Innovation en Flandre : au service de la compétitivité

Table des matières: 
Études marxistes no. 106
Auteur: 
Pol De Vos et Johan Hoebeke

Introduction

La politique économique de la Flandre est coincée dans le carcan de la compétitivité : nous devons devenir meilleurs et meilleur marché que le reste de l’Europe[1]. Mais ce cadre concurrentiel contraignant engonce également dans un carcan étouffant la stratégie flamande en matière d’innovation et donc toute la recherche scientifique.

L’horizon européen d’une crise sans issue

Dans le projet Europe 2020, « la stratégie européenne de la compétitivité », le programme Horizon 2020 est centré sur le financement de la recherche et du développement[2]. Disposant d’un budget de 70,2 milliards d’euros pour la période 2014-2020, ce programme s’appuie sur trois piliers : « l’excellence scientifique, la primauté industrielle et les défis de société ». Son objectif n’est pas seulement de financer les chercheurs et les institutions, mais aussi, et surtout, de mettre de bonnes idées au service de l’industrie. Car, estime l’Europe, le fossé entre les institutions scientifiques et les entreprises est encore trop large.

L’approche technologico-bureaucratique

Dans l’actuel cadre de pensée de la politique européenne, présenté comme le seul cadre de pensée possible, on se berce de l’illusion qu’une solution technologique aux énormes défis sociétaux et économiques est possible dans les limites du système actuel, évitant ainsi une analyse politique et économique fondamentale, que l’on remplace par une approche technologico-bureaucratique.

La Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE) du Parlement européen écrit ainsi dans les grandes lignes sur ce défi : « que l’accélération du rythme de l’innovation n’est pas seulement essentielle pour mettre en place un modèle économique durable et assurer les emplois de l’avenir, mais qu’elle apportera également les réponses aux défis sociétaux majeurs et partagés de la société européenne, à savoir :

— le changement démographique actuel : le vieillissement de la société, l’urbanisation et les migrations ;

— le passage à une gestion durable des ressources ; le changement climatique, les énergies renouvelables, la rareté des ressources en eau, les inondations et les efforts visant à préserver et remplacer les matières premières essentielles ;

— une assise économique stable et équitable : la relance économique, stimuler une société basée sur la connaissance, dynamiser la compétitivité de l’Union[3]. »

On ne renvoie toutefois pas à la cause première de ces défis qui est la crise du capitalisme, dont la seule motivation est la recherche effrénée du profit maximal. On part du principe que l’innovation technologique aboutira d’elle-même à un modèle économique durable, à un emploi assuré, à la solution aux changements démographiques, à une politique durable des matières premières. Et qu’elle sera une base économique stable et équitable s’appuyant sur la « compétitivité européenne ».

L’Europe estime qu’en ces temps de crise la recherche et le développement doivent être au service des entreprises. Ainsi, dans sa note de préparation du sommet européen de mars 2004, la Commission européenne préconise d’investir de façon plus efficiente dans la production du savoir. Cela signifie qu’il convient d’ « identifier les domaines de l’éducation et de la formation qui sont les plus rentables[4] ». La jeunesse doit s’intéresser davantage aux sciences naturelles, déclare également l’UNICE[5], (aujourd’hui rebaptisée BusinessEurope[6]). Ou, de façon plus explicite encore : « La formation tout au long de la vie doit être fondée sur les besoins des entreprises. Les individus doivent acquérir des qualifications et des compétences pertinentes par rapport aux besoins des employeurs et du marché du travail[7]. »

Cette logique vaut aussi pour la politique flamande d’innovation, élaborée pour une part importante par le professeur Luc Soete[8], spécialiste de l’innovation et qui a également été l’un des pionniers de la politique européenne dans le préambule du sommet de Lisbonne (2000). C’est là qu’a été approuvé le « processus de Lisbonne », précurseur de la stratégie « Europe 2020 » susmentionnée. Il ne faut donc pas s’étonner que les propositions de Soete pour la Flandre se situent pleinement dans la ligne de la politique européenne.

Le labyrinthe de la politique scientifique belge

Alors que les plans européens concernant la science et l’innovation mettent fortement l’accent sur la collaboration et la coordination internationale, c’est le contraire que l’on voit en Belgique. En effet, chacune des diverses autorités belges développe sa propre politique de science et d’innovation technologique.

Le département flamand de l’Économie, de la science et de l’innovation (EWI) qualifie par euphémisme ce morcellement d’ « unique dans l’Union européenne[9] ». Aujourd’hui, les Régions et les Communautés sont en grande partie responsables tant de la recherche fondamentale et appliquée que de l’innovation technologique. « Elles le font dans le cadre de leurs propres compétences, dans leurs propres institutions et selon leurs propres règles de droit, indépendamment d’autres acteurs institutionnels dans le domaine. Ainsi, le gouvernement fédéral et chaque gouvernement régional ont leur propre ministre ou secrétaire d’État compétent pour la recherche scientifique. […] Chaque ministre et chaque gouvernement décident eux-mêmes des priorités de leur propre politique de la science et de l’innovation technologique. » Le budget est discuté séparément dans chaque parlement. Il y a chaque fois un organe consultatif séparé pour la recherche scientifique. « Chacun de ces gouvernements a également ses propres institutions scientifiques et/ou de recherche, actives dans des domaines similaires ou pas[10]. » Chapeautant tout cela, une Commission de collaboration fédérale tente d’arriver à des positions communes. Mais ces positions ne sont pas défendues de façon coordonnée dans la collaboration internationale. Chaque gouvernement décide séparément de ce à quoi il participe. « Bref, la cohésion, la collaboration ou le choix mutuel de priorités entre les diverses entités institutionnelles sont très limités. […] Là où il y a déjà collaboration, elle découle de la nécessité, sur le plan de la Belgique dans son ensemble, d’adopter un point de vue ou de rédiger des rapports. Elle est donc plutôt de nature formelle et imposée que motivée par une préoccupation, une initiative ou quelque problème de fond[11]. » Et avec la sixième réforme de l’État, ainsi qu’avec la surenchère de la N-VA sur le confédéralisme, les changements sur cette question ne sont pas pour demain.

