois plus grandes banques furent revendues à des groupes financiers étrangers 11 .

Suite à cette crise bancaire, bien des moyens de l'État passèrent massivement aux mains des élites financières et la dépendance de l'élite vénézuélienne vis-à-vis des financiers des États-Unis s'accrut considérablement : en décembre 1996, la participation étrangère dans le monde bancaire vénézuélien était encore pratiquement inexistante. Un an plus tard, elle représentait déjà 41 % des avoirs totaux. Cette même année, trois des cinq principales banques du pays passèrent sous contrôle étranger. Cette tendance allait d'ailleurs se poursuivre par la suite 12 .

La vague de privatisations se poursuivit de plus belle. De très nombreuses entreprises du secteur des télécommunications et de la production d'électricité tombèrent aux mains des États-Unis. Dans la seconde moitié des années 1990, il y eut des plans visant à privatiser la sécurité sociale. En outre, la décision fut prise de diviser la PDVSA, la compagnie pétrolière nationale entre divers groupes de sociétés étrangères. Même si, de fait, les multinationales pétrolières des États-Unis contrôlaient déjà l'exploitation pétrolière, l'État vénézuélien restait officiellement propriétaire et gérant de la production.

Une analyse de classes de la société vénézuélienne

Jusqu'au moment de l'accession de Hugo Chávez à la présidence, le Venezuela est dirigé politiquement par la bourgeoisie compradore, c'est-à-dire l'élite vénézuélienne étroitement liée au capital financier international et des États-Unis en premier lieu. Pour sa survie et son développement, cette bourgeoisie compradore est très dépendante des liens économiques avec les États-Unis.

Cinq familles jouent ici un rôle central. Jusqu'au moment de la découverte et de l'exploitation du pétrole, au début du 20e siècle, le Venezuela avait une économie agraire traditionnelle, dominée par la grande propriété terrienne. Au moment du boom pétrolier, ces propriétaires terriens - avec le très généreux soutien de l'État durant la période du dictateur Juan Vicente Gómez - vont investir dans l'exploitation pétrolière. En outre, ce groupe très restreint va également s'enrichir de l'import/export très lucratif avec les États-Unis et se lier de plus en plus au capital états-unien.

Ici, nous avons à faire à une bourgeoisie compradore typique, issue d'une fusion interne des propriétaires terriens traditionnels, de l'élite financière et économique et de l'élite politique, et qui tient les rênes de l'appareil d'État. Cette bourgeoisie compradore bloque le développement du pays. Elle n'est aucunement intéressée par la mise en place d'une industrie nationale. L'importation de denrées alimentaires s'avère en effet bien plus lucrative.

Hugo Chávez a, en partie, endigué leurs intérêts dans l'exploitation du pétrole. Mais, considérée dans son ensemble, la situation économique de cette bourgeoisie compradore est toujours en grande partie intacte. Contre le monde bancaire et le secteur de l'import/export, très peu de mesures ont déjà été prises, pour l'instant. De même, les puissants médias privés - avec leur impact énorme sur la formation des opinions - restent provisoirement tels quels aux mains de cette bourgeoisie compradore.

Nous pouvons définir un second groupe comme étant celui de la bourgeoisie nationale. Il s'agit d'un nombre limité d'entrepreneurs et de patrons qui tentent d'investir dans l'industrie nationale des produits textiles et alimentaires, etc. Les importations massives limitent les chances de développement - et même de survie - de cette industrie nationale. Un important défi attend donc le gouvernement révolutionnaire dans la phase actuelle : impliquer ces entrepreneurs dans un développement indépendant du pays.

Une partie de ces entrepreneurs se considère plutôt comme une classe moyenne supérieure que comme faisant partie de l'élite. Cette classe moyenne est en outre constituée d'entre 5 et 10 % de la population que nous pouvons ranger dans la petite bourgeoisie. Celle-ci est active dans le secteur des services, l'enseignement, l'appareil d'État et les universités. Ensuite, il y a les petits indépendants qui parviennent à se débrouiller dans l'économie formelle. Au cours de la décennie écoulée, les partis politiques vénézuéliens ont consenti d'importants efforts pour impliquer ce groupe dans le débat politique 13 .

Une frange progressiste soutient la politique de Chávez, alors qu'une autre partie importante s'identifie très fortement à l'opposition. Ensuite, il y a le groupe des hésitants. Chávez consacre beaucoup de son énergie à gagner politiquement cette classe moyenne à la révolution bolivarienne.
De même, l'un dans l'autre, le prolétariat est un groupe relativement limité, au Venezuela. La migration massive vers les villes, lors du boom pétrolier, a fait naître de vastes bidonvilles. Le groupe qui s'en est le mieux tiré est parvenu à dénicher du travail dans le secteur formel.

Il s'agit d'entre 10 et 15 % de la population. Le secteur public emploie 13 % de la main-d'œuvre, alors que moins de 1 % travaille dans l'industrie intensive en capital. En outre, le secteur des services est très important lui aussi. Environ 18 % de ce groupe est affilié à un syndicat.

La situation spécifique de l'industrie pétrolière au Venezuela a fait que certains dirigeants (syndicaux) de la classe ouvrière doivent être qualifiés d'aristocratie ouvrière, en d'autres termes, de dirigeants faisant coïncider leurs intérêts et ceux de la bourgeoisie compradore et de sa vision du développement de l'industrie pétrolière. Ainsi, la direction du syndicat vénézuélien historique et unique, la CTV (Central de Trabajadores de Venezuela), a soutenu le coup d'État et la grève patronale contre Chávez en 2002 et 2003. De ce fait, bien des syndicats d'entreprises se sont opposés à la CTV et ont fondé leur propre confédération syndicale, l'UNT (Unión Nacional de Trabajadores). Alors que la CTV est active dans l'opposition contre Chávez, l'UNT soutient la politique gouvernementale du président, mais elle est très divisée entre divers courants sur le plan idéologique. Aujourd'hui, en raison de cette division, l'UNT ne joue pas (encore) le rôle qu'on pourrait attendre d'elle dans ce processus révolutionnaire.

Les paysans et les travailleurs agricoles constituent environ 10 % de la population économiquement active. La superficie de terres cultivables du Venezuela est limitée, mais une partie importante de ces terres (appartenant surtout à des latifundios ou grands propriétaires terriens) est en friche. Malgré des tentatives de réformes agraires dans les années 1960, les meilleures terres agricoles restent concentrées en très peu de mains. Bien que l'exploitation pétrolière ait modifié considérablement la structure économique du pays, la vie dans les zones rurales n'a pas vraiment changé depuis la période coloniale. L'agro-industrie est encore embryonnaire. En fonction de la quantité de terres qu'ils possèdent ou des cultures qu'ils produisent, il existe d'énormes différences de revenus entre les paysans. Mais la plus grosse partie de la population rurale parvient à grand-peine à joindre les deux bouts. Aussi, jusqu'à ce jour, les paysans continuent-ils à affluer massivement vers les villes 14 .
La classe la plus représentée en nombre est celle du semi-prolétariat, puisqu'elle constitue entre 50 et 60 % de la population. Elle est généralement sans travail ou active dans l'économie informelle, au sein de laquelle, jour après jour, nombreux sont ceux qui tentent de survivre de toutes sortes de sous-emplois. Officiellement, en janvier 2006, le taux de chômage était de 12,9 % (il était encore de 17,8 % en août 2003). Le secteur informel emploierait la moitié de la population active, soit entre 5 et 6 millions de personnes 15 .

Il s'agit principalement de " non-blancs " qui vivent dans les bidonvilles entourant les grandes villes. Au cours des années 1990, ce groupe s'est enfoncé dans une pauvreté profonde et compte de très nombreuses familles de paysans qui ont fui les campagnes. Outre des formes particulières de syndicats ou d'organisations d'intérêts qui se sont développées dans ce secteur, on voit apparaître dans les quartiers aussi de multiples formes d'organisation. Les améliorations matérielles directes que ces quartiers ont connues au cours des huit années écoulées font qu'aujourd'hui, ils soutiennent en masse la révolution bolivarienne.

Le fossé des revenus

Pour se faire une meilleure idée de l'étendue de la pauvreté et du fossé des revenus au Venezuela, nous nous appuyons sur une étude qui analyse les revenus de 2003. Les données sont originaires d'un sondage organisé par l'Institut national de la statistique 16 .

On compare le revenu d'une famille (5,2 personnes en moyenne) à la valeur d'un panier de base (canasta básica). Cette méthode considère comme " extrêmement pauvre " toute personne qui, avec son revenu, ne parvient pas à se procurer un panier alimentaire de base (lequel équivaut en fait à la moitié du panier de base). Sont " pauvres " (sans être extrêmement pauvres) ceux qui peuvent effectivement se procurer le minimum de nourriture, mais qui ne parviennent pas à satisfaire leurs autres besoins minimaux. Ils gagnent plus que la moitié d'un panier de base, mais moins que le coût du panier de base complet.

L'étude révèle en outre qu'au cours du second semestre 2003, le Venezuela comptait environ 15,6 millions de pauvres, dont près de 8 millions de personnes extrêmement pauvres qui n'étaient donc pas en mesure de se procurer leur panier alimentaire de base. Près de 3 millions d'habitants ne peuvent même pas s'acheter le quart de ce panier. À l'aide de ces données, on a établi un " thermomètre de la pauvreté ", lequel révèle que le groupe des personnes extrêmement pauvres est très important, alors que celui des riches est extrêmement restreint :

Rations de base

Il apparaît que 2,9 millions de personnes ne sont pas en mesure de satisfaire un quart de leurs besoins élémentaires (= la moitié de leurs besoins alimentaires). 7,9 millions de personnes sont extrêmement pauvres et ont à peine assez à manger. À l'autre bout du spectre, les personnes qui peuvent couvrir plus de cinq fois leurs besoins de base sont à peine plus de 300 000, sur une population totale de 25 millions d'habitants (soit 1,2 %).

Le développement de la révolution bolivarienne

La situation antérieure : pétrole, paupérisation et résistance populaire

L'exploitation pétrolière a démarré sous Juan Vicente Gómez. Ce général prend le pouvoir en 1908, à la faveur d'un coup d'État. Durant 27 ans, il sera le dirigeant incontesté du pays, jusqu'à sa mort, survenue en 1935.
Ce n'est que vers 1945 qu'il est mis un terme aux dictatures militaires successives. S'ensuit une période d'instabilité politique. Finalement, la situation change en 1958, au cours d'une révolte militaire lancée à partir de la caserne de Maracay 17 et qui est suivie par une insurrection populaire à Caracas. Suite à l'appel lancé par une junte militaire progressiste, une grève générale éclate qui aboutit à la démission du dictateur de service, Marcos Pérez Jiménez.

Sous le président élu Romulo Betancourt, le début des années 1960 connaît une période relativement stable. Les États-Unis prennent le train en marche et érigent la " démocratie vénézuélienne " en exemple pour l'Amérique latine, au contraire de ce qu'ils appellent la " dictature cubaine ". À Cuba, le 1er janvier 1959, le dictateur Fulgencio Batista, l'ami des États-Unis, est renversé par un mouvement révolutionnaire dirigé par Fidel Castro.

Dans les années 1980 - au moment où les prix pétroliers s'effondrent -, le Venezuela s'enfonce dans une crise profonde. La faim règne dans les quartiers défavorisés et les protestations débordent régulièrement dans la rue. Hugo Chávez, à l'époque militaire, est déjà très actif politiquement. Il fonde au sein de l'armée un Mouvement bolivarien révolutionnaire qui défend des valeurs anti-impérialistes.

En 1989, le gouvernement prend un certain nombre de mesures draconiennes - imposées par le Fonds monétaire international - qui se traduisent par une énorme hausse des prix. Les salaires plongent en même temps que le chômage grimpe en flèche. À Caracas et dans d'autres grandes villes, la population affamée se révolte en masse : c'est le fameux Caracazo. Le président Carlos Andrés Pérez donne à l'armée l'ordre de réprimer sévèrement les troubles. Officiellement, il y a 372 morts mais, pour la seule capitale, le nombre réel de victimes dépasse déjà les 2 000. Sans parler des milliers de blessés...

Au cours des années 1990, la crise sociale et politique ne cesse de se durcir. Le 4 février 1992, sous la direction de Hugo Chávez, de jeunes officiers progressistes de l'armée - le Mouvement bolivarien révolutionnaire - veulent s'emparer du pouvoir. Le coup d'État échoue et Chávez est arrêté. Le 27 novembre 1992, il s'ensuit une nouvelle tentative de coup d'État. Cette fois, elle donne lieu à de violents combats et il y a 170 morts. De son côté, Chávez est toujours en prison.

Lorsque Chávez a été arrêté, en février, il a déclaré devant les caméras de la télévision qu'il lui fallait " mettre un terme provisoirement à ses tentatives de mener le pays dans une meilleure direction "... À sa libération, deux ans plus tard, il est invité à Cuba, où Fidel Castro le reçoit le 14 décembre 1994.

Le 14 décembre 2004, lorsque le président Hugo Chávez est à nouveau en visite à Cuba, pour le dixième anniversaire de sa première visite, Fidel Castro cite nombre des discours tenus par son hôte en 1994 :
" À court terme, il doit y avoir une nouvelle constitution. Un modèle économique souverain constitue un projet à long terme. Cela requerra entre vingt et quarante ans. Nous ne voulons pas continuer avec cette économie coloniale. (...) Dans le contexte d'un tel projet, il n'est pas aventureux de parler d'une association d'États latino-américains. Pourquoi continuerions-nous à être divisés ? Sur le plan politique, telle est notre vision. Elle n'est pas la nôtre, elle n'est pas originale, car cette vision a au moins deux cents ans.

" Pensez également aux expériences positives de Cuba sur le plan de la culture, de l'économie, du sport, de la santé, des soins aux personnes. (...) C'est dans cette arène, ce troisième élément de transformation politique à long terme que nous tendons la main aux hommes et aux femmes de Cuba qui, depuis des années déjà, réfléchissent et œuvrent à ce projet continental 18 . "

Depuis lors, les contacts entre Fidel Castro et Hugo Chávez ont été très réguliers.
Avec son Mouvement bolivarien révolutionnaire, Chávez travaille alors à un large front rassemblant diverses sections du mouvement populaire. En même temps, il a conservé des liens clandestins avec les militaires " bolivariens " et le mouvement révolutionnaire poursuit également son extension jusque dans les rangs de l'armée. Chávez envisage donc une insurrection populaire générale et armée avec le soutien des militaires progressistes.

Mais le vide politique né de la crise profonde des partis traditionnels dans les années 1990 plonge bientôt la situation dans un véritable tourbillon. Chávez voit l'occasion de gagner le pouvoir politique par la voie électorale et il constitue un front politique. Ici, il s'appuie surtout sur les masses appauvries des villes. Son slogan : " L'espoir est dans la rue ".

Chávez : déjà 8 ans de présidence

Le 6 décembre 1998, Chávez remporte les élections présidentielles avec 56 % des voix, malgré le boycott des médias. Les partis traditionnels récoltent moins de 5 % des suffrages.

Une nouvelle constitution
La première démarche effectuée par Chávez dès sa nomination au poste de président consiste à récrire la constitution. D'abord, un référendum est organisé le 19 avril 1999, à propos de la nécessité de rédiger une nouvelle constitution - et des mécanismes à créer pour ce faire - dans une assemblée constituante. Le référendum est suivi le 25 juillet 1999 par l'élection de l'assemblée constituante, au cours de laquelle les partis qui soutiennent Chávez obtiennent 119 des 131 sièges. Le 15 décembre 1999 a lieu un nouveau référendum qui approuve la nouvelle constitution avec 71 % des voix. Il s'ensuit de nouvelles élections présidentielles et parlementaires, le 30 juillet 2000. Chávez obtient 59 % des voix et gagne le gouvernorat de 17 des 24 États du Venezuela. En un an et demi, il y a donc eu deux élections présidentielles (1998-2000) avec, entre-temps, deux référendums et une élection de l'assemblée constituante (1999).

Sur le plan du contenu, la constitution renforce la participation de la population en stipulant également, outre la démocratie représentative, la démocratie participative. Elle s'oppose au néolibéralisme en défendant une économie mixte comprenant, entre autres, le modèle coopératif et la possibilité d'autogestion. De plus, elle met particulièrement l'accent aussi sur la mise en place d'un important volet social : soins de santé, enseignement, emploi.

Par ailleurs, sur le plan économique, il s'avère que Chávez suit un cours plutôt modéré. En février 1999, le tout nouveau président déclare : " Notre projet ne veut pas une étatisation de l'économie, mais il n'est pas non plus néolibéral. Nous cherchons une voie moyenne, où la main invisible du marché collabore avec la main visible de l'État : autant d'État que nécessaire, autant de marché que possible 19 . "

Le plan Bolivar
Réélu en 2000, le président Chávez fonde la Banco de Pueblo (banque du peuple) ainsi qu'un Fondo Único Social (FUS - fonds social unifié). Les deux doivent mettre des fonds (pétroliers) à la disposition du développement.

Pour lancer cette initiative, il y a le " plan Bolivar " : 40 000 militaires se rendent dans les quartiers populaires et les villages où, en compagnie de la population, ils retapent des écoles, posent des routes et mettent sur pied une nouvelle infrastructure.

Quarante-neuf lois
En 2001, on s'attelle à la rédaction de 49 lois essentielles qui devront donner forme au nouveau cadre économique et social de la république bolivarienne du Venezuela.

La loi sur la propriété foncière confère au gouvernement le droit d'exproprier des terres en friche et de les répartir parmi les paysans pauvres. De même, les terrains urbains où les quartiers populaires qui ont poussé comme champignons après des occupations illégales de terrains vagues, tombent sous cette loi. Des millions de personnes peuvent désormais devenir propriétaires du bout de terrain sur lequel elles ont bâti leur logement, souvent très précaire.

L'attention pour les peuples indigènes, les Indiens, constitue un autre aspect important de la politique bolivarienne. La population indigène du Venezuela représente 316 000 personnes, réparties en 26 groupes ethniques, surtout dans l'ouest et le sud du pays.

En ce qui concerne l'exploitation du pétrole, la loi stipule que, dès maintenant, la compagnie pétrolière d'État PDVSA doit détenir une participation majoritaire de 51 % au moins dans toute collaboration avec des entreprises étrangères (joint ventures). En outre, avec les compagnies pétrolières privées, l'État vénézuélien aura toujours droit à 30 % des rentrées de la vente du pétrole.

Une autre loi est celle contre la vente au rabais des pêcheries à des entreprises multinationales, la réglementation concernant la fondation de coopératives et l'attribution de microcrédits et - très important - l'empêchement de la privatisation pourtant prévue de la sécurité sociale.

Ces lois sont entrées en vigueur le 10 décembre 2001. Au cours des mois qui précèdent, l'opposition a déjà mené des actions de protestation, mais elle sent que, désormais, l'affaire se corse pour elle. Ce même 10 décembre, une grève générale éclate, organisée par l'organisation patronale Fedecamaras, avec le soutien du syndicat CTV.

L'approbation de ces lois crée également des problèmes dans le camp Chávez. Luis Miquilena, vétéran de la gauche vénézuélienne et ministre de l'Intérieur sous Chávez, s'oppose à la promulgation de ces lois et insiste pour qu'aient lieu des négociations avec l'opposition et pour que ces lois soient fortement édulcorées.

