La Flandre et le régionalisme néolibéral

Table des matières: 
Études marxistes no. 104
Auteur: 
Pol De Vos

Avec le plan « La Flandre en action » (Vlaanderen in Actie, ou ViA), le gouvernement flamand mène une politique visant à améliorer sa position concurrentielle en Europe. Nous analysons la politique de cette coalition (CD&V, SP.a et N-VA) sur le plan de la compétitivité et de l’emploi et constatons que celle-ci s’aligne de manière non critique sur les diktats européens. La Flandre veut être le meilleur élève de la classe néolibérale. Tous les partis gouvernementaux — y compris la N-VA — soutiennent pleinement cette politique. Nous montrons que cette politique n’offre aucune perspective, ni pour l’industrialisation, ni pour l’emploi, ni pour satisfaire des besoins sociaux croissants.

La crise en Flandre

« L’économie flamande a été fortement touchée par la crise », lisait-on dans le Standaard du 19 juin 2013. « L’emploi dans les PME flamandes régresse. Le nombre d’entrepreneurs débutants en Flandre baisse. Les pronostics d’embauche dans les entreprises flamandes sont au plus bas sur dix ans. Depuis 2008, les PME flamandes ont perdu 5,75 % de leur emploi total. Dans les secteurs industriels, la perte a même été de plus de 10 %. Les entreprises flamandes de la construction affirment avoir perdu quelque 3 000 emplois au cours des douze derniers mois, entre autres parce que les communes ont libéré beaucoup moins d’argent pour les travaux routiers [21] . »

Le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V) admet qu’il y a des problèmes. Fin avril 2013, il balayait encore toute critique à l’encontre de sa politique : « Nous ne pensons pas aux citations du journal de demain, mais aux titres des journaux en 2020. […] nous y lirons comme titre : “La Flandre au faîte de l’Europe” [22] . » Mais, depuis juin, il pense autrement : « Nous ne pouvons plus attendre jusqu’après les élections. Il faut que quelque chose se passe maintenant. » Peeters veut qu’avant même les élections de 2014, le gouvernement fédéral réduise les charges salariales. « Sans le soutien du gouvernement fédéral, je n’arrive à rien. Le prochain ajustement du budget fédéral de 2013 est le moment idéal pour enfin aborder cet important problème [23] . »

En tant que principal candidat CD&V aux élections flamandes et fédérales, Peeters a proposé un pacte de compétitivité au gouvernement fédéral ainsi qu’aux gouvernements régionaux wallon et bruxellois. Le CD&V veut donner ainsi une forme concrète à son « fédéralisme de collaboration », face au « fédéralisme conflictuel » de la N-VA. Ce pacte doit proposer une réponse à la demande de soutien des patrons en Flandre ainsi qu’à la demande, adressée aux régions par le gouvernement fédéral, de contribuer aux efforts budgétaires. Peeters veut bien participer financièrement au budget global de la Belgique et même remettre en question l’équilibre budgétaire de la Flandre [24] . Mais, en échange, il veut, là, maintenant, tout de suite, que le gouvernement fédéral lui octroie 2 % de diminution de charges salariales. Le CD&V veut être le parti qui enregistre des résultats en concluant des accords avec les autres. En cela, le parti se distancie de la N-VA. « Ne pas collaborer » est néfaste pour les entreprises flamandes, estime Peeters.

Peeters est convaincu qu’il peut piloter sa région à travers le bourbier néolibéral. Depuis 2010 déjà, il ne cesse de répéter que la Flandre veut être (et sera) le meilleur élève de la classe : « La mondialisation nous oblige à rénover le tissu industriel de façon ciblée et rapide afin de garantir le bien-être. Cette conscience est une des composantes des discussions économiques et politiques en Europe. La Flandre veut se positionner comme pionnière, comme locomotive de cette tendance [25] . » Pour cela, le ministre-président flamand compte sur son plan économique régional « La Flandre en action » (ViA) [26] . Mais, selon l’administration flamande, 38 % seulement des projets économiques de ViA évoluent de façon positive, 33 % stagnent et presque autant (29 %) se voient accoler l’étiquette « négatif » [27] . Si, ces dernières années, la politique flamande n’a pas eu l’effet escompté, ne devrions-nous pas remettre cette politique en question ?

Le contexte européen

La politique flamande sous la direction de Kris Peeters se positionne donc complètement dans la politique européenne. Pour lui, comme pour Barroso, internationalisation et innovation sont deux mots clés : « Nous devrons tenir compte d’une nouvelle approche en filières de valeur, par une politique de clusters, une participation aux réseaux internationaux, des partenariats et, surtout, par davantage d’innovation [28]  ». Peeters promet que le gouvernement va développer à cet effet « les instruments adéquats ». Il estime même que la Flandre est un précurseur en Europe : « Quand nous avons lancé ViA et Pact 2020, dans le but de faire partie, pour 2020, du top cinq des régions européennes, nous étions de véritables précurseurs. La stratégie de l’Europe pour 2020, qui n’a démarré que plus tard, est même dans une large mesure une copie de notre “Flandre en action” [29] . »

Le renforcement de la compétitivité en est un élément central. Les recettes néolibérales classiques doivent créer un climat favorable aux investissements pour attirer les multinationales. Par un marketing régional coûteux et des promesses de stimulus financiers en tous genres, la Flandre concurrence les régions voisines. 

