L’État islamique au-delà du Moyen-Orient

Table des matières: 
Études marxistes no. 113
Auteur: 
Marc Botenga

À coups de décapitations médiatisées et d’attentats en Europe, l’État islamique (EI), dit aussi Daech, s’est invité au centre du débat public. Les méthodes du groupe paraissent particulièrement meurtrières et cruelles. Daech a, en outre, développé une vraie stratégie médiatique de propagande. Le discours politique occidental sur le Moyen-Orient s’est focalisé, depuis les attentats de Paris, sur comment en finir avec ce groupe. Mais de nombreuses ambiguïtés ont été relevées au sein de la coalition anti-Daech. La Russie d’une part et la France et les États-Unis d’autre part n’ont clairement pas les mêmes objectifs. L’Arabie saoudite ne finance-t-elle pas des groupes salafistes ? La Turquie n’a-t-elle pas laissé passer des milliers de djihadistes par sa frontière ? Et pendant que le Qatar propage un groupe proche d’Al Qaeda, Israël aurait soigné des djihadistes dans ses hôpitaux. Ces alliés locaux de l’Occident, agissent-ils avec ou contre les intérêts de l’impérialisme occidental ? Comprendre le déroulement actuel des crises irakienne et syrienne, et donc envisager une approche constructive des conflits sur place, impose une analyse des intérêts divergents.

Le double jeu des alliés régionaux de l’impérialisme

Au Moyen-Orient, trois piliers sont considérés comme soutiens fondamentaux de la politique impérialiste : Israël, les États du Golfe et la Turquie. Dans la lutte contre Daech et son terrorisme, ces trois piliers ont joué un rôle particulier.

Après avoir diffusé une doctrine favorisant le salafisme djihadiste et fournissant d’innombrables armes aux groupes syriens, l’Arabie saoudite ne se lance dans la lutte contre Daech que relativement tard. Mais évidemment non sans commencer à soutenir d’autres groupes, comme Ahrar Ash-Sham, Jaish-al-Fatah ou Jaish-Al-Islam qui, parfois soutenus par Al Nousra, vantent tout autant l’objectif d’établir un État islamique. Dans la revue américaine Foreign Policy, David Weinberg a d’ailleurs noté que le roi Salman d’Arabie saoudite a une longue histoire de soutien à des groupes fondamentalistes violents. À travers le Saudi High Commission for Relief of Bosnia and Herzegovina (SHC), il serait même lié à Al Qaeda en Bosnie-Herzégovine1.

En Turquie, le débat sur le rôle du gouvernement du président Erdogan et des services de renseignement turcs (MIT) a révélé d’importantes questions. Entre novembre 2013 et janvier 2014, Ozcan Sisman et Aziz Takci, procureurs de la ville d’Adana, ont fait arrêter quatre camions en route pour la Syrie. Ils avaient reçu une information indiquant que les camions transportaient des armes. Tandis qu’en novembre un premier camion a effectivement été saisi, l’intervention du MIT a permis, en janvier, aux trois autres de continuer leur route2. Deux journalistes du journal turc Cumhuriyet, Can Dündar et Erdem Gül, qui avaient publié les images des armes, ont été arrêtés et accusés de « trahison »3. Cela ne change rien, affirme Erdogan, si oui ou non les camions contenaient des armes : la publication de cette histoire équivaut à une trahison. Les procureurs Sisman et Takci se sont aussi vus arrêtés et accusés de persécutions injustifiées.

Tout ceci n’est que la pointe de l’iceberg. Au sud de la Turquie, on peut voir et entendre comment la Turquie a, pendant des années, permis à des djihadistes du monde entier de séjourner dans le pays avant de passer la frontière syrienne. Pourchassés en Syrie, les djihadistes pouvaient même trouver refuge en Turquie, note le journal français Le Monde4. La Turquie n’en est pas devenue un endroit sûr pour autant. Les attentats de Suruç et d’Ankara y ont fait plus de cent morts et des centaines de blessés en 2015. En octobre de la même année Ibrahim Abdelkader, un journaliste anti-Daech, y est assassiné et en décembre c’est au tour du journaliste syrien, militant anti-Daech, Naji al-Jerf à Gazyantep. Un an avant, dans un accident suspect, un véhicule lourd tuait Serena Shim, journaliste libanaise intéressée par le rôle de la Turquie dans le soutien à Daech, à Suruç.

En juin 2014 déjà, Mehmet Ali Ediboglu, député CHP de la région frontalière de Hatay, estimait que Daech avait pu vendre pour plus de 800 millions de dollars de pétrole par la Turquie5. Pour approvisionner l’industrie du textile turque, notamment à Gaziantep, début décembre 2015, Daech aurait pu vendre plus de 25 000 tonnes de coton en quinze jours sur le marché turc6. Ce n’est qu’en novembre 2015, après les attentats de Paris, que le ministre des Affaires étrangères turc et son homologue américain affirment qu’ils fermeront l’ « autoroute du djihad », par laquelle des milliers de combattants étrangers ont pu rejoindre Daech7. La Turquie bombarde surtout les groupes affiliés au PKK, opposés à Daech. Fin 2015, cette « guerre contre le PKK » dégénère, selon l’IHD, association turque des droits de l’Homme, en punition collective contre la population kurde8. En Occident, le silence était assourdissant.

