La Chine au centre de la stratégie militaire américaine

Table des matières: 
Études marxistes no. 107
Auteur: 
Marc Botenga

La philosophie militaire chinoise est traditionnellement basée sur les « Cinq principes de coexistence pacifique », approuvés en 1954. Ces principes incluent le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, la non-agression, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’égalité et les avantages réciproques et enfin la coexistence pacifique. Néanmoins, la modernisation militaire et l’émergence économique chinoise font penser à certains que la Chine chercherait à se doter d’une armée susceptible, selon les uns, de pouvoir elle aussi dominer le monde ou, selon les autres, de se défendre face à l’impérialisme américain. D’autres encore considèrent qu’une guerre Chine-États-Unis est d’ores et déjà inévitable. Qu’en est-il ? Notre analyse sera basée sur l’examen des stratégies de défense de ces deux pays dans les mers de Chine orientale et méridionale.

Les États-Unis : une domination militaire mondiale incontestée

Aujourd’hui, les États-Unis sont indiscutablement la première puissance militaire. En 2013, le budget américain de la défense était d’environ 600 milliards de dollars alors que la Chine ne dépensait qu’un cinquième de ce montant et la Russie un peu plus d’un huitièm. [81].

Les États-Unis ont des bases militaires dans au moins 29 pays (certains disent 60), une présence militaire dans 150 pays et entre 280 000 et 325 000 membres du personnel militaire actifs à l’étranger. En 2013, les États-Unis avaient 7 700 ogives nucléaires, dont 2 150 actives, la Russie 8 500, dont 1 800 actives, la Chine 250 soit moins que la France (300 dont 290 actives) et probablement moins qu’Israël (400 ?. [82].

Les alliances militaires des États-Unis démultiplient leur influence. Outre les accords conclus avec les pays membres de l’Otan, ils en ont avec le Japon, la Corée du Sud, les Philippines, Israël, l’Australie et la Nouvelle-Zélande (ANZUS) et enfin le Canada. L’Otan a, de son côté, des accords de collaboration, comme le Dialogue méditerranéen et l’Initiative de coopération d’Istanbul, ainsi que des partenariats avec les pays de l’ex-bloc soviétique et les « partenaires dans le monde », dont la Mongolie, le Pakistan, l’Afghanistan, le Japon, la Corée du Sud, l’Irak, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Ni la Chine ni la Russie n’ont les moyens de contester l’hégémonie militaire américaine. La Russie a des bases dans six pays seulement, tous situés près de ses frontières, ainsi qu’une certaine présence militaire dans quatre autres pays : au Vietnam (logistique), au Kazakhstan (radar), en Biélorussie (radar et communications) et en Syrie (logistique). Une base d’espionnage russe à Cuba pourrait être rouverte. La Chine, quant à elle, n’a pas de bases militaires à l’étranger.

Qualitativement, aucune alliance n’atteint l’intégration qui existe au sein de l’Otan. Quantitativement, les alliances qui comptent sont l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) pour la Russie et la Chine et l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) conclu entre la Russie et cinq pays de l’ancienne Union soviétique. L’OCS permet, depuis environ dix ans, l’élaboration d’exercices militaires communs entre les armées chinoise et russe afin de gérer des menaces communes. Il faut souligner que la Chine a un accord de défense mutuelle avec la Corée du Nord et une coopération importante avec le Pakistan.

L’objectif de Washington : perpétuer la domination

La version préliminaire révélatrice du texte Defense Strategic Guidance, préparé en 1992, ne laisse aucun doute : finie la Guerre froide, la mission des États-Unis allait être de faire obstacle à l’émergence d’une puissance hostile qui pourrait présenter une menace de sécurité mondiale comparable à celle présentée jadis par l’Union soviétique tout comme d’empêcher une domination hostile, non démocratique, de régions (Europe, Asie de l’Est et golfe Persique) fondamentales pour leurs intérêts et de renforcer ainsi les barrières contre la résurgence d’une menace mondiale[83]. En 2000, le think tank néoconservateur républicain Projet pour le nouveau siècle américain (Project for the New American Century, PNAC) confirme : « Aujourd’hui, les États-Unis n’ont plus de rival mondial. Notre principale stratégie doit être de préserver cette position avantageuse et de l’étendre le plus possible dans le futu. [84]. »

Cette vision avait été confirmée en 1997 par Zbigniew Brzezinski, futur conseiller de Barack Obama : « L’Amérique est aujourd’hui la seule superpuissance, et l’Eurasie constitue le centre de ce monde. Les glissements de pouvoir sur le continent eurasiatique seront d’une importance décisive pour l’hégémonie américaine… Une grande coalition entre Chine, Russie et peut-être Iran serait le scénario le plus dangereu. [85]. » En 2001, Henry Kissinger confirme : « Un bloc asiatique hostile, combinant les nations les plus peuplées du monde et de vastes ressources, serait incompatible avec les intérêts nationaux américains, écrit-il. L’Amérique doit prévenir le regroupement de l’Asie en un bloc hostile (ce qui serait le cas si cela se faisait à l’initiative de l’une de ses principales puissances. [86]. » En 2010, Obama reste sur cette idée mais se focalise sur le « renouvellement du leadership américain pour que nous puissions au 21e siècle avancer nos intérêts de manière plus efficac. [87] ».

Une Chine défiant la domination américaine ?

La modernisation militaire chinoise est un thème populaire dans les médias. En parallèle avec son développement économique, la Chine augmente naturellement son budget militair. [88]. Il convient toutefois de relativiser cette modernisation, même celle de la force aérienne, qui est pourtant, avec la marine, l’une des deux priorités : un tiers des avions seulement peuvent être qualifiés de moderne. [89]. De même, les nouvelles capacités balistiques et les 5 000 km de tunnels protégeant ses armes nucléaires permettront à la Chine de mener des guerres locales mais certainement pas des guerres globales.

Yao Yunzhu, major général, de l’Académie de science militaire, affirme que l’écart entre les forces américaines et chinoises est d’« au moins 30 ans, peut-être même 50. La Chine, dit-elle, n’a pas besoin d’être militairement au niveau des États-Unis. Mais peut-être, quand nous deviendrons un concurrent à parité, les leaders des deux pays auront la sagesse de gérer le problèm. [90]. » Certaines estimations affirment que c’est seulement aux alentours de 2050 que le budget militaire chinois dépassera le budget militaire américai. [91].