La Flandre veut jouer un rôle de pionnier

« Une économie saine, compétitive et durable est une composante fondamentale de nos défis sociétaux. Mais, à leur tour, les solutions devront s’appuyer sur une base économique, pour être durables », dit la présentation de l’Innovatiecentrum Vlaanderen (le centre d’innovation de la Flandre) sur le profilage de la politique de l’innovation en Flandre. Et de conclure sur la recherche et le développement qu’il n’y a donc « pas de contradiction entre la recherche de plus-value économique et la recherche de plus-value scientifique[12]. »

« La mondialisation nous oblige à rénover le tissu industriel de façon ciblée et rapide afin de garantir la prospérité. Cette constatation est une des composantes des discussions économiques et politiques en Europe. La Flandre entend se positionner comme pionnière, comme locomotive de cette tendance », déclare le ministre-président flamand Kris Peeters[13]. Le Sociaal-Economische Raad van Vlaanderen (SERV, conseil social et économique de Flandre) écrit : « L’innovation est une composante essentielle d’une nouvelle politique industrielle qui vise une transformation à long terme de l’industrie flamande. Plus de recherche doit se traduire par de nouveaux produits qui renforceront la compétitivité de l’économie flamande. Un plus grand nombre de travailleurs dans les secteurs de connaissance intensive, une diffusion plus large de l’innovation dans tous les secteurs et un nombre croissant de demandes de brevets, voilà l’objectif. Les domaines fers de lance sont les ICT (technologies de l’information et de la communication), les soins de santé, la logistique et les réseaux d’électricité ainsi que l’innovation dans le domaine de l’écologie[14]. »

La stratégie de l’innovation est une composante d’un ensemble global, où on trouve aussi la flexibilité de l’emploi et la baisse des coûts du travail, liés au démantèlement de la sécurité sociale et à une pauvreté croissante. Il s’agit seulement de défendre les intérêts du monde des entreprises, des multinationales et de leurs actionnaires. Le développement de l’« économie du savoir » doit positionner la Flandre dans le peloton de tête d’une Europe qui entend bien gagner la guerre économique mondiale contre les autres blocs commerciaux[15].

La stratégie flamande de l’innovation

En avril 2012 paraissait le second rapport Soete[16] (après un premier rapport en 2007). Ingrid Lieten, ministre de l’Innovation (… et des investissements publics, et des médias, et de la lutte contre la pauvreté), a insisté sur l’importance de ces rapports : « La politique flamande de l’innovation s’aligne de nouveau mieux sur celle de l’Europe, ce qui fait que nos entreprises et institutions du savoir reculent les frontières de la connaissance en compagnie des principaux acteurs européens[17]. »

Kris Peeters insiste lui aussi sur le devoir des autorités de soutenir l’innovation dans l’industrie : « Aujourd’hui, 50 % de la recherche et du développement au niveau mondial sont réalisés par 700 grandes entreprises “seulement”. Cela montre une fois encore que nous devons offrir tout notre soutien à nos grandes entreprises en Flandre afin qu’elles atteignent une croissance et un développement supérieurs encore[18]. » Peeters rompt ainsi une lance en faveur du soutien massif, sur fonds publics, à l’innovation et à la recherche dans l’industrie (PME et multinationales).

Mais pourquoi les coûts sont-ils socialisés alors que les bénéfices sont privatisés ? Des inventions et des brevets nouveaux sont monnayés sans retour conséquent vers les deniers publics investis[19]. Ne serait-il pas logique que l’autorité publique garde le contrôle, au moins partiel, sur les résultats d’une recherche sur fonds publics ? En outre, le rôle des universités est souvent trop peu mis en valeur ; pourtant, bien des innovations reposent sur la recherche fondamentale dans les universités, sur le compte des contribuables, mais sans le retour au public qui s’imposerait logiquement.

Dans le cadre de Vlaanderen in Actie 2020 (la Flandre en action 2020), censé mener la Flandre vers le top cinq des régions les plus compétitives d’Europe en 2020, la stratégie de l’innovation est développée dans la note Innovatiecentrum Vlaanderen du gouvernement flamand[20]. En ce qui concerne la recherche et le développement, cette note associe explicitement la recherche scientifique au développement de ses applications.

Cette association de la recherche au développement laisse supposer qu’il y a un passage logique de la recherche fondamentale à la recherche appliquée et, finalement, au développement de nouvelles applications, un lien nécessaire entre les deux types de recherche. Or la recherche fondamentale, tout comme la recherche appliquée d’ailleurs, découle d’un désir de savoir. Si l’on cherche vraiment largement des éléments novateurs, cela signifie inévitablement que, dans bien des cas, sinon dans la plupart, on n’arrivera pas à un développement innovant. De façon imagée, la recherche est comme un vivier marécageux qui permet parfois, sans qu’on l’ait prévu, le développement d’une fleur de lotus, fleur qui a besoin de ce large bouillon de culture pour s’épanouir. Or, en associant recherche et développement, on veut créer l’illusion que chaque recherche aboutira automatiquement à un développement (rentable de préférence).