Entre-temps, Ankara avait abattu un avion russe censé bombarder Daech. Le député social-démocrate (CHP) Eren Erdem a accusé le gouvernement turc de fournir du gaz sarin, une arme chimique, à Daech9. De la ville d’Akcakale, du nitrate d’ammonium, fertilisant utilisé pour la fabrication d’explosifs, était exporté vers des territoires contrôlés par Daech. Les habitants locaux n’avaient aucun doute par rapport à la finalité de ces exportations : « Ce n’est pas pour l’agriculture. C’est pour des bombes10. »

Le Qatar, de son côté, a livré des armes aux rebelles syriens11, et s’oppose à Daech en… soutenant Al-Nousra, la filiale syrienne d’Al Qaeda. Israël s’est engagé dans la lutte syrienne d’au moins deux façons. D’une part, l’armée israélienne bombarde régulièrement les forces progouvernementales, dont l’armée nationale syrienne et le Hezbollah, ce qui n’est pas de nature à renforcer le front anti-Daech. D’autre part, l’État hébreu accueille et soigne sur son territoire des combattants syriens. Même la presse israélienne avoue qu’au moins les combattants d’Al-Nousra ont profité de soutien israélien12.

Problèmes d’alliés ou stratégie de l’impérialisme ?

En confirmant que, via l’Arabie saoudite, la Turquie et les Émirats arabes unis, du soutien et des armes arrivaient chez les rebelles islamistes radicaux, le vice-président américain Joe Biden a affirmé que « notre problème, ce sont nos alliés13 ». Dans l’absolu, cette clé de lecture « Biden », dans la mesure où elle souligne des différences potentielles entre alliés, contient des éléments corrects. Certains pays ou régimes, comme l’Arabie saoudite, les États du Golfe ou même Israël n’existeraient pas sans le soutien américain (ce qui les distingue de l’Iran, dont le régime est le fruit d’un processus endogène), mais les élites de ces pays ont leurs propres intérêts qui ne coïncident pas toujours entièrement avec ceux des États-Unis. Le focus étroit de Tel-Aviv sur son « avantage qualitatif militaire » entre parfois en conflit avec les intérêts militaires américains plus larges dans la région14. L’Arabie saoudite et ses protecteurs à Washington doivent tenir compte des intérêts parfois divergents de clans richissimes et influents garantissant la stabilité du régime. Les aspirations de l’élite turque de bloquer l’émergence d’un État kurde, de négocier avec l’Iran ou d’étendre son influence dans la région, y inclus des tendances pan-turques ou néo-ottomanistes, ne correspondent pas toujours entièrement à la stratégie étasunienne. Les États-Unis se donnent d’ailleurs les moyens de faire pression sur ces alliés par le partage ou non des renseignements ou la rencontre avec des opposants.

Sur le fond, la clé de lecture « Biden » pose toutefois problème. Premièrement, elle fait l’impasse sur le fait que les États-Unis ont, depuis la guerre d’Afghanistan, eux-mêmes à dessein soutenu des groupes violents. Deuxièmement, Biden se tait sur l’absence de pressions américaines sur ces pays. Si Riyad agissait réellement contre les intérêts de Washington, pourquoi les États-Unis sanctionneraient-ils durement la Russie, la Syrie, ou l’Iran, mais augmentent-ils leur soutien militaire et économique à l’Arabie saoudite ? Ce serait un non-sens.

En réalité, et ce, contrairement à ce qu’affirme Biden, la politique étrangère des alliés occidentaux sert directement les intérêts stratégiques de l’impérialisme, même quand ces alliés soutiennent des groupes réactionnaires et terroristes. Afin de le démontrer, il convient d’abord de rappeler quels sont ces intérêts. D’abord, pour les États-Unis, le contrôle du Moyen-Orient et de ses ressources est essentiel s’ils veulent rester la première puissance mondiale : c’est là que sont en effet localisées près de la moitié des ressources pétrolières mondiales et plus de 41 % des réserves de gaz. Comme le soulignait déjà Zbigniew Brzezinski, conseiller géopolitique des présidents démocrates Jimmy Carter et Barack Obama : le contrôle du Moyen-Orient est essentiel pour pouvoir influencer les États voisins de la Russie15. En outre, si les États-Unis contrôlent les politiques locales, ils peuvent promouvoir, par exemple, un gazoduc allant du Qatar en Turquie et en Europe, en passant par la Syrie. Un tel gazoduc, refusé en 2010, un an avant le début du conflit syrien, par Bachar Al-Assad, diminuerait d’une part la prise des États indépendants sur l’exportation gazière de la région, qui comme l’Iran et la Syrie préfèrent un autre projet allant de l’Iran à la Syrie en passant par l’Irak16. D’autre part, il permettrait à l’Union européenne de diminuer sa dépendance vis-à-vis du gaz russe et donc de prendre des positions politiques plus fortes contre Moscou. Augmenter le fossé entre Moscou et Bruxelles est, depuis de longues années, un objectif central de Washington. Brzezinski formulait la crainte sous-tendant cet objectif : « éviter qu’un État, ou une combinaison d’États obtiennent la capacité d’expulser les États-Unis de l’Eurasie ou de diminuer de manière significative son rôle d’arbitre17. » Dans cette perspective, il convient donc non seulement d’approfondir la coopération transatlantique, ce qui limite le risque que l’UE émerge comme un acteur indépendant, mais aussi d’étendre l’Otan vers l’est, ce qui sûrement irrite Moscou et est susceptible, l’Ukraine l’a confirmé, de provoquer des tensions entre l’UE et la Russie. Face à des puissances montantes comme l’Inde et la Chine, les États-Unis espèrent, en cas de conflit ouvert, pouvoir couper aux puissances émergentes une partie de l’approvisionnement en pétrole et en gaz, mais entre-temps renforcent la position de leurs monopoles.

