Aperçu du programme Université marxiste été 2017

 Université Marxiste d'été 2017

Du 19 au 24 août
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Marx pour débutants — Fayçal Blidi / 19 - 21 août.

Le marxisme est une théorie qui nous aide à comprendre la société injuste dans laquelle nous vivons. Mais au fait, avons-nous besoin d’une théorie pour changer le monde ? L’action ne suffit-elle pas ? Lors de n’importe quelle discussion pour convaincre qu’il faut lutter, on peut entendre des excuses du genre « manifester ça sert à rien », « les gens sont égoïstes », « ce sont les patrons qui donnent du travail », etc. Tout le monde a dans la tête des idées sur comment fonctionne la société et comment l’améliorer. Ces idées, qu’on le veuille ou non, sont influencées par le discours des médias, par Internet, par l’école, par les partis politiques, etc. Or, on ne peut se battre de manière efficace pour changer la société sans savoir ce qui est faux dans tous ces préjugés.

Avec des lunettes marxistes, on regarde la société autrement et on comprend comment agir. Là où les grands médias ne voient que des problèmes communautaires, le marxiste verra des travailleurs et des patrons. Contre le défaitisme, le marxiste tirera toujours des leçons qui renforcent la lutte des travailleurs.Ce cours d’introduction au marxisme est ouvert à tous. Seule compte la motivation pour comprendre le monde et le changer. Il sera ludique : nous utiliserons des vidéos, des bandes dessinées, des tableaux, etc.

Au programme de la formation, il y aura :

  • Une introduction sur ce qu’est la philosophie, l’idéalisme et le matérialisme.
  • La dialectique et la logique formelle.
  • L’histoire des modes de production, de l’État et des classes sociales.
  • L’économie politique du capitalisme : la loi de la valeur et la plus-value.
  • Le socialisme.

​  Fayçal Blidi est licencié en sciences économiques.

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Dix jours qui ébranlèrent le monde : l'impact international de la révolution d'Octobre — Adrian Thomas / 23 août.

Cette année, les révolutions russes ont cent ans. Les révolutions ? Oui, car en 1917, il y en eut deux en Russie : la première en février, qui renversa un régime arriéré et autoritaire, la seconde en octobre, qui abolit le capitalisme et accéléra la fin de cette grande boucherie qui causa la mort de près de vingt millions d'êtres humains : la première guerre mondiale. Russes, ces révolutions ? Certes la vague révolutionnaire naît en Russie, mais dès 1918, elle s'étend à l'Allemagne, en 1919 elle atteint la Hongrie et enflamme l'Italie. Toute l'Europe, la Belgique également, a été remuée par des mouvements sociaux sans précédent entre 1918 et 1921. De cette gigantesque contestation de l'ordre bourgeois, de grandes avancées sociales et démocratiques ont émergé. La Belgique fut agitée par des grèves incessantes et la peur panique des nantis pour la menace révolutionnaire. Grâce à ces luttes, les travailleurs belges ont obtenu le suffrage universel masculin, le droit de grève, la journée des 8 heures, l'indexation des salaires, l'impôt progressif sur les revenus et les premières allocations de chômage.

Adrian Thomas est enseignant. Il est historien, spécialisé dans l'histoire du mouvement ouvrier. 

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L'homme supercoopérateur — Johan Hoebeke / 19 - 20 août.

« La survie du plus apte », qu’est-ce que cela vous évoque ? Les réponses pourraient être : « Darwin », « la loi du plus fort », « l’intérêt personnel », « la compétition », « l’agression », « l’égoïsme ». « Darwin » est exact, bien sûr. Mais les autres réponses proviennent d’un malentendu historique et d’un abus idéologique. Car les espèces qui ont le mieux prospéré sont justement celles qui ont le plus collaboré. Notre survie est plus due à la coopération qu’à la concurrence. Darwin lui-même l’avait constaté, mais cet aspect de son œuvre n’a jamais été pris en compte à cause du darwinisme social qui avait pour leitmotiv l’égoïsme et le racisme pseudo-scientifique. Non, nous ne sommes pas les loups affamés de profit décrits par les économistes néolibéraux. Marx et Engels ont exclu le darwinisme social de la théorie de l’évolution.