La sixième réforme de l’État, qui transfère aux régions toute une série de compétences, va encore durcir la concurrence entre celles-ci. Naturellement, le ministre flamand Geert Bourgeois (N-VA) n’est pas satisfait. En 2014, il veut aller encore plus loin avec une nouvelle réforme de l’État : « En 2014, la Flandre doit avoir en main les leviers socio-économiques qui lui permettent de mener sa propre politique. Ce n’est pas du séparatisme. La N-VA prône le confédéralisme. Le centre de gravité des compétences doit se situer dans les régions […] pour qu’elles puissent définir leur propre politique. Quant à ce qu’elles voudront encore faire ensemble, par exemple en matière de défense et de justice, ce sera alors à elles de le définir [30] . » Peeters et le CD&V ne sont pas d’accord avec cela. Ils veulent d’abord tirer le maximum de l’actuelle réforme de l’État. Mais cette étape actuelle, avec le transfert de nouvelles compétences vers les régions, menace, elle aussi, de renforcer la concurrence réciproque et d’affaiblir la résistance au démantèlement des syndicats et des organisations sociales — qui ont souvent une organisation fortement nationale [31] .

Étonnamment, malgré tous les bulletins triomphalistes de la Flandre « en action » comparée à la Wallonie « à la traîne », on voit que la Flandre et la Wallonie connaissent une évolution assez similaire de la croissance économique. Seule Bruxelles présente des chiffres (légèrement) divergents.

Graphique 1. Croissance annuelle (en %) du produit intérieur brut de la Belgique, de la Flandre, de la Wallonie et de Bruxelles (1996-2012)

Croissance annuelle du PIB belge 19962012 (en %)

Source : Henri Houben, « La stratégie économique belge : s’agripper à la locomotive allemande », dans ce même numéro d’Études marxistes.

Ceci montre que la Belgique est une entité économique globale, malgré les différences entre les régions. La scission de l’économie n’était absolument pas nécessaire. Les économies flamande et wallonne dépendent avant tout des pays voisins. La scission visait surtout à organiser la concurrence entre les régions et à pousser vers le bas toutes les normes sociales. Finalement, la scission aboutit en premier lieu à un renforcement de la concurrence mutuelle dans la foire d’empoigne néolibérale avec les autres régions européennes…

La lutte concurrentielle de la Flandre au sein de l’Europe

La Flandre a une économie d’exportation ouverte, fortement orientée vers l’Union européenne et surtout vers les pays voisins immédiats, avec, respectivement, 75 % et 50 % des exportations, en premier lieu des produits chimiques et pharmaceutiques, des produits minéraux (transit par le port d’Anvers), des machines, appareils et véhicules, du matériel électrique et des applications de matières synthétiques [32] .

La Flandre mise tout sur la compétition interne en Europe : devenir plus productive, rendre la main-d’œuvre moins « coûteuse », rendre les investissements plus attrayants pour les multinationales, etc. Les résultats de la politique flamande sont comparés en permanence avec ceux des autres régions européennes. Sur le plan des exportations intraeuropéennes, la part de marché de l’Allemagne reste relativement élevée, notamment à cause de la délocalisation vers les « pays à bas salaires », géographiquement proches, de l’UE-12 [33] .

Le gouvernement flamand place ses espoirs de croissance économique dans la collaboration avec les pays voisins. La Flandre, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas (ainsi que la Wallonie, mais la région n’est pas mentionnée) sont fortement intégrés. Mais, au sein de cet ensemble, la locomotive, c’est l’Allemagne [34] . Son importance est d’ailleurs soulignée dans la note stratégique sur l’Allemagne, élaborée en 2006 par le gouvernement flamand [35] . La Flandre veut accrocher son wagonnet à la locomotive allemande. Nous pouvons résumer ainsi la stratégie économique flamande (et, en fait, belge) : « La proximité géographique a abouti à une dépendance mutuelle sur le plan de la mobilité et des transports. De bonnes liaisons entre les deux pays par les voies navigables, les chemins de fer, les voies aériennes (régionales), le transport souterrain (pipelines) ou le réseau routier sont importantes pour le développement économique des deux, pour la prospérité de la Flandre en général et le développement de nos ports en particulier. Environ 15 % du transport terrestre du port d’Anvers va vers l’Allemagne et, pour les ports de Gand et de Zeebrugge, il s’agit respectivement de 11 et de 13 %. […] Ce choix va de soi. L’Allemagne, sans être immédiatement limitrophe, est d’une grande importance pour la Flandre. Ceci a trait surtout à des facteurs économiques comme le commerce et les investissements. La Rhénanie-du-Nord-Westphalie est un Land très peuplé (18 millions d’habitants) avec lequel une collaboration a lieu sur divers terrains. […] Sans doute, une forme trilatérale de collaboration avec les Pays-Bas comme troisième partenaire offre-t-elle des perspectives intéressantes [36] . »

Pour Peeters, une collaboration renforcée avec les Pays-Bas doit assurer un « nouveau Siècle d’or commun ». Un « modèle des Pays-Bas » doit remplacer le vieux modèle rhénan qui prône une économie de marché socialement corrigée. « Le modèle rhénan a rendu certains d’entre nous craintifs devant les risques », estimait Peeters en mars 2013. Ce « modèle des Pays-Bas » doit « combiner les atouts de la Flandre et des Pays-Bas avec ce qu’il y a de mieux dans les modèles allemand et scandinave : s’attaquer aux coûts salariaux et énergétiques, plus de flexibilité de carrière et un climat entrepreneurial stable [37] . » Mais, pour gagner les élections, ce modèle néolibéral musclé n’est pas adéquat. Dans la perspective de 2014, le président du CD&V, Wouter Beke, remet cependant une fois de plus en exergue le modèle rhénan [38] . Le modèle des plats pays va rester encore un peu dans l’armoire…