Cette approche « géopolitique » va toutefois de pair avec la question de l’approvisionnement en ressources naturelles peu chères. Cet objectif et la domination de marchés locaux par les multinationales occidentales sont la base même de toute politique impérialiste dans la région. En 2003, l’administration américaine de G.W. Bush lance l’initiative d’une zone de libre-échange au Moyen-Orient, liant durablement les économies de la région au capital monopoliste américain. En 2004, le concept d’un « Grand Moyen-Orient » est lancé, poussant à une transformation « politique, économique et sociale » de la région. Le principal obstacle à une domination totale impérialiste de la région reste la relative souveraineté politique et économique de pays tels l’Iran ou la Syrie, ou encore l’influence d’un acteur non étatique comme le Hezbollah libanais. En 2006, Condoleezza Rice, alors ministre américaine des Affaires étrangères, rêve d’un « nouveau Moyen-Orient » quand Israël essaie de détruire le Hezbollah au Liban. L’ordre 81, édicté par Paul Bremer, administrateur américain temporaire de l’Irak, après l’occupation, et garantissant aux multinationales agroalimentaires comme Monsanto un contrôle étendu sur les nouvelles semences utilisées par les agriculteurs irakiens, n’en est qu’un petit exemple. Comme l’était l’ordre 39 dressant le cadre de la privatisation de l’économie irakienne. Le lien entre intérêts des monopoles et stratégie géopolitique est clairement affiché par Washington.

La création d’un tel « nouveau Moyen-Orient » ne va pas de soi. Le scénario — presque — idéal du point de vue de l’impérialisme de l’Ukraine où un groupe d’oligarques pro-occidentaux renverse un régime considéré trop indépendant ne se réalise ni à Téhéran, ni en Irak, ni en Syrie. Comme l’Iran sera soumis à de cruelles sanctions, les deux pays arabes souffriront de l’impact de la guerre conventionnelle et non conventionnelle impérialiste.

La guerre et l’occupation de l’Irak aux origines de Daech

L’État islamique d’Irak et Al-Sham (ISIS) ou État islamique d’Irak et du Levant (ISIL), depuis plus souvent appelé Daech, gagne de l’importance vers la fin de 2013. Fin décembre, l’arrestation violente par les forces de sécurité irakiennes d’un parlementaire irakien sunnite, Ahmed al-Alwani, à Ramadi, dans la province d’Anbar et l’évacuation par les forces irakiennes d’un camp d’activistes Dulaimi provoquent la révolte des milices de sa tribu Dulaim contre l’armée irakienne. Le 31 décembre 2013, l’armée irakienne se retire progressivement de la province d’Anbar dans l’espoir de calmer la situation. Des forces militantes prennent le contrôle de parties entières des villes de Ramadi et Fallujah. Différentes tribus rejoignent la lutte contre l’armée irakienne. Quand des militants d’ISIL arrivent dans les villes, de nombreuses tribus s’allient à eux.

Cette attitude peut surprendre, mais la montée de Daech a été soutenue, non seulement par des tribus sunnites irakiennes, mais aussi par d’anciens officiers de l’armée irakienne de Saddam Hussein, dissoute par l’armée américaine après la guerre de 2003. Ces officiers expérimentés ont apporté la stratégie et la technique militaires à Daech.

C’est le fruit direct de l’occupation militaire américaine de l’Irak. Après l’invasion, les États-Unis sont confrontés à une résistance nationale contre leur occupation. En partie pour détruire cette résistance — « diviser pour régner » —, l’occupation monte les sunnites et les chiites les uns contre les autres. Des milices chiites participent au « nettoyage ethnique » de la capitale irakienne. Avant la guerre, la plupart des quartiers de Bagdad étaient mélangés. Chiites, sunnites et chrétiens y vivaient ensemble. Cinq ans plus tard, pratiquement tous les quartiers sont divisés selon l’obédience religieuse18. Le pays lui-même est également divisé et c’est un gouvernement dirigé surtout par les chiites, tout en marginalisant les sunnites, qui gouverne.