Cette formation contribue à l’élaboration d’une culture contre-hégémonique dans la lutte des idées, contre la vision néolibérale du monde, pour une vision progressiste basée sur la solidarité.

Johan Hoebeke a été chercheur à la Vrije Universiteit Brussel avant de rejoindre le CNRS où il continua ses recherches en immunologie moléculaire à Paris, à Göteborg, à Tours et enfin à Strasbourg. Depuis sa retraite, il se consacre à l’étude de l’histoire des théories de l’évolution.

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La ville est à nous — Alice Romainville / 20 août.

La pression monte sur les quartiers centraux d’habitat populaire. Au centre de Bruxelles comme dans quantité d’autres villes, ces quartiers appauvris, dépréciés et stigmatisés paraissent à présent convoités de toutes parts. Des nouveaux logements haut de gamme sortent de terre, des commerces « branchés » ouvrent leurs portes, des entreprises « innovantes » s’installent et les gouvernants s’activent à faire « renaître » des portions de la ville qu’ils croyaient « oubliées ». En ce début de 21e siècle, les quartiers centraux d’habitat populaire semblent bien devenus de nouveaux objets du désir capitaliste.

D’où viennent, par où passent ces convoitises et qui les porte ? Quel est le rôle des promoteurs et des investisseurs ? De ceux que beaucoup appellent « bobos » ? De la puissance publique ? Et comment les habitants et les activités ordinaires des quartiers populaires s’en sortent-ils face à ces pressions ? Au final, les questions ne manquent pas pour ceux qui veulent chercher à comprendre cette gentrification en cours des quartiers populaires et s’y opposer.

Alice Romainville est chercheuse au Laboratoire de géographie humaine à l’ULB. Sa thèse de doctorat, défendue en 2015, s’intitule La production capitaliste des logements à Bruxelles.

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Luttes et conquêtes du mouvement ouvrier belge — Julien Dohet / 19 - 20 août

Saviez-vous que la grève générale est une vieille tradition du mouvement ouvrier belge ? Lénine et Rosa Luxembourg admiraient la Belgique pour ce puissant moyen de lutte.

Saviez-vous que malgré sa division en trois syndicats (FGTB, CSC et CGSLB), la classe ouvrière belge est l’une des plus syndiquées au monde ?

Saviez-vous que la lutte la plus importante des travailleurs belges entre 1910 et 1921 était celle pour la journée des huit heures (d’où le nom de Maison des huit heures) ?

« L’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Cette célèbre formule a été inscrite par Karl Marx dans les statuts provisoires de l’Association internationale des travailleurs.

L’historien et militant syndical Julien Dohet nous invite à découvrir, à travers l’histoire des luttes du mouvement ouvrier belge, comment les conquêtes sociales et démocratiques ont été arrachées. Une formation qui encouragera aussi à la réflexion sur les moyens de les défendre aujourd’hui…

Julien Dohet est historien de formation et administrateur à l'IHOES.

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Le féminisme à l’ère du néolibéralisme — Irène Kaufer / 21 août

Hillary Clinton, Miley Cyrus, Beyoncé, l’ancienne présidente du Medef Laurence Parisot et même Emmanuel Macron, tous se revendiquent pêle-mêle du féminisme.

Parallèlement, un rapport de l’ONU souligne que ce sont les femmes qui subissent en premier les politiques d’austérités mises en place par les mêmes gouvernements occidentaux qui n’hésitent pas à brandir le drapeau du féminisme.

Se pose donc la question : De quel féminisme avons-nous besoin aujourd’hui ?

Il s’agira d’aborder les notions fondamentales du patriarcat et du genre, ainsi que leurs rapports avec le capitalisme.

L’objectif du cours est de pouvoir se repérer parmi les différentes tendances du féminisme et réfléchir à la manière d'articuler le féminisme avec l'ensemble du mouvement social.