Quelle que soit la rhétorique, la Flandre souscrit intégralement à l’actuelle politique européenne de compétition interne entre les régions européennes et avec d’autres blocs dans le monde. Ainsi, le gouvernement flamand déclare : « Tant la politique industrielle que la politique d’innovation s’inscrivent dans l’ordre du jour politique plus large de l’UE de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et les emplois. […] Le gouvernement flamand attache la plus grande importance à un résultat rapide et probant des négociations de libre-échange (cycle de Doha) dans le cadre multilatéral de l’OMC. Ce n’est que dans ce cadre qu’on peut en arriver à un libre-échange international transparent et équitable [39] . »

La position concurrentielle : productivité, coût salarial et coût salarial par unité de produit

Suivons un peu la logique néolibérale de la concurrence : la Flandre veut tout mettre en œuvre pour être moins chère que les autres, en coût salarial, et meilleure, en productivité. D’abord, la productivité du travail : à long terme, celle-ci suit une ligne croissante. Mais les années de crise exigent leur tribut. À partir de 2010, il y a de nouveau une croissance, mais, en 2011, on n’a pas encore rattrapé le niveau réel de 2007 ou 2008.

Graphique 2 . Productivité du travail (en euros constants de l’année 2000) dans la Région flamande.

Graphique 2 : Productivité du travail (en euros constants de l’année 2000) dans la Région flamande.

Source : Service d’étude du gouvernement flamand, Pact 2020 — Vlaanderen in Actie : Meeting kernindicatoren 2012, p 15, www.PACT2020.be.

En comparaison avec les 15 régions innovatrices de référence, la Région flamande se situe à la 4e place en 2008, après trois régions néerlandaises. Mais le graphique 3 ci-dessous montre aussi que, par rapport à 2000, un grand nombre de régions ont rattrapé leur retard sur la Flandre, alors que les meilleures régions ont augmenté leur avance [40] .

Graphique 3. Productivité du travail en 2000 et 2008 (indice : Flandre = 100)

Graphique 3. Productivité du travail en 2000 et 2008 (indice : Flandre = 100 )

Source : Eurostat, Research Centre of the Flemish Government.

Dans cette lutte concurrentielle, le coût salarial joue un rôle important. En 2008, le coût salarial moyen en Flandre était de 46 809 euros. En cela, la Flandre fait un « mauvais » score (quant à la production la moins chère possible, non pour le pouvoir d’achat, naturellement) : elle occupe la 13e place sur 16 régions de référence. Seuls l’ouest et le sud des Pays-Bas ainsi que le Danemark ont un coût moyen du travail plus élevé encore. Les régions allemandes et britanniques de référence, ainsi que le Pays basque, remportent la palme…

Mais un critère plus exact et plus important est le coût salarial par unité de production. Il  permet d’évaluer la compétitivité et est défini par le rapport entre le coût salarial par travailleur et la productivité du travail (valeur ajoutée brute par travailleur). On tend vers une diminution du coût salarial par unité de produit. Entre 2002 et 2007, la productivité a augmenté (graphique 2), ce qui veut dire que le coût salarial par unité a diminué, mais, en 2008 et 2009, il a de nouveau grimpé. Le rapport intermédiaire de 2012 donne à cela une explication claire : « Le stock de travailleurs s’est mieux maintenu en raison d’une réaction lente aux mouvements conjoncturels et en raison de la protection sociale des travailleurs. » En d’autres termes, c’est grâce à la législation sociale (entre autres, la protection contre les licenciements) et à la résistance des syndicats que les patrons n’ont pu répercuter (davantage encore) la crise économique sur les travailleurs.

Dans un cadre européen, en raison de sa haute productivité en 2008, la Flandre obtient la 5e place en ce qui concerne la position concurrentielle. Seules quelques régions allemandes, la Finlande et le Pays basque ont fait mieux. La haute productivité compense pour une part importante le coût salarial. Mais si nous continuons à raisonner dans le cadre néolibéral de la lutte concurrentielle, il est évident que d’autres régions aussi y parviendront bientôt. Finalement, tous les pays européens se poussent mutuellement dans une spirale descendante — à la suite du modèle allemand — avec recul des salaires, chasse aux chômeurs et mini-emplois comme « solution ».

La stratégie flamande : « Se développer en une économie de la connaissance, compétitive et polyvalente »

L’objectif de la Flandre avec ViA-2020, c’est de se retrouver dans le top cinq des régions européennes en 2020, comme économie de la connaissance, compétitive et polyvalente. Il faut en même temps stimuler le taux d’emploi. C’est la seule manière possible, pour la Flandre, déclare ViA-2020, de maintenir sa prospérité. Le plan comporte un large éventail de mesures ayant trait à l’économie, aux finances, au développement social, à la culture, à l’écologie, etc. Pourtant, en premier lieu, c’est le fondement économique qui importe. Tous les autres domaines sont prisonniers du corset néolibéral : la compétitivité comme cadre de pensée contraignant.

Concrètement, de quoi s’agit-il ? 1) innover ; 2) attirer les investisseurs étrangers ; 3) miser sur la logistique et la mobilité ; 4) aller vers une économie plus verte ; 5) soutenir les entreprises afin de les aider à sortir de la crise. Nous en indiquons les grandes lignes.