Cette politique mène à son tour à l’essor du groupe terroriste sunnite Al-Qaeda en Irak. Pour anéantir Al-Qaeda, les États-Unis utilisent à nouveau des tribus et combattants sunnites en 2008. Près de 100 000 personnes sont mobilisées et payées par les États-Unis pour grossir les rangs des brigades sunnites Al Sahwa. Mais, après que ces milices furent attaquées par Al-Qaeda, les États-Unis les laissent tomber et ne leur donnent plus d’argent. Entre-temps, l’armée irakienne ne devient pas plus inclusive ni le gouvernement sectaire irakien plus démocratique. Depuis, la population locale s’exprime de différentes façons. Fin 2012 et début 2013, des protestations pacifiques dans de nombreuses villes, dont Ramadi, auraient rassemblé au total plus de 2 millions de personnes. Elles sont soit ignorées, soit violemment réprimées par le gouvernement de Bagdad. Depuis, Daech, qui garantit d’ailleurs un revenu plutôt stable, en a profité. Que certains en viennent à soutenir Daech activement en dit long sur l’Irak que l’occupation a créé. L’annonce mi-2015 par différentes autres tribus irakiennes, dont l’importante al-Jumaili, de leur soutien à Daech a confirmé qu’un Irak réellement inclusif, démocratique et national est une condition absolue si l’on veut que Daech disparaisse, sans qu’un autre groupe équivalent ne redresse la tête19.

La guerre non conventionnelle permet l’émergence de Daech en Syrie

Si Daech a une dimension endogène en Irak, en Syrie le groupe est davantage perçu comme exogène et importé, en raison du grand nombre de combattants étrangers. Le groupe essaie de changer cette perception, notamment à travers des médiations entre tribus. En décembre 2015, Daech se serait posé en médiateur dans un conflit de longue durée entre les tribus de Hammar et de Saawa sur les droits d’exploitation d’un champ pétrolier dans la province syrienne de Deir Ezzor20.

Le facteur le plus fondamental, expliquant le succès relatif de Daech en Syrie, est évidemment l’effondrement de l’État syrien, préparé par les États-Unis depuis 2006. Le général américain Wesley Clark a dévoilé la stratégie du président américain Bush, prévoyant de modifier, en cinq ans, les gouvernements de sept pays, dont la Syrie. Wikileaks, qui avait révélé des documents secrets du gouvernement américain, a également dévoilé, bien avant l’insurrection de 2011, comment la stratégie américaine en Syrie allait contribuer au chaos actuel. Pour faciliter le « changement de régime », William Roebuck, le chargé d’affaires américain en Syrie, avait conseillé dès 2006 toute une série de mesures à ses supérieurs21. L’objectif central était de créer à l’intérieur même de la Syrie des ruptures censées mener à un conflit — et, partant, à un « changement de régime ». C’est ce qu’on appelle la guerre non conventionnelle.

Les États-Unis ont examiné comment, avec le soutien de l’Arabie saoudite et de l’Égypte et sur base de fausses rumeurs, ils allaient pouvoir attiser des tensions sectaires entre sunnites et chiites. Les compromis politiques entre le gouvernement et l’opposition devaient clairement devenir plus malaisés. Ce genre de compromis aurait, en effet, rendu un « changement de régime » plus difficile. C’est pourquoi une véritable paranoïa allait être créée au sein du gouvernement syrien. Plus ce gouvernement allait craindre les complots, plus durement il allait réagir contre ses opposants politiques. Si le régime réagissait abusivement, et avec une sévérité suffisante, la possibilité d’un accord avec l’opposition allait se réduire comme peau de chagrin et les États-Unis allaient pouvoir accroître l’isolement international du régime. Plus la Syrie allait être isolée, plus les manœuvres vers un « changement de régime » allaient être facilitées.

Dans l’intention de créer une telle rupture, des rencontres « secrètes » furent organisées entre les Saoudiens et les dissidents politiques syriens et des millions de dollars furent envoyés à l’opposition. On utilisa entre autres l’ancien vice-président syrien Abdul Halim Khaddam, la chaîne de télévision privée Barada et le Mouvement pour la justice et le développement (MJD). Début 2006, l’activiste syrien et informateur des États-Unis Bassam Ishak se rendit compte de ce qui se passait : « Nous ne sommes qu’un pion sur un échiquier22. »

Après 2011, les États-Unis passent à la vitesse supérieure23. En 2012, la CIA soutenait, à partir du sud de la Turquie, les rebelles armés syriens, en aidant à la livraison d’armes payées par des alliés occidentaux comme la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite24. Le New York Times révélait déjà à l’époque que la majorité des armes envoyées en Syrie passait dans les mains des djihadistes25. Des groupes soutenus officiellement par l’Occident, comme l’Armée syrienne libre, de nombreux combattants ont ensuite rejoint les rangs de groupes tels Al-Nousra (Al-Qaeda en Syrie) et Daech26. Jouant parfaitement dans la stratégie occidentale de la polarisation, et s’opposant à tout accord avec le gouvernement, les groupes « modérés » recevant le soutien de l’Occident ou de ses alliés refusent d’ailleurs régulièrement des négociations sans préconditions, aggravant ainsi le chaos.