Irène Kaufer est née en Pologne et arrivée en Belgique avec l'Exposition Universelle de 1958. Militante féministe et syndicale, elle a participé dans les années 1970 à l'aventure de l'hebdomadaire POUR, auquel elle a consacré un premier roman sous forme de polar (Fausses pistes, Luc Pire, 1995). Après de longues années dans une grande entreprise de commerce culturel, elle a terminé sa carrière à l'asbl Garance, association de prévention des violences basées sur le genre. Elle est membre de la rédaction de la revue Politique et collabore régulièrement au magazine Axelle, ainsi qu'occasionnellement à d'autres publications. En 2005, elle a publié un livre d'entretiens avec la philosophe Françoise Collin, "Parcours féministe" (chez Labor, réédition chez iXe en 2014).

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Libre-échange : mythes et mirages — Bruno Poncelet / 22 août

Tout le monde connaît les histoires qui endorment les enfants. Et s’il existait des histoires pour endormir les adultes ? Et s’il existait des contes pour mettre en veilleuse notre sens critique, quelles seraient ces histoires ? Tentative de réponse avec une histoire à dormir debout : le libre-échange apporterait à tous richesse et bien-être…

L’histoire se passe à la fin du siècle dernier, où plusieurs événements successifs remplissent de joie les fidèles zélateurs du libre-échange. En 1993, l’Union européenne lance le marché unique avec la fin des contrôles douaniers aux frontières et quelques années plus tard, c’est l’adoption d’une monnaie unique, l’euro. Entre-temps, en 1989, un affreux mur est tombé du côté de Berlin, tandis que le monde entier s’écrie « liberté, liberté ». Pour fêter la mort de l’ogre communiste, les élites du monde occidental ne perdent pas de temps : elles s’empressent de faire rejoindre aux anciens pays de l’Est l’ordre juridique du capitalisme, notamment par l’intégration au sein de l’Union européenne et de son marché unique. Ainsi, une très grande partie de l’Europe bascule dans un ordre nouveau, où la circulation de l’argent, des marchandises et des lieux de production tient lieu de constitution, l’emportant sur toute autre considération.

Si cela fonctionnait, si ce choix politique était judicieux, cela se saurait ! Depuis trente ans que le monde politique impose et renforce le libre-échange, nous devrions aujourd’hui vivre dans un monde prospère et harmonieux. Pourtant, les écarts de richesse s’aggravent, la pauvreté extrême conquiert de nouveaux territoires (notamment en Grèce ou en Espagne), tandis que les forêts reculent, les produits toxiques pullulent, des espèces vivantes disparaissent et que nous ne maîtrisons toujours pas le réchauffement climatique.

Ce cours se propose non seulement de parcourir les multiples échecs du marché unique européen, mais aussi de décortiquer les accords internationaux existants tels l’OMC et l’ALENA, ainsi que ceux que les zélateurs du libre-échange veulent nous imposer, tels le TTIP et le CETA.

Bruno Poncelet est anthropologue de formation. Il travaille au CEPAG en tant que formateur syndical. Il anime également la plateforme www.no-transat.be (lancée en 2011 pour dénoncer le TTIP). Enfin, il publie des articles sur www.econospheres.be et a publié deux livres, dont Europe : une biographie non autorisée paru en 2014 chez Aden. Sa prochaine publication portera sur les enjeux du capitalisme numérique.

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Contre l’allocation universelle Mateo Alaluf & Jean-Marie Harribey / 21 août

Depuis la crise de 2008, l’idée d’une allocation universelle suscite un engouement renouvelé, tant en Europe qu’en Amérique. Le projet trouve des appuis à gauche comme à droite et, de l’avis de bien des spécialistes, il pourrait être le fondement des politiques sociales de l’avenir. Plus d’un penseur critique l’a prôné, Philippe Van Parijs, Toni Negri, José Bové ou André Gorz, mais que signifie vraiment cet étonnant consensus ? Pourtant, l’allocation universelle est une idée de droite, elle fait partie de l’idéologie néolibérale qui, sous couvert de « lutte contre la pauvreté », veut abattre tout ce qui fonde la sécurité sociale. De plus, selon Mateo Alaluf et Jean-Marie Harribey, elle consacre l’abandon de l’enjeu politique central des cent cinquante dernières années : le conflit entre le capital et le travail. Ce cours a l’ambition de rappeler l’importance décisive de cette question, et développer pourquoi il faut impérativement être contre l’allocation universelle.