Les États-Unis accusent volontiers la Chine de préparer une guerre cybernétique, visant à espionner ou saboter les systèmes informatiques de l’ennemi[92]. La Chine ne nie pas qu’elle utilise l’espionnage mais affirme qu’elle ne fait rien de plus ni de moins que les États-Unis. Le journaliste d’investigation Seymour Hersh veut contrer la propagande antichinoise : « Des responsables du renseignement et de la sécurité, américains pour la plupart, s’accordent à dire que l’armée chinoise, comme d’ailleurs n’importe quel hacker indépendant, est théoriquement capable de créer un certain degré de chaos à l’intérieur de l’Amérique. Mais des experts militaires, techniques et de renseignement m’ont dit que ces craintes sont exagérée. [93]… »

L’objectif chinois n’est pas de défier les États-Unis mais de garantir son propre développement. La Chine se sent vulnérable ; elle importe un tiers de ses besoins en gaz nature. [94], elle est la plus grosse importatrice mondiale de pétrol. [95] et une bonne partie de ces importations passe par des détroits maritimes qui pourraient théoriquement être bloqués par d’autres puissances : environ 80 % de ses importations pétrolières passent par le détroit de Malacca, ce qui correspond à 40 % de ses besoins[96]. C’est d’ailleurs aussi le cas du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan, qui dépendent à 75 % de ce goulet d’étranglement pour leur consommation en pétrol. [97].

Consciente de sa vulnérabilité en ce qui concerne son approvisionnement en matières premières, la Chine donne priorité à sa stratégie de défense et diversifie ses sources d’importatio. [98]. Elle développe notamment le gazoduc centre-asiatique dans le but de garantir son accès au gaz turkmène qui constitue la moitié de ses importations en gaz, ainsi que le pipeline Chine-Myanmar qui acheminera pétrole et gaz en Chine en évitant les principaux goulets d’étranglement.

Le Pentagone reconnaît que la Chine ne cherche pas l’affrontement avec les États-Unis : « Les dirigeants chinois mettent la priorité sur la promotion d’un environnement extérieur favorable, donnant à la RPC l’espace stratégique suffisant pour se concentrer sur la croissance économique et le développement. En même temps, ils cherchent à maintenir la paix et la stabilité à la périphérie de leur pays, à étendre leur influence diplomatique pour faciliter l’accès aux marchés des capitaux et des ressources et à éviter la confrontation directe avec les États-Unis et d’autres pays[99]. » La vision chinoise paraît plutôt équilibrée aux yeux du Pentagone : « La Chine considère que des relations stables, avec ses voisins comme avec les États-Unis, sont indispensables à sa stabilité et à son développement. Elle continue de voir les États-Unis comme l’acteur régional et mondial dominant, ayant le plus grand pouvoir de soutenir et, éventuellement, de perturber la montée de la Chine[100]. » Ceci exige une diplomatie active. Ce qui inquiète les États-Unis est donc moins une quelconque agressivité chinoise que la menace que fait peser sur leur hégémonie dans la région l’Organisation de coopération de Shanghai ou l’émergence économique de la Chine.

Une position régionale américaine menacée

Les États-Unis savent bien qu’une grande guerre entre la Chine et les États-Unis est aujourd’hui improbable, notamment à cause des importants liens économiques sino-américains. Néanmoins, les paroles de Brzezinski en témoignent, les États-Unis s’inquiètent de perdre le contrôle de la région.

La Chine, consciente de la nature interventionniste de l’impérialisme américain, « veut que son armée soit capable d’agir comme une force dite de non-accès et d’interdiction de zone (dite A2/AD) — une force pouvant décourager l’intervention américaine en cas de conflit dans la région des mers proches de la Chine, que ce soit sur la question de Taïwan ou sur une autre question, ou pouvant, à défaut, retarder l’arrivée ou réduire l’efficacité de l’intervention des forces américaine. [101] ».

La Quadrennial Defense Review américaine (QDR 2014) confirme que la modernisation chinoise menace la supériorité technologique des États-Unis, supériorité qui leur permet de dominer le monde : « Notre supériorité technologique a largement permis l’accès sans entrave à la projection de puissance en cas de besoin. Cependant, cette supériorité est contestée par des adversaires potentiels de plus en plus capables et économiquement solides, susceptibles de développer et de mettre en œuvre des obstacles à certaines ou à toutes les technologies clés sur lesquelles les États-Unis ont appris à compte. [102]. »

Concrètement, « le développement rapide des satellites de reconnaissance de pointe, permettant à la Chine de suivre les forces ennemies en temps réel et de guider les missiles balistiques, est devenu la clé de la modernisation de ses force. [103] ». La modernisation militaire chinoise se concentre, outre sur sa force aérienne et balistique, principalement sur sa force maritime et naval. [104]. En 2010, l’arrivée du missile antinavire Dong Feng 21-D a beaucoup inquiété les États-Uni. [105]. Les missiles ICBM (missiles balistiques intercontinentaux) chinois sont théoriquement capables d’atteindre n’importe quel endroit sur terre. Cependant ces capacités, y compris celles de débarquement amphibi. [106], restent limitées par rapport aux capacités américaines et russes[107].

La Chine développe une capacité antisatellitaire qui lui permet déjà d’abattre des satellites d’autres pay. [108]. Pour l’ex-ministre de la Défense Robert Gates, ces développements pourraient à terme mettre en danger la capacité des États-Unis à mener des opérations dans le Pacifique[109]. Selon le think tank RAND, « défendre les navires américains contre des missiles à longue portée et des sous-marins silencieux est difficile, coûteux et sans doute futile face à l’accélération, bien financée, des installations antinavales de la Chin. [110]. »

Face à l’impérialisme américain, la Chine mise donc sur la création de ces zones dites de non-accès et d’interdiction (A2/AD) dans les mers de Chine orientale et méridionale. Une A2/AD a des caractéristiques plutôt défensives et ce n’est qu’en cas de conflit ou de menace d’intervention étrangère que la technique est vraiment utile[111]. L’A2/AD a deux dimensions : une dimension opérationnelle et une dimension tactique. La dimension tactique implique la destruction directe de moyens américains dans la région grâce à des missiles balistiques, des sous-marins, etc. En ce qui concerne la dimension opérationnelle, « les Chinois en sont arrivés à la conclusion que, dans des guerres futures, la victoire réside dans la capacité à établir la “domination de l’information (zhi xinxi quan)”. La partie qui peut collecter, transmettre et exploiter le mieux l’information, tout en refusant à l’adversaire la même capacité, sera le vainqueur. Dans la pratique, pour l’Armée populaire de libération (APL), cela signifie attaquer les réseaux d’information américains et, en particulier, leurs capacités spatiales. En combinant des attaques physiques sur leurs satellites et des attaques sans contact qui perturbent et dégradent leur fonctionnalité (par exemple, en les éblouissant au moyen de lasers), avec des attaques cybernétiques sur l’information qui passe par ces satellites, l’APL espère empêcher les États-Unis de frapper des cibles lointaines, permettant à la Chine de défendre son territoire en profitant de l’avantage physique d’opérer près de ses propres rivages et de ses infrastructures[112]. »