Mise sur pied d’une économie de la connaissance

L’industrie flamande a développé un niveau de productivité très élevé. Ce modèle de croissance connaît toutefois des limites : plus une économie est développée, plus il devient difficile d’accroître encore la productivité. Dans une telle situation, il convient de miser plus encore sur la connaissance et l’innovation. Mais, dans la logique néolibérale, cette innovation n’est pas destinée en premier lieu à aborder les grands problèmes de la société, comme la catastrophe écologique qui nous attend, les énormes défis sur le plan des écoles et des logements et des conditions de travail vivables. Il s’agit plutôt de la fuite en avant d’un modèle de productivité qui a complètement perdu la tête.

En 2006, 11,7 % de la population active flamande travaillait dans les secteurs intensifs en connaissance (services technologiques ou industrie de moyenne et haute technologie). C’est plus que dans l’UE-27, mais moins qu’en Allemagne (14,2 %). Le but est de dépenser, en 2014, 3 % du PIB en recherche et développement. En 1997, on en était à 1,92 %, en 2001 à 2,37 % et en 2010 à 2,15 %.

Le gouvernement flamand situe cette innovation dans « une “nouvelle politique industrielle” qui tend à une transformation à long terme de l’industrie flamande ». Une recherche intensifiée doit donner naissance à de nouveaux produits qui feront croître la compétitivité de l’économie flamande. Les objectifs sont davantage de travailleurs dans les secteurs intensifs en connaissance, une diffusion plus large des innovations dans tous les secteurs et un nombre croissant de demandes de brevets. Les fers de lance sont les technologies de l’information et de la communication, les soins de santé, la logistique et les réseaux d’électricité, ainsi que les innovations écologiques.

Kris Peeters : « Aujourd’hui, 50 % de la recherche et du développement au niveau mondial sont réalisés par 700 grandes entreprises “seulement”. Cela montre une fois encore que nous devons offrir tout notre soutien à nos grandes entreprises en Flandre afin qu’elles atteignent une croissance et un développement supérieurs encore [41] . » Peeters insiste ici sur le devoir des autorités de soutenir les innovations des multinationales. Souvent, le rôle que les pouvoirs publics (et les universités) jouent dans ces innovations est peu mis en avant. Pourtant, bien des nouveautés s’appuient sur la recherche fondamentale dans les universités, laquelle est financée par le contribuable. Même la recherche privée est soutenue par des fonds publics. Pourtant, les inventions et les brevets sont jetés sur le marché sans bénéfice pour la collectivité [42] . Pourquoi les coûts sont-ils socialisés et les bénéfices en grande partie privatisés ? Ne serait-il pas logique que les résultats de la recherche financée par le secteur public restent sous contrôle public ?

La Flandre au service des multinationales

Au sein de l’UE (et au niveau mondial), les régions se font mutuellement concurrence afin de proposer aux entreprises multinationales les conditions les plus attrayantes qui soient, par exemple dans l’industrie automobile. Du fait de la réduction de production de VW/Audi à Forest et de la fermeture d’Opel Anvers, la Flandre a subi d’importantes pertes depuis 2006. En 2012, la production automobile belge a même baissé de 9 %. La fermeture annoncée de Ford Genk en 2014 rend la situation plus problématique encore. De nombreuses entreprises de sous-traitance sont contraintes de fermer leurs portes. Non seulement le Limbourg risque de devenir un désert économique, mais cette fermeture aura un impact négatif sur l’ensemble des résultats économiques de la Flandre.

Et que fait le gouvernement flamand de Peeters et consorts ? La seule chose possible dans ce système économique : promettre encore plus de cadeaux aux multinationales, encore moins d’impôts, encore plus de flexibilité. La politique régionale de la surenchère s’intensifie encore. Dans ViA-2020, cela se traduit de la sorte : « Une politique d’acquisition efficace [dans ce contexte, cela veut dire une politique visant à chercher, trouver et accrocher de nouvelles multinationales] suppose, entre autres, un marketing régional efficace, la détection rapide de candidats investisseurs possibles, un briefing clair et accrocheur des candidats investisseurs sur nos atouts par rapport aux régions voisines et un accompagnement intensif des candidats investisseurs dans la sélection de sites et dans la trajectoire d’investissements qui suivra éventuellement. » Cette politique rend évidemment la Flandre très dépendante de ces multinationales. Les décisions stratégiques pour la Flandre (par exemple, sur la production automobile) sont prises à l’étranger. Souvent on choisit en fonction d’un marketing stratégique en donnant la préférence aux grands marchés nationaux et aux grands pays [43] .

Logistique et mobilité : ports, chemins de fer et routes

La logistique est un atout important de la Flandre. Le plan ViA dit qu’il faut continuer à développer les transports routiers, maritimes et aériens. Avec les Pays-Bas, le gouvernement flamand veut promouvoir la région du Delta. « La mondialisation devient une composante inhérente de notre modèle », a expliqué Peeters. Sur le plan logistique surtout, la Flandre et les Pays-Bas doivent se vendre ensemble au niveau international. « D’ailleurs, les multinationales n’optent plus pour le port d’Anvers ou celui de Rotterdam comme point de chute logistique », ajoute Peeters. « Elles optent pour la région du Delta. Elles optent pour un ensemble de services disponibles sur une toute petite superficie. » La région du Delta doit « être mondialement connue comme le centre logistique de l’Europe. Les BRICS utiliseront la région du Delta comme porte d’accès à l’Europe », rêve encore Peeters [44] .