Après le refus de Chávez, Miquilena passe à l'opposition. En tant que ministre de l'Intérieur, il avait joué un rôle important dans l'appareil judiciaire, où avaient été placés de nombreux hommes à lui. Miquilena était également responsable de la composition des listes de candidats députés du front Chávez. Lorsqu'il lui tourne le dos, bien des gens de l'appareil judiciaire et du parlement le suivent. Chávez court le risque de perdre la majorité au parlement et il a désormais en face de lui tout un appareil judiciaire qui lui est hostile.

Les contradictions s'accroissent, l'opposition, la presse écrite et les chaînes de télévision notamment, aiguise ses couteaux. L'emprise de l'opposition sur ces médias est très grande : elle contrôle quatre des cinq chaînes de télévision du pays. En face, une seule chaîne de l'État, utilisée par Chávez et son gouvernement. Chávez essaie de résister avec son émission hebdomadaire, " Alo Presidente ", qui est diffusée par la radio et par la télévision.

Au cours des mois qui suivent, la tension ne cesse de croître. Les 11 et 12 avril 2002, l'opposition prévoit de grandes manifestations dans le centre de Caracas.

Le coup d'État
Une note des services de renseignements des États-Unis, datée du 6 avril 2002, c'est-à-dire cinq jours avant le coup d'État, mentionne : " Des fractions militaires dissidentes, parmi lesquelles un groupe d'officiers supérieurs mécontents et un autre de jeunes officiers radicaux, consolident leurs efforts en vue de commettre un coup d'État contre le président Chávez, peut-être déjà ce mois-ci. (...) Pour déclencher une réaction militaire, les conjurés pourraient essayer d'exploiter les échauffourées qui suivront les manifestations de l'opposition prévues un peu plus tard au cours de ce mois 20."

Le 11 avril 2002, les dirigeants de l'opposition décident brusquement, et sans respecter les accords qu'ils ont conclus avec la police, de détourner la manifestation vers le palais présidentiel. Le camp pro-Chávez mobilise en toute hâte. Quand les deux groupes se trouvent en face l'un de l'autre, des tireurs embusqués se mettent à faire feu dans la foule. Il y a des morts des deux côtés. Les médias de l'opposition entament la campagne qu'ils ont préparée sur le thème : " Chávez a donné l'ordre d'ouvrir le feu sur une foule désarmée. " Plus tard, il apparaîtra que l'histoire a été montée de toutes pièces et que les tireurs embusqués ont été engagés pour provoquer ce drame.

C'est le commencement d'une tentative de coup d'État. Celui-ci est organisé par l'opposition, en premier lieu à partir de l'organisation patronale Fedecamaras, dirigée par Pedro Carmona. Le syndicat CTV, le primat catholique du Venezuela et quelques généraux soutiennent totalement le complot. L'émetteur national est mis hors service par les auteurs du coup qui, de la sorte, s'assurent le monopole des médias. Il s'avérera par la suite que l'ambassade des États-Unis à Caracas était non seulement au courant du coup d'État, mais qu'elle a aussi joué un rôle important dans sa préparation et sa coordination.

Le matin du vendredi 12 avril, après de longs pourparlers, Chávez décide enfin de se rendre. Mais il refuse de céder aux exigences de démission. Il est emprisonné. Pourtant, la version officielle prétend qu'il a démissionné. Un coup de téléphone de la fille de Chávez, Maria Gabriela, à Fidel Castro fait en sorte que, via Cuba, les agences de presse internationales diffusent finalement la nouvelle que Chávez n'a pas démissionné, mais qu'il a été incarcéré. Cette nouvelle se propage également au Venezuela même et le peuple réagit aussitôt...

À Caracas, les protestations se muent bien vite en une véritable insurrection populaire. Le palais présidentiel, où se tiennent le " nouveau président " Pedro Carmona et sa clique, est cerné par une marée humaine. En fin de compte, il apparaît que l'écrasante majorité des officiers de l'armée sont restés fidèles à Chávez. C'est l'élément déterminant pour isoler les auteurs du coup d'État. La garde présidentielle reconquiert le palais et le " président de l'opposition " et sa suite sont obligés de s'enfuir en toute hâte. Le dimanche 4 avril, à 2 heures du matin, Chávez descend d'un hélicoptère et fait sa réapparition au palais. La marée humaine accueille son président dans l'allégresse générale 21 .

Le coup d'État manqué a consolidé la position de Chávez. Les simples citoyens des quartiers populaires ont compris qu'ils devaient renforcer leur mobilisation s'ils voulaient défendre leur révolution bolivarienne. Mais le facteur essentiel a été l'armée. La sensibilisation que Chávez a tenté de développer depuis des années, et surtout aussi la collaboration directe de l'armée avec la population organisée dans le plan Bolivar mentionné un peu plus haut, se sont avérées efficaces.

Chávez décide à ce moment-là de ne pas prendre de mesures draconiennes contre ceux qui ont appuyé le coup d'État. Il se contente de limoger un certain nombre de généraux. Pour le reste, il laisse le soin à la Justice de poursuivre les auteurs du coup d'État. Mais, vu que l'appareil judiciaire est surpeuplé d'adversaires de la révolution, cette période n'est pas définie comme étant un coup d'État mais comme un " vide dans le pouvoir ", et les responsables du coup sont donc remis en liberté. De même, Chávez se montre peu hargneux envers les patrons et la CTV. Certaines lois sont même adaptées. Il s'avérera par la suite que c'était une erreur : l'opposition voit dans cette attitude condescendante un signe de faiblesse de la part du président et elle reprend de plus belle ses activités nuisibles.

La grève générale
En 1999, quand Chávez est venu au pouvoir, Ali Rodríguez - ancien guérillero, mais également spécialiste du pétrole au service d'un des partenaires de coalition de Chávez - a été désigné pour infléchir la politique pétrolière. Il fallait que le gouvernement fasse à nouveau preuve d'autorité et qu'il reprenne la direction de la PDVSA, qui avait fini par devenir un véritable " État dans l'État ".

Fin 2002, lorsque Chávez s'apprête à renvoyer dans ses foyers et à remplacer l'équipe qui dirige la PDVSA, l'opposition entame une grève générale de durée indéterminée. Cette grève patronale débute le 2 décembre 2002 et tiendra bon jusqu'au début février 2003. Les ports sont soumis à un blocus qui aura des répercussions sur deux activités économiques importantes : l'exportation du pétrole et l'importation des denrées alimentaires. Dans l'espoir de pousser Chávez à démissionner, les patrons veulent plonger le pays dans le chaos et paralyser entièrement l'économie. Plutôt qu'une grève générale, il s'agit dans la plupart des entreprises d'un lock-out : le patron organise la grève et, dans la plupart des cas, l'impose en empêchant le personnel de travailler. La CTV (fortement affaiblie) continue toujours à soutenir les patrons. Le conflit débouche sur des pénuries croissantes : les denrées alimentaires viennent à manquer, les programmes sociaux doivent être interrompus en grande partie, la monnaie locale, le bolivar, dévalue et l'inflation est de 26 %. La perte économique directe imputable à la grève est évaluée à quelque dix milliards de dollars. Mais le gouvernement est préparé à cette offensive et il a également mobilisé la population afin d'y résister. À la Noël, frustrée par le manque de résultats, l'opposition connaît des dissensions internes. En janvier 2003, Chávez autorise l'armée à briser la grève. Les militaires occupent les installations, les ports, gardent les pipelines. Avec l'aide des travailleurs révolutionnaires, la production peut reprendre. La nouvelle direction prend place et engage la réorganisation de la PDVSA. Finalement, près de la moitié des 40 000 travailleurs sont licenciés en raison de leur collaboration avec le patronat.

Ali Rodríguez : " Environ 19 000 personnes ont dû quitter la PDVSA, dont la majeure partie de ceux qui dirigeaient les opérations : prospection, production, transport, raffinage, ventes, arrivages, finances. Naturellement, tout cela a débouché sur de graves problèmes 22. " C'est surtout sur le plan de la technologie informatique de l'entreprise qu'il a fallu se montrer prudent. Les contrôles ont révélé qu'il y a eu des sabotages : les températures d'alerte, par exemple, ont été modifiées. Si la chose avait échappé à la vigilance des contrôleurs, une partie des installations aurait dû exploser après le redémarrage.

Cette grève aura provoqué un surcroît de radicalisation parmi les travailleurs et la population en général. Cette fois, on voit clairement qui a occasionné les pénuries et comment Chávez a mis tout en œuvre pour résoudre les problèmes. Finalement, la grève s'effiloche et l'opposition se retrouve divisée. Banques, journaux, chaînes de télévision s'inquiètent de plus en plus d'une possible expropriation. Progressivement, la grève perd de son impact et de sa force et, après plus de deux mois, elle prend fin, le 7 février 2003.

Désormais, Chávez accélère les modalités de changement de direction dans les activités de la compagnie pétrolière PDVSA. Finalement, la " loi sur le pétrole " va pouvoir être appliquée dans son intégralité. De la sorte, il devient possible de financer les programmes sociaux et même de les étendre. La forte hausse des prix pétroliers sur le plan international joue ici un rôle supplémentaire important.

En expliquant à plusieurs reprises comment les élites vénézuéliennes et les États-Unis complotent ensemble contre le gouvernement, Chávez parvient petit à petit à faire comprendre à la population ce que signifie l'impérialisme et à la mobiliser. Les discours très fouillés de Chávez donnent une meilleure compréhension des expériences concrètes des gens : comment leur situation progresse par très petites étapes et comment les élites veulent tout saboter. Les gens comprennent les mécanismes que les riches utilisent pour défendre leurs propres intérêts et comment ils bravent toute légalité et toute raison. Cette prise de conscience est un élément important dans le changement des rapports de forces.

Un référendum contre Chávez
La nouvelle constitution prévoit la possibilité de faire démissionner le président à mi-mandat par le biais d'un référendum. Pour pouvoir obtenir ce référendum, l'opposition doit avoir le soutien de 20 % des électeurs inscrits, c'est-à-dire collecter 2,4 millions de signatures. Après une longue période d'actions en tous genres et d'accusations répétées de fraude autour des signatures, l'opposition parvient enfin à en rassembler un nombre suffisant. Avec sa large coalition baptisée Sumate (ce qui veut dire en gros " ralliez-vous " ou " participez "), l'opposition est désormais convaincue de pouvoir remporter ce référendum. En effet, les problèmes économiques (provoqués en grande partie par l'opposition) font que les résultats positifs de la politique se font attendre. Mais l'opposition a mal calculé son coup. Les vastes programmes sociaux, l'efficacité croissante de l'organisation dans les quartiers populaires et la conscientisation des simples citoyens au travers des confrontations avec l'opposition renforcent le camp Chávez. Le référendum a lieu le 15 août 2004. Le président Chávez l'emporte avec 59 % des suffrages.

L'opposition refuse d'accepter le résultat. Elle crie à la " fraude " et à la " tromperie ", malgré les avis des observateurs de l'Organisation des États américains et du Centre Carter (du nom de l'ancien président des États-Unis, Jimmy Carter) qui veillent au bon déroulement du scrutin. Ce faisant, l'opposition dévoile encore un peu plus son véritable caractère antidémocratique et son absence totale de crédibilité. Elle recourt même à la violence par de nouveaux assassinats politiques. Une nouvelle tentative de coup d'État est déjouée et nombre d'éléments apparaissent au grand jour confirmant qu'il existe bel et bien des plans visant à assassiner Hugo Chávez.

Dans son ouvrage Le code Chávez, Eva Golinger décrit comment, par l'entremise du National Endowment for Democracy (NED - fondation nationale pour la démocratie, l'une des nombreuses organisations travaillant en sous-main pour la CIA), les États-Unis ont financé et soutenu la Sumate, la coordination de l'opposition. Le code Chávez a le grand mérite de décrire en détail les interventions de la CIA au Venezuela et de les illustrer à l'aide de documents originaux 23

La consolidation
La défaite, lors du référendum de 2004, a provisoirement mis l'opposition hors jeu en la paralysant. Le 31 octobre 2004 ont lieu des élections régionales à l'issue desquelles la coalition autour de Hugo Chávez conquiert 22 des 24 États du Venezuela. Quelques jours avant les élections parlementaires du 4 décembre 2005, tous les partis de l'opposition décident même de se retirer et de ne pas participer au scrutin. Ils espèrent ainsi renverser leur situation perdante en tentant de saper la crédibilité de ces élections. Sans résultat... La seule conséquence est que la totalité des 167 sièges du parlement passe aux mains des partis faisant partie de la coalition pro-Chávez. Un an plus tard, le 3 décembre 2006, il y a de nouvelles élections présidentielles. Chávez les remporte avec presque 62 % des voix. Cette fois, il est victorieux dans les 24 États du pays. Dans presque 5 000 des 11 000 bureaux de vote, Chávez a obtenu plus de 70 % des voix valables. En 2004, ç'avait été le cas dans 3 000 bureaux mais dans aucun en 1998. L'opposition ne franchissait ce cap des 70 % que dans 300 bureaux.

Le vote n'est pas obligatoire au Venezuela. Chaque citoyen est d'abord tenu de s'inscrire en tant qu'électeur, pour pouvoir faire usage de son droit de vote. Mais même alors, on n'est pas obligé de se rendre aux urnes. C'est pour cette raison qu'en 2006, Chávez a mené une campagne dans les quartiers populaires en vue d'inciter les électeurs à s'inscrire. En 1998, Chávez avait remporté les élections présidentielles avec 3,6 millions de voix. En 2006, avec 7,3 millions des voix. De son côté, l'opposition était passée de 2,8 millions de voix en 1998 à 4,2 millions en 2006 24. De cette façon, le projet bolivarien de la période 1998-2006 est confirmé au moins dix fois dans les élections.

Ces dernières années, l'opposition et les États-Unis ont essayé diverses stratégies et tentatives de coups d'État, soit par la voie des médias ou par la voie légale, soit par des sabotages ou par la mise sur pied de commandos de tueurs. Mais jusqu'ici, elle n'est toujours pas parvenue à arrêter la révolution. Grâce à une direction politique correcte et à une large attitude démocratique, Chávez peut tirer parti de toute attaque de l'opposition pour radicaliser le processus.

Et pourtant, l'expérience de Cuba - où l'agression états-unienne se poursuit sans relâche depuis 47 ans - nous enseigne que les riches élites et les États-Unis ne renonceront jamais à leurs tentatives de renverser Chávez.

2007 - Chávez passe à l'offensive
En janvier 2007, le président Hugo Chávez annonce toute une série de mesures draconiennes. Par ce projet, il entend continuer à transformer le Venezuela au cours des quinze années à venir 25 .

Chávez a défini la période écoulée (1999-2006) comme une " phase de transition qui se termine ". Désormais, c'est une nouvelle période qui commence, le Projet national Simon Bolivar 2007-2021, dont le but est " un socialisme bolivarien nécessitant un niveau plus élevé d'implication et d'engagement, de clarté et d'efficacité, et de qualité révolutionnaire ". Sa date limite, 2021, sera celle du 200e anniversaire de l'indépendance du Venezuela.

Chávez prévoit cinq piliers dans ses plans :
D'abord, la loi des pouvoirs spéciaux (ley habilitante : loi de capacitation) doit devenir la " loi mère " de l'ensemble du projet. Sur une période de dix-huit mois, Hugo Chávez entend faire voter par décret une série de lois spécifiques. La politique vénézuélienne a déjà connu plus tôt de tels pouvoirs spéciaux, entre autres, durant le premier mandat présidentiel de Carlos Andrés Pérez (1974-1979) et sous la présidence de Chávez après la révision de la constitution, en 1999, lorsque les 49 premières lois révolutionnaires avaient été approuvées.

Dans le cadre de ces pouvoirs spéciaux, Chávez prévoit déjà la renationalisation des industries clés qui avaient été privatisées sous des gouvernements précédents. " Tout ce qui a été privatisé sera nationalisé à nouveau ", avait dit Hugo Chávez 26. C'est le cas de la compagnie de télécommunications CANTV - l'héritière de l'ancien service public -, aujourd'hui la plus grosse société privée du pays. CANTV a été privatisée en 1991. La firme est actuellement contrôlée par la société états-unienne Verizon.

Chávez entend également nationaliser les compagnies d'électricité. Aujourd'hui, la première compagnie d'électricité privée est l'EdC (Electricidad de Caracas), qui fournit la capitale en courant et qui est la propriété d'AES Corporation, une société des États-Unis.

Comme second pilier important, Hugo Chávez propose une nouvelle réforme de la constitution censée compléter la réforme de 1999.
Il considère ici la suppression de l'indépendance de la Banque centrale comme une mesure prioritaire, car " cette indépendance est un instrument du néo-libéralisme " privant le gouvernement de la possibilité de mener sa propre politique économique et financière indépendamment des diktats des marchés financiers. Quant à savoir si cette mesure constitue un premier pas vers la suppression du pouvoir financier de la bourgeoisie compradore et du capital financier international au Venezuela, l'avenir nous le dira.

Ensuite, Chávez veut également faire annuler la règle limitant le nombre de mandats présidentiels à deux fois six années pour une même personne.

Un troisième pilier réside dans le lancement d'une " éducation populaire bolivarienne ", dont le but sera de " développer les nouvelles valeurs " et de faire un sort aux anciennes, " tels l'individualisme, le capitalisme et l'égoïsme ".

Le quatrième axe est celui de la réorganisation du pouvoir d'État. Ici, les parties marginales et plus pauvres du pays devraient pouvoir avoir davantage voix au chapitre. Et le cinquième pilier sera censé développer le pouvoir des communautés locales, des quartiers et des villages. Des formes existantes de participation populaire, il convient de faire désormais la base du pouvoir politique, estime Chávez : " Cet État des communautés doit remplacer l'État bourgeois, car tous ces États ont été fondés pour empêcher des révolutions. " Bref, ce vieil État doit être transformé en un " État révolutionnaire ".

Dans bien des domaines, il s'avère que l'actuelle structure de l'État - qui est un avatar de l'appareil d'État néolibéral des années 1990 - est plutôt un instrument qui freine et contre les réformes qu'un véritable " bastion de la révolution ". Le pouvoir économique et financier encore en grande partie intact de la bourgeoisie compradore, ainsi que la continuité de l'appareil d'État, sont deux faiblesses structurelles importantes de la révolution bolivarienne. On ne voit pas encore clairement aujourd'hui jusqu'où Hugo Chávez va procéder radicalement à la réorganisation de l'appareil d'État.

Il faudra encore parcourir un long chemin avant de briser la domination politique et économique des États-Unis et de la bourgeoisie compradore sur le Venezuela. Il est peu vraisemblable que Washington accepte cela sans coup férir... La confrontation avec les États-Unis risque donc de s'intensifier au cours des prochains mois et années.

La politique intérieure de la révolution bolivarienne

Les misiones

Depuis 2003, les revenus des exportations pétrolières sont investis dans des programmes sociaux ou misiones (missions). Ces programmes spéciaux s'attaquent à nombre de problèmes importants et ils contournent en partie le fréquent bureaucratisme des ministères, qui peuvent parfois se montrer contrariants.