La Chine se base sur l’approche en deux « chaînes d’îles » (voir cart. [113]) pour déterminer où elle doit en premier lieu établir des zones A2/A. [114]. La première chaîne est celle qui est proche de la Chine continentale, allant du sud du Japon au Vietnam en incluant Taïwan. La deuxième, entre le Japon central et Bornéo, inclut les Philippines.

La première chaîne d’îles et la seconde

Les chaines d'îles

Note : Les théoriciens militaires de la République populaire de Chine conçoivent deux « chaînes » d’îles comme formant une base géographique du périmètre de défense maritime de la Chine.

En 2013, la Chine a, pour la première fois, déclaré une « Air Defense Identification Zone (ADIZ) » dans la mer de Chine orientale. Il s’agit d’une « partie d’espace aérien contigu (ou parfois le comprenant en partie) à l’espace aérien d’un pays dans lequel l’identification, la localisation et le contrôle des aéronefs étrangers se produisen. [115] ». Selon les think tanks américains RAND et CBSA : « La Chine est en voie d’avoir les moyens, en 2020, de dissuader les porte-avions et les avions américains de fonctionner dans ce qui est appelé la première chaîne d’îles[116]. » Hillary Clinton a déclaré en Asie que « la liberté de circulation dans les mers relève de la sécurité nationale des États-Uni. [117] ».

Quelle stratégie américaine ?

Obama est critiqué aux États-Unis pour ne pas avoir élaboré de stratégie cohérente envers la Chin. [118]. En d’autres termes, les États-Unis savent que pour maintenir leur hégémonie, il leur faudrait se concentrer sur l’Asie du Sud-Est, mais ils ne savent pas vraiment comment faire. L’émergence régionale relative de la Chine n’en a pas moins provoqué une adaptation de l’approche américaine.

En 1992, une réduction de la présence militaire américaine en Asie avait été prévue et, entre 2001 et 2008, c’est-à-dire sur huit fois, dans son « État de l’Union », le discours traditionnel de début d’année du président, Georges W. Bush ne mentionne la Chine que cinq fois : en 2002 et 2003, il la mentionne, avec la Russie et l’Inde (2002), dans une perspective de collaboration ; en 2006, l’Inde et la Chine sont mentionnées comme concurrents économiques mais la Chine (2007) reste « un partenaire » pour la question coréenne, et Bush se dit prêt à aider la Chine et l’Inde à développer une énergie propre (2008).

Depuis l’investiture d’Obama, par contre, la Chine occupe un rôle de premier plan dans les documents stratégiques américains. Entre 2009 et 2011, Obama a mentionné chaque année deux fois plus la Chine dans ses discours sur l’état de l’Union. Elle y est présentée surtout comme un concurrent (investissements écologiques, différends commerciaux, autres investissements). La stratégie de sécurité nationale de 2010 fait une différence nette entre la Chine et la Russie, d’une part, et l’Inde, le Brésil et l’Indonésie, d’autre par. [119] : avec ces derniers, les États-Unis ont des « partenariats », avec la Chine et la Russie ils n’ont que des « relation. [120] ».

En 2011, Hillary Clinton mentionne alors la notion de « pivot vers l’Asie » dans la stratégie américaine : elle observe qu’« une Amérique prospère est bonne pour la Chine et [qu’] une Chine prospère est bonne pour l’Amérique ». Elle n’en insiste pas moins sur le fait que les États-Unis seront au centre de l’Asie (!) et que la Chine doit clarifier ses intentions militaire. [121].

En 2012, la Defense Strategic Guidance confirme qu’il faudra « [nous] rééquilibrer par nécessité vers la région Asie-Pacifique. Nos relations avec les alliés et principaux partenaires asiatiques sont essentielles à la stabilité et à la croissance future de la région. Nous mettrons l’accent sur nos alliances existantes qui constituent une base essentielle pour la sécurité en Asie-Pacifique. Nous allons également étendre nos réseaux de coopération avec les partenaires émergents à travers la région Asie-Pacifique pour assurer la capacité collective et la capacité d’assurer les intérêts communs[122]. »

À Washington, la Chine est donc considérée avant tout comme un danger, surtout sur le long terme. « Le maintien de la paix, la stabilité, la libre circulation du commerce et de l’influence américaine dans cette région dynamique dépendra en partie d’un équilibre entre capacité militaire et présence. Sur le long terme, l’émergence de la Chine comme puissance régionale pourrait affecter l’économie américaine et notre sécurité de multiples façons. […] La croissance de sa puissance militaire doit aller de pair avec une plus grande clarté sur ses intentions stratégiques afin d’éviter des frictions dans la régio. [123]. »

L’ex-secrétaire d’État de G. W. Bush, Condoleezza Rice, confirme : « Il est vrai aussi que la Chine est un défi pour nous en termes géostratégiques, mais c’est seulement si nous cédons du terrain qu’elle pourrait vraiment nous battre. Dans l’océan Pacifique, nous sommes une puissance militaire inégalée dans l’histoire humaine et nous devons le reste. [124]. »

La Quadrennial Defense Review[125] (QDR 2014) proposée par le ministre de la Défense Chuck Hagel insiste sur l’importance de partenariats et d’alliances pour réaliser ces objectifs et sur une nouvelle dimension de la course aux armements : la sécurité cybernétique.

Préparer l’endiguement de la Chine sur le terrain

En préparant l’endiguement de la Chine, les États-Unis veulent se mettre en position de limiter, en cas de besoin, les importations énergétiques chinoises, la marge de manœuvre de la flotte chinoise et donc le développement même de la Chine. Une série de mesures concrètes sont développées par différents cercles à Washington : encerclement par une présence militaire, stratégies militaires adaptées, encerclement par des alliances plus ou moins hostiles à la Chine, préparation ou attisement des conflits locaux et sauvegarde de l’avance technologique américaine.