Mateo Alaluf est sociologue, chargé de cours à l’ULB. Il a notamment publié en 2005, Protection sociale et emploi et en 2012, Mesures et démesures du travail.

Jean-Marie Harribey est économiste, spécialisé en économie politique, en particulier la théorie de la valeur et le développement durable. Il a été coprésident d’ATTAC-France et de l'association Les Économistes atterrés. Il a notamment publié en 2013, La richesse, la valeur et l'inestimable, Fondements d'une critique socio-écologique de l'économie capitaliste et en 2017, Par ici la sortie, Cette crise qui n'en finit pas.

Mateo Alaluf et Jean-Marie Harribey ont également co publié en 2016 avec le concours de Daniel Zamora et Seth Ackerman, Contre l’allocation universelle aux éditions Lux.

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Le féminisme à l'ère néolibérale — Irène Kaufer / 21 août

Le descriptif de ce cours sera bientôt disponible.

Irène Kaufer est militante féministe depuis plus de quarante ans. Elle est rédactrice à l'association Garance, association de prévention des violences basées sur le genre. Elle est également membre de la rédaction de la revue Politique et collabore régulièrement au magazine Axelle.

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L’origine des classes sociales et de l’oppression des femmes Christophe Darmangeat / 23 août

S’intéresser aux rapports entre les sexes dans la préhistoire et les sociétés primitives, quelle drôle d’idée ! Pourtant, si à première vue ce thème peut paraître bien éloigné des problèmes actuels, son intérêt dépasse de très loin le plaisir de la connaissance pour la connaissance. L’oppression des femmes persiste en effet comme un des traits marquants de notre époque. Or, pour toutes celles et tous ceux qui veulent œuvrer à ce que cette oppression disparaisse, il est crucial de comprendre quels sont ses racines et ses mécanismes, car ce n’est qu’en comprenant un phénomène qu’on peut le combattre efficacement. Telle était déjà la conviction de ceux qui fondèrent le courant socialiste, du temps où ce mot signifiait encore le renversement complet du capitalisme et l’instauration d’une société égalitaire. Un siècle et demi plus tard, ceux qui n’ont pas renoncé à transformer le monde ont toutes les raisons de suivre les traces de ces fondateurs.

Christophe Darmangeat est Docteur en économie, il enseigne depuis 1992 à l'Université Paris 7 Diderot. Il est l'auteur du livre Le communisme primitif n'est plus ce qu'il était édité par le Collectif d'édition Smolny en 2009.

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Le marxisme et les défis du mouvement LGBT+ — Loïc Fraiture & Arne Nouwen / 22 août.

Quest-ce que le mouvement LGTB+ ? Où en est l'homo-lesbo-trans-phobie dans notre pays ? Les orateurs, militants engagés, nous ferons part de leur expérience et de leur analyse de l'état actuel des luttes d'émancipation des homosexuels et transgenres en s'attachant à leurs aspects historiques.

Ils nous parlerons de l'histoire, mais aussi des défis auxquels est confronté ce mouvement aujourd'hui – comme par exemple les tentatives de récupération du gouvernement israélien ou de la Ville d'Anvers par “pinkwashing”. Quelle position adopter à gauche ?Comment ne pas tomber dans le piège tendus par la droite qui ratisse large pour gagner des soutiens à sa politique néolibérale et austéritaire ?

Loïc Fraiture et Arne Nouwen sont activistes au MIX qui est le groupe de travail LGBT+ du PTB.

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Comprendre l’économie Nabil Boukili / 22 - 24 août

La crise actuelle, commencée en 2007 et généralisée avec la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008 est la plus grave, la plus longue depuis les années 30.