Le Conseil national syrien rejette les pourparlers de paix en 201427. Ahrar ash-sham déclare en 2013 qu’il rejette les résultats des pourparlers de paix28. Début 2014, le « Front islamique » soutenu par l’Arabie saoudite qualifie ces mêmes pourparlers de paix de « creux »29. Un tel maximalisme n’est pas une fatalité, mais un choix politique. En effet, sur le terrain en Syrie, des accords de paix locaux avaient néanmoins été conclus dans des villes comme Zabadani, Kafraya et Fuaa. Fin 2015, sous surveillance des Nations Unies, un retrait de Daech d’un quartier périphérique de Damas est même négocié.

Le lieutenant-général Michael Flynn, ancien chef de la Defense Intelligence Agency (DIA) américaine, avoue lui-même que le soutien aux rebelles syriens a mené au succès du groupe terroriste Daech, ce qui était « un objectif délibéré » a-t-il déclaré30. En 2012 déjà, la DIA mettait en effet en garde contre la montée de Daech dans l’est de la Syrie, exactement ce que souhaitaient « nos alliés »31.

Une doctrine réactionnaire promue par l’impérialisme

Que ce soit en Irak ou en Syrie, des mouvements avec une idéologie rétrograde arrivant à capter le mécontentement ne sont pas non plus une coïncidence ni dû à une quelconque tendance « naturelle » de la région. La doctrine « djihadiste salafiste » ou « takfiriste » de Daech ne vient pas de nulle part. Elle a été et est toujours promue comme antidote aux idées de gauche, socialistes, pan-arabes et révolutionnaires qui dominaient une grande partie des mouvements locaux dans les années 60 et 70.

Le succès de cette idéologie violente est très lié au soutien octroyé par les États-Unis aux mouvements rebelles afghans dans les années 80. Le père spirituel de Daech, Abou Moussab al-Zarqaoui, a d’ailleurs passé beaucoup de temps en Afghanistan pour se former. Dans les années 70, pour renverser le gouvernement afghan soutenu par l’Union soviétique, Washington a soutenu des prétendus « combattants de la liberté ». Ces moudjahidines étaient les prédécesseurs des Talibans. Le journal britannique The Independent en est arrivé à décrire Oussama ben Laden comme un homme contribuant à la paix. Outre des centaines de millions de dollars, les États-Unis ont aussi livré des « manuels scolaires » aux rebelles afghans — des livres glorifiant en fait le djihad. Avec ces manuels imprimés par l’université du Nebraska à Omaha, d’innombrables enfants des camps de réfugiés ont été endoctrinés à combattre le gouvernement au nom de Dieu. Grâce à la CIA, des enfants afghans ont appris à lire avec des phrases comme « Tous les Russes et les mécréants sont nos ennemis » ou « Mon oncle a un fusil. Il mène le djihad avec son fusil. »

Dans cette entreprise, l’Arabie saoudite a été un allié loyal des États-Unis. « On estime que l’Arabie saoudite a investi plus de 10 milliards de dollars pour diffuser son programme wahhabite à travers des organisations caritatives », conclut un rapport d’enquête du Parlement européen en 201332. Des experts en sécurité de l’Union européenne ont estimé que 15 à 20 % de cet argent a été détourné vers Al-Qaïda et d’autres groupes djihadistes violents33. C’est d’ailleurs depuis l’Arabie saoudite que le frère de Sayyid Qutb, Mohammad, a diffusé cette pensée qui a, entre autres, inspiré Oussama ben Laden et Ayman al-Zawahiri.

Le sectarisme pour mieux régner

Tant en Syrie qu’en Irak, le sectarisme poussant à la division de ces pays n’est, nous l’avons vu, ni coïncidence ni fatalité, mais la conséquence d’une politique délibérée. La division sectaire des pays pour les affaiblir et créer le nouveau Moyen-Orient est donc un terrain sur lequel tous les alliés occidentaux se retrouvent. Israël aimerait le faire davantage en Iran. À défaut de pouvoir contrôler tous les États, créer un certain chaos et semer les graines d’un conflit régional perpétuel entre petits États, incapables de s’opposer réellement aux États-Unis et aux exigences de ses monopoles, est une alternative plus qu’acceptable pour l’impérialisme. Les monopoles de l’armement américain bénéficient d’ailleurs là d’un marché infini.

