La démocratie surveillée

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Études marxistes no. 102
Auteur: 
Herwig Lerouge

Il y a dans notre société capitaliste moderne une contradiction qu’on ne relève pas souvent. C’est celle qui oppose la dérégulation croissante, liberté de plus en plus illimitée pour le capital et le contrôle de plus en plus absolu sur la population.

Diriger un pays capitaliste aujourd’hui signifie laisser le capital agir sans obstacle, ce qui implique une réduction du rôle de l’État et des institutions démocratiques, y compris des institutions considérées comme parties intégrantes du système bourgeois capitaliste, tels le parlement, la séparation des pouvoirs. Les privatisations et la dérégulation ont transféré aux conseils d’administration privés des domaines considérés autrefois d’utilité publique, touchant aux besoins vitaux : la mobilité, les communications (poste, téléphone, Internet), la production et la distribution de l’énergie et de l’eau, l’enseignement, les pensions et la santé.

Les gouvernements ont abrogé d’innombrables réglementations et législations qui garantissaient des conditions de travail correctes ou protégeaient les travailleurs en cas de maladie et de licenciement. Ils ont abandonné la possibilité de protéger l’épargne de la population contre les folies du capital financier.

De l’autre côté, sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, contre les migrations dites « illégales », contre les incivilités, l’UE et les États membres ont développé des instruments législatifs qui étendent le contrôle et la répression. Grâce à la révolution technologique et digitale, il est possible de mettre chaque citoyen sous contrôle permanent. Les services secrets et de renseignements reçoivent des compétences étendues pour surveiller la population, tant en ce qui concerne les secteurs d’intervention (terrorisme, anarchisme, nationalisme, radicalisme, sectes...) que les méthodes spéciales d’investigation. La liberté personnelle — vie privée et données personnelles — n’est plus respectée. Ont fait leur apparition les sanctions administratives communales, les lois sur la rétention de données, les arrestations administratives d’étrangers.

L’UE a mis sur pied un appareil de répression de plus en plus complet avec des agences spécialisées, des bâtiments, du personnel, des banques de données, des terrains de travail. Elle a demandé à de grandes firmes actives à l’échelon européen dans le secteur ICT, surtout dans le domaine de l’e-security, de la production d’armements, de développer des instruments pour un contrôle digital poussé de la population. On généralise les caméras sophistiquées et intelligentes, la biométrie dans les passeports et dans les transports publics, le datamining et le profiling avec des programmes informatiques, l’interconnexion de banques de données, le spyware…

Notre dossier Démocratie surveillée met en lumière cette dérive vers un État capitaliste Big Brother pour les uns, symbole de laisser-aller pour les autres.