Pourtant, si on ne mise pas à fond sur le rail et les voies navigables, la Belgique, et certainement la Flandre, connaîtront de graves problèmes de transports. Aujourd’hui déjà, Anvers et Bruxelles sont les championnes de bouchons routiers. À Bruxelles, l’automobiliste passe en moyenne 85,4 heures par an dans une file. Anvers suit en deuxième position avec 76,7 heures par an. Los Angeles, Milan et Londres complètent le top cinq. Pour l’ensemble de la Belgique, la moyenne de file pour le conducteur est de 59,7 heures. Cela aussi vaut une première place à la Belgique. Les Pays-Bas suivent au deuxième rang avec 46,1 heures. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les bouchons routiers coûtent entre 1 et 2 % du produit intérieur brut. [45]

ViA se donne pour mission d’en arriver en 2020 à moins de 5 % d’heures perdues sur les autoroutes (sur le total du nombre d’heures sur la route) et veut en même temps limiter l’impact environnemental du transport des marchandises et des personnes. Un plan structurel d’aménagement du territoire de la Flandre développe les chaînons manquants du transport par route, eau et chemin de fer. Ce qui surprend ici, c’est la contradiction entre le chiffrage précis de l’impact attendu de ces plans de mobilité sur les heures perdues et les objectifs rhétoriques mais non chiffrés en matière environnementale. Rappelons-nous à ce propos la longue saga du viaduc ou du tunnel du Lange Wapper à Anvers…

Des étiquettes vertes

Le plan ViA comporte un joli paragraphe sur le développement durable : « Le succès final d’un passage rapide à une économie verte comme fondement de l’ADN de la société flamande est lié de façon inhérente au développement d’une politique intégrée et réfléchie au profit des générations à venir, par la réalisation des objectifs du Pacte 2020, dans lequel tant les intérêts écologiques et sociaux que les intérêts économiques doivent se compléter et se soutenir. L’économie verte continue en effet à bâtir sur les principes du développement durable, dans lequel non seulement l’environnement, mais aussi le développement social et économique de notre société sont prioritaires. »

ViA-2020 rêve d’une politique économique verte avec création d’emplois verts et développement d’un savoir et d’innovations pour des applications vertes et une énergie renouvelable. Un « maître plan de l’économie verte » doit y donner corps. Les innovations doivent « réduire l’émission de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à 1990, porter à 20 % la part des sources d’énergie renouvelable dans la consommation finale d’énergie et atteindre une amélioration de l’efficience énergétique de 20 % ». Mais la quête d’une « économie plus verte » qui reste soumise à la logique de la concurrence et à la nécessité de bénéfices élevés se révèle très vulnérable. L’exemple type est naturellement le commerce des émissions : un marché totalement artificiel dans lequel est négocié un produit très bizarre, à savoir le droit de pouvoir rejeter du CO2. Entre-temps, ce marché pèse plusieurs dizaines de milliards d’euros par an.

Ensuite, il y a ce qu’on appelle « l’électricité verte », comme l’analyse Tom De Meester dans son livre Opgelicht. En cinq ans, la part de marché de l’électricité produite de façon durable a grimpé de 17 à 54 %, révèlent les statistiques de la VREG, l’organe de contrôle du marché flamand de l’énergie. Cependant les statistiques officielles indiquent que la Belgique ne produit pas 54 % de courant vert, mais seulement 7 %. Au lieu d’investir dans l’innovation, on choisit de tromper la population. « L’électricité grise est fourguée comme électricité verte », écrit De Meester. « Ce que les fournisseurs vendent comme électricité verte vient tout simplement de la centrale nucléaire de Doel ou de la centrale au gaz de Jemeppe-sur-Sambre. Mais on lui colle une étiquette verte [46] . » Créatif, sans doute… Mais tout sauf vert !

Un autre ingrédient, c’est l’idée que la libre concurrence va aboutir à des innovations vertes et à de nouvelles technologies qui sauveront la planète. Tout comme les panneaux solaires ne cessent de gagner en efficience et coûtent de moins en moins cher, cette libre concurrence va aboutir tôt ou tard à des technologies miracles grâce auxquelles toute la problématique du changement climatique sera résolue… Mais ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. Il n’y a qu’un critère dans ce système : le profit. Le marché libre et le néolibéralisme ne peuvent pas sauver le climat, tout comme ils ne peuvent assurer la prospérité et le bien-être de la population. Pas plus en Flandre qu’en Belgique ou en Europe. Quand tout est inféodé à la logique du profit, il n’y a en effet pas de place pour une politique sociale et écologique. Pour réaliser une telle politique, un développement public démocratique et planifié est nécessaire.

L’emploi

Alors que la valeur ajoutée créée dans l’industrie a connu une évolution à la hausse, l’emploi total dans l’industrie, en Flandre, a baissé, passant de 469 500 en 1995 à 376 000 en 2011 (graphique 4). Alors qu’en 2011, l’industrie flamande employait 20 % de gens en moins par rapport à 1995, cette baisse pour la même période était moindre en Wallonie (− 13 %) et allait de pair avec une hausse relative plus forte de la valeur ajoutée. Ces dix dernières années, l’industrie flamande a obtenu de moins bons résultats que l’industrie wallonne (même si celle-ci partait d’un niveau de départ inférieur). Cela s’explique entre autres à partir de la composition sectorielle. Ainsi, l’industrie textile et l’industrie automobile sont bien plus importantes en Flandre qu’en Wallonie. Ces dernières années, ces deux secteurs ont encaissé de rudes coups dans toute l’Europe occidentale [47] .