On l’a présentée comme une question de mauvaise gestion et de cupidité des dirigeants des grandes banques. Mais ne faudrait-il pas aller plus loin et se demander si ce n’est pas le système capitaliste lui-même qui est en faillite ?

Vous voulez savoir pourquoi il y a des crises, du chômage, des délocalisations, ce qu’on veut dire par compétitivité, pourquoi certains deviennent riches alors que vous qui avez trimé toute votre vie vous n’avez droit qu’à une petite pension ? Vous remettez en question le discours qui prétend que les salariés ont, comme les patrons, tout intérêt à améliorer la compétitivité de leur entreprise ? Vous vous demandez si oui ou non les crises économiques sont la preuve que le capitalisme est dépassé ? Bref, vous voulez comprendre comment fonctionne le capitalisme ? Alors vous devez participer à ce cours d’introduction aux mécanismes économiques. Les thèmes suivants y seront étudiés :

  • La marchandise et la valeur
  • La plus-value et l’exploitation
  • Les prix et le profit
  • Les crises

Nabil Boukili est un administrateur de l’université marxiste, spécialisé dans les questions économiques.

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Les historiens de garde — Aurore Chéry / 24 août

Le détournement de l’histoire à des fins nationalistes ne date pas d’hier. Alors que l’histoire doit viser à la compréhension des sociétés humaines, elle se trouve trop souvent ramenée à un rôle de support de mythologies patriotiques réactionnaires. L’un des derniers avatars de ce détournement est la publication, très médiatisée en France, du livre de Lorànt Deutsch Métronome. L’ouvrage fait l’apologie de la monarchie, cultive la nostalgie d’un passé fantasmé et stigmatise la Révolution française,  la ramenant à une suite d’épisodes terroristes. Il se situe dans un état d’esprit bien plus répandu qu’on ne pourrait le croire.

Aurore Chéry est docteure en histoire moderne, chercheuse au laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes et membre du conseil d’administration du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire. Elle a publié avec William Blanc et Christophe Naudin Les historiens de garde aux éditions Libertalia en 2016.

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L’Europe des multinationales — Gérard de Sélys / 24 août.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis ont favorisé la construction ouest-européenne afin de créer un bloc capitaliste capable de résister au communisme. À partir des années 1950, leur implication en Europe diminue. Mais l’unification ne s’arrête pas pour autant et à partir de 1955, elle reprend sous la pression du grand patronat européen, en particulier franco-allemand.

A partir des années 90, la construction européenne devient une machine de guerre néolibérale destinée à détruire les conquêtes sociales des travailleurs.

À Bruxelles, dans les années 2000, loin des ONG, les lobbies patronaux préfèrent le huis-clos avec les bureaucrates pour faire progresser leurs affaires. Pour parvenir à leurs fins, les lobbyistes doivent se fondre dans les logiques de la bureaucratie européenne. Et les liens intimes qu’entretient le capitalisme avec celle-ci se voient quotidiennement réactualisés.

Gérard de Sélys a été journaliste à la RTBF de 1973 à 2004. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’Europe et les privatisations des années 90, dont l’Europe telle qu’elle en 1993 et Privé de public, à qui profitent les privatisations en 1996.

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Les droits de l’homme en Belgique : où en sommes-nous ? — Leïla Lahssaini / 22 août

On sait que les droits ne sont jamais donnés, qu’ils doivent être conquis. Qu’ils soient le produit de petites victoires ou de grandes révolutions, les droits fondamentaux demeurent fragiles. Les inscrire dans une déclaration universelle, des conventions internationales ou des constitutions ne les rend pas intangibles : ils restent tributaires d’un rapport de force politique, lui-même changeant par nature. Défendre ces droits, les faire progresser, relève d’une lutte sociale permanente qui s’inscrit nécessairement dans le contexte du temps présent.

Austérité, lutte contre le terrorisme, remise en question des droits, remise en cause des acquis sociaux et de certaines méthodes de contestation sociale… la pression est mise sur certaines libertés fondamentales.