Daech est, dans ce contexte, un ennemi presque aussi commode que les groupes rebelles djihadistes-salafistes sont des alliés. Les activités du groupe renforcent ces mêmes dynamiques qui ont contribué à son émergence. Si, par exemple, la politique sectaire de l’occupation américaine en Irak et son utilisation de milices chiites a créé un terreau fertile pour Daech, en s’ancrant durablement sur le territoire à majorité sunnite de l’Irak, persécutant minorités religieuses et ethniques, Daech a, à son tour, renforcé cette division sectaire. L’opposant syrien Aram Karabet voyait juste quand il affirmait que « l’islamisation est essentiellement le fait d’interventions étrangères. Il est clair que c’était aussi dans l’intérêt des puissances occidentales. Parce que c’était le moyen de pousser la Syrie vers les extrêmes et de laisser les Syriens se massacrer entre eux, le but étant la destruction des infrastructures du pays, la destruction de l’armée syrienne34. »

C’est d’ailleurs sur base des divisions religieuses, culturelles et ethniques grandissantes depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003 que différents chercheurs s’imaginent le « nouveau Moyen-Orient ». En juin 2006, Ralph Peters, ex-lieutenant-colonel de l’armée américaine et de l’Académie nationale de guerre aux États-Unis, publie une carte dans l’Armed Forces Journal de « son » nouveau Moyen-Orient35. L’Irak est divisé en trois parties, dont un État chiite au Sud, un État sunnite au centre et un Kurdistan indépendant au nord, qui englobe des parties de l’Iran, de la Syrie et de la Turquie. Robin Wright du United States Institute of Peace et le Wilson Center lancent une autre idée : créer quatorze pays sur base de cinq pays existants36. Le territoire de la Syrie et de l’Irak est divisé sur quatre États : un nouvel État sunnite composé de l’Irak de l’ouest et de la Syrie de l’est — un territoire correspondant presque aux ambitions de Daech. Avec un État chiite au sud de l’Irak, un Kurdistan au nord de l’Irak et de la Syrie et un État alaouite sur la côte syrienne. Ni Peters ni Wright ne considèrent l’Arabie saoudite comme un État durable. L’ex-ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies, John Bolton, a embrayé le pas fin 2015. Pour détruire Daech, écrit-il, il faut créer un État sunnite en divisant la Syrie et l’Irak37.

Solution inclusive négociée ou escalade internationale ?

Le risque d’une balkanisation totale de la région est bien réel. Certains peuvent se réjouir du fait que les frontières d’un Moyen-Orient désigné par le colonialisme de Sykes-Picot s’effacent. Dans un contexte pan-arabe ou socialiste, ceci aurait clairement été un pas en avant. Dans un contexte de sectarisme réactionnaire et la création de mini-États impuissants face aux monopoles, cela semble moins évident.

La récente intervention militaire russe a permis, dans un premier temps, d’éviter que les forces pro-occidentales imposent une zone d’exclusion aérienne, dirigée unilatéralement contre l’armée nationale syrienne et d’imposer à certains groupes un dialogue. Dans un deuxième temps, et dans la mesure où des pays tels l’Iran ou la Russie en viennent à intervenir sans offrir une solution inclusive et non sectaire pour l’Irak et la Syrie, leurs interventions pourraient renforcer le sectarisme. Lors des négociations de paix, les différents intervenants étrangers pourraient être tentés par la création de « zones d’influence » remplaçant les États jadis souverains. On pourrait ainsi assister à un Accord de Dayton pour le Moyen-Orient, des territoires sous mandat ou des pseudo-colonies. Le rôle des différentes fractions kurdes, dont les YPG à l’avant-garde de la lutte contre Daech, et leur bras politique le PYD, sera très important grâce à leurs avancées sur le terrain38.

Seule une solution inclusive et négociée en Syrie et en Irak peut éviter ce scénario du pire, que ce soit à court ou à moyen terme. La résolution du Conseil de sécurité 2254 favorisant un processus de paix et d’élections en Syrie, adoptée à l’unanimité fin 2015, peut être un premier pas dans cette direction, mais cela n’ira pas de soi. Sans surprise, les réactions de l’opposition syrienne divergent. D’une part, l’opposition endogène, dont le Conseil démocratique syrien (CDS) et son président Haytham Manna s’en sont félicités. D’autre part, la Coalition nationale syrienne, fondée au Qatar et soutenue par les puissances pro-occidentales, l’a immédiatement qualifiée d’irréaliste39. Tant que cette opposition reçoit un soutien de l’étranger, elle n’abandonnera pas son maximalisme.

Contraindre l’impérialisme à bloquer sa politique criminelle de balkanisation et de guerre perpétuelle au Moyen-Orient sera, sans doute, un des défis-clé pour le mouvement pour la paix en Europe et aux États-Unis. Un défi important qui devrait permettre de réduire le risque d’accrochages militaires entre la Russie et l’Otan et le nombre d’attentats terroristes, de limiter les dépenses militaires plutôt que les services sociaux et de résoudre une partie de la crise de réfugiés à la source

Marc Botenga (botengam at gmail.com) est docteur en Sciences politiques.


1 D. A. Weinberg, « King Salman’s Shady History », Foreign Policy, 27 janvier 2015, http://foreignpolicy.com/2015/01/27/king-salmans-shady-history-saudi-arabia-djihadi-ties/.