Graphique 4. Industrie : évolution de l’emploi et valeur ajoutée (brute) (index 1995 = 100) en Région flamande et en Région wallonne (1995-201 )

Graphique 4. Industrie : évolution de l’emploi et valeur ajoutée (brute) (index 1995 = 100) en Région flamande et en Région wallonne (1995-2011 )

Note : L’évolution de la valeur ajoutée (brute) est mesurée selon des prix constants.
Source : FERMREG (Bewerking Steunpunt WSE)

Le graphique 4 montre aussi comment, en 2009, l’industrie régresse fortement, alors que la valeur ajoutée a baissé plus, en pourcentage, que l’emploi. Durant cette période, la baisse de production a en effet été compensée par une réduction du temps de travail ou par le recours au chômage temporaire. C’est surtout dans les secteurs de l’automobile et de la métallurgie que la réduction du volume de l’emploi a été compensée en première instance par de telles mesures. Mais, dans l’intervalle, il y a eu la fermeture annoncée de Ford Genk et d’une partie importante d’ArcelorMittal à Liège.

Dans le graphique 5, nous voyons la forte baisse de l’emploi depuis 1970 dans les six branches industrielles les plus importantes. Dans le secteur du textile, il y a eu, entre 1970 et 2011, une baisse de 86 %, de 220 000 personnes à 30 000. Dans la métallurgie aussi, il y a eu une forte baisse, de 220 000 travailleurs à 100 000 (− 56,4 %). Dans la fabrication de machines et d’appareils, la perte d’emplois a été de 53,2 % (de 150 000 à 69 000). Dans l’industrie alimentaire, entre 1970 et le début des années 90, l’emploi est passé de 137 000 travailleurs à 100 000 à peine. Ce qui est surprenant, c’est que, depuis lors, l’emploi est resté relativement constant. L’industrie chimique est tout aussi stable, même si l’emploi en 2011 (72 000) est quand même plus bas qu’en 1970 (84 000). De 1970 au début des années 2000, le secteur automobile (fabrication de moyens de transport) a connu un emploi relativement stable, autour de 70 000 personnes. À partir de 2000, cependant, beaucoup d’emplois ont été perdus et, en 2011, le secteur ne comptait plus que 43 000 travailleurs. Avec les plans de fermeture de Ford Genk, nous pouvons nous attendre à une poursuite de la baisse [48] .

Graphique 5. Évolution de l’emploi dans les principaux secteurs industriels (Belgique, 1970-2011)

Graphique 5. Évolution de l’emploi dans les principaux secteurs industriels (Belgique, 1970-2011 )

Source : EU KLEMS Database (Bewerking Steunpunt WSE)

La baisse de l’emploi est pour une part importante la conséquence d’une forte augmentation de la productivité du travail (et, partant, d’une valeur ajoutée plus élevée par travailleur). En théorie, ceci pourrait aboutir à une répartition plus poussée du travail, à de meilleures conditions de travail et à des investissements plus élevés dans le secteur social. Mais la logique néolibérale va à l’encontre de ces objectifs sociaux. Alors qu’une partie des travailleurs doit être disponible de façon hyper-flexible, une autre partie est au chômage et désespérément à la recherche d’un emploi stable. 

Ensuite, une partie de cette baisse de l’emploi dans l’industrie est à imputer à la stratégie des entreprises « indépendantes » de sous-traitance. Même s’il est malaisé d’y mettre des chiffres concrets, dans bien des secteurs, une partie des emplois directs de l’industrie est passée dans les PME assurant des services (outre d’autres PME « indépendantes » qui sont également reprises dans l’industrie). Cet emploi indirect est souvent moins bien payé et plus flexible encore. L’existence de ces PME est totalement dépendante de la stratégie d’entreprise de la multinationale en question. Ford Genk en est un exemple manifeste. La fermeture annoncée de l’entreprise a constitué en même temps le coup de grâce pour toute une partie de ces entreprises « indépendantes ».

Comment le gouvernement flamand entend stimuler l’emploi…

La politique flamande de l’emploi poursuit essentiellement deux objectifs : la réduction des coûts salariaux et l’accroissement de l’efficacité. De pair avec la flexibilisation de l’emploi, ceux-ci sont une composante importante de la politique concurrentielle. Pour les patrons, il doit être plus facile et moins cher d’engager et de licencier des travailleurs. On tend par là à une productivité plus élevée. Cet élément de la politique de l’emploi n’est donc pas au service de l’emploi, mais de la bataille concurrentielle internationale.

Baisse des coûts salariaux

De l’échelon européen à la Flandre, en passant par l’échelon fédéral, la baisse des coûts salariaux est toujours avancée comme un objectif essentiel visant « à améliorer notre position concurrentielle ». Nous avons montré plus haut que les coûts salariaux ne jouaient qu’un rôle très limité dans la position concurrentielle de l’Europe dans le monde et que la compétition des bas salaires avait surtout lieu entre les régions au sein de l’Europe même.

Ensuite, on dit souvent que de faibles coûts salariaux amèneraient « d’eux-mêmes » plus d’emploi. Ce rapport de l’emploi aux coûts salariaux s’appelle élasticité de l’emploi par rapport aux salaires. Pour la Belgique, celle-ci est estimée à − 0,13. Cela veut dire qu’une baisse des coûts salariaux réels de 10 % fait augmenter à long terme l’emploi de 1,3 %. Cette demande de main-d’œuvre manquant fortement d’élasticité signifie qu’une augmentation ou une baisse des coûts réels du travail n’a qu’une influence limitée sur l’emploi. « Plus d’emploi » ne peut donc pas être utilisé comme argument pour faire baisser les salaires, par exemple par la poursuite du démantèlement du mécanisme d’indexation des salaires. D’une part, il s’avère que l’effet négatif sur l’emploi d’une possible hausse des coûts salariaux grâce à l’indexation est plus réduit qu’on ne s’y attendait. D’autre part, une suppression du système de l’index pourrait provoquer une baisse du pouvoir d’achat qui affecterait la demande totale [49] .