Ces dernières années, de nombreuses catégories (sociales, professionnelles, ethniques…) de la population ont exprimé, en manifestant, en lançant des pétitions, en faisant grève ou en allant devant la justice, leurs critiques, mécontentement ou colère. La démocratie fait encore entendre sa voix. Mais est-elle écoutée ?

Leila Lahssaini a obtenu deux Master en droit et en droit international public à l’ULB. Elle est avocate au cabinet Progress Lawyers Network et est co-auteure du dernier rapport de la Ligue des Droits de l’Homme en Belgique.

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Quels droits face à la police ? — Mathieu Beys / 23 août

Dans quels cas les policiers peuvent-ils contrôler mon identité, me fouiller, m’arrêter ou entrer chez moi ? Puis-je prévenir un proche que je suis arrêté et voir un avocat ? Que peut savoir la police grâce à mon téléphone et à mon ordinateur ? Suis-je obligé de répondre aux questions des policiers ? Dans quel cas puis-je invoquer le secret professionnel ou le secret des sources journalistiques ? Suis-je obligé de signer le PV ? Et si je suis victime, comment porter plainte et vérifier si les policiers mènent sérieusement l’enquête ?

Ce cours vous éclairera sur les questions que tout citoyen peut se poser sur les pouvoirs de la police en Belgique et donne des pistes de réactions concrètes à celles et ceux qui veulent défendre leurs droits après une intervention ou une abstention policière abusive.

Mathieu Beys est auteur d’un manuel juridique et pratique Quels droits face à la police ? Il est également créateur du site internet du même nom.

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SOS faim dans le monde : les enjeux alimentaires du développement durable — Thierry Kesteloot / 23 août

La population mondiale est plus nombreuse, plus urbaine, plus consommatrice par habitant au point que la sur-nutrition et les pathologies associées sont à considérer au même titre que la sous-nutrition, qui continue de frapper une personne sur sept dans le monde. La consommation alimentaire augmente en quantité et s’uniformise, bien que des déficits caloriques et des carences subsistent dans certaines régions. La demande d’énergie et de matériaux continue de croître et la substitution du carbone fossile par de l’énergie d’origine renouvelable est devenue un enjeu global. Plus que jamais, disparités sociales et économiques causent conflits globaux et migrations. L’humanité est à l’origine d’un dérèglement climatique incontrôlé, dont elle est aussi la victime et qu’elle cherche aujourd’hui à maîtriser. L’ensemble de ces tensions met sous contrainte des biens communs comme l’environnement et la biodiversité.

Thierry Kesteloot est conseiller à OXFAM-Solidarités pour les questions agricoles et les systèmes alimentaires.

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Les théories du complot — Michel Collon / 19 - 20 août

Deux conceptions du monde se disputent la critique du libéralisme.

L’une est réactionnaire, l’autre révolutionnaire. L’une défend la révolte des nations contre « l’Empire », l’autre veut unir les travailleurs du monde entier contre la domination des capitalistes. La première voit partout des complots et des réseaux d’élites, là où la seconde analyse des luttes de classes.

Théories du complot contre marxisme. Quelles sont les conséquences pratique et politique de chacune de ces théories ? Les théories du complot estiment que l’oppression des travailleurs est inévitable et éternelle, tandis que le marxisme s’assigne pour but de mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme.

Michel Collon est écrivain et journaliste, fondateur du site Investig'Action. Il est auteur de plusieurs livres dont Attention, médias ! , Libye, Otan et médiamensonges et Je suis ou je ne suis pas Charlie ?

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Le monde, malade de la finance ? — Henri Houben / 21 août

Aujourd’hui, la finance est partout. Elle domine tout. Si bien que, face à ces géants de la banque, des assurances, du crédit, des affaires, on se demande comme simple citoyen si on n’est pas tout simplement impuissant. Mais, pour lutter efficacement, il faut d’abord comprendre la nature de ce pouvoir envahissant. Qu’est-ce qu’est cette finance qui nous entoure au point de nous étouffer ? Quelle est sa force réelle ? En quoi réside sa capacité d’influence ? D’où vient sa domination et comment pouvoir s’en extirper ? Et répondre à ces questions, c’est d’abord s’interroger sur le lien qui unit ou non cette finance, lieu de centralisation du capital-argent, et le développement capitaliste, qui a besoin de ce capital pour croître indéfiniment et assouvir la soif de profit des entreprises, de leurs dirigeants et de leurs actionnaires. C’est aussi se demander si la crise, dont nous subissons encore les effets à travers les divers plans d’austérité à répétition, est seulement financière ou si elle n’implique pas tout un système plus large et plus profond.