Une première série de missions concernent l'éducation et la formation : la Misión Robinson (alphabétisation), la Misión Ribas (terminer l'école primaire), la Misión Sucre (enseignement secondaire). En outre, il y a encore les programmes universitaires. Les anciens bâtiments directoriaux de la PDVSA à Caracas sont aujourd'hui la base de départ de l' " université des pauvres ", et c'est là que les missions éducatives sont mises sur pied et organisées.

Le programme le plus connu est la mission Barrio Adentro, qui assure la gratuité des soins de santé à des millions de personnes des quartiers périphériques des grandes villes vénézuéliennes et qui abritent plus de la moitié de la population totale du pays. Plus de 20 000 médecins et autres travailleurs médicaux cubains y travaillent en compagnie d'un nombre limité, mais sans cesse croissant, de confrères et consœurs vénézuéliens. Durant ses trois premières années d'existence, la mission Barrio Adentro a donné 200 millions de consultations et 600 " centres diagnostiques " ont été fondés, lesquels disposent d'équipements high tech pour le diagnostic et le traitement.

Sur le plan économique, la mission Vuelvan caras essaie de faciliter l'accès à l'emploi. Elle a été mise sur pied pour former les gens en vue de trouver un emploi, pour les soutenir à constituer une coopérative en leur accordant des crédits.

La mission Mercal met sur pied un large réseau de magasins d'État où l'on vend des produits de base bénéficiant de subventions. L'expérience de la grève du pétrole a fait comprendre au gouvernement quels étaient ses points faibles : à peu près toute la chaîne de distribution des produits alimentaires en grande partie importés soutenait la grève. Avec la mission Mercal, le gouvernement a lancé son propre système. En trois ans, 14 000 magasins ont été ouverts, surtout dans les quartiers pauvres. Mercal est aujourd'hui la plus grande chaîne de distribution du pays et la seconde entreprise du pays en général. Tout le monde se rend au Mercal, du moins en fonction de ses convictions politiques. En octobre 2005, les ventes selon le système Mercal représentaient 34,7 % des ventes totales de produits alimentaires dans le secteur de la distribution et, en mars 2006, on en est déjà à 47,3 %27. Quarante pour cent de ce que vend la chaîne Mercal est produit au Venezuela. De cette façon, la chaîne aide également au développement industriel du pays.

Ensuite, il y a encore la mission Zamora, qui prévoit de l'aide aux paysans, et la mission Piar qui soutient les communautés minières, alors que la mission Guaicaipuro s'adresse, elle, aux peuples indigènes.

Les pensions ont été augmentées au niveau du salaire minimal qui, lui, a également été augmenté (actuellement, environ 250 dollars par mois). Grâce aux missions " les mères du quartier ", les mères de famille qui ont des problèmes financiers peuvent bénéficier d'un soutien du gouvernement. La nouveauté, ici, consiste en ce que c'est le quartier même qui décide des personnes qui ont droit à ce soutien.

Enfin, en 2006, il y a eu la mission Identidad (Identité), qui a organisé la campagne en faveur de l'inscription au registre électoral.

La lutte contre la pauvreté : un succès ?

En mai 2006, Jorge Castañeda, ancien ministre de l'Intérieur du Mexique, écrivait dans Foreign Affairs que " les indicateurs de la pauvreté et du développement humain au Venezuela ont constamment régressé depuis 1999, lorsque Chávez est venu au pouvoir 28 ". Le Financial Times lui aussi confirme, le 11 mai 2006, qu' " au début de l'an dernier (2005, ndlr), l'Institut national de statistique du Venezuela (INE) expliquait que 53 % de la population vivait dans la pauvreté fin 2004, soit 9,2 points de plus qu'au début 1999, lorsque Chávez est venu au pouvoir. Mécontent de ces résultats, le président a exigé que l'INE change de méthodologie. Peu après, à la mi-2005, il n'y avait plus que 39,5 % de pauvres. Une "amélioration" de 14,5 points en quelques mois à peine 29 ".

Afin de vérifier ces affirmations, nous nous appuyons sur l'analyse du Center for Economic and Policy Research de Washington, qui s'est mis en quête des chiffres exacts 30 .

Pauvreté au Venezuela
(1997-2005)
Année Semestre Familles Personnes en
pauvreté %
1997 55,6 60,9
48,1 54,5
1998 49,0 55,4
43,9 50,4
1999 42,8 50,0
42,0 48,7
2000 41,6 48,3
40,4 46,3
2001 39,1 45,5
39,0 45,4
2002 41,5 48,1
48,6 55,4
2003 54,0 61,0
55,1 62,1
2004 53,1 60,2
47,0 53,6
2005 42,4 48,8
37,9 43,7

Source : Institut national de statistique, République bolivarienne de Venezuela

Le tableau ci-dessus donne un aperçu du pourcentage de pauvreté au Venezuela par semestre, pour la période allant de 1997 à 2005. La troisième colonne indique le pourcentage des familles pauvres, la quatrième colonne mentionne celui des personnes pauvres, considérées individuellement.

Les chiffres de ce tableau montrent une forte baisse de la pauvreté au début 1997, en raison de la croissance économique du moment. Malgré le ralentissement de la croissance et son arrêt en 1998, les chiffres de la pauvreté continuent à baisser progressivement jusqu'à 39,0 % (pour les familles) en 2001. Durant les années 2002 et 2003, nous devons toutefois constater une remontée (jusqu'à 55,1 %). Ensuite, nous assistons à nouveau à une baisse rapide jusque sous 38 % pour le second semestre de 2005 (familles).

À partir de la comparaison de ces chiffres avec les déclarations de Foreign Affairs et du Financial Times, on peut faire quatre remarques importantes :

  1. La recrudescence de la pauvreté en 2002 et 2003 a été provoquée par la récession économique de ces années. Mais elle était la conséquence directe de l'agitation politique du printemps, qui allait déboucher sur le coup d'État avorté d'avril 2002, et de la grève du pétrole, de décembre 2002 à février 2003. D'ailleurs, entre fin 2001 et le premier trimestre de 2003, le PIB du Venezuela a régressé de 28,1 %.
    Une fois cette grève terminée, l'économie a pu reprendre. Entre 2004 et 2006, le Venezuela a connu durant trois années d'affilée une croissance économique de plus de 10 %. Il y a eu les programmes sociaux. À diverses reprises, les salaires ont été augmentés (ainsi, en 2006, le salaire minimal a connu deux augmentations). Du fait de la croissance positive, le chômage a baissé de nouveau 31. Par conséquent, il y a eu une forte baisse de la pauvreté. Malgré les années difficiles 2002 et 2003, les chiffres de 2005 se situent un peu plus bas que ceux de 1999. Cette croissance s'est également poursuivie en 2006 et nous pouvons supposer que les chiffres sont encore meilleurs aujourd'hui.
  2. Comment Foreign Affairs et le Financial Times en arrivent-ils alors à des conclusions opposées ? Consciemment ou pas, le chiffre du premier semestre de 2004 (53,1 %) a été utilisé comme point de comparaison. Il se situe manifestement nettement plus haut que les données de 1999. Mais, plutôt que du résultat de la politique de Chávez, ce chiffre témoigne davantage de l'impact de l'agitation politique des années 2002 et 2003.
  3. Contrairement à ce que prétend le Financial Times, l'INE n'a apporté aucune modification à la manière dont il mesure la pauvreté. Elías Eljuri, le président de l'INE, accuse la presse internationale d'avoir mis sur pied une campagne de mensonges. Dans un article publié dans le Miami Herald sous le titre éloquent : " Miracle ! La pauvreté a brusquement baissé au Venezuela ! ", Eljuri se défend : " Quand j'ai raconté que la pauvreté avait augmenté, je suis devenu un héros. Maintenant que l'économie a repris et que je rapporte que la pauvreté a régressé, ils ont fait de moi un menteur 32 . "
  4. La régression de la pauvreté, en comparaison avec l'année 1999, ne se rapporte qu'au revenu. Nous ne pouvons toutefois oublier qu'au Venezuela, ces dernières années, de nombreux programmes sociaux ont été mis sur pied pour les deux tiers de pauvres que compte la population. Il y a les programmes d'enseignement, qui connaissent une participation massive. On évalue à 14,5 millions le nombre de personnes qui ont accès aux soins de santé gratuits 33 et entre 40 et 47 % de la population (entre 10,7 et 12,5 millions de personnes) achète des produits subventionnés au Mercal 34.

Normalement, les chiffres de la pauvreté devraient tenir compte de cette hausse du pouvoir d'achat dans le calcul du coût des besoins de base. Pour les chercheurs, il n'apparaissait pas très clairement si les prix subventionnés avaient été repris dans les calculs ni non plus, le cas échéant, de quelle façon ils avaient été repris. Si ce n'est pas le cas, le chiffre réel de la pauvreté après 2004 est inférieur à celui mentionné ici. De même, l'accès gratuit aux soins de santé et l'enseignement gratuit ont une influence importante sur le pouvoir d'achat. Bien que ces services aient un impact important sur la qualité de vie des pauvres, on ne peut les faire figurer dans une hausse du pouvoir d'achat et ils n'ont donc pas été traités dans ce tableau.

Une politique " endogène " du développement économique

Après les grandes grèves et actions de sabotage de 2002 et 2003 (le coup d'État et la grève de longue durée), Hugo Chávez adresse un appel à tous les secteurs économiques du pays afin qu'ils se serrent les coudes pour stimuler l'économie : " Indépendamment de notre idéologie, indépendamment de nos concepts politiques et philosophiques, nous avons tous un but commun : propulser vers l'avant le pays et l'économie afin de les développer. Pour créer de l'emploi, il est nécessaire de réactiver l'ensemble de l'économie : les petites et moyennes entreprises, les grandes entreprises, l'agro-industrie et l'agriculture. J'adresse un appel à tous, patrons d'entreprises et travailleurs, travaillons ensemble pour l'avenir du pays. Le Venezuela ne doit pas se contenter d'exporter du pétrole. Il doit également devenir un pays industrialisé, un pays agricole, un pays touristique. Et dans tout ceci l'industrie doit jouer un rôle fondamental 35."

Chávez qualifie son projet de développement d' " endogène " (à partir de l'intérieur). Toute sa politique est centrée sur le développement de l'industrie et de la production alimentaire nationales et aussi, dans ce cadre, sur une collaboration avec d'autres pays latino-américains. La dépendance à l'egard des investissements états-uniens et surtout aussi de l'importation massive de produits des États-Unis doit se réduire fortement. Les initiatives locales se voient accorder toutes les possibilités de développement. Le développement endogène signifie " être en mesure soi-même de produire les graines dont nous avons besoin pour ensemencer, la nourriture que nous consommons, les vêtements que nous portons, les produits et services dont nous avons besoin. Nous devons briser le carcan de la dépendance économique, culturelle et technologique 36 ".

Depuis 1999, il existe une loi qui favorise les petites et moyennes industries et les coopératives au moyen de contrats avec les pouvoirs publics, entre autres, pour la chaîne de magasins Mercal. Ensuite, il y a la loi pour la promotion et la défense des investissements, qui donne la possibilité à l'État de soutenir les entrepreneurs partout dans le pays.

Dans la phase actuelle de la révolution bolivarienne, une économie mixte est nécessaire au sein de laquelle on pourrait accroître le développement d'un secteur public, un secteur coopératif et un secteur privé. Chávez dit : " La révolution n'est pas là pour détruire la propriété privée, au contraire, nous devons la stimuler et la soutenir afin de développer le pays en compagnie du secteur public 37. "
Et de compléter ce discours par une loi plus stratégique concernant la mise sur pied de zones spéciales de développement. Dans ce cadre, les investisseurs nationaux ainsi qu'étrangers bénéficieront d'un soutien supplémentaire dans leurs investissements : une exemption temporaire d'impôts, de même que, pendant un certain temps, le soutien et la protection de leurs investissements par l'État, etc. Ici aussi, l'accent est mis sur les petits et moyens entrepreneurs. Chávez : " Nous devons les protéger contre les monopoles, contre les taux d'intérêt élevés des banques, contre n'importe quelle menace susceptible de déstabiliser les petits et moyens projets que tant de Vénézuéliens voudraient lancer ou ont déjà lancés 38."

Ici, Hugo Chávez applique un modèle de développement économique (capitaliste), une économie mixte avec un soutien énergique de l'État. Cette politique est une importante composante du Projet national Simon Bolivar 2007-2021 déjà mentionné. Chávez désire moins de dépendance vis-à-vis du pétrole en tant que seul produit d'exportation, moins de dépendance vis-à-vis de l'importation des denrées alimentaires et autres produits, plus d'accent sur la diversité dans l'industrialisation du pays et plus d'intégration au sein de l'Amérique latine.

Le boom enthousiaste du secteur coopératif
Stimuler les coopératives est une composante importante du développement économique endogène. Ces coopératives poursuivent en même temps plusieurs objectifs de la révolution bolivarienne. Elles font partie d'une économie mixte, elles contribuent à lutter contre le chômage, elles assurent l'organisation des gens et leur collaboration mutuelle. Le développement des coopératives constitue une mission explicite de la nouvelle constitution.

Un tout nouveau ministère de l'Économie populaire aide les gens à gérer collectivement une petite affaire en leur allouant des bourses pour l'étude du coopérativisme, de la production et de la comptabilité et pour les formations requises. En 2001, après l'approbation d'une nouvelle loi sur les associations coopératives, celles-ci se multiplient comme des petits pains. Lors de l'arrivée au pouvoir de Chávez, en 1998, le Venezuela comptait 762 coopératives légalement déclarées. À la mi-2006, leur nombre était passé à 108 000, pour un nombre total de 1,5 million d'associés environ. 31 % sont des coopératives commerciales, y compris restaurants et hôtels, 29 % opèrent dans le transport ou la communication, 18 % sont des coopératives agricoles. 8,3 % seulement font de la production industrielle 39.

La plupart des coopératives sont modestes. Mais, depuis janvier 2005, l'État accorde également son soutien aux travailleurs désireux de reprendre une entreprise fermée ou en faillite. L'expropriation peut se faire en négociant un prix de reprise raisonnable avec le propriétaire. Dans d'autres cas, une entreprise est occupée par les travailleurs, comme ce fut le cas pour la raffinerie de sucre de Cumanacoa. Le gouvernement a exproprié l'entreprise occupée et les travailleurs en ont pris possession en la transformant en coopérative. Ici aussi, il y a eu un dédommagement limité pour lequel les pouvoirs publics ont prêté l'argent à la coopérative. De telles entreprises sont souvent dirigées en commun par des délégués élus des travailleurs et par des personnes désignées par les autorités.

Néanmoins, le nombre d'entreprises qui passent ainsi aux mains de coopératives ouvrières reste plutôt limité. Certaines tendances du mouvement syndical exigent une politique plus radicale des expropriations, mais le gouvernement se montre plutôt réticent.

La mission Vuelvan caras forme des personnes dans le management, la comptabilité et accorde également d'autres bourses d'études. La personne qui termine sa formation et qui désire fonder une coopérative reçoit la priorité sur le plan du soutien technique, des crédits et des contrats de livraison à l'État. Mais l'initiative du lancement collectif d'une entreprise doit venir des gens eux-mêmes. Ce programme est l'un des instruments les plus performants pour faire baisser le chômage au sein d'une économie à croissance rapide.

Petróleos de Venezuela S.A. (PDVSA)40

Durant les premières années de la présidence de Hugo Chávez, la compagnie pétrolière PDVSA occupait en permanence le centre de la lutte politique. Qu'il s'agît du coup d'État manqué ou de la grève du pétrole qui l'a suivi : tout tournait autour de cette société pétrolière. Cela n'a rien d'étonnant, car la PDVSA est de loin la plus grosse entreprise du pays. Mais la PDVSA n'était-elle pas déjà une entreprise publique depuis les années 1970 ? Quelle est précisément la différence avec naguère ? Et comment se fait-il qu'aujourd'hui encore, la PDVSA souscrit des contrats avec des multinationales comme Exxon-Mobil, Chevron ou BP ?

Les antécédents
Les premiers forages pétroliers ont eu lieu en 1912. Deux ans plus tard, le pétrole vénézuélien faisait son entrée sur le marché international. Mais le pays n'avait ni technologie ni savoir-faire propres, ce qui attira des entreprises étrangères comme Shell et Standard Oil. En 1928, le Venezuela était le premier exportateur et le second producteur de pétrole au monde. Mais la majorité écrasante des Vénézuéliens n'en voyait même pas la couleur. C'étaient surtout les multinationales qui s'en portaient bien, de même qu'une petite élite locale active dans l'industrie pétrolière ou dans l'appareil d'État et qui s'enrichissait de façon répugnante.

En 1976, le gouvernement de Carlos Andrés Perez nationalisa l'industrie pétrolière en rachetant toutes les actions aux mains du privé. La PDVSA était née. Bien que tout le pouvoir se concentrât dans les mains d'une élite restreinte, on assista malgré tout aux premiers balbutiements d'une politique sociale pour la majorité pauvre. Dans les années 1980, le climat économique dégénéra et les rentrées du pétrole baissèrent dramatiquement. Cette situation déboucha sur l'extrême agitation sociale et politique que nous avons décrite plus haut.

L'apertura (l'ouverture)
Pour la PDVSA, cela signifiait surtout que l'entreprise disposait de trop peu de moyens pour investir dans l'industrie. La direction de l'entreprise opta pour une stratégie d'apertura, d'ouverture de l'entreprise à l'apport de capitaux étrangers dans des contrats de services (operating agreements). L'État demeurait propriétaire des réserves pétrolières, mais les entreprises privées recevaient des contrats pour le service consistant à exploiter ce pétrole. Ces contractants étaient responsables à 100 % des investissements, des analyses techniques et du plan de production. Finalement, ils devaient acheminer le pétrole vers la PDVSA en échange d'un paiement pour les services prestés (service fee). C'était l'État qui commercialisait le pétrole.
Mais cette mesure allait de pair avec l'avantage d'une taxe forfaitaire de 34 %, au lieu des 66,6 % de taxe d'entreprise généralement appliquée dans l'industrie pétrolière. En outre, le service fee facturé était indépendant de tout coût réel de production. Sur base des chiffres de 2005, on peut se rendre compte du caractère particulièrement avantageux de ces operating agreements. Au cours du premier trimestre, le prix marché du pétrole était de 34,67 dollars le baril, alors que les entreprises privées facturaient au gouvernement 18,17 dollars (soit 52 % de la valeur marché) en service costs. Durant la même période, la PDVSA produisait elle-même du pétrole dans des conditions similaires, mais à 4 dollars le baril à peine, soit 11 % de la valeur marché du pétrole.

Mais l'histoire ne se termine pas là. Vu que les multinationales se contentaient de louer leurs services, elles n'étaient pas responsables du versement de royalties, un prélèvement de l'État sur l'exportation du pétrole. Ce prélèvement était fixé à 30 % du prix de vente et devait être payé par la PDVSA. Mais vu que la PDVSA se facturait à son profit des frais administratifs somptuaires, elle prétendait qu'il n'y avait pas de bénéfices, mais une perte nette. Par conséquent, d'un côté, les multinationales facturaient des coûts bien trop élevés et, de l'autre, les cadres dirigeants de la compagnie pétrolière d'État partaient avec le reste des rentrées. Et l'État ne recevait donc pratiquement rien.

