Dossier. Élections 2014 : les enjeux

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Études marxistes no. 103
Auteur: 
Herwig Lerouge

En septembre 2013, le Parlement va très vraisemblablement approuver la sixième réforme de l’État. Pour les huit partis qui ont signé l’accord, celui-ci apporte la pacification si longtemps attendue. Il met un terme aux querelles communautaires. On aimerait y croire, mais rien n’est moins sûr. Nous savons déjà en fait la composition des nouvelles substances détonantes dont, dans un futur encore imprécis, De Wever et son clan trufferont leurs prochaines bombes.

La réforme va encore séparer davantage les régions l’une de l’autre. La sécurité sociale belge est bel et bien remise en question, de même que les relations sociales. Les partis de droite veulent tirer parti de la réforme pour écarter les syndicats, les mutualités, les organisations de lutte contre la pauvreté des organes de gestion et de concertation de l’Onem, de l’assurance maladie, des pensions…

De nouveaux conflits sont en gestation. Cette demi-scission apporte de l’eau au moulin des séparatistes et elle renforcera la demande de nouvelles scissions.

Il va y avoir davantage de concurrence entre les régions. La réforme signifie un appauvrissement. Elle rend la politique plus opaque, plus complexe et plus onéreuse encore.

Cette réforme n’est qu’une trêve.

Aujourd’hui déjà, le Vlaams Belang et la N‑VA sont clairs : cela ne suffit pas. La N‑VA veut le « confédéralisme ». Une Flandre indépendante n’a aucun soutien de masse et il convient donc de dissimuler soigneusement la chose. Mais qu’il ne subsiste aucun doute à ce propos : le confédéralisme est un rideau de fumée derrière lequel se cache la scission du pays et, en cas de victoire de la N‑VA, le thème figurera de nouveau au tout premier rang.

Mais un problème se pose. Quant à l’utilité d’une nouvelle réforme très poussée de l’État, les patrons flamands sont divisés. La crainte d’une nouvelle crise politique est présente et les secteurs orientés à l’exportation craignent la perte des labels commerciaux Belgique et Bruxelles. Leurs priorités résident dans l’accélération du démantèlement social et dans la diminution de leurs charges. L’économie flamande a été sévèrement touchée par la crise. Il convient donc d’agir très vite et cela sous-tend deux choses : pas de crise politique de plusieurs mois pour une nouvelle réforme de l’État et une introduction rapide des compétences que les régions reçoivent aujourd’hui dans l’actuelle réforme, et ce, de façon avantageuse pour le patronat. C’est pour cela qu’ils ont soutenu la réforme de l’État.

Aujourd’hui, le premier souci du patronat flamand consiste à obtenir une majorité de droite au niveau fédéral aussi. Si la N‑VA se cramponne à son exigence d’une scission encore accrue après 2014, elle risque de se retrouver isolée. Les autres partis flamands de la majorité ne sont pas partisans d’une nouvelle réforme de l’État à grande échelle. Depuis peu, le CD&V a élaboré une stratégie offensive contre la N‑VA : le fédéralisme de collaboration en lieu et place du fédéralisme conflictuel de la N‑VA. Kris Peeters, l’homme de pointe du CD&V pour les élections flamandes et fédérales de 2014, a proposé un pacte de compétitivité au gouvernement fédéral ainsi qu’aux gouvernements wallon et bruxellois. De la sorte, il entend apporter une réponse à l’appel des patrons flamands et à la demande adressée aux régions par le gouvernement fédéral de contribuer aux efforts budgétaires. Le CD&V veut faire de la campagne électorale un duel entre Peeters et De Wever sous le thème : nous avons derrière nous une bonne réforme de l’État, il règne désormais une certaine paix sur le plan communautaire. Désormais, plus question de nouvelles aventures, nous allons nous en prendre à la crise.

La nouvelle stratégie du CD&V crée des problèmes au sein de la N‑VA. Céder à Peeters saperait la ligne axée sur la Flandre et, du même coup, n’aiderait pas sa propre opposition fédérale ; refuser passe pour déraisonnable en laissant de côté une réduction des charges par résistance obsessionnelle à Di Rupo I. Et si elle collabore, elle donne un coup de pouce à la campagne électorale de Peeters. C’est sans doute pour cela qu’aujourd’hui, le parti annonce qu’il désire quand même entrer dans le gouvernement fédéral.

Il est donc possible que la N‑VA ne parvienne pas à faire de 2014 une nouvelle bataille en vue d’opérer la scission de la Belgique. Cette réforme de l’État n’est pas positive, mais une campagne électorale sur le thème de la scission du pays serait dramatique pour la conscience des citoyens et pour la force de frappe du mouvement ouvrier.

Les partis traditionnels appelleront sans doute à se ranger tous derrière eux contre le danger que représente la N‑VA. Celui qui ne le fera pas se fera très probablement traiter d’« allié objectif » de la N‑VA. Le CD&V fait aujourd’hui de son mieux pour aligner derrière Peeters son aile gauche de l’ACW. La base de ce parti est toujours constituée en grande partie par l’ACW. D’où le fait que Beke a de nouveau sorti de son tiroir le modèle rhénan. Mais ceux qui ont encore un peu de mémoire savent qu’il n’y a même pas un an, Peeters lui-même a enterré ce modèle.

Dans la campagne électorale, le PS et le SP.a feront miroiter qu’au contraire de De Wever, ils sont « opposés aux économies sévères, au modèle rhénan, aux mini-emplois allemands ». Ce n’est certes pas ce qu’ont révélé leurs actes au sein des gouvernements dont ils ont fait partie. D’ailleurs, le modèle allemand et les mini-emplois allemands ont été introduits sous le social-démocrate allemand Schröder. Et, en France et aux Pays-Bas, ce sont le PS et les sociaux-démocrates du PvdA qui font appliquer les économies les plus sévères. Comme on a pu le voir lors des élections communales, il n’y aura de véritable opposition à la politique de droite que si la vraie gauche se renforce.