L’encerclement par une présence militaire s’observe déjà quantitativement. En 2011 en Australie, Obama a promis que « des réductions dans les dépenses de la défense américaine ne se feront pas — je répète : ne se feront pas — aux dépens de l’Asie-Pacifique[126] ». Au contraire, il a décidé d’intensifier la coopération militaire avec l’Australie et d’y envoyer un contingent, certes limité, de marines[127]. Alors que les États-Unis diminuent globalement leurs effectifs militaires, leur présence en Asie augmente proportionnellement. Ainsi, en mars 2009, 15 % de l’effectif américain déployé à l’étranger était stationné en Extrême-Orient et, en septembre 2012, ce pourcentage avait doubl. [128]. La majorité des missions de reconnaissance maritime américaines (60 %) se fait désormais dans l’océan Pacifique.

Les États-Unis basent l’encerclement de la Chine sur une « chaîne de bases aériennes et de ports militaire. [129] ». Cet encerclement prévoit un renforcement des bases à Guam, île de l’océan Pacifique, une extension de la présence américaine en Australie et sur l’atoll de Diego Garcia, au centre de l’océan Indien, mais aussi l’établissement de nouvelles bases comme celle de Saipan, petite île du Pacifique, ou de Palau. En avril 2014, lors d’une tournée en Asie, Obama a annoncé symboliquement la reprise d’un accord avec les Philippines, qui avait été abandonné en 1992, accord « qui donnerait aux navires et avions américains l’accès le plus large aux bases depuis l’abandon de la base navale de Subic Bay en 1992[130] », en combinaison avec une présence militaire en Corée du Sud et au Japon.

Un deuxième type de mesures circulant dans les couloirs du Pentagone concerne la préparation d’une capacité de première frappe, notamment dans le combat air-mer (Air-Sea Battle, ASB). Il s’agit d’une stratégie d’attaque-surprise préventive, utilisant une force écrasante pour éliminer les défenses chinoise. [131]. Mais pour Amitai Etzioni, analyste israélo-américain de la politique étrangère américaine, il s’agit clairement d’une stratégie offensive : « La stratégie consiste à entrer sur le territoire de la Chine continentale, là où se trouvent les missiles antinavire. [132] » qu’il faudrait éliminer.

Le think tank RAND met en avant une autre option : l’installation dans certains pays stratégiques de missiles antinavires sol-mer (Land-Based Anti-Ship Missiles. [133]. Ces missiles auraient pour fonction première d’instaurer une zone de non-accès et d’interdiction (A2/AD) en faveur des États-Unis. Stratégiquement placés sur quelques îles des mers de Chine orientale et méridionale, ces missiles, peu chers et faciles à placer ou à déplacer, limiteraient la liberté de navigation des navires chinois en les menaçant militairement en cas de besoin[134].

Dans ce cadre, les différends territoriaux de la Chine à propos de certaines îles avec le Japon, les Philippines, le Vietnam ou d’autres pays de la région prennent toute leur importance. Le contrôle d’îles comme les Xisha (ou Paracels) ou les Spratley (Nansha en chinois, Quần đảo Trường Sa en vietnamien ou Kapuluan ng Kalayaa en philippin) par des alliés des Américains, comme le Japon ou les Philippines, faciliteraient l’enfermement des navires chinois dans la mer de Chine méridionale. Le contrôle des îles minuscules de Senkaku (Diaoyuta) et de Ryukyu (Nansei) permettrait de couper le passage de la Chine entre Taïwan et le Japon, et de confiner son espace de manœuvre à l’intérieur de la mer de Chine orientale.

Le troisième type de mesures envisagées est étroitement lié aux précédents : entourer la Chine de pays alliés des États-Unis et plus ou moins hostiles à la Chine. Si une guerre est jugée improbable dans l’immédiat, nombre d’observateurs soulignent : « En l’absence d’un tel conflit, l’équilibre militaire sino-américain dans le Pacifique pourrait néanmoins influencer les choix faits au jour le jour par d’autres pays du Pacifique, y compris les choix sur l’opportunité d’aligner leurs politiques plus étroitement soit sur la Chine soit sur les États-Uni. [135]. » En d’autres termes, il s’agit pour les États-Unis de renforcer leur présence militaire afin de « convaincre » les pays voisins de la Chine de choisir le côté américain.

Mais cette approche ne se limite pas à la dimension militaire. Depuis l’introduction de la notion de « pivot », les États-Unis ont fait avancer les négociations avec les pays de la région et mis en place un Transpacific Partnership, zone de libre-échange liant l’est et l’ouest du Pacifique et excluant la Chin. [136]. Ils ont aussi ouvert une nouvelle mission pour l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), conclu un traité d’amitié et de coopération avec ces pays, montré une participation sans précédent aux forums régionaux de l’ASEAN et se sont investis dans la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Asia-Pacific Economic Cooperation, APEC). En outre, Washington a commencé à investir davantage dans des rencontres « minilatérales » comme le Lower Mekong Initiative qui soutient l’éducation, la santé et l’environnement au Cambodge, au Laos et au Vietnam, ou le Pacific Islands Foru. [137]. Enfin, ils investissent dans l’approfondissement des coopérations avec la Mongolie, l’Indonésie, le Japon et la Corée du Sud avec pour objectif de nouer des alliances pouvant contribuer à l’endiguement de la Chine[138].

La portée potentielle de ces alliances est devenue claire en 2011. Zhou Chenming, du think tank chinois Knowfar Institute for Strategic and Defense Studies, déclare : « Environ 172 exercices ont été lancés par les États-Unis dans la région Asie-Pacifique, avec une moyenne d’environ un tous les deux jours. L’exercice Cobra Gold est un exemple clair montrant à quel point l’escalade a été rapide. Cet exercice militaire bilatéral a été lancé par les États-Unis et la Thaïlande pour continuer l’alliance de la guerre froide entre les deux nations. Il s’est transformé en un exercice militaire multilatéral après que d’autres pays comme Singapour, les Philippines, la Mongolie, le Japon, l’Indonésie, la Corée du Sud et la Malaisie ont commencé à y participe. [139]. »

Une quatrième option est l’attisement de conflits locaux. Les alliances décrites ci-dessus peuvent être instrumentalisées pour entraîner la Chine dans une série de conflits locaux afin de l’affaiblir. Parmi ces conflits, il y a les différends territoriaux dans les mers de Chine orientale et méridionale avec le Vietnam, les Philippines et le Japon entre autres[140]. À l’ouest, il s’agit des conflits avec l’Inde, dans l’Himalaya, qui avaient amené ces deux pays à la guerre en 1962. Toujours à l’ouest, dans les provinces chinoises du Tibet et du Xinjiang, des différences ethniques, religieuses ou linguistiques pourraient être utilisées par des forces extérieures.