2 H. Pamuk et N. Tattersall, « Exclusive : Turkish intelligence helped ship arms to Syrian Islamist rebel areas », Reuters, 21 mai 2015, http://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-turkey-arms-idUSKBN0O61L220150521.

3 « Two journalists arrested for story on intelligence trucks bound for Syria », Hurriyet Daily News, novembre 2015, http://www.hurriyetdailynews.com/two-journalists-arrested-for-story-on-intelligence-trucks-bound-for-syria.aspx?PageID=238&NID=91722&NewsCatID=339.

4 G. Perrier, « Syrie : Pourchassés par les rebelles, les djihadistes se réfugient en Turquie », Le Monde, 11 janvier 2014, http://www.lemonde.fr/international/article/2014/01/11/pourchasses-par-les-rebelles-syriens-les-djihadistes-se-refugient-en-turquie_4346431_3210.html.

5 G. Vilmaz, « IŞİD, Türkiye’de petrol satıyor », Taraf, 13 juin 2014, http://arsiv.taraf.com.tr/haber-isid-turkiyede-petrol-satiyor-156685/.

6 C. Fages, « La Turquie achète des quantités record de coton syrien au groupe EI », RFI, 14 décembre 2015, http://www.rfi.fr/emission/20151214-turquie-etat-islamique-achat-coton-syrien.

7 « La Turquie veut fermer son “autoroute du djihad” », 21 novembre 2015, http://www.levif.be/actualite/international/la-turquie-veut-fermer-son-autoroute-du-djihad/article-normal-435271.html.

8 IHD, « There is an Imminent Threat of Massacre in Cizre, Silopi, Sur, Nusaybin… Do You Hear Us ? », 21 décembre 2015, https://www.fidh.org/en/region/europe-central-asia/turkey/there-is-an-imminent-threat-of-massacre-in-cizre-silopi-sur-nusaybin.

9 IHA, « CHP’lİ Erdem’den, Işİd Terör Örgütüne ‘SÂRİN Gazi’ Verİldİ İddİasi », Milliyet, 19 octobre 2015, http://m.milliyet.com.tr/Local/Article?ID=1021645.

10 B. Hubbard et K. Shoumali, « Fertilizer, Also Suited for Bombs, Flows to ISIS Territory From Turkey », The New York Times, 4 mai 2015, http://mobile.nytimes.com/2015/05/05/world/europe/fertilizer-also-suited-for-bombs-flows-to-isis-territory-from-turkey.html.

11 M. Mazzetti, C. J. Chivers & E. Schmitt, « Taking Outsize Role in Syria, Qatar Funnels Arms to Rebels », The New York Times, 29 juin 2013, http://www.nytimes.com/2013/06/30/world/middleeast/sending-missiles-to-syrian-rebels-qatar-muscles-in.html.

12 R. Ahren, « Israel acknowledges it is helping Syrian rebel fighters », Times of Israel, 29 juin 2015, http://www.timesofisrael.com/yaalon-syrian-rebels-keeping-druze-safe-in-exchange-for-israeli-aid/.

13 A. Taylor, « Behind Biden’s Gaffe lie Real Concerns about Allies’ Role in Rise of the Islamic State », The Washington Post, 6 octobre 2014, https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/2014/10/06/behind-bidens-gaffe-some-legitimate-concerns-about-americas-middle-east-allies/.

14 S. Zunes et P. Certo, « Israel » dans J. Assange, The Wikileaks Files, Verso Books, Londres, 2015, p. 263-296.

15 Z. Brzezinski, The Grand Chessboard, Basic Books, 1997, chapitre V. (En français, Le grand échiquier, Hachette, 1997).

16 P. Herard, « Syrie : le gaz du Qatar influence-t-il le conflit ? », TV5 Monde, 9 septembre 2013, http://information.tv5monde.com/info/syrie-le-gaz-du-qatar-influence-t-il-le-conflit-4510.

17 « The most immediate task is to make certain that no state or combination of states gains the capacity to expel the United States from Eurasia or even to diminish significantly its decisive arbitrating role », Z. Brzezinski, The Grand Chessboard, Basic Books, 1997, p. 198.

18 J. Wing, « Columbia University Charts Sectarian Cleansing of Baghdad », 19 novembre 2009, http://musingsoniraq.blogspot.be/2009/11/blog-post.html.

19 J. D. Stuster, « Iraqi Tribes Announce Support for Islamic State, New Attacks in Syria », 5 juin 2015, Foreign Policy, http://foreignpolicy.com/2015/06/05/iraqi-tribes-announce-support-for-islamic-state-new-attacks-in-syria/.

20 Syria Direct, « In an unusual step, Islamic State mediates Deir e-Zor tribal feud », 16 décembre 2015, http://syriadirect.org/news/in-an-unusual-step-islamic-state-mediates-deir-e-zor-tribal-feud/.