Les joint ventures
Après avoir remplacé la direction de la PDVSA, le gouvernement Chávez a remplacé ces " contrats de prestation de services " par des joint ventures (entreprises mixtes). Il s'agit de contrats entre deux ou plusieurs sociétés qui, ensemble, constituent une nouvelle entreprise dans le but de réaliser ensemble un projet spécifique. Shell, Chevron, Repsol et bien d'autres entreprises ont signé de tels contrats avec la PDVSA. Chaque participant investit un pourcentage convenu et reçoit une part proportionnelle du pétrole produit pour ensuite l'écouler lui-même sur le marché. Un mécanisme a également été convenu, avec lequel les entreprises ont tout avantage à maintenir leurs coûts de production très bas. Depuis 2001, la PDVSA conserve toujours une part majoritaire dans chaque joint venture. De la sorte, la compagnie s'assure le contrôle de toute décision concernant les investissements ou la production.

Et, puisque la PDVSA détient une part globale d'environ 60 % et que le gouvernement perçoit 50 % de taxes (l'actuelle taxe d'entreprise pour le secteur pétrolier) et 33 % de royalties sur ces autres 50 % de la part de 40 % qui est aux mains du privé, il reçoit environ 87 % des bénéfices [(60 % × 1) + (40 % × 0,5) + ((40 % × 0,5) × 0,33) = 86,6 %].

Le Plan Siembra Petrolera, un plan stratégique de l'industrie pétrolière pour 2006-2012, prévoit une extension de la production et ces accords de collaboration vont donc se multiplier rapidement. De ce fait, les investissements étrangers dans le secteur pétrolier vénézuélien vont s'accroître considérablement et le gouvernement y aura une part minimale de 51 %.

Au début 2007 - ce fut l'une des premières mesures de son nouveau mandat présidentiel - Chávez annonça que la PDVSA allait également exiger une part majoritaire dans les joint-ventures qui s'étaient constituées avant la généralisation de la règle des 51 % en 2001. Ces " anciens " contrats représentent ensemble la production de quelque 600 000 barils de pétrole par jour, soit 18 % de la production vénézuélienne totale. Les multinationales visées ici sont, entre autres, Exxon-Mobil et Chevron (États-Unis), Total (France) et BP (Grande-Bretagne) 41.

Une critique de gauche prétend que le gouvernement brade ainsi sa souveraineté et qu'en principe, une nationalisation complète est nécessaire. La position dit ceci : le capital privé - et certainement le capital étranger - ne pense qu'au profit et ne peut être impliqué du tout dans l'exploitation du pétrole. Cette industrie devrait fonctionner selon des principes socialistes, ce qui veut dire entièrement dans les mains de l'État et, en outre, dirigée collectivement par les travailleurs.

Le gouvernement a de la chose une conception bien plus flexible.

  1. Ces joint ventures (non seulement dans le pétrole, mais également dans d'autres secteurs économiques importants) attirent au Venezuela les investissements et le savoir-faire qui, en bien des points, manquent encore. De ce fait, l'industrie locale acquiert de l'expérience dans l'apport étranger sur le plan de l'organisation d'entreprise et la technologie. Au bout d'un certain temps, cet apport étranger peut devenir superflu au fur et à mesure que l'économie locale se développe et se diversifie. Chávez conçoit donc cette collaboration avec l'étranger comme étant complémentaire au " développement endogène " déjà mentionné.
  2. Dans le monde actuel, il y a des limites aux possibilités d'un pays comme le Venezuela, qui a des liens économiques si forts avec les États-Unis, de suivre son propre cours. Dans ce cas, la présence de capital états-unien dans ces joint ventures peut aider dans une certaine mesure à tenir les États-Unis un peu plus à distance. Vu que 12 % des importations états-uniennes de pétrole proviennent du Venezuela, ce qui correspond en gros à la moitié de la production de ce dernier, les deux pays ont besoin l'un de l'autre.

Ici, une trop grande dépendance vis-à-vis d'un nombre limité de multinationales constitue un risque important. Dans le futur, le Venezuela va essayer de diversifier non seulement sa production, mais également son marché de débouchés. Ainsi, la Chine est-elle un important marché, pour l'avenir. Au fur et à mesure que des pays comme la Chine, l'Inde, la Russie consolident leur position sur la scène internationale, le Venezuela essaie également d'impliquer chacun de ces pays dans des investissements pétroliers et autres. Ces pays participent également aux discussions concernant la construction d'un gazoduc qui reliera le Venezuela à l'Argentine, avec, en cours de trajet, des embranchements vers toute une série d'autres pays.

En même temps, cette situation dans le secteur pétrolier, conjuguée à la forte présence des capitaux étrangers dans le secteur bancaire, dans l'import-export et dans les groupes des médias, montre que la révolution anti-impérialiste est encore à son tout début.

La réforme agraire

Le gouvernement vénézuélien applique un programme ambitieux de réforme agraire. Dans la nouvelle constitution, l'État s'est vu confier pour tâche de stimuler le développement de l'agriculture 42. Une nouvelle politique agricole doit donner la priorité à l'utilisation plutôt qu'à la possession des terres et doit renforcer la souveraineté alimentaire 43. En 1997, 75 % des terres étaient toujours aux mains de 5 % des propriétaires. Les 75 % des propriétaires les plus pauvres ne possédaient que 6 % des terres. L'actuelle réforme agraire - et surtout le fait qu'il est possible de redistribuer non seulement les terres appartenant à l'État, mais également celles de la propriété privée - a été fortement contestée par l'opposition. Pourtant, cette réforme de 2001 n'était pas très radicale. Seule la propriété de terres en friche au-delà d'une certaine superficie et en fonction de la qualité du sol pouvait faire l'objet d'une expropriation 44. En outre, le propriétaire recevait une compensation financière au prix du marché.
La réforme agraire a été menée par l'Institut agraire national (INTI). Ensuite, existe aussi l'Institut national de développement rural (INDER), qui doit se charger de la technologie, des routes, des crédits et de la formation des paysans. Un troisième institut, la Corporation vénézuélienne de l'agriculture (CVA) doit aider les paysans et les coopératives à amener leurs produits sur le marché.
Au début, le programme de réforme fut lent à se mettre en route. Pour cette raison, en 2003, on procéda au lancement du Plan Ezequiel Zamora. En douze mois, 1,5 millions d'hectares furent répartis entre 130 000 familles (environ 650 000 personnes), c'est-à-dire quelque 11,5 hectares par famille. Fin 2004, on avait distribué deux millions d'hectares. En 2005, le programme dut encore être accéléré avec la distribution de deux autres millions d'hectares.
Durant l'application de cette réforme ces quatre dernières années, 130 paysans ont été assassinés. Selon la PROVEA, la principale organisation vénézuélienne des droits de l'homme, la plupart d'entre eux ont été tués par des tueurs à gages au service des grands propriétaires. La différence est importante avec la période d'avant Chávez. À l'époque, les paysans rebelles étaient assassinés par les services d'ordre de l'État 45.
Toute une série de problèmes viennent entraver le déroulement de la réforme. D'une part, il y a un certain nombre de problèmes juridiques et administratifs, en raison de l'enregistrement déficient des titres de propriété et des contestations permanentes qu'entraînent les expropriations. De ce fait, le déroulement des opérations est malaisé et très lent. En outre, le chaos et l'impunité règnent dans les zones rurales du Venezuela. Non seulement la répression des grands propriétaires, mais aussi les contrebandiers, les paramilitaires colombiens et leurs complices vénézuéliens, sans compter la corruption qui règne au sein d'une partie de la police et de l'armée, font obstacle au processus. Les choses se compliquent en outre en raison de la faiblesse des organisations paysannes censées organiser et soutenir les paysans. De même, l'INDER et la CVA n'ont pas suffisamment joué leur rôle dans la formation des paysans et dans le soutien de la production et de sa commercialisation46.
Le gouvernement a consenti des efforts pour favoriser les coopératives par les commandes de l'État, mais le prix de production des produits agricoles reste bien trop élevé lorsqu'on le compare aux prix des importations. Le but continue à être que le Venezuela puisse assumer une part plus grande de ses propres besoins alimentaires. Avec la mission Mercal, on assure en même temps un marché de débouchés à la croissance rapide 47.

La démocratie participative

Les comités des terrains urbains
Dans le cadre de la loi sur la réforme agraire, un décret a été promulgué le 4 février 2002, celui de la fondation des " comités des terrains urbains " (les CTU - comités de terrenos urbanos). De la sorte, chaque famille qui pouvait prouver qu'elle avait construit sa propre maison dans l'un des nombreux quartiers populaires pouvait devenir la propriétaire légale de cette maison et du terrain sur lequel cette maison avait été bâtie. Pour cela, entre 100 et 200 familles devaient s'unir au sein d'un CTU et faire ensemble les démarches juridiques nécessaires. Un Bureau technique de la propriété urbaine et de sa régularisation fournit ensuite les titres de propriété.

Ce système simple conduisit à une vaste mobilisation. Au début 2006, le Bureau technique disposait de données concernant 5 212 CTU à travers tout le pays et qui, ensemble, organisaient 5,7 millions de personnes. Ces CTU se traduisent par une plus grande organisation et participation dans les quartiers. Ivan Martinez, le directeur du Bureau technique de l'enregistrement, voit dans les CTU l'octroi du droit fondamental à son propre logement, en même temps que " le renforcement de l'organisation, du planning et de la consolidation des communautés locales 48 ".

Au début 2006, les CTU étaient devenus la forme la plus répandue de démocratie participative au Venezuela. L'auto-organisation y occupe une place centrale. Chaque CTU décide lui-même de son agenda. Petit à petit, d'autres thèmes sont proposés à la discussion : enseignement, culture, problèmes sociaux dans les quartiers, etc. Outre les réunions individuelles de chaque CTU, il existe également des réunions au niveau local (ce qu'on appelle la parroquia - paroisse - au Venezuela), lesquelles peuvent réunir entre une dizaine et une vingtaine de CTU. Un troisième niveau de rassemblement implique toute la ville de Caracas.

La plupart des participants sont des partisans du président Chávez, parce qu'ils estiment qu'il défend leurs intérêts. Mais tout aussi important est le fait que des adversaires de Chávez participent également aux CTU. Cela aide à rompre la polarisation et c'est un pas en avant par rapport aux cercles bolivariens qui existaient avant cela : ces derniers étaient des organisations (trop) politiques, insuffisamment liées aux besoins concrets du quartier. À cette fin, le gouvernement s'est mis progressivement aussi à prévoir le financement des CTU et, en octobre 2005, un fonds de 142,5 millions de dollars était débloqué.

Les conseils de quartiers
À partir d'avril 2006, un système de conseils de quartiers (consejos comunales - CC) a été créé, après l'approbation d'une loi à l'assemblée nationale. L'intention était - en partant de l'expérience des CTU - de créer un instrument de démocratie locale fonctionnant de façon autonome et visant à favoriser le développement local. Ces comités comprennent chaque fois entre 200 et 400 familles et sont censés rassembler les anciennes formes d'organisation. Ils travaillent avec une direction élue et sont invités à élaborer des initiatives de développement au niveau local. Ils peuvent demander des fonds spéciaux pour des projets qui ont trait à l'enseignement, la construction, le transport, les soins de santé, l'agriculture ou le logement.

Le processus du CC a besoin de plusieurs mois pour mûrir. Ce n'est qu'au bout de quelque temps que les vrais dirigeants passent à l'avant-plan. D'abord, on motive le quartier. Par des visites dans tout le quartier, les membres du comité établissent, maison par maison, une liste des habitants et on procède ensuite à une première analyse socio-économique du quartier. Une commission rédige également l'histoire du quartier. Ce n'est qu'après quelque temps de fonctionnement qu'on élit un porte-parole. Sur cette base, le CC peut alors être enregistré légalement et entrer en ligne de compte pour l'octroi de fonds.

Les porte-parole doivent être régulièrement réélus. Ils sont " la voix du quartier ". Ils ne peuvent rien décider : c'est l'assemblée du quartier qui le fait. Naturellement, certains CC fonctionnent mieux que d'autres.

Ces CC sont également la meilleure école de formation politique. D'abord, on dirige un quartier pour qu'il obtienne des titres de propriété, l'amélioration de son infrastructure, le lancement de toutes sortes d'activités. Progressivement, on se rend compte qu'il n'y a pas que le quartier, mais également la ville, puis tout le pays. Chávez stimule la participation du citoyen ordinaire. Il est convaincu que la force de ce processus bolivarien réside dans l'organisation de la population 49.

Le gouvernement vénézuélien a annoncé qu'en 2007, il mettrait 5 milliards de dollars à la disposition des conseils de communautés, soit trois fois plus que la somme allouée en 2006, elle-même déjà un multiple de ce qui avait été alloué aux CTU en 2005. Une partie de cette augmentation sera nécessaire pour faire face à l'augmentation attendue du nombre de conseils de communautés. Fin 2006, il y en avait déjà 13 000 actifs et on s'attend à ce qu'ils soient quelque 21 000 fin 2007 50.

Chávez considère que ces comités formeront la base des nouvelles structures de l'État dont il parlait au début de son nouveau mandat de président, en janvier 2007 51.

Les conseils des travailleurs
Le 28 janvier 2007, Hugo Chávez lança un appel afin que les Consejos comunales puissent être accompagnés de deux " petits frères " : les Consejos de trabajadores (conseils des travailleurs) et les Consejos de campesinos (conseils paysans). En tant que base de l'organisation populaire, les comités de quartiers seront donc complétés par des comités de travailleurs et des comités de paysans. La classe ouvrière vénézuélienne était déjà occupée depuis tout un temps à la mise en place de ce genre de comités.

Le Parti communiste du Venezuela (PCV) joue un rôle important dans l'élaboration d'une proposition de loi censée conférer une base légale à ces comités. Leur tâche principale consistera à permettre aux travailleurs d'exercer un contrôle sur la direction de l'entreprise et sur le fonctionnement du syndicat, tant dans les entreprises publiques que privées.

Ces comités de travailleurs et de paysans sont d'une importance stratégique dans la mise en place d'une organisation qui va devoir diriger le processus révolutionnaire. " Il s'agit de la mise en place progressive d'une organisation politique des travailleurs qui ira plus loin que l'organisation revendicative au sein des syndicats ", déclare Oscar Figuera, secrétaire général du PCV 52.

L'armée et ses liens avec le peuple

L'armée vénézuélienne 53
Dans le coup d'État contre Chávez, en 2002, l'armée vénézuélienne n'avait pas joué le rôle auquel nous ont habitués les précédents coups d'État en Amérique latine. Qu'est-ce qui rend l'armée du Venezuela si différente des autres ? Tout d'abord, il y a l'influence de Simon Bolivar. Celui-ci s'intéressait beaucoup aux pauvres et il souhaitait ardemment l'intégration de l'Amérique latine. Depuis plus de vingt ans, il existe un mouvement bolivarien au sein de l'armée.

Tout aussi important, il convient de signaler le fait que, depuis les années 1970, la plupart des officiers ne sont plus formés par l'armée des États-Unis à la fameuse École des Amériques, mais à l'Académie militaire même du Venezuela. Ils reçoivent une formation universitaire et entrent en contact avec d'autres universitaires, ce qui élargit leur monde de pensée.

Au Venezuela, il n'existe pas de caste des militaires comme c'est si souvent le cas dans d'autres pays. Une majorité des officiers supérieurs est originaire des couches populaires. Ils voient la réalité des quartiers populaires des villes et la misère des campagnes. En face de cette pauvreté, ils voient l'oligarchie qui se vautre dans l'opulence et s'approprie toute la richesse issue du pétrole. Ils connaissent les problèmes quotidiens et sont moins manipulables par les classes supérieures. Inévitablement, le Caracazo de 1989 a exercé une influence importante sur le processus de conscientisation d'un très grand nombre de militaires. À l'époque, les soldats avaient été envoyés dans les rues pour mater la population. Cela n'avait apporté aucune réponse aux problèmes flagrants : on se contentait d'abattre ceux qui dénonçaient ces problèmes.

Le processus de conscientisation de Chávez en personne montre bien comment tous ces éléments se sont imbriqués pour aboutir au développement d'un mouvement révolutionnaire au sein même de l'armée. En même temps, son charisme et sa faculté de mobilisation ont fait qu'au sein de l'armée est née une grande sympathie pour son personnage ainsi que pour sa politique. Le projet bolivarien défend la souveraineté du pays et la sauvegarde du patrimoine national, dont fait partie l'armée. Enfin, nombre de militaires qui ne sont peut-être pas d'accord avec la politique révolutionnaire de Chávez s'aperçoivent qu'il agit avec un respect profond pour l'État et qu'il suit au pied de la lettre les règles électorales et constitutionnelles.

La réforme militaire de 2005 54
" Défense intégrale du pays ". C'est ainsi que s'intitule la nouvelle doctrine militaire. Elle part du point de vue qui dit que la révolution se trouve dans une phase anti-impérialiste qui doit être approfondie et consolidée en suivant deux lignes stratégiques.

La première consiste dans le renforcement de la capacité militaire du pays, y compris l'achat de nouveau matériel, afin de mettre au point une stratégie militaire strictement défensive. L'achat de matériel militaire est lié aux transferts technologiques qui mettent le Venezuela en position de bâtir sa propre industrie militaire et il se fait en collaboration avec la Chine, l'Inde et la Russie.

La seconde ligne stratégique réside dans la consolidation et l'approfondissement de la collaboration civile et militaire, dans le but d'obtenir la participation massive du peuple dans une stratégie de " défense intégrale de la nation ". Ici, le Venezuela doit se préparer aussi bien à des scénarios de déstabilisation ou de coup d'État qu'à la possibilité d'une intervention du même genre que celle qui se déroule en Irak aujourd'hui. À l'instar du Vietnam et de Cuba, le Venezuela œuvre à une stratégie qui mobilise le peuple pour qu'il défende son pays. Chaque week-end, des centaines de milliers de volontaires suivent une formation militaire sous la direction de l'armée. On les forme comme réservistes censés contribuer à la défense du pays et de la révolution bolivarienne. En janvier 2006, Hugo Chávez déclarait : " La seule guerre possible qui menace, c'est une guerre de défense contre une invasion de l'impérialisme nord-américain. "

Il y a toujours eu des réservistes au Venezuela. Mais, selon le général Mario Arvalaez Rengifo, le responsable en second des réservistes, les 15 000 qu'ils étaient en 1998 représentaient davantage un nombre sur papier qu'une réelle organisation 55. Les choses ont changé avec l'arrivée au pouvoir de Chávez. Il y a eu plus d'argent et une meilleure formation. Mais la réforme fondamentale n'est venue qu'en 2005. Désormais, les réservistes n'étaient plus une annexe des différentes unités militaires, mais ils avaient une structure propre, avec une direction nationale.

Les civils peuvent accéder librement à la réserve. Chaque week-end durant six mois, ils suivent une formation militaire. Ensuite, ils reçoivent une formation sur les droits de l'homme et les lois militaires. Ceux qui réussissent deviennent membres de la réserve active. Ils constituent des unités locales dans leur propre quartier. Là, ils poursuivent leur entraînement afin de bien s'organiser en fonction de la défense de leur environnement local. En 2006, quelque 100 000 réservistes étaient déjà actifs. Chávez a répété maintes fois dans ses discours qu'il voulait au moins un million de réservistes et qu'il préférait même en avoir deux millions.