Une cinquième mesure est liée au maintien de l’avance technologique et à la préparation de la guerre cybernétique. Dans son budget de défense pour 2015, Obama a en effet essayé de limiter les coupes budgétaires dans la recherche et le développement. Cette recherche se concentre sur « la cybernétique, la défense antimissile, la dissuasion nucléaire, l’espace, les frappes de précision, ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance), et la lutte contre le terrorisme et les opérations spéciales. Cette liste de priorités correspond à l’idée […] que les menaces émergentes et asymétriques se trouvent là où les États-Unis sont les plus vulnérable. [141] ».

Les États-Unis ont mis sur pied le TAO (Office of Tailored Access Operations), qui est la section de la NSA (Agence nationale de sécurité) chargée de faire la guerre cybernétique à la Chine : « Le TAO a réussi à pénétrer les systèmes informatiques et de télécommunications chinois depuis près de 15 ans, générant ainsi les meilleures informations et les renseignements les plus fiables sur ce qui se passe à l’intérieur de la République populaire de Chin. [142]. » Des exemples comme celui du virus Stuxnet, qui dérègle une partie du programme nucléaire iranien, montrent que les États-Unis ne se limitent pas à l’espionnage cybernétique mais mènent une guerre cybernétique active : « La guerre cybernétique implique la pénétration des réseaux étrangers dans le but de perturber ou de démanteler ces réseaux afin de les rendre inutilisable. [143]. »

En mai 2010, un sous-commandement chargé de la sécurité de l’information pour l’armée (US Cyber Command) a été activé et, depuis 2012, les États-Unis parlent ouvertement d’une approche offensive de la sécurité cybernétique : « La Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) [est] le bras de la recherche expérimentale du Pentagone. Le financement de la DARPA a permis l’invention d’Internet, des avions invisibles, du GPS, d’un logiciel de reconnaissance vocale ; son nouveau programme, baptisé plan X, est tout aussi ambitieux. Les gestionnaires de la DARPA ont déclaré que l’objectif du plan X était de “créer des technologies révolutionnaires pour la compréhension, la planification et la gestion de la guerre cybernétique”. L’US Air Force a également signalé qu’elle est prête à passer en mode d’attaque cybernétique et a annoncé en août qu’elle était à la recherche d’idées pour “détruire, nier, dégrader, perturber, tromper, corrompre ou usurper la capacité des adversaires […] à utiliser le domaine du cyberespace à leur avantage”[144]. »

Concrètement, ces capacités nouvelles pourraient vraisemblablement compléter et parfois même remplacer à l’avenir certains bombardements : « En avril 2009 par exemple, le général Norton Schwartz, qui était alors chef d’état-major de la force aérienne, a suggéré que des armes cybernétiques pourraient être utilisées pour attaquer le système de défense aérien de l’ennemi. “Jusqu’à maintenant, a-t-il déclaré, nous détruisions les défenses aériennes intégrées par des moyens cinétiques. Mais s’il était possible d’interrompre les radars ou de paralyser les missiles sol-air par des moyens cybernétiques, ce serait un nouvel outil très puissant pour nos missions aériennes.”[145] » En 2013, le CNCERT (National Computer Network Emergency Response Technical Team), agence chinoise pour la sécurité informatique, rapportait que « 4 062 serveurs informatiques basés aux États-Unis avaient détourné 2,91 millions d’ordinateurs centraux en Chin. [146] ».

Une Chine à l’offensive régionale ?

Soucieuse d’éviter l’enfermement près de ses côtes par les États-Unis, la Chine prend également en mains de manière plus ferme les conflits territoriaux avec le Japon d’une part, le Vietnam et les Philippines d’autre part. Même s’il ne fait aucun doute que l’objectif premier de la Chine est de se défendre face à l’impérialisme américain et de garantir sa liberté de développement, cette stratégie peut cependant se muer, sur le plan régional, en une stratégie offensive envers ses voisins. Le budget de défense de la Chine fait en effet d’elle un géant militaire régiona. [147]. Selon certaines projections, ce budget serait, en 2015, supérieur à 238 milliards de dollars, contre 66,6 milliards pour le Japon, 44,9 milliards pour l’Inde, 35,5 milliards pour la Corée du Sud et 27,5 pour l’Australie ; et d’autres pays, comme le Vietnam (3,9 milliards), sont encore plus loin derrièr. [148].

L’enfermement de la Chine dans les mers de Chine orientale et méridionale sera impossible sans la collaboration entre les États-Unis et certains pays de la région, d’où leur politique d’alliances décrite ci-dessus. La Chine se trouve en position objectivement difficile : d’une part, si elle obtenait le contrôle de certaines des îles contestées des mers de Chine orientale et méridionale, cela lui permettrait d’entraver cette stratégie d’enfermement ; mais, d’autre part, une position trop ferme augmente ses risques d’être considérée comme expansionniste et de pousser ses voisins dans les bras des États-Unis. En outre, les offensives de charme des États-Unis envers le Myanmar ne sont pas étrangères aux tergiversations récentes de ce pays autour du pipeline Myanmar-Chin. [149].

La Chine et ses voisins semblent avoir tout intérêt à régler les discussions de manière diplomatique alors que l’impérialisme américain a, quant à lui, tout intérêt à exacerber les tensions. Dans ce sens, les tensions autour de l’installation récente de la plate-forme pétrolière chinoise 981 dans des eaux territoriales contestées, installation qui a déclenché des manifestations antichinoises au Vietnam, pourraient se révéler du pain bénit pour les stratèges américains qui ont immédiatement proposé au Vietnam d’augmenter la coopération militair. [150].

Le révolutionnaire philippin Jose Maria Sison exprime bien la complexité de la situation : il dénonce ce qu’il appelle « l’agression chinois. [151] » dans les revendications territoriales chinoises en mer de Chine méridionale ; mais il souligne que « l’image de la Chine, présentée comme une menace pour la sécurité des autres pays, est exagérée et utilisée comme justification pour consolider la puissance militaire américaine aux Philippines ; et cela a donné aux États-Unis une occasion de se développer militairement dans la région Asie-Pacifique[152] ».