Efficacité

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’attend pour 2014 à une hausse du chômage en Belgique, qui passerait de 8,6 à 8,9 % [50] . Cela vaut d’ailleurs pour la plupart des pays d’Europe. L’Espagne et la Grèce atteindront des taux de chômage de près de 28 %. Il n’y a qu’en Allemagne qu’on s’attend à une baisse, de 5,3 % à 4,7 %. « Ce sont les jeunes et les non-qualifiés qui seront le plus gravement touchés », met en garde l’organisation. Faire sortir les plus âgés plus tôt du marché de l’emploi ne résoudrait rien, ajoute l’OCDE.

La crise sur le marché de l’emploi résulte d’une crise structurelle au niveau européen et mondial. On s’attendrait alors à ce que les mesures « structurelles » proposées par l’OCDE consistent à créer de nouveaux emplois. Mais c’est le contraire qui se passe : on s’en prend aux victimes. D’après l’OCDE, il faut surtout davantage de moyens pour l’activation des chômeurs. Et, bien sûr, davantage de flexibilité et des salaires plus bas.

L’objectif — traduit dans le jargon politique belge s’appuyant sur les directives européennes — est de « rendre plus efficace la politique active de l’emploi en prenant des mesures ciblées, spécifiquement à l’égard des travailleurs plus âgés et des groupes fragiles ».

La 6e réforme de l’État a son importance en ceci, vu que toute une série de compétences en cette matière seront transférées vers les régions. « Mettre plus de gens au travail dans de meilleures conditions et dans des carrières qui durent plus longtemps en moyenne », telle est la description générale de la politique flamande de l’emploi.

Le gouvernement flamand veut porter à 75 % la participation au travail des femmes et des hommes de la tranche d’âge de 20 à 64 ans et ce, par une plus grande participation des jeunes, des moins jeunes et des non-qualifiés et par une meilleure intégration des migrants légaux. Non en proposant plus de travail dans le secteur social ou dans les entreprises publiques, mais bien en responsabilisant le demandeur d’emploi lui-même, à titre individuel, afin de remporter la compétition pour les rares emplois… Comme composante de la course folle pour devenir la région la plus compétitive d’Europe, il y a la course folle au niveau du travailleur individuel pour présenter le « portefeuille de compétences » le plus intéressant. Travailleurs et demandeurs d’emploi doivent gérer leurs capacités et leur expérience comme un portefeuille d’actions avec lequel on tente d’obtenir un retour sur investissement le meilleur possible.

Le gouvernement flamand veut soutenir cette logique en faisant mieux concorder offre et demande par des formations et des recyclages et en s’engageant à mieux soutenir les groupes minoritaires (femmes, immigrés). Le renforcement des compétences, le recyclage et les formations complémentaires sont en soi une bonne chose. Mais la vision risque de dérailler du côté du « tout en fonction de la concurrence mutuelle entre les travailleurs ». Ensuite, il y a encore la problématique de l’enseignement. La qualité de l’enseignement doit s’améliorer, mais il n’y a pas assez d’argent pour de nouvelles écoles, encore moins pour mieux accompagner et motiver les enseignants.

Le renforcement de la « culture de l’entrepreneuriat » est lui aussi un objectif du gouvernement flamand. Cela doit se faire en encourageant les jeunes entrepreneurs débutants, l’entrepreneuriat chez les femmes, les immigrés et les gens plus âgés… Ici, ce qu’on appelle les « projets tremplins » est essentiel. Ils doivent jeter un pont entre l’enseignement et le monde des entreprises, de l’enseignement primaire à l’enseignement supérieur en stimulant l’entrepreneuriat des jeunes à l’école. Dans une perspective pédagogique, c’est une évolution très « idéologisante », inféodée à une logique économique néolibérale, où on renonce à une large éducation sociale de base, saine et critique.

La flexibilité poussée à l’extrême

Rendre plus précaire encore le statut des chômeurs accroît la pression pour leur faire accepter des emplois sous-payés et très flexibles. Une telle politique d’activation, sur la base de la compétition mutuelle, dans un marché de l’emploi plus que saturé aboutit surtout à plus de flexibilité, moins d’emplois stables et des salaires plus bas. Dans plusieurs pays d’Europe, la nouvelle tendance s’appelle le « contrat zéro heure » : un contrat de travail dans lequel l’employeur exige une disponibilité totale sans même garantir une seule heure de travail [51] .

La logique du gouvernement flamand (et autant dire de chaque gouvernement au sein de l’Union européenne), selon laquelle le renforcement de la position concurrentielle assurera une croissance économique qui maintiendra « notre prospérité » et garantira « notre système social », bute sur la réalité d’un nombre croissant de millionnaires en euros et d’une armée sans cesse croissante de pauvres.

« Un Flamand sur dix vit dans la pauvreté », titre Het Laatste Nieuws du 21 juin 2013. « En dix ans, la pauvreté chez les enfants a doublé et elle se situe aujourd’hui à près de 10 %. »

Malgré le fait que le gouvernement flamand a proclamé la lutte contre la pauvreté comme priorité absolue, le Réseau contre la pauvreté estime qu’on n’a guère pris deµ mesures concrètes : on a franchi de petites étapes autour de l’accès au marché de l’emploi, contre la pauvreté des enfants, les services publics proactifs, etc. Mais le délai de construction des 43 000 logements sociaux a été reporté de 2020 à 2023. La prime de location n’existe que pour ceux qui attendent un logement social depuis cinq ans déjà.