Ce fait est d’ailleurs reconnu dans la note : « Les percées scientifiques sont par définition difficiles à prévoir, à planifier, à diriger […]. Nous savons aussi que ces percées apparaissent et prospèrent mieux dans des environnements garantissant une large part de liberté à des chercheurs créatifs et habiles afin qu’ils développent, qu’ils matérialisent leurs idées et hypothèses et leur confèrent des aspects nouveaux et plus poussés. » Est même approuvée la nécessaire « liberté d’errer » dans la pratique d’une recherche non ciblée. « Le non-dirigisme consiste donc en ce que les résultats de la recherche ne peuvent être prévus, que par conséquent la recherche ne peut être dirigée à priori vers un résultat sociétal ou économique bien précis et attendu[21]. »

Mais, bien que la note témoigne d’une reconnaissance pour la forme de l’importance de la recherche fondamentale, il ressort des chiffres que la pression vers des résultats immédiats pèse lourdement. Tous les deux ans, depuis 1999, un livre d’indicateurs[22] est publié sous la coordination de l’Interuniversitair Expertisecentrum Onderzoek en Ontwikkelingsmonitoring (ECCOM, centre interuniversitaire d’expertise sur le monitoring de la recherche et du développement). À travers une série d’indicateurs, ce livre met en carte le potentiel flamand en matière de science, de technologie et d’innovation.

Cela permet de suivre un certain nombre de priorités, mais, en même temps, le choix des indicateurs montre ce qui est jugé important ou pas : ainsi, les chiffres concernant la recherche et le développement sont généralement mentionnés ensemble. De ce fait, le rapport (biaisé) du financement entre recherche et développement disparaît et, dans la recherche, entre recherche appliquée et recherche fondamentale non ciblée.

Un petit calcul indique que, ces dernières années, la recherche non ciblée (dont la recherche fondamentale fait partie) stagne à environ 17 % du total du programme budgétaire horizontal de la politique scientifique, alors que la recherche industrielle (surtout le développement, même s’il y a ici des exceptions) en reçoit plus de 30 %[23]. Si l’on examine les montants alloués aux universités (où la recherche fondamentale est maintenue à part), on voit que, de 2008 à 2012, ils baissent progressivement, passant de 37,4 % en 2008 à 35,1 % en 2012, alors qu’augmentent les contrats avec le secteur privé et les contributions des autorités pour la recherche scientifique appliquée[24].

La politique flamande des subsides se focalise sur la recherche appliquée et sur le développement au service du court terme, tandis qu’en outre des fonds publics soutiennent massivement l’innovation privée sans retour au public sur les investissements (et cela, au détriment de la recherche publique dans les universités et les institutions de recherche d’utilité publique). De ce fait, c’est une double hypothèque qui est placée sur l’avenir : d’une part, la science est engagée au profit d’une lutte concurrentielle sans perspective ; d’autre part, la recherche large, indépendante, fondamentale, dirigée vers des alternatives sociales, économiques et écologiques, est désavantagée.

En 2020, 3 % du PIB sont prévus pour la recherche et le développement, dont 1 % seulement pour la recherche publique : le rapport entre privé et public est donc de 2 pour 1. La part de l’industrie dans la recherche fondamentale au sens large est limitée, vu que cette dernière ne fournit aucun résultat direct.

Par ailleurs, de ce 1 % du PIB consacré à la recherche publique, une petite moitié seulement (0,46 % du PIB) sera consacrée à la recherche fondamentale (en admettant que l’on atteigne cette norme de 3 %). En outre, ce qui est classé comme « fondamental » est souvent très ciblé aussi. Ce financement est en grande partie destiné aux « sciences exactes ou expérimentales » et manifestement, les sciences « douces » sont considérées comme peu utiles en fonction des défis économiques actuels et donc perçues comme a priori peu innovantes. C’est ce qui ressort du livre des indicateurs pour 2013 (voir figure 1[25]) : les sciences de la culture et des langues régressent relativement ces dernières années, en même temps que les sciences comportementales et sociales. Il est caractéristique que les sciences économiques, qui font également partie de ces sciences sociales, souffrent moins de cette régression.

Figure 1 : Évolution des crédits alloués aux projets de recherche, par domaine scientifique (1998-2012)

Evolution des crédits de recherche

Il convient de remarquer — et nous pouvons difficilement parler de hasard — qu’après la faculté de médecine (63), c’est la faculté des sciences économiques (11) de la KUL qui compte le plus de chaires subventionnées par le privé[26]. Ainsi le VOKA a une chaire à la faculté des sciences économiques et toutes les grosses entreprises pharmaceutiques en ont une ou plusieurs à la faculté de médecine. La faculté des sciences n’en compte aucune. Il est peu vraisemblable qu’une chaire subventionnée par le VOKA en sciences économiques se montre critique à l’égard du capitalisme néolibéral omniprésent. Et encore moins qu’elle soit ouverte à la recherche orientée vers des modèles économiques alternatifs.

Le système d’évaluation est basé sur un modèle dépassé de « business management »

« On publie en vue de l’évaluation plutôt qu’en fonction de la pertinence pour la science. La tentative de maîtriser la réalité capricieuse (surtout des relations humaines) par procédures, lois et évaluations de toutes sortes débouche sans cesse sur de nouvelles règles et amendements, sur une hyper-régulation qui elle-même doit être bridée par de nouvelles mesures. Le problème fondamental, c’est que l’évaluation du bien-fondé des règles mêmes ne peut être résolue par des règles », écrit Herman De Dijn dans « Het Beheersingssyndroom[27] ».