Les peuples de la région n’ont évidemment rien à gagner d’un rapprochement avec les États-Unis. Le centre de recherche philippin IBON souligne ainsi que le nouvel accord de défense mutuelle entre les Philippines et les États-Unis (EDCA), signé le 28 avril 2014, pourrait permettre de chasser des populations de leurs terres pour agrandir des bases américaines, favoriser la prostitution pour les soldats américains, entraver le travail des pêcheurs lors des manœuvres de la flotte américaine et abolir les droits des travailleurs philippins en faveur d’un système de sous-traitance militair. [153].

Une portée globale ?

Si la Chine s’est concentrée jusqu’à aujourd’hui sur la protection de ses intérêts économiques dans les mers de Chine, cela pourrait changer à l’avenir. En effet, depuis 2004, elle inclut parmi ses objectifs la défense de ses intérêts à travers le monde, qui dans la pratique se limite pour le moment à la défense de ses intérêts dans l’océan Indien (et le Pacifique). Par ailleurs, la Chine refuse traditionnellement toute forme d’ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays mais, depuis 2010, ses Livres blancs sur la défense et la sécurité nationale affirment que la stratégie de défense est en premier lieu défensiv. [154], alors que, jusqu’en 2008, elle la définissait comme purement défensiv. [155]. La signification du mot défense a donc évolué au fil des années.

Les directives de défense active de Jiang Zemin (Military Guidelines for the New Period 1993) avaient comme objectif principal le développement de la protection des centres économiques chinois et la limitation de l’accès des États-Unis aux mers au-delà de Taïwan. Afin de pouvoir gagner une « guerre locale sous conditions de haute technologie », la marine de l’Armée populaire de libération a aussi développé des capacités offensives[156].

Le document stratégique officiel de 2013, L’emploi diversifié des forces armées chinoises, affirme clairement : « Avec l’intégration progressive de l’économie de la Chine dans le système économique mondial, les intérêts à l’étranger sont devenus partie intégrante des intérêts nationaux de la Chine. Les questions de sécurité sont de plus en plus importantes, impliquant l’énergie et les ressources à l’étranger, les lignes maritimes stratégiques de communication (SLOC), les personnes morales et les ressortissants chinois à l’étranger[157]. »

Ce développement a entre autres pour base les « nouvelles missions historiques » de l’APL, présentées par le président Hu Jintao en 2004, qui incluent celle de jouer un rôle important « dans la sauvegarde de la paix mondiale et la promotion du développement commu. [158] ».

Dans cette perspective, la Chine développe actuellement ses forces aéronavales : en plus du Liaoning, adaptation d’un porte-avions soviétique acheté à l’Ukraine en 1998, elle dispose d’au moins deux nouveaux porte-avions.

Depuis 2013, la Chine parle aussi de plus en plus ouvertement de ses intérêts outre-me. [159], ce qui comprend l’approvisionnement en énergie, mais aussi la protection de citoyens et d’entreprises chinois à l’étranger avec, comme exemples récents, l’évacuation de citoyens chinois hors de Libye en 2011, ou des opérations antipirates près de la côte somalienne (où la Chine a déployé jusqu’en décembre 2012, à treize reprises, 34 navires de guerre, 28 hélicoptères et 910 membres des forces spéciales).

La participation de la Chine aux missions internationales des Nations unies a aussi augmenté de manière importante : selon les chiffres chinois, le pays a offert 3 362 soldats pour 13 missions de l’ONU en 2004 et 22 000 soldats pour 23 missions en 2013.

Quelques voix à l’intérieur de la Chine se lèvent en faveur d’une stratégie réfléchie de bases militaires autour du mond. [160]. Une théorie populaire en Inde et en Occident affirme qu’il existe une stratégie chinoise appelée la « corde de perles » qui consisterait à établir des ports autour de l’océan Indie. [161]. Bien que la rumeur d’une base navale chinoise au Pakistan (Gwadar) se soit révélée fausse, et que la Chine l’ait rejeté. [162], cette théorie ne semble pas dépourvue de sens. En effet, l’utilisation par la Chine de ports commerciaux pour contourner d’éventuels embargos serait logique. Et cela inquiète fortement l’Occident. L’analyste Robert D. Kaplan, spécialiste de l’océan Indien, remarque que la Chine aurait aidé le Sri Lanka à battre les rebelles tamouls pour s’y offrir une influence plus important. [163]. Selon RAND, les évolutions militaires actuelles permettront à la Chine d’étendre son influence sur l’océan Indien et même sur le Golfe persique d’ici 2015-202. [164].

Néanmoins, selon le prestigieux Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), bien que la Chine ait accru son rôle international par l’évacuation de ses citoyens ou par ses interventions diplomatiques dans les conflits au Soudan du Sud, ce sont uniquement des événements inattendus qui pourraient actuellement faire sortir la Chine de sa stratégie de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays, car cette stratégie de non-ingérence constitue un puissant outil diplomatique et commercia. [165].

Conclusion

L’émergence militaire chinoise inquiète les États-Unis. Première puissance impérialiste du monde, désireux de maintenir une position militaire absolument dominante, ils considèrent la Chine comme une puissance régionale émergente qui pourrait à long terme défier leur domination. Et dans l’immédiat, par son développement technologique et notamment ses missiles antinavires ou ses capacités satellitaires et cybernétiques, la Chine pourrait compliquer cette domination en Asie du Sud-Est.

Face à ces défis, les États-Unis cherchent à se mettre en position de force pour pouvoir limiter le progrès du pouvoir économique et militaire de la Chine, sans malgré tout chercher à entraver totalement son développement, ce qui, compte tenu des liens entre les économies des deux pays, ne leur bénéficierait pas. Pour réaliser ces objectifs, ils développent une série de mesures concrètes comme l’encerclement par des alliances plus ou moins hostiles, l’encerclement militaire, la préparation d’une frappe préventive, la préparation de conflits locaux et la sauvegarde de leur avance technologique.