Mais, surtout : la contradiction s’aiguise entre cette très timide politique de lutte contre la pauvreté d’une part et le renforcement agressif de la pauvreté par des mesures structurelles en matière d’emploi, de chômage et de sécurité sociale.

Dans un marché de l’emploi très étroit, on fait jouer les uns contre les autres les gens qui sont victimes de cette politique. Dans une société où il n’y a jamais eu autant de richesse, les droits sociaux tels l’enseignement, le travail et le bien-être sont de plus en plus érodés [52] .

Il n’y a plus de problèmes de société. Chômeur ? Pauvre ? Victime de discrimination ? C’est vous qui en êtes responsable : vous gérez mal votre « portefeuille de compétences » personnel !

Pol De Vos (pdevos at itg.be) est docteur en Sciences médicales. Il travaille au département de Santé publique à l’Institut de médecine tropicale à Anvers. Il étudie les réformes des systèmes de santé en Amérique latine et l’organisation des soins de santé à Cuba. Il est membre du Service d’étude du Parti du Travail de Belgique. (Bibliographie sur poldevos.blogspot.com)


[21] De Standaard, 19 juin 2013.

[22] Het Laatste Nieuws-De Morgen, 30 avril 2013.

[23] « Peeters wil loonkosten “nu” verlagen », Telenet, www.vandaag.be/binnenland/127404_peeters-wil-loonkosten-nu-verlagen.html.

[24] Het Laatste Nieuws, « Regeringen gaan werk- en competitiviteitspact sluiten », 18 juin 2013, www.hln.be/hln/nl/957/Binnenland/article/detail/1654106/2013/06/18/Reger....

[25] Kris Peeters, Discours aux États généraux de l’industrie, 5 février 2010.

[27] « Vlaanderen boert achteruit », Trends, 25 avril 2013, trends.knack.be/economie/belga-economie/vlaanderen-boert-achteruit/article-4000286894762.htm.

[28] Kris Peeters, 5 février 2010, op. cit.

[29] Engineeringnet Magazine, septembre 2011, pp. 10-13, www.mainpress.com/nederlands/dossier_automation/pdf/krispeeters.pdf.

[30] De Morgen, 20 mars 2013.

[31] Herwig Lerouge, « L’enjeu des élections [de 2014] en Flandre », Études marxistes no 103, juillet-septembre 2013.

[32] Service d’étude du gouvernement flamand : Kernindicatorenmeeting 2012, Vlaanderen in Actie 2020, Bruxelles, 2012.

[33] UE12 : Bulgarie, Chypre, Tchéquie, Estonie, Hongrie, Lituanie, Lettonie, Malte, Pologne, Roumanie, Slovénie et Slovaquie.

[34] Voir Henri Houben, « La stratégie économique belge : s’agripper à la locomotive allemande », dans ce numéro d’Études marxistes.

[35] Gouvernement flamand, section Affaires étrangères, Strategienota Duitsland, Bruxelles, 2006.

[36] Ibid.

[37] De Tijd, 12 mars 2013.

[38] Nicolas Bouteca, « Waar staat het moedige midden nu voor ? », De Morgen, 20 juin 2013.

[40] Government of Flanders, « Flanders Outlook 2012 : A benchmark of Flanders amongst the European regions », Bruxelles, février 2012.

[41] Kris Peeters, Discours aux États généraux de l’industrie, 5 février 2010.

[42] Gus Schaefer, « The value of public-private partnerships in driving innovation », The Hill, 27 août 2013, thehill.com/blogs/congress-blog/economy-a-budget/318805-the-value-of-public-private-partnerships-in-driving-innovation.

[43] Service public fédéral Économie, « KMO, Middenstand en Energie : Panorama van de Belgische Economie in 2012 », p. 127, economie.fgov.be/nl/binaries/Panorama_2012_NL_TOT_tcm325-228508.pdf.

[44] De Tijd, 12 mars 2013.

[46] Tom De Meester, Opgelicht, EPO, 2013.

[47] B. Neefs et W. Herremans. « Industriële Tewerkstelling in een langetermijnperspectief : een onomkeerbare trend ? », Over Werk, Tijdschrift van het Steunpunt Werk en Sociale Economie, 23(2), 2013, pp. 45-55, Louvain, www.steunpuntwse.be/view/nl/9456333?section=samenvatting.

[48] Ibid.

[49] Wout Laenen, Cindy Moons, Damiaan Persyn, « De invloed van loonlasten op de vraag naar arbeid : een vergelijkende studie van België en de buurlanden », HUB Research Paper 2011/10.

[50] « OESO verwacht stijgende werkloosheid voor België in 2014 », De Morgen, 16 juillet 2013.

[51] « Nul uren contract », Personeelsnet, 17 décembre 2012, www.personeelsnet.nl/bericht/nul-uren-contract ; « Zero hours contracts hit 200,000 », Recruiter, 3 avril 2013, www.recruiter.co.uk/news/2013/04/zero-hours-contracts-hit-200000/ ; « One million British workers on zero-hours contracts — survey », Reuters, 5 août 2013, uk.reuters.com/article/2013/08/05/uk-britain-employment-zero-idUKBRE97409D20130805 ; De Standaard, 5 août 2013, www.standaard.be/cnt/dmf20130805_00681649.

[52] Bea Cantillon et Veerle De Maesschalck, « De sociale investeringstaat : enkele kritische overwegingen bij een nieuw beleidsparadigma », Centrum voor sociaal beleid, octobre 2012.