Pour la recherche fondamentale, on utilise des indicateurs du système d’évaluation de l’ECOOM et aussi de l’ISI (Institute for Scientific Information) fondé par Eugene Garfield et racheté par le groupe de médias Thomson-Reuters. Le livre d’indicateurs pour 2013 de l’ECOOM (près de 300 pages) se base, pour la recherche scientifique fondamentale, sur le matériel chiffré et les indicateurs de l’ISI dont la valeur est depuis longtemps mise en doute par les scientifiques eux-mêmes, y compris dans des revues scientifiques renommées dont le prestige repose sur ce matériel chiffré.

Ce n’est pas le contenu des publications scientifiques qui est évalué, mais leur nombre, la revue dans laquelle elles paraissent et le nombre de fois qu’on y fait référence (y compris les références circulaires). La pression à publier et les conflits d’intérêts aboutissent souvent à des évaluations et à des utilisations de résultats partiales ou sélectives ou à la publication de données qui ne sont pas reproductibles (selon certains sondages, celles-ci constituent plus de 50 % des données dans les sciences biomédicales[28]). Cela facilite le laxisme dans le contrôle des données cliniques, laxisme qui se traduit par le lancement sur le marché de produits dangereux, comme certains médicaments.

De même, la question des produits agricoles génétiquement modifiés mérite d’être analysée sous cet angle des conflits d’intérêts entre université et industrie. La forme d’action contre la plantation d’OGM de BASF à Wetteren avait ses partisans et ses adversaires, mais elle a permis d’attirer l’attention sur les risques que comportent les OGM pour la santé, ainsi que sur la nécessité d’un débat de fond sur la biodiversité, sur la mise sous brevet du vivant et sur le type d’agriculture nécessaire ou souhaitable pour l’avenir[29].

Le transfert vers l’industrie avant tout

Le rapport de « Vlaanderen in Actie » (ViA) déclare : « Il faut œuvrer à la création d’un climat plus favorable qui encourage la mobilité d’excellents scientifiques et opère un meilleur échange avec l’industrie. » Ainsi, il faut « accorder plus d’attention encore aux possibilités de stage pour les chercheurs afin de stimuler les transferts vers l’industrie[30] ». En outre, la ministre Lieten veut améliorer l’accompagnement des jeunes chercheurs dans leur carrière. « Cela doit permettre à ces jeunes cracks d’acquérir les compétences adéquates pour donner le meilleur d’eux-mêmes dans leur future carrière, tant dans les entreprises et dans les services publics que dans les institutions du savoir. J’entends d’ailleurs accorder ce soutien sur base annuelle et même l’officialiser par un décret[31]. »

L’innovation et donc la science et les scientifiques doivent être au service de l’amélioration de la position concurrentielle des entreprises flamandes.

Ce lien direct entre recherche et concurrence, entre innovation et résultat économique est illustré de façon détaillée par le second rapport Soete[32]. Ainsi la recommandation no 2 met l’accent sur « la perspective de réaliser autant que faire se peut une synergie entre l’innovation d’une part et l’économie d’autre part ». D’après la recommandation no 8, l’intention explicite est que les moyens alloués à la politique d’innovation « soient mieux engagés et de façon plus efficiente dans le sens de la demande et, partant, vers l’industrie ». Et d’après la recommandation no 12, la valorisation « doit bénéficier de plus d’attention dans la politique de la recherche et de l’innovation ». Ceci requiert si possible « une révision (des critères) afin de garantir que le soutien des entreprises à la recherche et au développement soit adapté à la réalité économique ».

Cela va encore plus loin, en direction des chercheurs cette fois dans la recommandation no 13 : « Dans toutes les institutions de l’enseignement supérieur, la mobilité doit être prévue à tous les niveaux. Ainsi, les mandats et statuts de la recherche doivent être flexibilisés dans tous les domaines scientifiques et cela dans la perspective d’une intégration de tous les chercheurs concernés aux larges domaines du marché de l’emploi. Un cumul (partiel) périodique avec d’autres activités ou des interruptions de mandat dans le cadre de l’incorporation temporaire dans d’autres secteurs sont nécessaires. » Les chercheurs doivent être « flexibilisés » et encouragés à combiner leur recherche avec la participation à la vie des entreprises.

La science est comme un « phare »

Mais de nombreuses protestations s’élèvent. Dans son ouvrage How economics shapes science (comment l’économie modèle la science), Paula Stephan analyse la contradiction entre la science en tant que bien public et la logique de profit du marché : « Le savoir a les caractères de ce que les économistes appellent un bien public : il n’est pas exclusif et n’engendre pas la rivalité. L’exemple classique est le phare : il est non exclusif, car une fois construit, tout le monde peut l’utiliser ; et il n’engendre pas la rivalité, car un utilisateur supplémentaire ne diminue pas la quantité de lumière disponible pour autrui. Il en est de même avec le savoir : une fois que les résultats d’une recherche ont été publiés, il est malaisé d’exclure quelqu’un de leur utilisation ; et ce savoir ne diminue pas quand on le partage. Les économistes sont allés très loin pour montrer que le marché n’est pas très adapté pour produire des marchandises présentant de telles caractéristiques. Les stimuli n’y sont tout simplement pas : si on ne peut limiter l’accès des biens publics, il est difficile de réaliser un bénéfice, car leur usage peut se multiplier librement et gratuitement[33]. »