Le général Mario Arvalaez Rengifo : Après leur entraînement, " environ 80 % de leur travail consiste en activités sociales, contre 20 % seulement d'activités militaires. Nous ne parlons pas ici que de guerre, mais également d'intégration sociale. Nous voulons renforcer les valeurs patriotiques dans la population. " C'est pourquoi les réservistes sont également des bénévoles dans les quartiers et ils participent donc activement au développement social.

Toute cette stratégie repose sur la vision originale de Hugo Chávez, selon laquelle la révolution bolivarienne ne peut se renforcer que par une nouvelle collaboration entre le civil et le militaire. Il doit s'agir d'un lien mutuel : les civils aident les militaires dans la défense et les militaires aident les civils dans le développement national.

La lutte pour les médias

Les médias vénézuéliens et la CIA

En mars 2006, comme chaque année, le gouvernement Chávez a été condamné par la Société inter-américaine de la Presse (SIP - Sociedad Interamericana de Prensa) pour " atteinte à la liberté d'expression et au droit à l'information ".

La SIP réunit l'élite des médias écrits et audiovisuels du continent américain au sein d'une organisation corporatiste 56. Celle-ci siège à Miami, où elle entretient les meilleures relations qui soient avec les groupes cubains d'extrême droite. Dans le conseil d'administration, nous trouvons Miguel Henrique Otero et Andrés Mata Osorio, propriétaires, respectivement, d'El Nacional et El Universal, les deux principaux journaux de Caracas. Ces dernières années, tous deux ont collaboré activement à la déstabilisation du gouvernement Chávez. Ainsi, par exemple, ils se trouvaient au tout premier rang durant le coup d'État manqué du 11 avril 2002.

Andrés Mata, d'El Universal, est en outre membre du conseil d'administration de la Chambre vénézuélo-américaine de commerce et d'industrie, la VenAmCham, qui se donne pour but de " favoriser les liens économiques entre le Venezuela et les États-Unis au travers du renforcement du libre commerce et de la défense des intérêts généraux et légitimes de ses membres 57 ".

La SIP a été fondée en 1943 et refondée en 1950 par les agents de la CIA Jules Dubois et Joshua Powers, en collaboration avec le département d'État des États-Unis. Sa mission consistait à soutenir une politique étrangère durant la période de McCarthy 58. Au début des années 1970, sous la direction de la CIA, la SIP menait une vaste campagne contre le gouvernement de gauche de Salvador Allende au Chili et contribuait aux préparatifs du coup d'État d'Augusto Pinochet, le 11 septembre 1973. Le journal chilien El Mercurio avait alors joué un rôle central dans ce coup d'État.

Le 12 avril 2002, en plein coup d'État vénézuélien, le président de la SIP, Robert Cox, défendit cette action et accorda tout son soutien au dictateur-pour-deux-jours, Pedro Carmona : " C'est un exemple magnifique. Le gouvernement de Pedro Carmona tournera à coup sûr la page et défendra la liberté de la presse. Nous allons ici au devant d'une période véritablement démocratique 59 ".

Les quatre cavaliers de l'Apocalypse

En 1979, le gouvernement vénézuélien vendait sa chaîne publique Canal 5. Dans les années 1980 et 1990, les gouvernements successifs accordaient de plus en plus de liberté d'action aux chaînes privées. Cela aboutissait à une décentralisation en un petit nombre de groupes de médias. " Les quatre cavaliers de l'Apocalypse " : tel est le surnom que leur donna Chávez 60.

Venevisión, la station de télévision à l'audimat le plus élevé, est aux mains de Gustavo Cisneros. On l'a surnommé " le roi des joint ventures ". Il a bâti son empire d'affaires en raison de ses liens étroits avec des multinationales états-uniennes (Coca-Cola, Pizzahut, AOL-Warner). Il est étroitement lié aussi avec des groupes économiques et politiques des États-Unis. Avec une fortune de plus de quatre milliards de dollars, Cisneros se prétend le baron des médias le plus riche et le plus influent de toute l'Amérique latine 61.

Globovisión est aux mains d'Alberto Federico Ravell et de Ricardo Zuluaga. Avant cela, tous deux avaient été liés à la grande formation social-démocrate Acción Democrática. Globovisión dispose d'une chaîne d'informations fonctionnant 24 heures sur 24 et, sur une autre chaîne, propose de multiples émissions de discussion qui passent au peigne fin toute la politique de Chávez.

Il y a également Televen, d'Omar Camero. En plus d'être le fondateur et le président de Televen et des entreprises satellites, Camero est également le président fondateur ou le directeur d'au moins une vingtaine d'autres entreprises nationales et internationales.

Et, enfin, il y a Radio Caracas Televisión (RCTV), propriété de Marcel Granier, multimillionnaire et collectionneur de Ferrari. Cette station émettrice est la plus ancienne du pays (1953) et la seconde en chiffres de spectateurs. Récemment, elle a eu pas mal de problèmes du fait que Hugo Chávez a décidé de ne plus prolonger sa licence d'émission en raison de son soutien ouvert au coup d'État de 2002 62.

Une exception dans ce paysage médiatique, c'est le quotidien Panorama, à Maracaibo. Son propriétaire Estéban Piñeda, un homme d'affaires prospère de Maracaibo, refuse de se rallier aux autres magnats des médias et adopte donc une attitude indépendante. Durant les journées du coup d'État, il sortait quatre éditions successives de son journal, suivant ainsi les événements de très près. D'autres stations de télévision n'avaient pas dit un seul mot des protestations populaires et la plupart des autres journaux du Bloque de Prensa (bloc de la presse) n'avaient même pas paru, pour la simple raison que cette association nationale des éditeurs de quotidiens avait soutenu ouvertement le coup 63.

Le mouvement des médias locaux

En 1999, l'Assemblée nationale avait approuvé une " loi sur les télécommunications ". Ceci ouvrait la possibilité pour les médias locaux de se développer. Au début, cet activisme des médias locaux ne se mit en route que progressivement. Après le coup d'État manqué, il y eut une explosion du nombre de radios locales. Il s'avéra qu'elles avaient joué un rôle important dans la diffusion des informations durant les journées cruciales ainsi que dans la mobilisation de la population contre les responsables du coup. Il y eut une loi sur la " réglementation des radios et télévisions de quartiers ". En 2002, 13 radios locales avaient une licence. En juin 2005, elles étaient 170. Outre ces 170 radios reconnues, il y en a certainement encore 300 autres qui n'ont pas de papiers officiels. Elles ont été fondées par des organisations des quartiers populaires, par des groupes indigènes de la région de l'Amazone ou par des paysans des Andes 64. De même, quelques stations de télévision - comme Catia-TV (dans le district urbain du même nom) - ont fait leur apparition 65. Ces médias locaux sont surtout au service des besoins locaux. Ils n'hésitent pas non plus à critiquer le gouvernement à propos de problèmes concrets. Ils jouent un rôle important de discussion politique et de vigilance.

Telesur : " une autre télévision est possible "

Sous l'impulsion de Hugo Chávez, Telesur fut créé en tant que collaboration entre divers pays latino-américains visant à mettre sur pied un émetteur international de télévision, le pendant latino-américain de la chaîne arabe Al Jazeera en quelque sorte. À partir d'octobre 2005, Telesur émettait à travers toute l'Amérique latine, dans l'intention explicite de proposer une alternative aux médias états-uniens de type CNN. Le 2 février 2006, Telesur et Al Jazeera signaient un accord d'échange d'informations et de technologie.
" Nous émettons 24 heures sur 24 et 60 % de nos émissions sont des informations et de l'actualité. Les informations sont toujours de première main, depuis Caracas et de nos autres bureaux sur le continent ", déclare le directeur de Telesur, Aharonian 66.
Cette initiative médiatique est l'une des facettes de l'ambitieuse politique internationale de la révolution bolivarienne. À l'avant-plan, ici, figurent l'intégration latino-américaine et la défense d'un monde multipolaire.

La politique étrangère

Le Venezuela et l'Amérique latine

En 1994, George Bush père prend l'initiative de fonder une zone libre-échangiste sur la totalité du continent américain, de l'Alaska à la Terre de Feu. Fin 1994, il organise à Miami une réunion avec trente-quatre chefs d'État et de gouvernement de la région : c'est le premier Sommet des Amériques. Une déclaration de principe est signée sous l'intitulé " Pacte de développement et de prospérité : démocratie, libre-échange et développement durable des Amériques ".

En 2000, au Québec, se tient le troisième Sommet des Amériques. L'ALCA- ou ZLEA (Area de Libre Comercio de las Americas - Zone de libre-échange des Amériques) est portée sur les fonds baptismaux. En principe, l'accord devait entrer en vigueur en 2005. Mais la résistance qu'il a entraînée s'est avérée trop forte. L'un des pionniers de cette opposition n'est autre que le président vénézuélien Hugo Chávez. Au cours du sommet de Québec, il était le seul à avoir voté contre.

Entre-temps, les États-Unis essaient de sauver les meubles en concluant isolément des accords libre-échangistes bilatéraux avec certains pays.

À l'ALCA, Chávez oppose l'ALBA, l' " Alternative bolivarienne pour l'Amérique ". Il décrit sa proposition comme un projet latino-américain commun d'intégration anti-impérialiste, de développement social et économique à perspective socialiste et renvoie ici, entre autres, aux accords de collaboration avec Cuba sur le plan socioéconomique, ou encore au lancement de la chaîne d'information Telesur en compagnie de l'Argentine, de l'Uruguay, de Cuba et du Brésil.

Il est naturellement question de pétrole aussi : " Le Venezuela est un pays sous-développé, pauvre, avec beaucoup de pauvreté et d'inégalité. Et, pourtant, au sein de l'ALBA, nous avons fondé la Petrocaribe. Le Venezuela vend du pétrole à quatorze pays des Caraïbes, avec 40 % de réduction, à rembourser sur vingt-cinq ans, avec un intérêt de 1 % et trois ans de délai de paiement.

Si nous calculons de la sorte, cela revient pour 70 % à un don, en raison de la ristourne et du délai de paiement. En outre, ils peuvent nous payer avec des marchandises et des services, mais pas nécessairement en argent. Il entre dans nos intentions d'aider les plus faibles et les plus petits.

Mais nous ne le faisons pas que dans les Caraïbes. (...) Je dois vous dire que le Venezuela est sur le point d'acheter une raffinerie de pétrole en Argentine ; nous allons investir là-dedans et mettre sur pied un système de distribution. Cent millions de dollars pour acheminer le pétrole vénézuélien vers l'Argentine et aider à la distribution à un prix le plus bas possible. Nous ferons la même chose avec le Brésil. Nous avons un accord avec Petrobras et nous allons construire une grande raffinerie à Pernambouc, au nord-est du Brésil 67."

De même, l'intégration du Venezuela dans le Mercosur, une zone libre-échangiste avec le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay, doit être considérée dans cette perspective.

Le Venezuela et l'OPEP

Le Venezuela a joué un rôle central dans la naissance de l'OPEP, à Bagdad, en 1960. Aujourd'hui, onze importants pays producteurs de pétrole en sont membres 68. Les objectifs de l'OPEP sont, entre autres, la coordination et la mise en commun de la politique pétrolière des membres, dans l'intention d'obtenir un prix stable et honnête ainsi que d'assurer un acheminement efficace et bien réglementé vers les pays consommateurs.

Quand Hugo Chávez arrive au pouvoir en janvier 1999, l'OPEP est en crise. On a beau convenir de certaines limitations de production, personne ne s'y tient. Résultat : les prix pétroliers sont extrêmement bas pour les pays producteurs. Chávez lance une offensive internationale afin d'engager tous les pays de l'OPEP ensemble à renforcer leur organisation et à respecter les limitations de production. Le but était d'obtenir un prix plus élevé et stable du pétrole. Une première étape en ce sens consistait en ce que le Venezuela lui-même respecte strictement les limitations de production. En mars 1999, l'OPEP évoque déjà une baisse de production de 4 %. Bien vite, les prix commencent à monter. Ce premier succès déboucha rapidement sur une meilleure observance des conventions décidées : les quotas de production furent respectés et les pays non membres de l'OPEP, comme la Grande-Bretagne et la Norvège, ne furent pas en état de compenser la baisse de production. Le Financial Times écrit, en septembre 1999 : " Ces derniers mois ont été une des périodes de succès dans l'histoire des tentatives des pays de l'OPEP pour contrôler les prix du pétrole."

Le 1er mai 1999, Hugo Chávez dit à ce propos : " La hausse des prix pétroliers n'est pas le résultat d'une guerre ou de la pleine lune. Non, c'est le résultat d'une stratégie convenue, d'un virage à 180° par rapport à la politique des anciens gouvernements du Venezuela et de la PDVSA. Nous avons d'abord décidé de respecter nous-mêmes les limitations de production convenues au sein de l'OPEP. Ensuite, nous nous sommes mis d'accord sur le niveau d'application de ces limitations 69."

La demande croissante de pétrole sur le marché mondial, entre autres en raison de la croissance économique de la Chine et de la situation au Moyen-Orient, a continué à faire grimper les prix pétroliers. De même, la crise au Venezuela, fin 2002 et début 2003, déclencha elle aussi une hausse des prix.

Le Venezuela veut un monde multilatéral

Chávez voit dans le pétrole un instrument permettant de diversifier les liens économiques et politiques avec les autres pays. Ses objectifs sont, d'une part, une politique d'intégration latino-américaine et, d'autre part, la promotion des relations économiques multilatérales sur le plan mondial.

Hugo Chávez négocia les principaux accords internationaux de collaboration au cours d'un long périple qu'il effectua fin 2004. Il parla de " contre-offensive " contre l'extrême dépendance de son pays vis-à-vis des États-Unis et contre les tentatives de ces mêmes États-Unis de continuer à dominer le Venezuela et l'Amérique latine. Les résultats de ce périple rendent très concrète son interprétation d'une économie multilatérale : avec Cuba naît une collaboration dans l'exploitation du nickel et, partant de là, dans la production d'acier inoxydable au Venezuela. Avec l'Argentine, l'Espagne et la Libye, il y aura une collaboration commerciale. Avec Moscou, outre un accord sur des livraisons d'armes, la collaboration industrielle sera considérablement accrue : exploitation de la bauxite, production d'aluminium et exploitation commune du pétrole et du gaz. L'Iran construira au Venezuela une usine d'assemblage de tracteurs et de voitures. Enfin, des accords avec la Chine prévoient des crédits pour la construction d'habitations, le soutien technique aux petites entreprises et le développement de l'agro-industrie. On a même examiné si ordinateurs et autres produits technologiques pouvaient être produits à brève échéance au Venezuela. Chávez déclara : " C'est là un exemple qu'on n'a pas besoin d'être un empire pour être grand. On peut arriver à être grand, comme l'est la Chine, sans prétendre imposer un modèle aux autres, en respectant les modèles de chacun et les particularités de chacun. Voilà comment doit être le monde de l'avenir, l'autre monde possible dont nous avons besoin, que nous voulons 70."

Le lien important avec Cuba

Depuis près de cinquante ans, la révolution cubaine résiste à l'agression permanente des États-Unis. Au vu de cette expérience, la révolution bolivarienne au Venezuela s'est considérablement renforcée. Depuis la visite de Hugo Chávez à Fidel Castro, en 1994, la collaboration s'est progressivement étoffée.

L'aspect le plus connu de Cuba, ce sont ses médecins engagés dans la mission Barrio Adentro. Mais l'accord entre le Venezuela et Cuba, signé par Hugo Chávez et Fidel Castro le 14 décembre 2004, élargit et approfondit encore une collaboration entre les deux pays dont il serait vraiment malaisé de sous-estimer l'importance. Hugo Chávez a décrit la chose comme étant " un accord d'alternative bolivarienne et martinienne (du nom du héros cubain José Marti, ndlr) pour l'Amérique. Un accord sans précédent entre deux républiques sœurs, un accord d'intégration qui nous permet de parler de ce miracle de la mission Barrio Adentro à sa deuxième phase, qui nous permet de parler de la complémentarité économique 71 ".

Fidel Castro non plus n'hésite pas à sortir de grands mots pour souligner cette importance, disant qu'il s'agissait d' " un accord d'une portée très vaste entre les deux pays et qui signifie une intégration réelle. (...) Nous avons tout autant besoin du Venezuela que lui de nous. Il y a un lien entre frères, entre peuples. Les Vénézuéliens sont aujourd'hui les habitants les plus orientaux de Cuba et les Cubains sont les habitants les plus occidentaux du Venezuela 72 ".

En outre, il est clair que, dans bien d'autres domaines, Cuba constitue un important pilier pour la défense et le développement de la révolution bolivarienne. À ce propos, Hugo Chávez déclarait, en décembre 2006 : " Un jour, il va falloir écrire l'histoire de la révolution bolivarienne et du grand rôle, du soutien infini, incomparable, inlassable et sans précédent sur le plan humain, social, moral, scientifique que nous ont apporté la révolution cubaine et Fidel Castro à la tête du peuple cubain. Mais je le répète : quand, dans plus de cent ans, cette histoire sera écrite et qu'on en restituera tous les tenants et aboutissants, Fidel Castro sera considéré au Venezuela comme un véritable Vénézuélien et les gens comprendront que le Venezuela et Cuba sont unis à jamais dans leur destinée 73. "

L'évolution politique et idéologique de Hugo Chávez

En juillet 2005, Hugo Chávez a expliqué comment il avait évolué, de militaire nationaliste qu'il était au départ, vers son actuelle conviction que seul le socialisme peut apporter la justice sociale et éradiquer la pauvreté. Les passages qui suivent proviennent d'une interview publiée dans le journal chilien Punto Final 74.

" À l'époque où l'Union soviétique commençait à s'effondrer, nous avons vu comment les idéaux socialistes disparaissaient, y compris dans les cercles et les publications issus du marxisme et certains même de la lutte armée.

Il y eut au Venezuela la rébellion militaire du 4 février 1992. Mais ce mouvement bolivarien n'avait pas une perspective socialiste. Si tu consultes mes déclarations de l'époque, lorsque l'on nous demandait si nous étions de gauche ou de droite, nous répondions : "Non, cette division n'existe pas". C'était une position neutre, déconnectée de la réalité, mais très influencée par toute cette phraséologie sur la "fin de l'Histoire", la chute de l'URSS, etc.

Vient ensuite la phase actuelle : nous arrivons au gouvernement en 1999, et prennent forme les fondements de la révolution bolivarienne, qui fait un bond - comme tu dois t'en souvenir - après le coup d'État d'avril 2002. C'est à ce moment-là que cette révolution a été déclarée anti-impérialiste. Nous ne l'avions jamais considérée comme cela auparavant. Ce fut notre réponse au coup d'État et notre peuple l'a assumée avec beaucoup d'énergie.

