L’industrie 4.0 et la « modernisation du marché de l’emploi »

Table des matières: 
Études marxistes no. 115
Auteur: 
Herwig Lerouge

Un débat stratégique est nécessaire d’urgence

L’industrie s’apprête à un nouveau bouleversement, l’industrie  4.0, également appelée « l’Internet des objets ». Il s’agit d’appareils qui peuvent communiquer entre eux, comme le compteur « intelligent » qui transmet l’état de la consommation de gaz et d’électricité sans qu’un contrôleur doive venir le vérifier sur place. Ou un appareil qui indique lui-même quand il convient de le lubrifier. Ou un distributeur automatique qui donne un signal quand un produit particulier est (presque) épuisé. L’identification se fait à l’aide d’ondes radio (RFID-tags ou radio-étiquettes sur un produit), de sorte que l’appareil sait quels réglages ou autres opérations il convient de lui faire subir.

Sur quoi précisément va déboucher cette industrie  4.0  ? Cela reste une question ouverte. Sur la semaine de trente heures  ? Ou sur des emplois de plus en plus flexibles pour un salaire inférieur et sans les acquis sociaux du vingtième siècle  ? Nombre de propositions de «  modernisation du marché de l’emploi  » trouvent leur origine dans cette évolution. Il en va de même pour la proposition du ministre de l’Emploi Kris Peeters visant à rendre plus flexible la durée du travail et à jeter aux oubliettes la semaine de 38  heures.

L’industrie  4.0 va-t-elle détruire l’emploi  ? Des robots seront-ils chargés des tâches les plus ingrates, alors que des millions de nouveaux emplois seront créés  ? Pourra-t-on travailler où on voudra et quand on le souhaitera  ? Les entreprises pourront-elles proposer, par le crowdsourcing, leurs tâches à d’innombrables travailleurs (en apparence) indépendants, sans semaine de 38 heures, sans sécurité sociale, sans protection contre le licenciement ou sans salaire minimal  ? Cette évolution sera-t-elle un levier de dérégulation, de création d’emplois précaires  ? Qui se portera mieux dans cette économie Internet  ? Les emplois seront-ils détruits par la technologie ou par le mésusage de cette dernière afin d’engranger encore plus de profit  ?

«  Les grandes lignes du monde du travail  4.0 sont reconnaissables, même si nous avons encore devant nous un long parcours. Nous nous trouvons maintenant à la croisée des chemins.  » Ces lignes se trouvent dans la préface du rapport annuel Gute Arbeit 2016, publié par le syndicat allemand DGB. En Allemagne, le syndicat s’est déjà lancé dans la réflexion sur les conséquences possibles pour les conditions de travail et planche sur une stratégie syndicale à ce propos. Les risques réels peuvent-ils être endigués et dans quelle mesure, seuls les rapports de force sociaux en décideront. Pour Wolfgang Däubler, un expert allemand du droit du travail, «  Il est important de continuer à mettre en avant la revendication du droit au travail parce que cette revendication, tout comme les revendications salariales, permet de rendre possible une action commune de tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions et leurs conceptions politiques  : avoir un emploi convenable est un souhait clair et reconnaissable par tous.  »

Avec ce dossier, nous voulons contribuer à mettre ce débat à l’ordre du jour en Belgique également.