Le phare est en feu…

David Weatherall, dans The Lancet, dénonce l’influence de la recherche scientifique et des publications émanant d’intérêts privés : « Accroître les pressions sur les universités pour qu’elles se mettent au lit avec l’industrie ne se traduit pas toujours par un bon repos nocturne pour l’un et l’autre partenaire[34]. » Il cite l’exemple du très respecté New England Journal of Medicine : après avoir été accusée dans la presse d’avoir publié deux articles de scientifiques payés par l’industrie pharmaceutique, la revue avait examiné toutes les publications des trois années précédentes sur l’efficacité des médicaments. Constatation sidérante : au moins 19 articles sur 40 présentaient un conflit d’intérêts manifeste. Dans la même période, la Harvard Medical School avait proposé d’assouplir les directives concernant les conflits d’intérêts, de sorte que les chercheurs puissent mieux collaborer avec l’industrie. Pour sa défense, Harvard avait allégué qu’elle ne serait pas plus permissive que tout ce qui se faisait déjà dans d’autres universités américaines de premier plan, comme Stanford et John Hopkins. Weatherall montre également comment des universitaires acceptent d’être signataires d’articles sur l’efficacité des médicaments, alors que ces articles ont en réalité été rédigés par des « nègres » de l’industrie et qu’ils n’y ont guère, voire pas du tout, collaboré. Un autre conflit concerne la dissimulation des résultats, par exemple dans les études du génome humain. Le caractère public de ce savoir — et bien des universitaires en sont partisans — se heurte aux industriels qui y voient plutôt un avantage concurrentiel.

En outre, Weatherall dénonce le fait que les gouvernements mettent les universités sous pression pour qu’elles collaborent avec l’industrie (tout comme on l’a vu pour la politique flamande de l’innovation), afin de transformer leurs résultats en découvertes rentables.

Le fait de mettre l’accent sur la « monétisation » des innovations technologiques modifie la pratique et les relations entre chercheurs et engendre des contradictions, d’une part entre des scientifiques aux visions différentes, et d’autre part entre les intérêts de ces scientifiques et ceux des institutions où ils travaillent. Owen-Smith et Powell (2001) ont étudié ce phénomène et en viennent à quatre « positions de base » chez les scientifiques (figure 2)[35].

Figure 2. Typologie des points de vue au sein du monde universitaire sur les relations entre la science et l’industrie.

Typologie sciences et université

Le professeur A défend une stricte séparation entre l’université et le monde commercial et perçoit la commercialisation comme une menace. Il persiste à considérer l’université comme un bien public qui doit profiter à tout le monde et donc se tenir à l’écart des intérêts commerciaux.

Le professeur C est le scientifique-entrepreneur qui — en accord avec l’actuelle politique — voit une convergence croissante entre université et industrie et n’y voit aucun inconvénient. Il est convaincu que la commercialisation offre d’importantes opportunités, y compris pour sa propre carrière… Il y a également deux positions intermédiaires.

Réticent au monde des entreprises, le professeur B est convaincu que le monde académique et l’industrie peuvent aller ensemble, mais il estime que les activités commerciales menacent les caractéristiques de la recherche scientifique. Il perçoit la mise sous brevet des résultats, par l’institution de recherche même, comme une façon de protéger l’autonomie de la recherche des interventions commerciales.

L’autre position hybride, le professeur D, « traditionaliste collaborateur », est convaincu que les initiatives commerciales ne menacent pas la culture académique. Il collabore avec l’industrie en tant que conseiller et dans l’établissement des brevets. Mais, pour lui-même, il fait une distinction tranchée entre les deux. Il n’y voit donc pas de problème.

Tout ceci éclaire les contradictions internes qui grandissent au sein des universités et des institutions de recherche. Ces points de vue ne sont bien sûr pas non plus indépendants d’une vision politique et sociale plus large et de l’éthique personnelle des scientifiques concernés.

Là où les uns estiment qu’il doit y avoir une démarcation bien nette au niveau institutionnel, les autres considèrent le maintien des valeurs académiques comme une responsabilité individuelle. Le monde universitaire doit-il s’imposer lui-même des règles ? Est-ce un dilemme personnel pour chaque scientifique ? Ou n’y a-t-il au contraire pas le moindre problème et la science doit-elle s’engager pleinement dans la commercialisation ? D’autres encore ne voient aucun inconvénient à mêler les deux en tant qu’institution, ou à combiner les deux en tant qu’individu, mais tout en les maintenant « strictement séparés ». Que ce dernier point de vue soit impossible ressort par exemple des résultats d’une analyse concernant 425 articles publiés en rapport avec la panique suscitée par la grippe en 2009. Sur soixante auteurs, dix-huit pour lesquels se voyait un conflit d’intérêts se montraient six fois plus alarmants que leurs collègues qui ne présentaient aucun conflit d’intérêts[36].

