Le krach boursier chinois : contexte et perspectives

Table des matières: 
Études marxistes no. 112
Auteur: 
Jo Cottenier

Ça gronde du côté des Bourses chinoises. Une chute de 30 % en juin-juillet 2015 suivie d’une chute de 10 % en août ont suscité bien des commentaires dans la presse mondiale. Certains ont parlé du « début de la fin » de l’ascension chinoise. On est même allé jusqu’à faire des comparaisons avec le krach boursier de 1929. Où n’était-ce pas plutôt le krach de 2008 qui s’était déplacé vers la Chine ?

Le monde boursier chinois s’est encore attiré un surcroît d’attention en raison du ralentissement de la croissance. Pour n’importe quel autre pays, un taux de croissance de 7 % serait qualifié de « magistral », mais, pour la Chine, il prend bien vite le caractère d’une profonde récession. Certains commentaires imputent même la responsabilité du ralentissement au niveau mondial à la Chine. Le moteur qui avait aspiré l’économie mondiale après 2008 serait-il à l’arrêt ? Et ce krach boursier chinois ne serait-il pas cette fois le prélude à un effondrement total ?

En ce moment, on trouve à foison des scénarios catastrophes pour l’économie mondiale. Les plus plausibles ne cherchent cependant pas l’origine d’une nouvelle flambée du côté de la Chine, mais bien du côté de l’accumulation des fonds de spéculation du monde financier occidental. En effet, la Chine, dont l’économie est solide, reste un roc au milieu de la tempête et les péripéties boursières n’y changeront pas grand-chose.

N’y a-t-il donc rien qui bouge dans l’Empire du Milieu ? En réalité, bien des choses sont en train de changer et pour situer cela dans son contexte nous devons remonter un instant à l’année 2008.

2008-2010 : des incitants temporaires…

Au moment où l’économie mondiale était en train de s’effondrer, les autorités chinoises ont réagi très vite et de façon résolue par un programme de soutien massif. La crainte n’était pas que le monde bancaire chinois soit entraîné dans la débâcle financière mondiale : en effet, grâce à la prudente politique chinoise, les grandes banques d’État étaient restées bien à l’abri de la prolifération des produits toxiques des banques occidentales. La crainte était que la crise économique et l’effondrement du commerce mondial aient de graves contrecoups sur les exportations chinoises.

N’étaient-ce pas les exportations qui, depuis 2001, date de l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), étaient les principales responsables du miracle chinois et la locomotive d’une croissance phénoménale tournant autour de 10 % ? Avec sa réserve infinie de main-d’œuvre bon marché et avec les investissements d’État dans de grands travaux, la Chine avait attiré chez elle la quasi-totalité des grandes multinationales, qui en avaient fait « l’atelier de la planète », et elle était devenue en peu de temps la première nation commerciale du monde.

L’État chinois n’allait toutefois pas accepter que cette croissance fasse le plongeon en raison des caprices de la pensée à court terme de l’Occident. Alors que les gouvernements occidentaux s’enfonçaient dans les dettes pour sauver leurs banques, les autorités chinoises pouvaient se permettre de préparer un paquet colossal d’investissements d’environ 600 milliards de dollars. Un quart de ce montant venait directement du budget de l’État, le reste étant financé par un monetary easing, c’est-à-dire un assouplissement monétaire, donc par une politique de crédit plus souple de la part des grandes banques d’État. Au programme figuraient des investissements dans la construction de logements sociaux et d’infrastructures nationales et autres (autoroutes, trains à très grande vitesse, aéroports régionaux), dans la santé publique et l’enseignement, dans l’environnement et l’innovation technologique.

En peu de temps, une chute de la croissance sur base annuelle de 4,3 % au cours du quatrième trimestre de 2008 se transformait en une croissance de 9,2 % en 2009 et de 10,4 % en 2010. La part des investissements dans le PIB augmentait, passant de 42 % en 2007 à 48 % en 2010 (selon Nicholas Lardy, voir sources). Les autorités chinoises recevaient les félicitations du monde entier pour leur intervention musclée et, dans certains commentaires, on se demandait même s’il ne fallait pas revoir les recettes néolibérales hostiles à tout interventionnisme de l’État. Alors qu’après une période d’artifices financiers et d’euphorie outrancière, les pays occidentaux se trouvaient plongés dans une crise sans perspective, le gouvernement chinois disposait d’une large marge de manœuvre, de réserves importantes et d’un grand pouvoir de redressement. En compagnie de quelques autres pays émergents (les BRICS), la Chine devenait le nouveau moteur de l’économie mondiale et, en très peu de temps, grimpait de la sixième à la deuxième place dans l’économie mondiale.

On constatait cependant quelques aspects négatifs dans ce programme de stimulation. Nous en citerons trois ici.