Peut-être, au cours des premières années de notre gouvernement - et je dois avouer que je l'ai aussi pensé, encore que pendant peu de temps - il y avait l'illusion que nous pouvions nous entendre "à la fois avec Dieu et avec le Diable". Certaines personnes qui travaillaient avec moi et qui, jusqu'à un certain point, m'entouraient dans ce palais - tu sais que des cercles d'influence se créent autour du pouvoir et de ceux qui personnifient en partie ce pouvoir -, ont tenu un discours selon lequel "il ne faut pas chercher de conflit, il faut chercher du consensus". Je me suis laissé entraîner par ce discours dans les premières années. C'était au temps où je me réunissais avec Clinton et avec des grands patrons nord-américains. Je suis allé au Fonds monétaire international, je suis allé à la Bourse de New-York et j'ai fait sonner le fameux petit gong...

Mais j'ai découvert, parce que je suis de la montagne et que le montagnard développe un instinct particulier, que j'étais "cerné". Un matin, je suis allé à la centrale téléphonique du palais et j'y ai découvert que les gars avaient des instructions pour ne pas me transmettre certains appels. Par exemple, les appels de Fidel Castro étaient notés dans un livre mais on ne me les transmettait pas. Parce que, dans le groupe qui m'entourait, existait alors la thèse selon laquelle des contacts avec Fidel Castro n'étaient ni positifs ni nécessaires. Jusqu'au jour où j'ai réalisé que l'on m'avait encerclé."

Il n'y a pas de " troisième voie "
" Il y a eu le coup d'État de 2002, grève patronale, sabotage pétrolier, contre-coup d'État, discussions et lectures. Je suis arrivé à la conclusion - et j'en assume la responsabilité parce que je n'en avais discuté avec personne avant de le rendre public au Forum social mondial de Porto Alegre (en janvier 2005) - que le seul chemin permettant de vaincre la pauvreté est le socialisme.

À une époque, j'ai bien pensé à la "troisième voie". J'avais pas mal de problèmes pour interpréter le monde. J'étais confus, je faisais de mauvaises lectures, j'avais des conseillers qui ajoutaient encore à ma confusion. J'ai même été jusqu'à proposer qu'un forum se tienne au Venezuela sur la troisième voie de Tony Blair. J'ai beaucoup parlé et écrit sur le "capitalisme humain". Aujourd'hui, je suis convaincu qu'une telle chose est impossible.

Je suis convaincu aujourd'hui que le socialisme est le chemin. J'ai invité le pays à en débattre. Je crois que cela doit être un socialisme nouveau, avec des questionnements nouveaux, le tout dans le contexte d'une nouvelle ère qui commence à peine. C'est pour cela que je me suis permis de l'appeler "socialisme du 21e siècle" en tant que projet."

"Je veux par exemple apporter quelques idées. L'une d'entre elles est d'affirmer que le premier socialiste de notre ère fut le Christ. Je suis chrétien et je pense que le socialisme doit se nourrir des courants les plus authentiques du christianisme. Il ne s'agit pas de chercher un quelconque illuminé pour qu'il nous serve de modèle que nous allons tous copier. Ce serait absurde. Nous allons faire le socialisme à partir de nos propres racines. "

" Au Venezuela, j'ai présenté les choses de la manière suivante : nous vivons une transition (...) Une transition que j'ose appeler "démocratie révolutionnaire", (...) le type de démocratie qui va de l'avant comme un corps de cavaliers, qui ouvre des portes et s'imprègne du peuple. C'est une phase de transition vers le socialisme. Cette direction est beaucoup plus claire au Venezuela.

Si, il y a quatre ans, tu m'avais demandé : "Chávez, où allons-nous ?" ma réponse n'aurait sans doute pas été aussi précise, et même celle que je te donne aujourd'hui manque encore beaucoup de précision. Aujourd'hui, je crois que nous faisons cap vers le socialisme. Il faut orienter la démocratie révolutionnaire vers le socialisme.

Cela a généré ici une dynamique par en bas, très intéressante. La PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A., la société pétrolière publique), par exemple, est en train de discuter cette question à l'intérieur de l'entreprise. Les fonctionnaires de mon gouvernement qui ont une formation marxiste n'osaient pas parler de socialisme. Je leur ai donné le feu vert. Aujourd'hui, même à l'Assemblée nationale, on parle de socialisme. C'est comme une libération, on reparle d'un thème tabou. Le chantage médiatique était très lourd : si tu te déclarais socialiste, on te traitait de "dépassé", de "troglodyte", de "dinosaure". Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, le socialisme est dans la rue et même quelques patrons déclarent que cela ne leur fait pas peur. C'est magnifique ! Il faudra écouter leurs raisons, les respecter, les mettre en débat. Les militaires parlent de révolution et de socialisme, ils débattent de ces thèmes. Je crois que c'est très positif. Et j'assume la responsabilité qui me revient dans ce processus. Nous devons étudier et débattre beaucoup. Nous espérons pouvoir bientôt organiser un événement international sur le socialisme et connaître ainsi les différentes opinions et expériences."

En route vers un parti unifié

Fin 2006, pas moins de 24 partis et groupes politiques ont proposé Hugo Chávez comme " leur " candidat à la présidence. Chávez : " Chaque jour, de nouveaux partis viennent s'ajouter et cette évolution va en sens contraire de la révolution : le fractionnement est source de division. " " En 2007, comme composante de la nouvelle phase de la révolution, nous donnerons forme au parti unifié (...) de sorte qu'on pourra mettre un terme à ce fractionnement 75."

En décembre 2006, le Mouvement pour la Cinquième république (MVR), le parti même de Chávez, a décidé de se dissoudre afin de laisser la voie libre à la formation de ce nouveau parti, qui a reçu provisoirement le nom de Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV). Les autres partis ont été invités à faire la même chose. Hugo Chávez : " J'ai entendu des avis et des propositions : un front élargi ne serait-il pas préférable ? Non, non, non et non... C'est quelque chose d'irrévocable, la révolution a besoin d'un parti uni, un seul parti, et non l'une ou l'autre soupe de lettres avec lesquelles nous nous égarerions dans le mensonge et tromperions le peuple. (...) Pour la nouvelle phase qui débute, nous avons besoin d'une structure politique, d'un instrument politique qui se mette au service, non d'intérêts partiels ou de certaines couleurs, mais au service du peuple et de la révolution, au service du socialisme 76."

Chávez veut mettre en place ce nouveau parti en partant de la structure politique qui a été mise sur pied avant la campagne électorale de 2006. Dans tous les quartiers et villages, dans toutes les classes populaires, des " bataillons " électoraux avaient été organisés pour mener la campagne sur le terrain même. En même temps, cette structure était dotée d'une direction fortement centralisée.

Hugo Chávez : " Écoutez bien, commandants des bataillons, des pelotons, des escadrons. C'est à vous que je confie cette mission de structurer le Parti socialiste uni du Venezuela à partir de la base : les escadrons, les pelotons et les bataillons formeront la structure de base du parti, la structure nationale. Vous savez que nous devons être très stricts dès le début à propos de la morale, de l'éthique. Et cela dépend de vous, car vous êtes ceux qui connaissent les gens dans les quartiers et les communautés. Chez nous, il ne peut y avoir un seul voleur ni une seule personne corrompue.

Mais attention. Le parti ne peut pas être un parti électoral, bien qu'il soit certainement en mesure de mener des campagnes électorales, comme nous venons d'ailleurs de le faire. Mais le parti doit dépasser ce caractère électoral. C'est pourquoi il est bon que nous nous y engagions dès à présent, maintenant que des défis électoraux directs sont à notre porte. Le parti socialiste - à mon avis, c'est ainsi que nous devons l'appeler à partir de la base : bataillons socialistes, pelotons socialistes, escadrons socialistes - doit en premier lieu enclencher un combat des idées 77. "

À l'instar de Cuba, ce combat des idées vise à mobiliser le peuple vers un processus permanent d'amélioration de chaque aspect de la révolution. Mais la voie vers ce parti unique, vers une idéologie claire et une vision claire du socialisme et de la façon d'y arriver, est encore longue. Conformément à la proposition de Hugo Chávez, une première phase verra diverses classes, tendances et visions se rassembler au sein d'une organisation. Il dépendra de la clarté idéologique et politique du noyau dirigeant de ce parti que ce processus complexe soit mené à bonne fin. Dans le dernier chapitre, nous y reviendrons.

Quel socialisme, au 21e siècle ?

Chávez : " Je n'ai pas de plan élaboré à propos du socialisme, je vous invite à le mettre sur pied ensemble. Nous devons le construire par en dessous, un socialisme endogène, notre propre modèle de socialisme... D'une façon ou d'une autre, nous avons commencé à le construire, mais à peine... Bien, il n'est même pas encore né, nous sommes occupés présentement à donner forme à la Patrie en préparation de notre modèle socialiste. Mais nous y sommes occupés. (...) Le socialisme est un processus de chaque jour, de mise en place quotidienne, nous irons de l'avant jusqu'où nous le pourrons, car le socialisme dont nous rêvons ne dépend pas uniquement des circonstances nationales, il dépend également, et pour une part importante, de la situation internationale 78 "

Une conscience éthique
Pour Hugo Chávez, l'aspect moral, éthique du socialisme est très important. En 2005, il formulait la chose en ces termes : " Parmi les éléments qui pourraient définir le socialisme du 21e siècle, je dirais que la première caractéristique est l'élément moral. Il faut commencer par cela, par la conscience, par l'éthique. Le Che a beaucoup écrit sur la morale socialiste. (...) Il s'agit de la lutte contre les démons que le capitalisme a semés : l'individualisme, l'égoïsme, la haine, les privilèges. Je crois que c'est par cela qu'il faut commencer.

C'est un travail de tous les jours, une tâche culturelle et éducative de longue haleine. Au Venezuela, nous avons commencé à débattre de cet aspect et c'est très positif. C'est une arme dans la lutte contre la corruption, un mal propre au capitalisme. Des entreprises et des patrons corrupteurs, des affaires louches, des fonctionnaires corrompus, uniquement mus par l'ambition. Même si la corruption a aussi existé dans le socialisme, ce phénomène a une racine capitaliste, c'est l'ambition de la richesse. Le socialisme doit défendre l'éthique, la générosité 79 ."

La transformation de l'économie
Mais le socialisme a une base matérielle. Chávez se dresse avec véhémence contre le socialisme en tant qu'utopie. Marx a élaboré le socialisme pour en faire une science dotée d'une base économique fondamentale : " Le socialisme utopiste était quelque chose de contemplatif, il ne proposait pas de solutions pour aborder les problèmes. Ce sont Karl Marx et Friedrich Engels qui ont lancé le Manifeste du parti communiste et la position du socialisme scientifique. Ils ont proposé des solutions, ils ont insisté sur l'importance fondamentale de la transformation de l'économie, si nous voulons bâtir le véritable socialisme. L'économie doit être socialisée, le modèle de production. Nous devons créer un nouveau modèle, vraiment nouveau. Et c'est à cela que nous sommes occupés, mais nous en sommes encore à tâter la voie 80 ."

Finalement, l'essence du socialisme réside dans la suppression de la propriété privée des moyens de production (et de son corollaire, la chasse au profit en tant que moteur de l'économie), pour la remplacer par la gestion collective de ces moyens de production en fonction des besoins de l'homme, de la société et de l'environnement.

À ce propos, Hugo Chávez dit ceci : " Dans le domaine économique, il nous faut un changement du système de fonctionnement métabolique du capital. Ceci est une question complexe à aborder. Nous avons commencé ici des expériences telles que le coopérativisme et l' " associativisme ", la propriété collective, la banque populaire et des noyaux de développement endogène, etc. Beaucoup d'expériences telles que l'autogestion ou la cogestion, la propriété coopérative et collective sont valables. Nous sommes en train de mettre en route des tentatives d'entreprises de production sociales et des unités de production communautaires. C'est encore tout nouveau, mais cela nous aidera à définir un modèle théorique. Il s'agit également de quelque chose de particulier : ce n'est pas un groupe d'intellectuels qui écrit un livre de deux mille pages.

La théorie et la pratique doivent marcher ensemble 81 . "
La révolution bolivarienne est encore en quête de son modèle économique. Ici, dans la phase actuelle, il importe surtout de reconnaître que la révolution n'est pas encore parvenue à faire régresser suffisamment l'influence des multinationales des États-Unis et de la bourgeoisie compradore, et encore moins de l'éliminer. Nous avons écrit qu'elles avaient toujours un énorme pouvoir économique. En pensant à leur agressivité et leurs sabotages au cours de la période précédente, il est on ne peut plus clair qu'elles n'abandonneront pas ce pouvoir sans coup férir. Une partie du chemin a déjà été parcourue, mais bien des choses doivent encore se produire. Ce combat déterminera pour une part importante l'avenir de la révolution et - s'il est mené à bien - dégagera la voie pour la construction du socialisme.

La démocratie révolutionnaire
Chávez : " Sur le plan politique, nous devons approfondir la démocratie révolutionnaire, car c'est cela, le socialisme. Dans le passé, on parlait d'une des positions de base de Marx, celle de la dictature du prolétariat. Mais ce sur quoi, au Venezuela, nous mettons l'accent, c'est la démocratie, la démocratie populaire, la démocratie participative, la démocratie protagoniste 82. "

La vision de la démocratie populaire, dans laquelle il est mis sur pied, pour les classes populaires, une forme aussi large et profonde possible de participation, est une définition plus positive que la définition du socialisme en tant que " dictature du prolétariat ". Pourtant, les deux concepts sont liés l'un à l'autre. L'aspect d'oppression, c'est-à-dire l'intervention bien décidée contre les comploteurs et les saboteurs qui veulent renverser la révolution, est nécessaire, pour cette " explosion du processus décisionnel démocratique ".

En 1917, Lénine écrivait à ce propos : " Développer la démocratie jusqu'au bout, rechercher les formes de ce développement, les mettre à l'épreuve de la pratique, etc., telle est une des tâches essentielles de la lutte pour la révolution sociale. " Mais, dit-il encore, " en même temps qu'un élargissement considérable de la démocratie, devenue pour la première fois démocratie pour les pauvres, démocratie pour le peuple et non pour les riches ", il y a la nécessité d' " une série de restrictions à la liberté pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes 83 ".

Le débat sur l'application concrète du socialisme au Venezuela (et en Amérique latine) et sur les voies tactiques pour y arriver, bat donc son plein.

Les interprétations réformistes ou d'extrême gauche n'y manquent pas. À un extrême, il y a la position qui dit que le Venezuela, aujourd'hui, a atteint le socialisme, dans le sens de : " Le socialisme par la voie démocratique, avec une grande participation populaire et une économie mixte, et sans dictature d'un parti communiste (...). Voilà seulement le véritable socialisme du 21e siècle (...). " À l'autre extrême, certains groupes estiment que la révolution devrait " imposer " le socialisme plus rapidement, nationaliser tous les moyens de production et les placer sous le contrôle des travailleurs.

Anti-impérialisme et socialisme

L'Amérique latine se trouve à la croisée des chemins. La contradiction croissante entre les intérêts des États-Unis et ceux de la grande majorité de la population accentue la nécessité de changements fondamentaux. Ensuite, nous assistons à un développement rapide et une radicalisation du mouvement populaire en de très nombreux pays du continent. Celui-ci se renforce encore par l'exemple de la révolution cubaine - et, aujourd'hui, celui de la révolution vénézuélienne.

Aujourd'hui, l'impérialisme nord-américain demeure le principal ennemi du mouvement populaire en Amérique latine et dans le monde entier. Les multinationales états-uniennes dominent non seulement une part importante de l'économie latino-américaine, mais elles intensifient encore leur politique agressive de fusions et de reprises. Le gouvernement des États-Unis soutient les intérêts de ses entreprises par tous les moyens possibles, allant de l'extorsion d'accords libre-échangistes, de l'utilisation abusive de la problématique des dettes pour privatiser des entreprises publiques (télécommunications, services postaux ou encore, par exemple, la sécurité sociale), jusqu'au chantage déclaré, la menace militaire et la guerre 84.

Comme le dit Chávez dans son discours de Mar del Plata, en 2005 : la lutte contre la Zone de libre-échange de l'Amérique (ALCA) et pour l'Alternative bolivarienne pour l'Amérique (ALBA) ne suffit pas. " Notre tâche est double : d'un côté, enterrer l'ALCA et le modèle économique impérialiste et capitaliste et, de l'autre, faire naître une nouvelle ère, en arriver à l'intégration de l'Amérique latine, l'alternative bolivarienne ou ALBA. Nous ne pourrons y arriver que si nous nous unissons. Et, en outre, si nous enterrons le capitalisme, afin de faire naître le socialisme du 21e siècle, un nouveau projet socialiste historique 85. "
À l'instar de Chávez, nous sommes pour le socialisme. Mais nous devons nous demander si la société vénézuélienne est prête pour le socialisme et quelles sont les étapes nécessaires pour le construire.

En général, les pays impérialistes, comme, par exemple, les États-Unis et l'Europe, ont des forces de production solidement développées et une classe ouvrière bien développée aussi. Dans les pays qui sont dominés ou menacés par l'impérialisme, nous voyons un développement bien plus limité des forces de production et, partant, de la classe ouvrière. Ainsi, le Venezuela est peut-être un pays riche avec d'importantes richesses naturelles, mais ses forces de production sont relativement faibles et sa classe ouvrière est très restreinte en nombre.

D'autre part, il y a cette énorme menace de l'impérialisme. En Amérique latine, la domination et l'agressivité des États-Unis constituent le principal problème. Il est prématuré de déclarer l'impérialisme mort ou de sous-estimer le désir des Nord-américains de poursuivre et d'étendre leur domination sur la région.

Le Parti communiste du Venezuela (PCV) formule la chose ainsi : " Dès les premiers instants où Hugo Chávez a assumé un rôle dirigeant, l'impérialisme américain, en alliance avec les secteurs oligarchiques qui lui sont inféodés, a développé un plan multiple au point de vue tactique et dans un but stratégique très clair. Il voudrait empêcher que se développe et se consolide une expérience de révolution de libération nationale sur le continent latino-américain et que s'ouvrent des perspectives d'avenir socialiste. (...) Dans chaque contradiction, chaque confrontation petite ou grande, pacifique ou violente, nationale ou internationale qui nous oppose à des forces réactionnaires, c'est cette lutte qui occupe une position centrale. Le fait que cette réalité n'est pas claire, empêche des secteurs importants qui soutiennent le processus de se mobiliser dans la lutte qui se développe quotidiennement contre l'impérialisme et ses alliés internes 86."

Au cours des huit années écoulées, on a pu voir comment les élites réactionnaires du Venezuela au service de l'impérialisme américain ont effectivement collaboré avec ce dernier. Lors de la tentative de coup d'État, par exemple, c'est la CIA qui leur tenait la main.

Durant sa campagne pour les élections présidentielles de décembre 2006, Hugo Chávez a déclaré à plusieurs reprises que ce n'était pas le candidat d'opposition Rosales, qui était son adversaire, mais bien les États-Unis.

Une large collaboration contre l'impérialisme

La révolution vénézuélienne ne pourra se développer que si elle parvient à briser la domination de l'impérialisme américain et de la bourgeoisie compradore locale, dont les intérêts coïncident avec ceux de l'impérialisme.