Le brevet sur le gène du cancer

Un exemple typique de l’inconvénient de l’appropriation par le privé de la recherche publique est la saga du BRCA : la mise sous brevet du gène BRCA (gène du cancer du sein) par Myriad, qui détenait le monopole de tous les pronostics du cancer du sein reposant sur le brevet du gène. Cela a duré jusqu’à cette année, où la Cour suprême des États-Unis a interdit la mise sous brevet des gènes. Entre-temps, la firme a quand même pu utiliser tous les échantillons d’ADN qui lui avaient été envoyés pour développer de nouveaux moyens de dépistage. Non seulement les patients ont dû payer très cher pour le diagnostic, mais la société en a profité pour mieux se positionner sur le marché. Si, dès sa découverte, le gène BRCA avait été gratuitement mis à la disposition de tous les chercheurs, le traitement du cancer du sein aurait pu être bien plus avancé aujourd’hui qu’il ne l’est. La recherche orientée vers le marché fonctionne ici au détriment des patients[37].

La pression aux applications commerciales qui assurent un profit rapide risque de conduire à une moindre priorité de la recherche fondamentale. Un exemple type de l’industrie pharmaceutique, ce sont les médicaments dont la structure de base est légèrement modifiée par rapport au médicament d’origine, mais qui ont les mêmes effets. Comme il s’agit d’un « nouveau » produit…, on peut en maintenir le prix élevé en déposant un nouveau brevet (accompagné d’une campagne publicitaire monstre).

Un débat approfondi et permanent sur le rôle des universités et des institutions de recherche, comme sur le rôle des universitaires et des chercheurs, doit déboucher sur un code de conduite sans équivoque. Ce débat ne peut être mené en dehors de son contexte social. La crise actuelle et la solution offerte par la politique européenne de concurrence aboutissent à une fuite en avant dans une instrumentalisation accrue de la recherche scientifique.

Faire de l’université la domestique de l’industrie est une chose, mais forcer la logique commerciale à l’intérieur même des universités est un pas de plus. De plus en plus, les universités sont considérées elles-mêmes comme des industries, comme des entités qui doivent générer elles-mêmes une part croissante de leur financement. Horizon 2000 ne cesse de parler de collaboration, mais attise une concurrence mortelle entre les institutions pour puiser le plus d’argent possible dans les caisses européennes et nationales. Concurrence et compétition en viennent à être considérées comme salutaires, même par les milieux scientifiques. Il s’ensuit que de plus en plus de fonds de recherche sont octroyés de façon compétitive. On perçoit cette tendance aussi dans les institutions de recherche dans lesquelles la collaboration entre chercheurs et groupes de recherche est torpillée par l’octroi compétitif de moyens et de personnel. Dans un monde scientifique complexe où la collaboration pluridisciplinaire est une nécessité, cela a des effets contre-productifs.

« Des chefs d’entreprise ont repris des universités américaines. Pour eux, ces institutions d’enseignement supérieur ne doivent plus fonctionner comme jalons de la connaissance », déclare Benjamin Ginsberg. « Une étude récente a montré qu’entre 1997 et 2007, la quantité de personnel administratif et de gestion pour cent étudiants avait considérablement augmenté dans la plupart des écoles : de 103 % à Williams College ; de 111 % à Wake Forest University et de 351 % à Yeshiva University, pour ne citer que quelques exemples remarquables[38]. » Ils se soucient surtout de monnayer la science sous forme de contrats et de fonds.

Dans le nouveau modèle universitaire à la mode, les impératifs stratégiques de l’efficience dans la production se substituent aux valeurs de la science. Universités, facultés, départements et individus sont de plus en plus contraints de se concurrencer dans la quête des fonds disponibles. Les relations entre employeurs et salariés, entre collègues et étudiants ne reposent plus sur la confiance, mais sur les contrats et la compétition. Aussi est-on sans cesse évalué — même si tout le monde est d’accord que, dans certains domaines, les critères d’évaluation sont artificiels[39].

Conclusion : En avant toute ! 

L’objectif, de l’Union européenne et donc aussi du gouvernement flamand, de développer une économie du savoir semble attrayant. Qui peut s’opposer à une économie intelligente ? Une économie qui ferait le plus possible appel aux nouvelles technologies peut rendre en effet le travail plus facile, l’existence plus paisible, plus durable et plus sûre pour chacun.

Mais le modèle de production capitaliste va droit dans le mur de la surproduction, de l’exploitation accrue de l’homme et de la nature, de l’inégalité croissante. L’économie européenne du savoir n’intègre pas, au contraire. Elle met de plus en plus de monde sur la touche. Les problèmes continuent à s’accumuler. Et quelle est la réponse de l’Europe et de la Flandre ? En avant toute !

Dans Le Monde du 6 novembre 2013, le physicien du CERN[40], Marco Zito, se demande si le marché constitue le « nouvel horizon de la science » dans le programme Horizon 2020. « Ce type de bien » (la connaissance), écrit-il, « le confier au secteur privé conduirait à une sous-production dommageable pour la société tout entière ». Il en prend pour exemple l’industrie pharmaceutique, qui réalise d’énormes profits, mais qui investit massivement pour obtenir rapidement de nouveaux brevets plutôt que pour rechercher de façon conséquente de nouveaux médicaments[41]. Et de conclure : « on dirait que les décideurs de Bruxelles, qui rêvent d’un développement de la recherche fondé sur le marché, le profit et le court terme, sont en retard de plusieurs décennies et d’une crise. » Une autre science est possible, dit-il. Pour lui aussi, le développement des sciences doit être pris en main par le secteur public[42].