La Chine, de son côté, est, économiquement, un pays en pleine voie de développement. Face à l’impérialisme américain, son objectif principal est de garantir son développement à travers, entre autres, un développement militaire avant tout défensif, qu’il soit naval, cybernétique ou balistique. Très inférieure militairement aux États-Unis, elle n’en demeure pas moins un géant dans sa région. Et ce qui peut apparaître comme une mesure défensive, destinée à éviter l’enfermement dans les mers de Chine orientale et méridionale par l’impérialisme américain, est parfois perçu par des pays voisins comme une politique agressive et injuste à leur égard.

En passant d’une stratégie militaire purement défensive à une défense proactive, la Chine affirme aujourd’hui que, pour réaliser son intégration dans l’économie mondiale, il lui est nécessaire de défendre ses intérêts commerciaux au plan mondial. Dans la pratique, cet objectif se limite encore à une défense non militaire de ses intérêts dans l’océan Indien, ce qui est lié à la vision chinoise de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, mais aussi aux limites évidentes de sa force militaire. Avec l’augmentation des investissements chinois à l’étranger et l’impact indéniable de grandes entreprises chinoises sur la politique extérieure chinoise, il n’est pas à exclure qu’à l’avenir, la Chine réinterprète sa vision de « non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays ».

Marc Botenga (botengam@gmail.com) est docteur en sciences politiques. Il est coordinateur à Médecine pour le tiers monde (www.m3m.be).


[81] http://www.iiss.org/-/media/Images/Publications/The%20Military%20Balance....

[82] http://www.fas.org/programs/ssp/nukes/nuclearweapons/nukestatus.html.

[83] http://www.archives.gov/declassification/iscap/pdf/2008-003-docs1-12.pdf, p. 2.

[84] http://www.informationclearinghouse.info/pdf/RebuildingAmericasDefenses.pdf, p. i (p. 8 du fichier PDF).

[85] Z. Brzezinski, The Grand Chessboard : American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, Basic Books, 1997 (traduit en français comme Le Grand échiquier, Pluriel, 1997).

[86] H. Kissinger, Does America Need a Foreign Policy?, Simon & Schuster, 2001.

[87] US National Security Strategy, mai 2010, www.whitehouse.gov/sites/default/files/rss_viewer/national_security_stra....

[88] S. Perlo-Freeman, « Mar. 2014 : Deciphering China’s latest defence budget figures », SIPRI, mars 2014, http://www.sipri.org/media/newsletter/essay/perlo-freeman-mar-2013.

[89] A. Cordesman & N.S. Yarosh, Chinese Military Modernization, Revisited 30 July 2012, https://csis.org/files/publication/120727_Chinese_Military_Modernization....

[90]     The Economist, « The Dragon’s New Teeth », 7 avril 2012, http://www.economist.com/node/21552193.

[91] http://defense-update.com/20130317_china-increasing-defense-spending-by-....

[92] http://www.nytimes.com/2013/05/07/world/asia/us-accuses-chinas-military-....

[93] S.M. Hersh, « The Online Threat », The New Yorker, 1er novembre 2010, http://www.newyorker.com/reporting/2010/11/01/101101fa_fact_hersh?curren....

[94] http://news.xinhuanet.com/english/china/2014-02/03/c_133091347.htm.

[95] http://uk.reuters.com/article/2014/02/12/china-crude-import-idUKL3N0LG26....

[96] http://www.e-ir.info/2012/09/07/the-importance-of-the-straits-of-malacca/.

[97] http://blogs.wsj.com/searealtime/2013/05/13/china-leads-peers-in-resolvi....

[98] Carte : Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2011 [Annual Report to Congress], reprise de http://www.lib.utexas.edu/maps/middle_east_and_asia/china_transit_routes....

[99] Department of Defense, Annual Report to Congress : Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2012, http://www.defense.gov/pubs/pdfs/2012_cmpr_final.pdf.

[100] Department of Defense, Annual Report to Congress: Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2013, http://www.defense.gov/pubs/2013_China_Report_FINAL.pdf.

[101] R. O’Rourke, « China Naval Modernization : Implications for U.S. Navy Capabilities — Background and Issues for Congress », Congressional Research Service, 10 avril 2014, http://www.fas.org/sgp/crs/row/RL33153.pdf.

[102] www.defense.gov/pubs/2014_Quadrennial_Defense_Review.pdf.

[103] http://www.reuters.com/article/2011/07/11/china-satellites-idUSL3E7I9022....

[104] R. O’Rourke, op. cit.

[105] http://thediplomat.com/2012/11/chinas-carrier-killer-the-df-21d/.

[106] R. O’Rourke, op. cit.

[107] Department of Defense, Annual Report to Congress: Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China, 2012, http://www.defense.gov/pubs/pdfs/2012_CMPR_Final.pdf.

[108] Beijing carried out a watershed anti-satellite test in January 2007, using a ground-based missile to knock out one of its inactive weather satellites in high polar orbit. http://www.reuters.com/article/2011/01/14/us-usa-china-gates-idUSTRE7090....

[109] http://www.reuters.com/article/2011/01/14/us-usa-china-gates-idUSTRE7090....

[110] RAND Research Brief 2013, The Future of Sea Power in the Western Pacific, www.rand.org/content/dam/rand/pubs/research_briefs/RB9700/RB9709/RAND_RB....

[111] D. McDonough, « China’s naval strategy—from sea denial to sea control? », 1er août 2013, http://www.aspistrategist.org.au/chinas-naval-strategy-from-sea-denial-t....

[112] D. Cheng, « Countering China’s A2/AD Challenge », The National Interest, 20 septembre 2013, http://nationalinterest.org/commentary/countering-china%E2%80%99s-a2-ad-....

[113] China — Military — The First and Second Island Chains 2009 (323K) From Military Power of the People’s Republic of China 2009 [Annual Report to Congress] U.S. Department of Defense, c/o the University of Texas Libraries, The University of Texas at Austin.

[114] Department of Defense, Annual Report to Congress: Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2012, http://www.defense.gov/pubs/pdfs/2012_CMPR_Final.pdf.

[115] M.D. Swayne, « Chinese Views and Commentary on the East China Sea Air Defense Identification Zone », China Leadership Monitor, no. 43, 14 mars 2014, http://media.hoover.org/documents/CLM43MS.pdf.

[116]     The Economist, « The Dragon’s New Teeth », op. cit.

[117] A. Etzioni, « Who Authorized Preparations for War With China ? », Yale Journal of International Affairs, Summer 2013, pp. 37-51.

[118]     Ibid.

[119] http://www.whitehouse.gov/sites/default/files/rss_viewer/national_securi....