Henri Houben est économiste et chercheur au Gresea, membre d’AB2 et auteur du livre La crise de trente ans. La fin du capitalisme ? paru chez ADEN en 2011.

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Poésie et engagement — Francis Combes / 19 août

“Poésie et révolution”, avant-dire par Francis Combes :

Le XXe siècle a été le siècle des poètes communistes. Aragon, Eluard, Maïakovski, Brecht, Neruda, Hikmet, Ritsos, Vallejo, Alberti, Guillen, Darwich, Aï Tsing… le nombre des poètes qui a un moment de leur vie (ou toute leur vie) ont été liés  au combat pour le socialisme et le communisme et la place qui fut la leur dans l’histoire de la poésie mondiale, justifient cette affirmation qui peut sans doute en étonner certains. On s’interrogera sur les raisons qui expliquent ce phénomène, mais plus encore sur ce que ces poètes, dans leur diversité, ont apporté au combat collectif. Ce sera l’occasion de réfléchir sur la fonction sociale du poète et de la poésie. Ce qui est en jeu, à travers elle, c’est à la fois cette aventure particulière du langage que suppose toute grande poésie, mais aussi le devenir de notre sensibilité et de notre conscience, la poésie, à mes yeux, n’étant pas seulement un art du langage mais une forme de la conscience sensible.

Aborder ce sujet conduit à réfléchir au rapport entre la « vérité pratique » et « l’utopie concrète » (comme disait le philosophe marxiste Ernst Bloch), le réalisme et l’irréalisme, le matérialisme et l’idéalisme, qui dans le domaine esthétique, entretiennent des relations particulières. C’est aussi, par là-même, s’interroger sur ce qu’on pourrait appeler, dans une optique tout à fait matérialiste, « la dimension spirituelle » du communisme.

La révolution poétique initiée par Rimbaud et prolongée par les avant-gardes du début du siècle avait fait du mot d’ordre de « changer la vie », la tâche même de la poésie. Pour beaucoup, cette transfiguration de la vie devait passer par la libération du désir, de l’inconscient et du langage. Les poètes communistes ont participé à cette aventure mais ils ont aussi cherché à la dépasser. Il y a, pour reprendre le titre d’Eluard, une « leçon de morale » non seulement de la révolution poétique du XXème siècle, mais, au sein de cette révolution, précisément de la poésie que l’on dit « engagée ».
On essayera aussi d’aborder les problèmes spécifiques que pose cette poésie et qu’il ne s’agit pas d’esquiver.

Mais, quelles que soient les personnalités, les tempéraments et les esthétiques diverses (et parfois tout à fait opposées) de ces poètes, tous ont eu  à prendre en compte le drame de la condition humaine, dans les conditions de la société capitaliste, et sa transformation possible. Tous ont développé des valeurs en grande partie nouvelles au regard de la tradition poétique : la fraternité, la solidarité, l’espérance humaine, valeurs liées aux nécessités du combat. Dans le même temps, ils ont été conduits à donner de nouvelles formulations à quelques-unes des questions les plus universelles traitées par les poètes de toutes les époques et de tous les pays : le rapport entre lyrisme, satire et épopée, la question du malheur et du bonheur, l’attitude face à la vie et la mort, la confiance dans l’avenir et la part maintenue du mystère, et par-dessus tout peut-être, la nécessité de la réinvention de l’amour. En liant la question du bonheur individuel au combat pour le bonheur commun, ils ont donné une réponse nouvelle à la question d’Hölderlin : habiter le monde en poète.