Cette bourgeoisie compradore, une élite parasitaire de financiers monopolistes, joue aujourd'hui encore un rôle central dans l'économie vénézuélienne. Il est exact que l'exploitation du pétrole - la principale activité industrielle - a été nationalisée. Mais les activités bancaires et financières, véritable nœud de l'économie capitaliste du Venezuela, sont toujours dominées - tout comme dans le reste de l'Amérique latine - par cette oligarchie financière locale (et, en fait, multinationale, car elle a des intérêts dans de nombreux pays de l'Amérique latine et aux États-Unis), étroitement liée à l'oligarchie financière impérialiste : le monde bancaire international, les groupes financiers qui contrôlent les multinationales (y compris les groupes de médias et de presse), etc.

Pour briser ce pouvoir et se défendre face à une contre-attaque inéluctable, la révolution bolivarienne doit pouvoir compter sur le soutien de tous ceux qui ont intérêt à ce qu'il y ait une libération nationale.

D'abord et avant tout, il y a la classe ouvrière. Déjà, dans le Manifeste du parti communiste, alors que la classe ouvrière était à peine développée en Europe, Marx et Engels écrivaient : " De toutes les classes qui, à l'heure présente, s'opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie ; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique. " Ce qui fait que les travailleurs sont des pionniers, ce sont les lois économiques, politiques et organisationnelles du capitalisme. Sans travail productif, pas de plus-value et pas de profit pour le patron 87.

Comme on l'a dit plus tôt, la classe ouvrière du Venezuela est relativement restreinte. Sur quels alliés les travailleurs peuvent-ils compter ? Certainement sur les paysans et sur les parties les plus conscientes du semi-prolétariat des quartiers populaires qui entourent les grandes villes. Le semi-prolétariat n'a pas toujours la même fermeté vis-à-vis d'un projet socialiste, il a surtout mené un combat très fortement individualisé pour survivre. Mais il a beaucoup à gagner dans ce combat contre l'impérialisme et, vu son nombre massif, il est la force la plus grande de la révolution. Lors du coup d'État d'avril 2002, par exemple, ce semi-prolétariat a joué un rôle important dans la mobilisation massive contre les auteurs du coup.

Dans cette phase, le mouvement révolutionnaire doit se concentrer dans une mesure importante sur la réponse aux besoins et intérêts de ces classes : des terres pour les paysans, des titres de propriété, les soins de santé et autres équipements de base pour les quartiers populaires des villes. Tout cela, Chávez a dès le début tenté de le mettre en pratique, entre autres par les 49 lois et les missions.

L'organisation du quartier, l'extension de la participation démocratique et surtout la poursuite du développement de l'industrie nationale et l'incorporation du semi-prolétariat dans le processus de production, tout cela génère un important changement dans la conscientisation. Au fur et à mesure que le processus se développera, cette conscientisation impliquera une partie importante du semi-prolétariat dans le choix d'une alternative socialiste.

Bref, ensemble, le prolétariat, le semi-prolétariat et les paysans peuvent constituer une base solide pour la lutte contre l'impérialisme.

Qui peut encore jouer un rôle positif ? Les suivants à se rallier sont les sections progressistes de la petite bourgeoisie et nombre de sections également de la " classe moyenne ". Car les petits commerçants, les intellectuels et les petits et moyens entrepreneurs, eux aussi, ont été désavantagés par la politique d'absorption des multinationales.

Souvent, ces groupes n'ont pas la même force de mobilisation ni le même caractère inflexible que les classes citées plus haut. La petite bourgeoisie veut du changement elle aussi, mais elle se trouve déjà dans une situation relativement confortable et elle est par conséquent moins enthousiaste face à des changements radicaux. Pourtant, elle peut fournir une contribution importante à la construction de la révolution. C'est dans ce groupe que se trouvent, par exemple, les " faiseurs d'opinion ". Ceux-ci peuvent exercer une vaste influence sur les couches les plus larges de la population. Ils travaillent dans les universités et les écoles, ils écrivent pour les journaux et les périodiques, ils traduisent leur pensée à la radio et à la télévision, etc.

Et, enfin, il y a encore la " bourgeoisie nationale ". Celle-ci aussi tire avantage d'une politique de développement économique national - endogène - indépendante de l'impérialisme. Mais son engagement est encore bien moins profond. Il s'agit des propriétaires de ces entreprises ou petites entreprises qui - surtout avec les matières premières locales - produisent pour le marché local. Dans des pays comme le Venezuela, c'est un groupe faible, parce que l'industrie lourde de base dont ils ont besoin pour leurs matières premières n'est pas disponible. Du fait de la " maladie hollandaise ", qui fait que la production pétrolière massive débouche sur l'importation de biens de consommation et de denrées alimentaires, leur position est encore plus affaiblie. Pourtant, on remarque d'une part croissante de ces entrepreneurs qu'elle se porte bien de la politique de développement de Chávez et qu'elle est prête à collaborer - surtout en partie et à certaines conditions. Son incorporation dans le développement " endogène " peut faire franchir le pas à cette partie de la classe moyenne supérieure et de la bourgeoisie et la pousser à soutenir des changements révolutionnaires.

Il est important de reconnaître le caractère dual de la bourgeoisie nationale. Ses caractéristiques progressistes peuvent être renforcées de sorte qu'elle peut ensuite consolider sa collaboration. Mais elle restera toujours un allié hésitant, qui freinera la radicalisation. Pour pouvoir rompre vraiment avec l'impérialisme, les travailleurs, avec le soutien des autres classes populaires, doivent garder les rênes de ce processus bien en main. Si la politique d'alliance devait conduire à la prise de direction par la bourgeoisie nationale, les intérêts du mouvement populaire risqueraient de passer rapidement à l'arrière-plan et la révolution s'émietterait. Par crainte du radicalisme de la classe ouvrière, la bourgeoisie se réfugiera bien vite dans les bras de l'impérialisme et de la bourgeoisie compradore.

Une politique active de collaboration avec la bourgeoisie nationale peut contribuer à ce qu'elle assume des tâches qui, autrement, seraient reprises par les multinationales ou par la grande bourgeoisie compradore. La révolution bolivarienne essaie par exemple de consolider le développement " endogène ", ce qui fait que ce sont non seulement les entreprises d'État qui se voient accorder un rôle central dans le développement industriel nécessaire, mais que l'on soutient également, d'une part, toutes les formes d'initiatives coopératives ou individuelles de micro-entreprises et de petites entreprises et que l'on stimule et soutient également, d'autre part, les grands entrepreneurs nationaux.

Dans tout le pays et, souvent même, très loin de la capitale Caracas, on construit des usines, des coopératives de production, des ponts et des routes. On construit également des chemins de fer qui relieront entre eux le nord et le sud, l'est et l'ouest.
Vu que la domination et l'agressivité des États-Unis constituent le problème principal, tous les efforts de la révolution doivent converger sur cet ennemi principal et toutes les forces qui peuvent jouer un rôle, ici, doivent être mobilisées en un vaste front anti-impérialiste.

Au Venezuela, la révolution socialiste ne pourra se faire en une seule fois. Il va falloir passer par une première phase " nationale " et " démocratique ", laquelle préparera le socialisme. " Nationale " s'applique à la lutte pour l'indépendance nationale vis-à-vis de l'impérialisme et " démocratique " renvoie à la libération des paysans (aujourd'hui, un groupe restreint, au Venezuela) de l'exploitation féodale et de l'oppression par les grands propriétaires terriens, ainsi que l'amélioration considérable et structurelle des conditions de vie des masses dans les grandes villes, avec des programmes de création d'emplois, la garantie des besoins de base comme la nourriture, l'enseignement et les soins de santé. En même temps, il y a la dimension politique et sociale. La démocratie participative stimule le libre développement de toutes les formes de participation populaire comme les conseils de quartiers et les conseils des travailleurs, les coopératives, etc.

Sur nombre de terrains, Chávez est sur la bonne voie. Mais la domination économique et financière de l'impérialisme et de la bourgeoisie compradore n'a pas encore été brisée. Cela se voit dans le secteur pétrolier (où des étapes importantes ont déjà été franchies) et dans le secteur bancaire, dans l'import-export et les médias (où les choses les plus essentielles doivent encore se produire).

La lutte pour l'indépendance nationale et la démocratie, dans une perspective socialiste

En juillet 2005, Hugo Chávez décrit la phase actuelle de la révolution au Venezuela comme " une démocratie révolutionnaire " afin de " caractériser le genre de démocratie qui ouvre les portes " et qui " peut être qualifiée de phase de transition vers le socialisme 88 ", en d'autres termes, une phase qui doit préparer le socialisme.

Dans une telle " révolution nationale et démocratique à perspective socialiste ", il existe deux risques. D'une part, on peut commettre l'erreur de ne pas pousser assez loin les mesures et de laisser la révolution en suspens dans une politique de réformes dans laquelle on tend bien à une certaine " redistribution " des richesses, mais sans approche draconienne du pillage par l'impérialisme et par les élites locales. Un processus politique qui ne désire pas cette confrontation ou qui ne peut pas l'aborder se verra bien vite obligé de courber l'échine face à la soif de profit des multinationales et au rouleau compresseur néolibéral des États-Unis. Autre risque corollaire, la sous-estimation de la force de la contre-révolution et le fait de ne pas se préparer à l'inévitable contre-réaction de l'impérialisme.

Au Chili, lors du coup d'État de Pinochet contre le président élu de gauche, Salvador Allende, le mouvement populaire s'avéra assez impuissant (voir encadré). Au Venezuela, une première tentative de coup d'État a été déjouée grâce à la mobilisation du peuple et de l'armée, mais la structure étatique actuelle est toujours dans une mesure importante une poursuite de l'État néolibéral des années 1990.

En 1971, un an après l'installation du président Allende à la tête du gouvernement chilien de l'Unité populaire, Fidel Castro se rend au Chili. Il y explique le danger du coup d'État, deux ans avant que celui-ci ne se réalise. S'appuyant sur le marxisme, il sait qu'aucune classe capitaliste ne laissera jamais le peuple s'emparer de ses richesses sans résister. " Les réformes radicales du gouvernement de l'Unité populaire ont déchaîné la colère et la résistance, comme dans tous les processus sociaux de changement, de la part des exploiteurs et des réactionnaires. Nous avons dit qu'il n'y a pas un seul cas dans l'histoire où les réactionnaires et les privilégiés d'un système social se résignent pacifiquement aux changements. ".

Fidel : C'est " une loi de l'histoire que les réactionnaires, les exploiteurs, dans leur désespoir, appuyés essentiellement sur l'extérieur, engendrent et développent ce phénomène politique, ce courant réactionnaire qu'est le fascisme ".

En parlant au peuple chilien, Castro insiste sur l'importance du danger : " Tout processus révolutionnaire enseigne aux peuples en quelques mois ce qui peut prendre des années en d'autres circonstances. Il y a une question : qui apprendra plus et plus vite ? Les exploiteurs ou les exploités ? Qui apprendra le plus vite dans le cadre du processus, le peuple ou les ennemis du peuple ? Êtes-vous complètement certains, vous qui êtes protagonistes, acteurs de la page qu'écrit votre patrie, êtes-vous tout à fait sûrs que vous avez appris plus que vos exploiteurs ? "
(Cris de la foule : Oui ! ! !)

" Permettez-moi d'être d'un avis contraire. Nous ne sommes pas sûrs que, dans ce processus singulier, le peuple ait réellement appris plus vite que les réactionnaires et les anciens exploiteurs. Mais il y a quelque chose de plus. Les systèmes sociaux que les révolutions bouleversent ont beaucoup d'années d'expérience. Ils ont accumulé des expériences, ils ont accumulé des éléments culturels, ils ont accumulé des techniques, ils ont accumulé des trucs de toutes espèces pour agir face aux processus révolutionnaires. Et, en face de ça, se présente la masse du peuple qui n'a pas cette expérience, qui n'a pas ces connaissances, qui n'a pas ces techniques. Elle va à l'affrontement, alors que l'autre côté a accumulé expérience et techniques. "

L'expérience cubaine l'a démontré et le peuple s'est défendu fermement face à l'invasion, l'infiltration, les actes terroristes visant à renverser le socialisme. Le peuple cubain était préparé, et presque cinquante ans après sa révolution, il tient toujours bon 89

Mais, outre une politique de réformes qui ne va pas assez loin ou qui se prépare insuffisamment à la réaction de la contre-révolution, il existe encore un autre risque. Un choix clair pour la stratégie révolutionnaire ne peut se muer en radicalisme ou en aventurisme, dans des situations où l'on applique trop rapidement des " mesures socialistes " sans que les conditions objectives et subjectives soient remplies pour ce faire.

Pour certains, tout cela ne va jamais assez vite. Ainsi, Christine Thomas (LSP-MAS/CWI) écrit : " Sans un mouvement décisif de la classe ouvrière et des pauvres vers une cassure avec le capitalisme et l'établissement d'un État ouvrier démocratique, la contre-révolution réussira par un moyen ou un autre à se raffermir. (...) La classe ouvrière et les pauvres sont confrontés à une tâche urgente, utiliser ce "temps de respiration" pour construire un parti révolutionnaire qui peut fournir un programme qui pousserait le gouvernement en avant et compléterait la révolution socialiste 90."

Jorge Martin (La Riposte-France) complète : " La révolution vénézuélienne a commencé comme une lutte contre l'impérialisme et pour la souveraineté nationale. Mais, par la suite, la classe ouvrière est entrée en scène avec sa lutte contre le sabotage de l'industrie pétrolière, et la révolution est allée de l'avant. (...) La révolution a commencé comme une lutte anti-impérialiste, mais à présent, soit elle devient socialiste, soit elle sera écrasée 91. "

L'urgente nécessité aujourd'hui, au Venezuela, de prendre un certain nombre de mesures qui briseront le pouvoir de la bourgeoisie compradore, est ici invoquée pour prôner une fuite en avant vers le socialisme. La tâche prioritaire, aujourd'hui, n'est pas de rompre avec le capitalisme et de se précipiter vers le socialisme. D'abord, il convient de remplir les tâches anti-impérialistes et démocratiques.

Si une partie du mouvement révolutionnaire force une fuite en avant vers le socialisme sans qu'il existe une base portante suffisante pour ce faire, cela risque de diviser la large base de la révolution et de pousser une partie importante des alliés possibles dans les bras de la contre-révolution et de l'impérialisme. Et ainsi, de voir le mouvement révolutionnaire affaibli de telle façon qu'il va perdre son combat contre l'impérialisme. Une telle stratégie ne hâte donc pas la révolution, mais renforce la contre-révolution. Le PCV dit à ce propos : " Les organisations politiques, les partis, les groupes sociopolitiques qui n'ont pas une conscience claire de ces choses, n'évaluent pas correctement les rapports de forces et perdent de vue le principal ennemi - l'impérialisme et, plus précisément, celui des États-Unis - et le confondent avec leurs propres alliés, entre lesquels il existe des différences et des contradictions, mais qui ne peuvent être rendues antagonistes ou irréconciliables 92."

Le parti de la révolution

Le principal point de discussion traite de la direction de la révolution. Comme nous l'avons exposé plus haut, si le peuple vénézuélien veut que sa révolution soit un succès et s'il veut construire le socialisme, ce sera la classe ouvrière qui devra diriger cette révolution.

Mais ce rôle historique de la classe ouvrière ne conduit pas de lui-même à un puissant mouvement révolutionnaire. Ainsi, un des problèmes du Venezuela n'est autre que la forte division qui règne entre divers courants au sein de la classe ouvrière. D'une part, une partie du prolétariat se laisse entraîner dans le camp de la contre-révolution par le CTV, le syndicat historique. D'autre part, le nouveau syndicat révolutionnaire CNT est lui aussi fortement divisé. À mesure qu'une direction (" avant-garde ") révolutionnaire pourra aider à surmonter cette division et bâtir un solide syndicat de classe avec une stratégie politique correcte, la révolution gagnera en force.

Pour bâtir cette unité et pour renforcer l'alliance avec toutes les autres classes qui soutiennent la révolution, un parti fort est nécessaire : une organisation unifiée, solidement organisée, à la ligne idéologique claire, une organisation éthique, forte, démocratique et efficace qui puisse mettre sur la bonne voie tous les changements nécessaires dans l'État et dans la société et contribuer à donner forme à ces mêmes changements.

Marx et Engels écrivaient : " Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres. (...) Les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde. Elles ne sont que l'expression générale des conditions réelles d'une lutte de classes existante, d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux 93. "
À propos de la lutte révolutionnaire au Venezuela, le PCV écrit : " Dans chacune de ces confrontations, apparaît chaque fois plus clairement à quel point peut peser sur le processus le manque d'une avant-garde collective organisée de la révolution. Une avant-garde qui puisse soutenir le tout dans toute circonstance et qui puisse consolider les positions atteintes. Construire cette avant-garde à partir des expériences concrètes de la collaboration est l'une des tâches les plus urgentes des forces révolutionnaires et populaires, et le PCV a la ferme intention de s'y engager 94."

Hugo Chávez lui aussi considère la mise en place d'un fort parti unifié comme une priorité pour faire avancer la révolution. Au cours des huit années écoulées, Chávez lui-même a été la personne autour de qui diverses organisations se sont unies. Mais d'un " parti de la révolution ", il n'était pas encore question.

À partir de 2007, Hugo Chávez veut rassembler en un parti unifié, le PSUV, les diverses organisations qui le soutiennent. Ce parti va constituer un important pas vers l'avant, car il éliminera les cloisons entre les divers groupes politiques qui soutiennent la révolution. À mesure qu'il se consolidera, la collaboration s'améliorera.

Pourtant, avec cela, la première condition d'un parti d'avant-garde n'est pas encore remplie. Il s'agit en effet d'un parti en tant que front de classes et dans lequel sont présents tous les courants qui soutiennent Chávez, allant de ceux qui veulent bâtir une sorte de capitalisme keynésien à ceux qui veulent exproprier les moyens de production le plus vite possible et de préférence immédiatement. Au sein du PSUV, la direction va devoir être assurée par un noyau révolutionnaire qui - tenant compte des intérêts des diverses composantes qui s'unissent - conservera l'objectif du socialisme, mais garantira également que la révolution soit construite sans brûler les étapes et sans négliger la vigilance à l'égard de l'impérialisme.

Le PCV explique pourquoi cette avant-garde est si importante : " La confusion organisationnelle est (en effet) une constante. En compagnie des attitudes "apolitiques" et "anti-parti" qui sont réclamées aujourd'hui par l' "autonomisme" fortement influencé par l'anarchisme, qui se retirent dans des expériences pseudo-autarciques limitées, elle empêche le progrès accéléré de la cohésion idéologico-politique nécessaire, de la collaboration et de l'efficacité du mouvement populaire révolutionnaire, qui est assez fort pour battre la corruption, les arrivistes et la bureaucratie 95."