L’innovation systémique

« Vlaanderen in Actie » déclare : « Les grands défis de société, comme trouver des réponses adéquates au vieillissement et aux soins de santé, aborder efficacement la mobilité et la logistique, le développement de régions urbaines durables… requièrent une vision systémique du processus d’innovation. Il en ressort un nouveau type d’innovation dans lequel recherche appliquée et recherche fondamentale se complètent et sont articulées sur diverses composantes indépendantes mais complémentaires d’un système intégré d’innovation. En manière d’exemple : un regard systémique sur l’innovation pour une région urbanisée verte et durable requiert un concours d’innovations sur le plan de l’énergie, sur celui de la construction durable, de l’organisation, de la mobilité, de l’intégration sociale. En d’autres termes, il requiert une innovation systémique[43]. »

La contradiction entre le discours flamand sur l’« innovation systémique » et la réalité du point de vue étroit de la position concurrentielle est particulièrement flagrante. C’est là qu’on voit clairement à quel point c’est ce cadre même de pensée de l’« innovation » qu’il faut briser. L’actuel modèle de société a atteint ses limites. Il y a la crise économique, la crise sociale, la crise de l’environnement et du climat, la crise de l’énergie, la crise de la migration, la crise démographique… Personne ne croit vraiment qu’on pourra aller plus loin sans un changement de cap fondamental.

Les chercheurs sont parfois perçus comme un groupe relativement privilégié. Certains connaissent bien sûr des situations déplorables, tels des contrats temporaires et des perspectives d’avenir incertaines, mais ce n’est pas l’objet du présent article. Aujourd’hui, tout autant que le travail manuel, le travail intellectuel est au service de la petite élite économique de BusinessEurope et de ses actionnaires. Au sein des institutions de recherche grandit le mécontentement envers la vision souvent utilitariste de la science telle que la conçoivent les décideurs politiques européens et flamands pour qui tout est au service de la course économique effrénée. On constate que, dans cette course, il y a en fait beaucoup de perdants.

« Université » rime-t-il encore avec « qualité » ? se demandent Bruno De Wever (université de Gand), Nicolas Standaert (KULeuven), Guy Vanheeswijck et Frank Willaert (université d’Anvers). « L’aspiration dominante est celle-ci : quand pourrons-nous encore nous occuper de nos tâches premières : l’enseignement, la recherche et la prestation de service ? […] Certains mécanismes font qu’aujourd’hui l’université est moins au service de la communauté dans son ensemble, alors que ces personnes sont non seulement redevables de ces services à la société, mais qu’elles ne seraient que trop heureuses de les lui proposer. » En outre, l’accent mis sur la recherche mène « à un découragement de l’enseignement universitaire, un autre domaine dans lequel on peut renforcer le lien avec la société ». Les enseignants finissent par être doublement découragés : leur enseignement ne fait pas le poids en face de la recherche, alors qu’en même temps ils sont ensevelis sous toute une paperasse relative à l’enseignement. En conclusion : « Dans son ambition de transformer les universités en enseignes de la société du savoir, le pouvoir risque précisément d’obtenir le contraire de ce qu’il cherche : un élargissement du fossé entre l’université et la société. Alors que tant d’universitaires ne demandent pas mieux que de descendre de leur montagne et de transmettre leur savoir aux rues et aux places[44]. »

La recherche scientifique doit maintenir une interaction continuelle avec la société et partir de l’intérêt public général. Cela suppose que l’on fonctionne en dehors d’un cadre politique et économique où l’on ne se préoccupe que de profit. Il faut à ce sujet un large débat de société et les scientifiques y ont leur place comme les autres groupes de la population. Les scientifiques, la recherche et la connaissance doivent être libérés des limitations analysées ci-dessus. Ils peuvent alors être au service de tous, et pas seulement des entrepreneurs. Cela peut se réaliser dans une société où les principaux moyens de production sont propriété collective. Une gestion collective et durable des richesses naturelles devient alors possible.

Pol De Vos (poldevos at gmail.com) est médecin et docteur en sciences médicales (université de Gand). Il travaille au département de santé publique de l’Institut de médecine tropicale à Anvers. Il est également collaborateur du Service d’étude du Parti du Travail de Belgique.

Johan Hoebeke (j.hoebeke at skynet.be) est docteur en sciences (biochimie) de l’université de Louvain. Après avoir donné cours pendant cinq ans à l’université de Lovanium en République démocratique du Congo, il est devenu chercheur chez Janssen Pharmaceutica à Beerse. Licencié pour des raisons politiques, il est retourné à la recherche fondamentale, tout d’abord à la VUB et, ensuite, au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), où il a successivement travaillé à l’Institut Jacques Monod (Paris), au laboratoire Wallenberg de l’université de Göteborg (Suède), à l’université de Tours et, enfin, à l’IBMC (Institut de biologie moléculaire et cellulaire à Strasbourg). Son domaine recouvre l’immunologie moléculaire et la pharmacologie. Depuis un an, il donne (en français) le cours Marx et Darwin à l’Université marxiste de l’Inem.


[1] Pol De Vos, « La Flandre et le régionalisme néolibéral », Études marxistes no 104, décembre 2013.

[2] Europe 2020, ec.europa.eu/europe2020/index_fr.htm.

[3] Judith A. Merkies, Projet de rapport sur une Union de l’innovation : Transformer l’Europe pour le monde de l’après-crise (2010/2245(INI)), www.europarl.europa.eu/meetdocs/2009_2014/documents/itre/pr/853/853410/8....

[4] Commission européenne, « Réalisons Lisbonne : Réformes pour une Union élargie », rapport de la Commission au Conseil européen de printemps, Bruxelles, le 21 janvier 2004, p. 12. Cité dans Henri Houben, « Le nouvel objectif majeur de l’Union européenne : le processus de Lisbonne », Études marxistes no 65, janvier-mars 2004.