Enfin, j’espère que cette rencontre, tirant quelques conclusions de la grandeur et des limites de cette histoire, sera aussi l’occasion d’esquisser les voies possibles, en ce début de XXIème siècle, d’une poésie qui se voudrait révolutionnaire.

Francis Combes est né en 1953 en Lozère (France). Diplômé de Sciences Po Paris, il a ensuite suivi des études de langues orientales (russe, chinois et hongrois). En 1993, avec un collectif d’écrivains, il fonde les éditions Le temps des cerises, dont il a été le directeur jusqu’à la fin de 2011. Il est aussi l’un des fondateurs, en 2003, de l’Association L’Autre Livre qui fédère des éditeurs indépendants. Poète, anthologiste, romancier et traducteur, sa bibliographie est impressionnante. Depuis 2011, il dirige la Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne, et nourrit un blog intitulé « Poésie d’utilité publique ».

On peut lire Francis Combes et Patricia Latour dans L’Humanité où ils tiennent une chronique hebdomadaire.

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Histoire, identité et politique – Roel Jacobs / 21 août

L’identitaire prend souvent un contenu conservateur. Pourtant, l’identité de droite, ce n’est pas de dire ce qu’on est, c’est dire ce qu’on n’est pas. C’est dire en quoi l’autre est inférieur, moins bon, négatif. C’est de créer des intolérances et d’utiliser l’identitaire comme un élément d’opposition à l’autre. Roel Jacobs : « À Bruxelles, Nols a d’abord haï les Flamands avant de haïr les gens du Maghreb. Lorsque le Vlaams Belang se permet de récupérer l’abbé Daens sans vergogne, c’est parce que le monde ouvrier chrétien ne l’a pas assez mis en évidence comme faisant partie de son patrimoine culturel ».

Le problème c’est que la gauche est parfois partie dans une démarche semblable. Si une certaine gauche francophone considère que tout ce qui est flamand est automatiquement de droite, Roel Jacobs appelle cela du racisme linguistique. Il nous parlera de l’identité bruxelloise, y compris de sa dimension néerlandophone.

Flamandes, wallonnes, belges, bruxelloises : toutes ces identités existent. Le choix ou l’ordre dans lequel on les classe, c’est un débat politique qui concerne plus l’avenir que le passé. Mais savoir qu’à travers le passé des identités se sont créées et essayer de les comprendre, c’est utile. L’enjeu, c’est de leur donner un contenu progressiste.

Roel Jacobs est juriste de formation, il est devenu historien par passion. Conférencier, essayiste, il connaît Bruxelles sur le bout des doigts, la petite comme la grande histoire de la ville. Auteur de plusieurs livres, notamment sur le folklore comme l’Ommegang ou sur la Grand-Place de Bruxelles, il est également conférencier et guide culturel.

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Art & politics — W. B. Michaels & Jennifer Ashton / 20 août

Le cours sera donné en anglais.

What makes art political and how does the political influence art ?

Chicago professor Walter Benn Michaels and associate professor Jennifer Ashton will discuss the intricate issue of art in its relation with politics.

In a famous remark on his play Mother Courage and Her Children Brecht stated that it would be “disastrous” “if the actress playing Mother Courage invites the audience to identify with her” because the “spectator” will be deprived of the opportunity “to feel the beauty and attraction of a social problem”.

The point being that art should not provoke a feeling of empathy but rather to feel the structure that makes the problem.

This class will make extensive use of literary examples, contemporary photographies and paintings.

The artist and photographer Phil Chang will discuss his personal work and his specific approach of political art.

Walter Benn Michaels is a professor at the University of Chicago Illinois in english literature. He is well known for his book “The trouble with diversity”  but also as an art critic and for his most recent work “The beauty of social problem”.

Jennifer Ashton is an associate professor at the University of Chicago Illinois who has specialized in contemporary american literary and poetry theory. She has published the following book on the subject : “From Modernism to Postmodernism: American Poetry and Theory in the Twentieth Century”

Phil Chang is a Los Angeles based artist and photographer