[120] La différence terminologique est importante car, dans des textes stratégiques, chaque mot compte. Quand la Chine parle de sa relation avec la RDPC comme celle de « dents et lèvres » c’est très différent de « liens fraternels », d’« alliances », ou, comme plus récemment, de « relations normales d’État à État ». L’évolution du discours indique une évolution indéniable de la vision stratégique.

[121] H. Clinton, « America’s Pacific Century », Foreign Policy, 11 octobre 2011, http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/10/11/americas_pacific_century.

[122] Document guide pour le Pentagone, écrit par le ministre de la Défense de l’époque, Robert Gates, http://www.defense.gov/news/defense_strategic_guidance.pdf.

[123]     Ibid.

[124] http://www.heritage.org/research/lecture/2012/06/leadership-americas-cri....

[125] Un état des lieux du DoD, sa stratégie, son fonctionnement, et ses moyens, publié tous les quatre ans., www.defense.gov/pubs/2014_Quadrennial_Defense_Review.pdf.

[126] Remarks By President Obama to the Australian Parliament, 17 novembre 2011, http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2011/11/17/remarks-president-....

[127] http://www.voanews.com/content/us-australia-announce-expanded-military-c....

[128] http://blog.thomsonreuters.com/index.php/u-s-military-presence-in-asia-g....

[129] J. Reed, « Surrounded : How the U.S. Is Encircling China with Military Bases. », The Complex, Foreign Policy, 20 août 2013, http://complex.foreignpolicy.com/posts/2013/08/20/surrounded_how_the_us_....

[130] J. Glaser, « The US Is ‘Encircling China With Military Bases’ », 22 août 2013, http://antiwar.com/blog/2013/08/22/the-us-is-encircling-china-with-milit....

[131] T.K. Kelly, A. Atler, T. Nichols & L. Thrall, « Employing Land-Based Anti-Ship Missiles in the Western Pacific », RAND Technical Report, Rand Arroyo Center, 2013.

[132] C.P. Cavas, « Defining Air-Sea Battle : From Interservice Cooperation to Nuclear Confrontation, or Somewhere in Between », 27 juillet 2013, http://www.defensenews.com/article/20130727/DEFREG02/307270008/.

[133] T.K. Kelly et al, « Employing Land-Based Anti-Ship Missiles in the Western Pacific », 2013 http://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/technical_reports/TR1300/TR132....

[134] Anti-access, area denial.

[135] R. O’Rourke, op. cit.

[136] http://www.ustr.gov/tpp.

[137] H. Clinton, « America’s Pacific Century », Foreign Policy, 11 octobre 2011, http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/10/11/americas_pacific_century.

[138] S.A. Snyder, « Obama’s Mission in Asia : Bring the Allies Together », CFR Blogs, 21 avril 2014, http://blogs.cfr.org/asia/2014/04/21/obamas-mission-in-asia-bring-the-al....

[139] http://www.wantchinatimes.com/news-subclass-cnt.aspx?id=20120828000051&c....

[140] Heritage Foundation.

[141] http://csis.org/publication/2014-qdr-and-fy15-defense-budget-what-are-we....

[142] M. M. Aid, « Inside the NSA’s Ultra-Secret China Hacking Group », National Security, Foreign Policy, 10 juin 2013, http://www.foreignpolicy.com/articles/2013/06/10/inside_the_nsa_s_ultra_....

[143] S. M. Hersh, « The Online Threat », The New Yorker, 1er novembre 2010, http://www.newyorker.com/reporting/2010/11/01/101101fa_fact_hersh?curren....

[144] T. Gjelten, « First Strike: US Cyber Warriors Seize the Offensive », World Affairs, janvier-février 2013, http://www.worldaffairsjournal.org/article/first-strike-us-cyber-warrior....

[145]     Ibid.

[146] http://www.reuters.com/article/2013/06/05/us-china-usa-hacking-idUSBRE95....

[147] http://www.allvoices.com/contributed-news/11816288/image/91144575-asia-d....

[148] http://www.emergencyscene.com/page/77/.

[149] M. Duchâtel et al., «Protecting China’s Overseas Interests », SIPRI Policy Paper 41, Stockholm, juin 2014, http://books.sipri.org/files/PP/SIPRIPP41.pdf.

[150] http://www.scmp.com/news/asia/article/1512716/us-navy-renews-call-ship-v....

[151] http://www.josemariasison.org/?p=14305.

[152] http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2014/04/us-philippines-how-stra....

[153] http://ibon.org/ibon_features.php?id=404.

[154] The Diversified Employment of China’s Armed Forces, 2013 http://news.xinhuanet.com/english/china/2013-04/16/c_132312681.htm, China’s National Defense in 2010 http://news.xinhuanet.com/english2010/china/2011-03/31/c_13806851.htm.

[155] China’s National Defense in 2008, http://english.gov.cn/official/2009-01/20/content_1210227.htm.

[156] C.A. Cooper, « The PLA’s Navy’s “New Historic Missions” : Expanding Capabilities for a Re-emergent Maritime Power », Testimony presented before the U.S.-China Economic and Security Review Commission on June 11, 2009, http://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/testimonies/2009/RAND_CT332.pdf.

[157] http://news.xinhuanet.com/english/china/2013-04/16/c_132312681.htm.

[158] J. Mulvenon, « Chairman Hu and the PLA’s “New Historic Missions” », China Leadership Monitor no. 27, Hoover Institution, http://media.hoover.org/documents/CLM27JM.pdf.

[159] The Diversified Employment of China’s Armed Forces, 2013 http://news.xinhuanet.com/english/china/2013-04/16/c_132312681.htm.

[160] http://www.china-defense-mashup.com/chinese-paper-advises-pla-navy-to-bu....

[161] http://www.washingtontimes.com/news/2005/jan/17/20050117-115550-1929r/.

[162] http://articles.economictimes.indiatimes.com/2013-03-04/news/37437479_1_....

[163] http://www.michaeltotten.com/archives/2009/07/a-conversation.php.

[164] C.A. Cooper, « The PLA’s Navy’s “New Historic Missions” : Expanding Capabilities for a Re-emergent Maritime Power », Testimony presented before the U.S.-China Economic and Security Review Commission on June 11, 2009, http://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/testimonies/2009/RAND_CT332.pdf.

[165] M. Duchâtel et.al., «Protecting China’s Overseas Interests », SIPRI Policy Paper 41, Stockholm, juin 2014, http://books.sipri.org/files/PP/SIPRIPP41.pdf.