 En premier lieu, toute cette série d’incitants a fait grimper sensiblement la part des emprunts dans l’économie nationale et a donc accru la dette des ménages. Fin 2009, un tiers de la dette des ménages était d’origine récente du fait de l’assouplissement de l’octroi de crédit par la Banque centrale chinoise. En 2008, le volume des crédits étrangers accordés par les banques augmentait de quelque 5 000 milliards de renminbis (RMB), soit 1 400 milliards de dollars. La part de ce montant allant aux ménages passait de 14 % en 2008 à 36 % en 2010. Une partie considérable de cette hausse était destinée à des prêts hypothécaires en vue de l’achat de logements. Cependant ces chiffres de croissance n’avaient rien de dramatique, surtout si on les considère à l’aune de ce qui se passait au même moment aux États-Unis et dans l’Union européenne : par exemple, fin 2007, la dette des ménages chinois n’était que de 20 % du PIB, alors qu’elle était de 100 % aux États-Unis. Et la dette publique, en pourcentage du PIB, était deux fois plus importante aux États-Unis qu’en Chine. En outre, la Chine n’avait jamais emprunté la voie savonneuse consistant à emballer la dette dans des produits « dérivés ».

En plus, cette augmentation du pouvoir d’achat donnait une impulsion fulgurante au marché immobilier, alors qu’il était déjà surchauffé et que les autorités chinoises tentaient de le calmer. Juste avant 2008, la Chine avait connu une hausse des prix sur le marché du logement qui avait enclenché une prolifération de nouveaux immeubles, de nouveaux quartiers résidentiels et même de villes nouvelles. On voyait de nouveaux barons de la construction privée grimper à la vitesse de l’éclair à l’échelle des grosses fortunes. En 2007, de nombreuses mesures de ralentissement avaient été prises pour freiner ce phénomène et combattre ce qui ressemblait à une bulle de l’immobilier. La principale de ces mesures avait été de rendre le crédit plus cher et plus difficile à obtenir et donc de relever systématiquement les taux. Ces restrictions antérieures furent abolies avec comme conséquence un nouvel accès de fièvre dans le prix des logements en 2009 et au début 2010.

Et finalement, tout continua à reposer sur un modèle de croissance qui s’appuyait sur les investissements et les exportations en tant que moteurs de l’économie. Et c’est ce qui constitua le principal problème. En trente ans, ce modèle avait sorti la Chine d’une pauvreté relative. Pas moins de 600 millions d’habitants s’étaient hissés au-dessus du seuil de pauvreté et la Chine était passée d’un statut de pays à bas revenu au statut de pays à moyen revenu. L’ambition était naturellement de continuer à évoluer pour devenir un pays à revenu élevé. Mais cela n’est pas possible si la croissance est basée sur des exportations de biens issus d’une production à travail intensif et à bas salaires. Bien des pays à bas salaires ont connu de la sorte un démarrage rapide et sont ensuite restés coincés dans le « piège du moyen revenu ». Seuls le Japon et la Corée du Sud sont parvenus à en sortir. En 1997 déjà, le secrétaire général du parti Jiang Zemin formulait la double ambition centenaire : construire une société prospère pour 2020, quand le PCC fêtera son 100e anniversaire et propulser la Chine vers un statut de pays moyennement développé pour 2050, lors du 100e anniversaire de la République Populaire de Chine.

De ce pont de vue, cette impressionnante série d’incitants n’était donc pas vraiment une percée dans une autre direction, mais plutôt un tampon censé amortir le grave contrecoup de l’effondrement des économies occidentales. Globalement, ce fut un succès : l’économie chinoise continua à croître quasiment sans encombre et apporta de la sorte de l’oxygène au capitalisme occidental en plein marasme.

… aux « réformes profondes » du 12e Plan quinquennal

Pendant trente ans, de 1978 à 2010, l’économie chinoise a connu une croissance moyenne de 9,8 % par an, une performance jamais égalée. Mais, dès avant la crise de 2008, les limites de ce modèle de croissance étaient apparues clairement. En 2007, le Premier ministre Wen Jiabao qualifiait l’économie nationale d’ « instable, déséquilibrée, manquant de coordination et intenable ». Pour l’essentiel, l’économie chinoise devait se reconvertir vers une production et des services à valeur élevée et être poussée principalement par la consommation nationale.

Un PIB peut être examiné sous plusieurs angles : comment se met-il en place, comment sont redistribuées les rentrées et à quoi les alloue-t-on. Sur ces trois points, le 12e plan quinquennal (2011-2015) a proposé une réorientation.

La richesse nationale doit croître grâce à des productions à haute valeur ajoutée et grâce à un apport technologique important. Dix secteurs de pointe sont déterminés dans la stratégie Made in China 2025. La part du secteur des services, relativement sous-développé, doit passer de 42 % du PIB en 2002 à 47 % en 2015, grâce à la libéralisation de secteurs en situation de monopole comme la distribution de l’eau et les télécommunications, au développement du commerce de gros et de la distribution, à la mise sur pied de services professionnels dans les domaines financier, administratif, juridique et informatique, et enfin grâce au développement du tourisme et des loisirs.