21 W. Roebuck, « Influencing the SARG in the end of 2006 », Wikileaks, 13 décembre 2006, https://wikileaks.org/plusd/cables/06DAMASCUS5399_a.html.

22 Seche, « Announcement to fund Opposition harshly criticized by Anti-Regime Elements, Others », Wikileaks, 21 février 2006, https://www.wikileaks.org/plusd/cables/06damascus701_a.html.

23 M. Botenga, « Syrie : Révolte ou intervention ? », Études marxistes, no 104, http://www.marx.be/fr/content/syrie-r%C3%A9volte-ou-intervention.

24 E. Schmitt, « C.I.A. Said to Aid in Steering Arms to Syrian Opposition », The New York Times, 21 juin 2012, http://www.nytimes.com/2012/06/21/world/middleeast/cia-said-to-aid-in-steering-arms-to-syrian-rebels.html.

25 D. E. Sanger, « Rebel Arms Flow Is Said to Benefit Djihadists in Syria », The New York Times, 14 octobre 2012, http://www.nytimes.com/2012/10/15/world/middleeast/djihadists-receiving-most-arms-sent-to-syrian-rebels.html.

26 M. Mahmood & I. Black, « Free Syrian Army rebels defect to Islamist group Jabhat al-Nusra », The Guardian, 8 mai 2013, http://www.theguardian.com/world/2013/may/08/free-syrian-army-rebels-defect-islamist-group ; M. Mahmood, « US air strikes in Syria driving anti-Assad groups to support Isis », The Guardian, 23 novembre 2014, http://www.theguardian.com/world/2014/nov/23/us-air-strikes-syra-driving-anti-assad-groups-support-isis.

27 « Main bloc quits Syrian National Coalition over Geneva », Times of Israel, 21 janvier 2014, http://www.timesofisrael.com/main-bloc-quits-syrian-national-coalition-over-geneva/.

28 S. Zeidan, « Hassan Abboud : “We will fight for our rights” », Al Jazeera, 10 septembre 2014, http://www.aljazeera.com/programmes/talktojazeera/2013/12/hassan-abboud-will-fight-our-rights-20131217132919290655.html.

29 « Islamist rebels reject “hollow” Syria peace talks », The Daily Star, 20 janvier 2014, http://www.dailystar.com.lb/News/Middle-East/2014/Jan-20/244610-islamist-rebels-reject-hollow-syria-peace-talks.ashx.

30 B. Tasch, « Former US military intelligence chief : We knew something like ISIS was coming — and screwed it up », Business Insider UK, 10 août 2015, http://uk.businessinsider.com/former-us-military-intelligence-chief-we-knew-something-like-isis-was-coming-2015-8?r=US&IR=T.

31 FoxNews, « Defense Department documents given to Judicial Watch under FOIA suit », 18 mai 2015, http://www.foxnews.com/politics/interactive/2015/05/18/defense-department-documents-given-to-judicial-watch-under-foia-suit/.

32 C. Moniquet, « The Involvement of Salafism/Wahhabism in the support and supply of arms to rebel groups around the world », juin 2013, http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/etudes/join/2013/457137/EXPO-AFET_ET(2013)457137_EN.pdf.

33 P. Vallely, « Meet the Frankenstein monster of Saudi Arabia and Qatar. Or as we know them, Isis », 24 août 2014, http://www.independent.co.uk/voices/comment/too-late-the-sponsors-of-ideology-find-they-have-made-a-monster-9687723.html.

34 Aram Karabet, « La révolution syrienne a échappé aux Syriens », l’Humanité.fr, 12 août 2013, http://www.humanite.fr/monde/aram-karabet-la-revolution-syrienne-echappe-aux-sy-547163.

35 R. Peters, « Blood Borders », Armed Forces Journal, 1er juin 2006, http://www.armedforcesjournal.com/blood-borders/ et http://afj.wpengine.com/wp-content/uploads/2013/10/peters-map-after.jpg.

36 R. Wright, « Imagining a Remapped Middle East », The New York Times Sunday Review, 28 septembre 2013, http://www.nytimes.com/2013/09/29/opinion/sunday/imagining-a-remapped-middle-east.html.

37 J. R. Bolton, « John Bolton : To Defeat ISIS, Create a Sunni State », The New York Times, 24 novembre 2015, http://www.nytimes.com/2015/11/25/opinion/john-bolton-to-defeat-isis-create-a-sunni-state.html.

38 A. Asher-Schapiro, « Syria’s Kurds Have Nearly Tripled Their Territory Fighting the Islamic State in 2015 », Vice News, 22 décembre 2015, https://news.vice.com/article/syrias-kurds-have-nearly-tripled-their-territory-fighting-the-islamic-state-in-2015.

39 P. Barbancey et H. Zerrouky, « L’accord sur la Syrie place l’Arabie saoudite et ses alliés au pied du mur », L’Humanité, 21 décembre 2015, http://www.humanite.fr/laccord-sur-la-syrie-place-larabie-saoudite-et-ses-allies-au-pied-du-mur-593527.