En décembre 2006, à la proposition de Chávez de former un parti unique, le PCV répond que lui-même " veut stimuler un débat démocratique parmi la population autour des points suivants : (1) la prise de position idéologique du nouveau parti unique de la révolution, partant du marxisme scientifique qui fournit les instruments théoriques pour l'élaboration de la théorie concrète de la révolution vénézuélienne et pour aller de l'avant dans la transformation révolutionnaire de la société ; (2) le concept du socialisme que nous nous proposons de construire au Venezuela, partant des particularités et conditions spécifiques de son développement, de nos propres traditions historiques, des rapports de forces existants dans le monde, dans notre continent et dans notre pays, des contributions théoriques au cours de notre histoire, et tout cela à la lumière de et reposant sur la théorie du socialisme scientifique ; (3) le caractère de classe du parti qui doit être mis sur pied, par lequel nous devons établir s'il s'agit d'un front de classes, comme c'est nécessaire dans la phase de la libération nationale, ou d'une organisation avec une identité de classe précise qui comprend la classe ouvrière et les autres classes et couches de la population qui sont opprimées par le capital, et qui ira dans le sens de la consolidation et du développement de cette phase initiale de transition vers le socialisme ; (4) la définition organisationnelle du parti : organisation de larges masses, organisation de cadres ou organisation qui intègre les deux concepts ; (5) le rôle de la direction collective dans la consolidation et le développement de l'instrument en soi et dans l'accomplissement des objectifs d'approfondissement, d'élargissement et de défense du processus révolutionnaire 96."

Le PCV se demande donc si la proposition de " parti unique " lancée par Chávez fin 2006 se concentre sur la construction de ce parti d'avant-garde, ou alors sur celle d'un parti de front qui réunit les diverses classes. Dans un document préparatoire de son congrès extraordinaire qui sera convoqué en 2007, le PCV poursuit l'élaboration de sa position : il renvoie à la nécessité d'un parti d'avant-garde de la classe ouvrière et d'un large front de toutes les classes et forces qui soutiennent la révolution nationale et démocratique, mais insiste particulièrement sur l'importance de ne pas confondre les deux 97.

La révolution mûrit

L'actuel débat sur le socialisme et sur l'avenir de la révolution fait croître la conscience des diverses classes populaires. En même temps, les mesures concrètes prises aujourd'hui ne sont pas socialistes, mais dirigées contre la domination de l'impérialisme. Au fur et à mesure que cette confrontation se durcira, les contradictions croîtront également au sein du front. De larges couches populaires expérimenteront et comprendront la nécessité de mesures anticapitalistes, comme, par exemple, la poursuite plus radicale encore de l'expropriation des principaux moyens de production. De même, la conscience politique accrue et la force organisationnelle du mouvement populaire vont déboucher sur une radicalisation et rendront possible et nécessaire un bond qualitatif vers la mise en place d'une société socialiste.

Sur deux points essentiels, cette phase suivante sera qualitativement différente de l'actuelle et ne peut, de ce fait, être présentée comme un processus révolutionnaire " permanent ".

  1. Le but de cette seconde phase est non seulement plus anti-impérialiste et démocratique, mais nettement anticapitaliste et socialiste. Dans cette phase, l'expropriation des moyens de production occupe une place centrale en même temps que la mise en application toujours plus poussée d'une économie planifiée dans laquelle les besoins de toute la société servent de fil conducteur. Ceci aussi sera un processus de développement progressif et - en fonction du contexte d'agression et de boycott - parfois laborieux.
  2. Dans la nouvelle phase, les contradictions internes au sein du " front des classes " auront évolué vers des positions antagonistes, dans lesquelles une majorité écrasante soutient non seulement la radicalisation de la révolution, mais la stimule même à aller de l'avant. Le semi-prolétariat aura fait l'expérience de ce qu'une collectivisation des moyens de production est nécessaire et l'écrasante majorité comprendra que le socialisme n'est pas un " choix " mais une nécessité. Au sein de la petite bourgeoisie et de la classe moyenne aussi, les contradictions se seront exacerbées. Et là aussi, il en sera fini du rôle progressiste de la bourgeoisie nationale.

Le Venezuela aujourd'hui
Au cours des huit années écoulées, les rapports de forces ont fortement évolué à l'avantage des simples citoyens. La conscientisation du mouvement populaire s'est fortement accrue. Il y a d'importants premiers résultats. Mais Hugo Chávez a raison quand il dit que la révolution bolivarienne se trouve toujours aujourd'hui au début de sa phase initiale : " La révolution a à peine commencé. Nous n'en avons encore franchi que les tout premiers pas. " Début septembre 2006, lors du lancement de la campagne des élections présidentielles de décembre, il comparaît le Venezuela à la Chine et concluait : " Notre révolution n'est encore qu'une petite fille qui a entamé la première année de ses études. Nous devons bien nous en occuper. " Le socialisme ne se développera pleinement que s'il existe une base industrielle et technologique solide par laquelle la nourriture, la santé, l'enseignement et la culture peuvent être assurés pour tous.

La victoire électorale de Hugo Chávez, fin 1998, marqua un départ de processus révolutionnaire absolument différent d'une révolution armée comme celle de Cuba en 1959 ou celle des sandinistes au Nicaragua en 1979. À Cuba et au Nicaragua, l' " ancien État " avait été complètement balayé et la contre-révolution avait fui le pays dans une large mesure. Au Venezuela, l'élite des riches complote presque impunément à partir des quartiers chics, en concertation étroite avec l'ambassade des États-Unis. En outre, le vieil appareil d'État est encore en grande partie intact. Il doit être démantelé et reconstruit à partir de l'intérieur. Lénine écrivait à ce propos : " L'essentiel n'est point de savoir si les "ministères" subsisteront ou s'ils seront remplacés par des "commissions de spécialistes", ou par d'autres organismes : cela n'a absolument aucune importance. L'essentiel est de savoir si la vieille machine d'État (liée à la bourgeoisie par des milliers d'attaches et toute pénétrée de routine et de conservatisme) sera maintenue ou si elle sera détruite et remplacée par une nouvelle. La révolution ne doit pas aboutir à ce que la classe nouvelle commande et gouverne à l'aide de la vieille machine d'État, mais à ceci, qu'après l'avoir brisée, elle commande et gouverne à l'aide d'une machine nouvelle 98."

Nous ne pouvons oublier qu'au cours des années écoulées, le Venezuela a pu tirer profit du contexte international. L'intensité de la résistance populaire en Irak, qui immobilise les États-Unis et qui les accule à la défensive, et la cherté des prix pétroliers en raison des besoins internationaux croissants et des nouveaux accords au sein de l'OPEP ont donné au pays une plus grande liberté de mouvement. À mesure que cet affaiblissement international des États-Unis se poursuit, voire s'aggrave, le Venezuela peut conserver son espace de manœuvre et même l'accroître. Mais, si les intérêts des États-Unis sont de plus en plus touchés et si la domination états-unienne en Amérique latine est soumise à des pressions plus grandes, la nécessité pour les États-Unis de riposter augmentera elle aussi.

Des pas de géant ont été franchis, durant la période écoulée. Les tentatives de destruction et de liquidation de la révolution ont été écartées avec succès. Mais la force de la bourgeoisie réactionnaire et l'influence des États-Unis demeurent très grandes. Il est plus que probable que la véritable confrontation avec l'impérialisme et la contre-révolution est encore à venir.

Pol De Vos (pdevos@itg.be) travaille au département de Santé publique à l'Institut de Médecine tropicale à Anvers. Il s'y consacre à l'étude des réformes dans les soins de santé en Amérique latine et du système de santé à Cuba. Il est membre de la section internationale du Parti du Travail de Belgique.

Pol De Vos est co-auteur de NGO's. Missionarissen van de nieuwe kolonisatie ? (EPO, 1994). Il a travaillé avec Peter Franssen sur Le 11 septembre. Pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l'air. EPO, 2002 et est co-auteur de " Globalisation et santé. Une alternative à la commercialisation et à la privatisation ", Etudes marxistes 58, 2002.


Notes

1 Au début du 19e siècle, Simon Bolivar a dirigé la lutte de libération contre la domination espagnole sur la région que forment aujourd'hui le Venezuela, la Colombie, le Panama, l'Équateur, le Pérou et la Bolivie (ce dernier pays tirant son nom de Bolivar). Il dirigera le Venezuela depuis son indépendance, en 1823, jusqu'en 1830 (décès de Bolivar).

2 U.S. Department of State Bureau of Western Hemisphere Affairs, Background Note : " Venezuela ", novembre 2006 (http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/35766.htm).

3 Ibidem.

4 wikipedia.org/wiki/Economy_of_Venezuela#Manufacturing.2C_agriculture.2C_and_trade

5 Heritage Foundation, 2006 Index of Economic Freedom, Washington, 2006 (www.heritage.org/research/features/index/country.cfm ?id=Venezuela).

6 U.S. Department of State Bureau of Western Hemisphere Affairs, op.cit.

7 wikipedia.org/wiki/Economy_of_Venezuela#Manufacturing.2C_agriculture.2C_and_trade

8 Rafael Isidro Quevedo (1998), " Venezuela : Un Perfil General ", Agroalimentaria, no 6, juin 1998.

9 Olivier Delahaye, " La privatización de la tenencia de la tierra ", Agroalimentaria, no 16, janvier-juin 2003.

10 U.S. department of State Bureau of Western Hemisphere Affairs, op.cit.

11 World Investment News (www.winne.com/venezuela2/bf03.html).

12 C. Adams, D. J. Mathieson, G. Schinasi et B. Chadha, World Economic and Financial Surveys, International Capital Markets, Developments, Prospects, and Key Policy Issues, International Monetary Fund, septembre 1998 (www.imf.org/external/pubs/ft/icm/icm98/pdf/file07.pdf).

13 Library of Congress, Federal Research Division, Country Studies/Area Handbook Program Country Study Venezuela, sponsored by the U.S. Department of Army (www.country-studies.com/venezuela/the-society.html).

14 Ibidem.

15 U.S. department of State Bureau of Western Hemisphere Affairs, op.cit.

16 José B. Huerta, Radiografía de la Pobreza en Venezuela.

17 La caserne de Maracay est également la base militaire à partir de laquelle, en 1992, Hugo Chávez lança sa rébellion et son coup d'État.

18 Fidel Castro, Discours au théâtre Karl Marx, La Havane, 14 décembre 2004.

19 Richard Gott, Hugo Chávez and the Bolivarian Revolution, Verso, Londres, 2005, p. 175.

20 Cité dans Richard Gott, Hugo Chávez and the Bolivarian Revolution, Verso, Londres, 2005, p. 223-224.

21 Le reportage The revolution will not be televised donne un aperçu détaillé de ces événements au cours de ces journées cruciales. Une équipe de télévision irlandaise qui, à cette époque précise, faisait un reportage sur Chávez, est parvenue à prendre des images durant tout ce temps. Un document qui restera d'une grande valeur historique.

22 Richard Gott, op. cit. p. 253.

23 Eva Golinger, Code Chávez. CIA contre Venezuela, Oser dire, Marco Pietteur éditeur, Luxembourg, 2006.

24 Hugo Chávez, " Discurso sobre el partido único ", 15 décembre 2006.

25 Gregory Wilpert, " Chávez Announces Nationalizations, Constitutional Refom for Socialism in Venezuela ", 8 janvier 2007 (www.venezuelanalysis.com).

26 Gregory Wilpert, ibidem.

27 " Mercal es el lugar más visitado para comprar alimentos ", Datanalisis, mai 2006 (www.datanalisis.com.ve).

28 Jorge G. Castañeda, " Latin America's Left Turn ", Foreign Affairs, mai-juin 2006.

29 Andy Webb-Vidal, " Chávez opts for oil-fuelled world tour while progress slows on social issues. Challengers point to failures in housing and poverty ahead of December's elections ", Financial Times, 11 mai 2006.

30 M. Weisbrot, L. Sandoval, D. Rosnick, " Índices de pobreza en Venezuela : En búsqueda de las cifras correctas, Informe Temático ", Center for Economic and Policy Research, Washington, mai 2006.

31 Steven Mather, " Venezuelan Economy Grows Over 10 % for 3rd Year in A Row ", 3 janvier 2007 (venezuelanalysis.com).

32 Andres Oppeheimer, " A miracle ! Venezuela's poverty has suddenly fallen ", Miami Herald, 27 octobre 2005.

33 R. Rico et C. Alva, (2005), " Las misiones sociales venezolanas promueven la inclusión y la equidad. La revolución bolivariana sorprende al mundo ", Fundación Escuel-a de Gerencia Social, Ediciones FEGS, Caracas.

34 " Impacto Social de la Misión Mercal ", INE, Caracas, septembre 2005 (www.ine.gov.ve).

35 Hugo Chávez, " Cosecha industrial ", Caracas, discours du 23 juillet 2003.

36 Ibidem.

37 Ibidem.

38 Ibidem.

39 Betsy Bowman et Bob Stone, "Venezuela's Cooperative Revolution ", Dollars & Sense, 29-7-2006.

40 Basé sur : Steven Mather, " Joint Ventures : Venezuela's Faustian Pact with Foreign Capital ", Venezuelanalysis.com, 30 septembre 2006 (http://www.venezuelanalysis.com/articles.php ?artno=1837).

41 Emilio Marin, " Relaciones con Estados Unidos serán aún más tirantes ", www.laarena.com.ar, 11 janvier 2007.

42 Article 306 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela.

43 Gregory Wilpert, " Venezuela's Land Reform, Land for People not for Profit in Venezuela ", Venezuelanalysis.com, 23 août 2005 (www.venezuelanalysis.com/articles.php ?artno=1529).

44 La réglementation récente stipule que toutes les terres en friche de haute qualité agricole et de plus de 50 hectares, ainsi que toutes les terres de faible qualité et de plus de 3 000 hectares entrent en ligne de compte pour l'expropriation (et il y a encore quatre catégories entre ces deux extrêmes) [Article 14, Ley de Tierras y Desarrollo Agrario].

45 Provea, " Informe Anual 2003/2004 ", p. 241, no 56.

46 Maurice Lemoine, " Terres promises du Venezuela ", Le Monde Diplomatique, octobre 2003.

47 Sarah Wagner, " Mercal : Reducing Poverty and Creating National Food Sovereignty in Venezuela ", 24 juin 2005 (http://www.venezuelanalysis.com/articles.php ?artno=1486).

48 Alex Holland, " Venezuela's Urban Land Committees and Participatory Democracy ", 11 février 2006 (www.venezuelanalysis.com/articles.php ?artno=1668).

49 Interview de Martha Harnecker, Green Left, Weekly issue #693, 6 décembre 2006.

50 Steven Mather, " Venezuelan Government Announces $5 Billion for Communal Councils in 2007 ", www.venezuelanalysis.com, 10 janvier 2007.

51 Hugo Chávez, " Discours lors de la désignation du nouveau gouvernement ", 8 janvier 2007.

52 CP of Venezuela, " Support The Presidential Call for the Workers' Councils ", 1er février 2007, (www.pcv-venezuela.org ; www.tribuna-popular.org).

53 M. Harnecker, Venezuela : Militares junto al pueblo. Entrevistas a nueve Comandantes venezolanos que protagonizaron la gesta de abril 2002, Caracas 2005, p. 8-14. In : Marc Vandepitte, Venezuela : revolutie in zijn kinderschoenen, 28 octobre 2006 (www.cubanismo.net).

54 Heinz Dieterich, " Nace la Doctrina Militar de la Revolución Venezolana ", Rebelión, 17 décembre 2004, http://www.rebelion.org/noticia.php ?id=8980.

55 Alexander Holland, " Venezuela's Weekend Warriors ", Venezuelanalysis.com, 8 mai 2006.

56 Antonio Guillermo García D. La SIP : Falta de autoridad moral e interés tergiversado, 23 mars 2006 (www.bolpress.com/art.php ?Cod=2006032309).

57 www.venamcham.org/espanol/sala_venamcham_medios_ene23.htm

58 Pascual Serrano, Rebelión, 22 octobre 2003.

59 Antonio Guillermo García D. op.cit.

60 Venezuela Analítica, 23 mai 2002.

61 Richard Gott à propos de la nouvelle biographie de Pablo Bachelet, " Gustavo Cisneros : Un Empresario Global ", New Left Review, 7 juin 2006.

62 BBC (émissions en espagnol), 28 décembre 2006 (http://news.bbc.co.uk/hi/spanish/latin_america/newsid_6215000/6215575.stm).

63 Antonio Guillermo García D. op.cit.

64 Sujatha Fernandes, " Growing Movement of Community Radio in Venezuela ", ZNet, 26 décembre 2005 (www.venezuelanalysis.com/articles.php ?artno=1637).

65 Catia TVe Collective, Catia TVe, " Television From, By and For the People ", 19 juillet 2006.

66 Jim McIlroy and Coral Wynter, " Telesur : Another Television is Possible ", Green Left Weekly, 15 février 2006.

67 Hugo Chavez, Discours prononcé à Mar del Plata, 7 novembre 2005.

68 L'Algérie, l'Indonésie, l'Iran, l'Irak, le Koweït, la Libye, le Nigeria, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Venezuela (www.OPEC.org).

69 Cité dans Richard Gott, op.cit., p. 170.

70 Hugo Chávez Frías, Message annuel de nouvel an, 14 janvier 2005.

71 Ibidem.

72 Fidel Castro, Discours prononcé au congrès du syndicat des travailleurs médicaux, 16 février 2005 (notes personnelles).

73 Hugo Chávez, discours, 15 décembre 2006.

74 Manuel Cabieses Donoso, " Où va Chávez ? " Punto Final (www.puntofinal.cl), no 597, 5-18 août 2005, Chili (traduction : Ataulfo Riera, RISAL - www.risal.collectifs.net).

75 Hugo Chávez, Discours sur le parti unique, 15 décembre 2006.

76 Ibidem.

77 Ibidem.

78 Ibidem.

79 Manuel Cabieses Donoso, op.cit.

80 Hugo Chávez, Discours sur le parti unifié, 15 décembre 2006.

81 Manuel Cabieses Donoso, op.cit.

82 Hugo Chávez, Discours sur le parti unifié, 15 décembre 2006.

83 Lénine, L'État et la révolution, 1917, Œuvres, t. 25, p. 499.

84 Voir à ce propos : Henri Houben, " La globalisation, une analyse marxiste ", Études marxistes, no 75, 2006, p. 93-120.

85 Hugo Chavez, Discours à Mar del Plata, 7 novembre 2005.

86 Parti communiste du Venezuela, 3e Plénum du Comité central, 28 décembre 2005.

87 Ce thème est développé en détail dans : Peter Mertens, La classe ouvrière à l'ère des entreprises transnationales, Études marxistes, no 72, 2005 (ch. 1, p. 11-38).

88 Manuel Cabieses Donoso, op.cit.

89 www.ptb.be/scripts/article.phtml ?section=A1AAABBQBF&obid=20935#2

90 Christine Thomas, 4 octobre 2005 (www.socialistworld.net/french/2005/10/20051004.html).

91 La Riposte, Premier " Rassemblement latino-américain des entreprises sous contrôle ouvrier ", 29 novembre 2005.

92 Parti communiste du Venezuela, 3e Plénum du Comité central, 28 décembre 2005.

93 Ibidem, ch. 2, p. 39-75.

94 Ibidem.

95 Ibidem.

96 Parti communiste du Venezuela, 4e Plénum du Comité central, 21 décembre 2006.

97 Parti communiste du Venezuela, " Tesis de discusión sobre el Partido de la Revolución ", 4e et 5e plénums du Comité central, Caracas, 21 décembre 2006 et 18 janvier 2007.

98 Lénine, L'État et la révolution, 1917, Œuvres, t. 25, p. 525