Koen Hostyn lève le brouillard sur le De Weverland

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Études marxistes no. 106
Auteur: 
Herwig Lerouge

L’économiste et philosophe Koen Hostyn, collaborateur au service d’étude du PTB et chroniqueur à l’hebdomadaire Knack et à De Wereld Morgen, publie un nouvel ouvrage dans lequel il dissèque la Flandre rêvée par Bart De Wever[1]. Éclairant.

L’ouvrage Het Vlaanderen van De Wever (la Flandre de De Wever) vient de sortir, et n’est malheureusement pas disponible en français. On ne peut cependant espérer qu’une chose : que le plus possible de syndicalistes, de travailleurs sociaux, de formateurs et d’enseignants néerlandophones l’auront entre les mains avant le 25 mai. L’ouvrage est en effet avant tout destiné à leur servir d’outil pour débattre avec des électeurs qui hésitent à voter N‑VA. Beaucoup pensent certes encore que la N‑VA est le parti qui s’oppose au « gouvernement des impôts » de Bruxelles, un parti anti-establishment. La plupart pensent aussi que ce parti ne veut pas la scission du pays. Ce qui est pourtant bien le cas, prouve l’auteur. Et cela sera néfaste pour tout le monde. En outre, très peu de gens réalisent à quel point le programme de la N‑VA est antidémocratique.

Koen Hostyn lève utilement l’épais brouillard projeté par le service de communication de la N‑VA, et donne également des pistes pour une véritable alternative. En effet, après la lecture de ce livre, il est évident que ce ne sont pas les partis de la majorité actuelle qui prendront des électeurs à la N‑VA. La N‑VA surfe sur le mécontentement par rapport à la politique actuelle, mais voilà : peu de gens réalisent que ce parti veut tout à fait la même chose, et plus vite.

Le parti du « Flamand qui travaille dur » ?

Premier rideau de brouillard : la N‑VA serait le parti du « Flamand qui travaille dur », qu’il défend contre le gouvernement mou de Bruxelles qui refuse les réformes et déchaîne un tsunami d’impôts. Or ce n’est absolument pas le cas. Pour la N‑VA, le Flamand ne travaille pas assez dur. Il n’est pas assez flexible et son salaire est trop élevé. En outre, il faut davantage de travail intérimaire, des délais de préavis plus courts et de l’emploi à temps partiel. Et, si le Flamand n’a toujours pas trouvé de travail deux ans après son licenciement chez Ford, c’est de sa propre faute. Pourquoi faudrait-il encore lui payer des allocations de chômage ? Il est également pensionné beaucoup trop tôt. Le modèle allemand : voilà la direction à prendre.

Koen Hostyn décrit comment la N‑VA fait en sorte que le Flamand se tire lui-même une balle dans le pied. Ce parti monte les « productifs » contre les « non-productifs », jetant ainsi les bases d’une attaque sans merci sur la sécurité sociale et sur son fondement : la solidarité. Celle-ci est remplacée par une sorte de charité pour ceux qui sont « vraiment dans le besoin ».

La solidarité entre les travailleurs doit s’effacer devant « l’intérêt général flamand ». Le parti diffuse le mythe que tous les Flamands ont les mêmes intérêts. Il part du principe qu’il n’y a pas d’opposition sociale entre les travailleurs et les patrons. Cela s’exprime dans le slogan : « Voor al wie onderneemt, werkt en spaart » (pour tous ceux qui entreprennent, travaillent et épargnent).

La N‑VA tire cependant toujours la carte des nantis. Il suffit de passer en revue les cadres du parti pour voir ce qu’ils servent : Philippe Muyters, de l’organisation patronale VOKA, Johan Van Overtveldt, de l’organisation patronale catholique VKW, le personnel des collèges des échevins des communes où la N‑VA détient le pouvoir… Ce sont eux, les « Flamands qui travaillent dur » que la N‑VA défend vraiment. Et son programme ressemble à une sorte de self-service pour cette petite minorité.

La N‑VA au gouvernement flamand et dans les communes

Deuxième rideau de brouillard : la N‑VA est un parti anti-establishment. Archifaux. En Flandre, la N‑VA n’est pas dans l’opposition, mais au gouvernement, et elle dirige avec les partis qu’elle prétend combattre.

Hostyn le démontre de manière très convaincante : pas la moindre trace d’opposition dans les décisions de la N‑VA, qui mène exactement la même politique antisociale que le gouvernement fédéral. Des acquis du « Flamand qui travaille dur », comme le jobkorting (réduction forfaitaire du précompte professionnel, qui permet d’augmenter les salaires nets) ont été supprimés. Il y a eu des économies dans l’enseignement, les soins et la culture. En revanche, les patrons flamands ont, eux, été mis dans l’ouate.

Grâce à l’exemption des droits de donation pour les entreprises, ce sont surtout les patrons les plus riches qui peuvent offrir l’intégralité de leur entreprise à leur fils ou leur fille sans le moindre prélèvement fiscal. Cela fâche même l’organisation patronale des classes moyennes Unizo.

Balayée, la concertation sociale

Hostyn a recherché les idéologues qui inspirent De Wever et est tombé sur les courants les plus conservateurs des trois cents dernières années. Les idées du parti sur la démocratie sentent décidément le moisi.

La N‑VA fait le grand ménage dans l’ensemble du monde associatif qui défend la solidarité. Pour ce parti, il n’y a pas de problème avec l’associatif, tant qu’il se tient coi. Quant à ces syndicats « conservateurs archaïques », il faut leur couper les ailes, tout comme à la concertation sociale qui, selon De Wever, « est devenue un grand mécanisme de blocage qui empêche toute réforme ». Il en va de même au niveau local pour les organisations sociales et culturelles. L’opposition est, au mieux, juste tolérée.

Koen Hostyn décrit à quoi ressemblera la Flandre de De Wever en se basant sur la politique que mène son parti dans les quatre villes flamandes où il est au pouvoir. Il passe au crible tant le personnel politique que les mesures qu’il prend. Tout cela se lit comme un scénario de série télé américaine. Seul le cadre est déplacé à De Weverland. The A-Team trône à l’hôtel de ville d’Anvers, où les rôles principaux sont tenus par Liesbeth Homans et la superstar De Wever, entourés d’échevins au passé douteux et aux liens étroits avec des rois du béton et des spéculateurs immobiliers…


[1] Koen Hostyn, Het Vlaanderen van De Wever, EPO, 288 p., 19,90 € (en néerlandais uniquement).