[5] UNICE (l’Union des confédérations européennes de l’industrie et des employeurs), Lisbon Strategy. Status 2003, Time is running out, action needed now, décembre 2002, p. 7. Cité dans Henri Houben, op .cit.

[7] UNICE, Prise de position de l’UNICE sur la coopération future de l’Union européenne dans le domaine de l’éducation et la formation, Bruxelles, 2000, p. 3. Cité dans Henri Houben, op. cit.

[8] Luc Soete (Molenbeek-Saint-Jean, 1950), fondateur du Maastricht Economic Research Institute on Innovation and Technology (MERIT), plus tard réuni à l’Institute for New Technologies de la United Nations University. Il peut être considéré comme l’un des pionniers des études sur l’innovation, « un vaste domaine pluridisciplinaire qui essaie de dégager la nature, l’origine, les déterminants et les conséquences sociales pour la société de l’innovation ».

[9] EWI-Review, no 3, janvier 2008.

[10] Ibid..

[11] Ibid.

[12] Vlaaanderen in Actie, Pact 2020. « Innovatiecentrum Vlaanderen, Conceptnota over de stroomlijning van het gericht innovatiebeleid », p. 15.  www.agentschapondernemen.be/sites/default/files/documenten/oo_fvt_concep....

[13] Kris Peeters, discours aux Staten-Generaal van de Industrie, 5 février 2010.

[14] SERV, Innovatie voor meer economsiche groei, www.serv.be/serv/innovatie, consulté le 9-11-2013.

[15] Henri Houben, op. cit.

[16] « Tweede rapport-Soete over innovatie in Vlaanderen : 17 aanbevelingen », Departement Economie, Wetenschap En Innovatie, www.ewi-vlaanderen.be/ewi/nieuws/tweede-rapport-soete-over-innovatie-vla....

[17] Communiqué de presse, 2 mai 2012.

[18] Kris Peeters, op. cit.

[19] Gus Schaefer, « The value of public-private partnerships in driving innovation », 27 août 2013, thehill.com/blogs/congress-blog/economy-a-budget/318805-the-value-of-public-private-partnerships-in-driving-innovation#ixzz2gIBaxD6c.

[20] Vlaanderen in Actie, op.cit.

[21] Vlaanderen in Actie, op.cit.,  p. 7.

[22] ECOOM, Indicatorenboek, http://www.ecoom.be/indicatorenboek.

[23] Ibid., table 8.2, p. 131.

[24] Ibid., table 8.3, p. 133 et table 7.6, p. 113.

[25] Ibid., figure 8.5, p. 136.

[26] KULeuven, Leerstoelen op naam, www.kuleuven.be/mecenaat/leerstoelen/.

[27] Herman De Dijn, « Het beheersingssyndroom : Vragen bij de obsessie met evaluaties », dans : Patrick Develtere et al. (dir.), Werk en Wereld : Confronterende visie op onderzoek en samenleving, Lannoo Campus, Louvain, 2007, pp. 40-48.

[28] F. Prinz, T. Schlange, K. Asadullah, « Believe it or not : How much can we rely on published data on potential drug targets », Nature Rev. Drug Discovery (2011) 10, 712. C.G. Begley et L.M. Ellis, « Drug development : Raise standards of preclinical cancer research », Nature (2012) 483, 531-533.

[29] I. Stengers, Une autre science est possible : Manifeste pour un ralentissement des sciences, La Découverte, 2013, pp. 86-90.

[30] « Tweede rapport-Soete over innovatie in Vlaanderen, op .cit.

[31] Ibid.

[32] Expertgroep voor de doorlichting van het Vlaams innovatie- instrumentarium (rapport Soete), avril 2012, www.innovatiecentrum.be/publicatie/23-jBQosgN2uf.pdf.

[33] Paula Stephan, How Economics Shapes Science, Harvard College, 2012. p. 6.

[34] David Weatherall, « Academia and industry: Increasingly Uneasy Bedfellows », The Lancet 355, 1574 (6 mai 2000).

[35] Jason Owen-Smith, Walter W. Powell (2001), « Careers and Contradictions : Faculty responses to the transformation of knowledge and its uses in the life sciences », Research in the Sociology of Work Volume 10 — The Transformation of Work, pp. 109-140, DOI : 10.1016/S0277-2833(01)80023-6.

[36] Mandeville et al., « Academics and competing interests in H1N1 influenza media reporting », J. Epidemiol. Community Health, DOI: 10.1136.

[37] Eliot Marshall, « Supreme Court Rules Out Patents on “Natural” Genes », Science (2013) 340, 1387-1388. E.R. Gold et J. Carbone, « Myriad Genetics: In the eye of the policy storm », Genet. Med. 12 (2010) 4, suppl., S39-S70.

[38] Benjamin Ginsberg, Faculty Fallout, Oxford University Press, août 2011.

[39] Patrick Loobuyck, « De universiteit, een denkfabriekje », De Standaard, 21 novembre 2013, p. 37.

[40] CERN : Centre européen pour la recherche nucléaire, cern.ch.

[41] John Cassidy, How Markets fail, Farrar, Straus and Giroux, 2010. Dirk Van Duppen, La guerre des médicaments : Pourquoi sont-ils si chers ? Aden, 2004.

[42] Marco Zito. « Le marché, nouvel horizon de la science ? », Le Monde — Le Monde des Sciences, 6 novembre 2013, http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article6400.

[43] Vlaanderen in Actie, op.cit, pp. 2-3.

[44] De Standaard, 21 août 2013.