Le centenaire d’Álvaro Cunhal (1913-2005)

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Études marxistes no. 104
Auteur: 
Maria McGavigan

Le 10 novembre 2013, Álvaro Cunhal aurait eu cent ans. Leader historique du Parti communiste portugais, il fut également peintre, dessinateur, poète, traducteur et auteur de romans. C’est d’ailleurs pendant ses longues années d’emprisonnement, dont plus de la moitié en solitaire, qu’il a développé tous ces talents — un moyen de tenir le coup face à la brutalité du régime fasciste de Salazar.

Cunhal fut cependant avant tout un homme politique qui a joué un rôle clé à différents moments cruciaux de l’histoire du PCP. Les éditions Delga ont choisi de célébrer ce centenaire à leur manière en publiant pour la première fois en français, non pas un roman, mais un essai paru en portugais en 1985, où il développe ses idées sur le parti communiste comme entité collective, enracinée dans le peuple [168] .

En voici un extrait :

« D’où nous vient, à nous, communistes portugais, cette joie de vivre et de lutter ? Qu’est-ce qui nous mène à considérer l’activité du Parti comme un aspect central de notre vie ? Qu’est-ce qui nous pousse à consacrer temps, énergies, facultés, attention à l’activité du Parti ? Qu’est-ce qui nous pousse à braver, pour nos idées et notre lutte, toutes les difficultés et tous les dangers, à affronter des persécutions, et même, si les conditions l’imposent, à endurer les tortures et les condamnations, à donner notre vie si nécessaire ?

Cette joie de vivre et de lutter nous vient de la profonde conviction que la cause pour laquelle nous luttons est juste, passionnante et invincible.

Notre idéal à nous, communistes portugais, est la libération des travailleurs portugais et du peuple portugais de toutes les formes d’exploitation et d’oppression.

C’est la liberté de penser, d’écrire, d’affirmer, de créer.

C’est le droit à la vérité.

C’est mettre les principaux moyens de production, non au service de l’enrichissement de certains privilégiés pour la misère du plus grand nombre, mais au service de notre peuple et de notre patrie.

C’est éradiquer la faim, la misère et le chômage.

C’est garantir à tous le bien-être matériel et l’accès à l’instruction et à la culture.

C’est le développement de la science, des techniques et des arts.

C’est garantir aux femmes l’égalité réelle des droits et des conditions sociales.

C’est garantir à la jeunesse l’enseignement, la culture, le travail, le sport, la santé et la joie.

C’est créer une vie heureuse pour les enfants et assurer des jours tranquilles aux personnes âgées. […]

C’est la construction au Portugal d’une société socialiste correspondant aux particularités nationales et aux intérêts, aux nécessités, aux aspirations et à la volonté du peuple portugais — une société de liberté et d’abondance, où l’État et la politique soient entièrement au service du bien et du bonheur de l’être humain [169] . »


[168] Álvaro Cunhal, Le parti en toute transparence, Delga, 2013.

[169] Ibid., pp. 21-22.