Le revenu national doit être redistribué au profit des ménages. Cela doit se faire grâce à l’arrivée dans les villes de 200 millions de travailleurs des campagnes, de sorte que plus de 50 % de la population devienne urbaine. La part croissante du secteur des services doit être en mesure de mettre au travail toute cette main-d’œuvre et de donner ainsi un coup de pouce de 7 % par an au pouvoir d’achat. Le secteur des services doit également éponger la diminution de l’emploi dans les secteurs de l’industrie lourde traditionnelle et dans la production à main-d’œuvre intensive.

Il convient également de modifier en profondeur la destination du produit national, en allant vers l’augmentation de la consommation nationale au détriment des investissements. En trente ans, la part de la consommation est passée de 50 % à 35 % et celle des investissements de 30 % à plus de 50 % et cette évolution doit être inversée. Cela signifie aussi que la propension des ménages à l’épargne, suscitée par la crainte de l’avenir, doit diminuer et pour cela la mise en place d’un système de pension et de sécurité sociale constitue un facteur décisif.

On avait intégré dans le calcul que les chiffres de croissance chinoise allaient eux aussi baisser, à 7 % environ par an, niveau qui a été plus ou moins atteint actuellement. Au contraire des informations alarmantes de la presse occidentale concernant un « effondrement imminent », cela a été qualifié de « nouvelle normalité » par Xi Jinping, le secrétaire général du Parti communiste chinois.

Le Troisième Plénum et les réformes structurelles

Il est de tradition, dans le Parti communiste chinois, que les grandes réformes économiques soient décidées lors de la troisième session plénière du Comité central qui suit un congrès du Parti . En novembre 2013, lors du Troisième Plénum du 18e Comité central, l’ampleur et la profondeur des réformes ont été complètement et clairement présentées. Dans son discours devant le Plénum, Xi Jinping a parlé à plusieurs reprises du « rêve chinois », de la voie vers une société prospère, pacifique et harmonieuse.

Cela peut sembler un détail, mais les décisions du Troisième Plénum peuvent se résumer en un mot : désormais, le marché jouera un rôle décisif dans l’allocation des facteurs de production, et non plus un rôle fondamental1. Ceci est basé sur la constatation qu’il y a encore bien trop d’interventions de l’État dans le fonctionnement des mécanismes de marché et de la libre concurrence. Autre constatation, il y a une « perturbation du marché » quand on contrôle les prix, quand on établit des barrières à l’entrée du privé dans certains secteurs où les monopoles d’État sont en vigueur, quand les banques d’État traitent différemment les entreprises d’État et les entreprises privées, quand l’État exerce un contrôle trop sévère sur le cours de change de la monnaie. Il en résulte que les entreprises privées sont désavantagées sur le plan de l’accès au crédit, que le secteur des services est presque entièrement aux mains de l’État, que l’industrie lourde et la production à main-d’œuvre intensive reçoivent trop de soutien indirect au détriment des secteurs technologiquement avancés. Comme les entreprises d’État bénéficient d’un crédit trop bon marché auprès des grandes banques d’État, les entreprises privées, qui sont en fait plus rentables et plus fortes sur le plan de la technologie, sont lésées et c’est pourquoi elles vont chercher du soutien du côté de banques fantômes. Le monopole bancaire de l’État crée ainsi une inégalité inconciliable avec les règles de l’économie de marché moderne, que les autorités chinoises veulent mettre sur pied. Autres règles prévues : le libre accès au capital (et au marché des capitaux), une entrée plus souple des investissements étrangers et une monnaie qui puisse jouer un rôle international, qui soit convertible et par conséquent assez fluctuante.

C’est tout cela que contient le mot décisif. Cela fait partie du génie chinois de la communication que les messages importants soient résumés en un slogan ou une symbolique brefs, denses et compréhensibles. Là où le marché conquiert du terrain, l’État se retire. Les décisions du Plénum demandent expressément de « limiter le rôle direct de l’État dans l’allocation des ressources » et de déplacer les tâches de l’État vers des domaines qui ne peuvent pas être régulés par le marché.

« Nous devons faire avancer en largeur et en profondeur, avec vigueur et sûreté, la réforme du marché, réduire substantiellement l’allocation des ressources par le gouvernement, promouvoir la nécessité que ces octrois s’appuient sur les principes du marché, sur les prix du marché afin d’en arriver à maximiser la productivité et à optimiser l’efficience. Les devoirs et fonctions des gouvernements consistent surtout à maintenir la stabilité macro-économique, à renforcer et optimiser les services publics, à garantir une concurrence loyale, à renforcer la supervision et le management par le marché, à sauvegarder l’ordre du marché, à promouvoir un développement durable2.» 

Lors de la conférence de presse internationale qui avait suivi le Troisième Plénum, le Premier ministre Li Keqiang avait déclaré que son équipe allait remplacer les autorisations de l’État par « la main invisible du marché ». Une opération très douloureuse, admettait Li Keqiang, puisqu’il s’agissait d’une sorte d’« auto-révolution ».

Le Troisième Plénum prévoyait des réformes économiques radicales, dont certaines très importantes dans le secteur financier parce que les interventions de l’État se font pour une bonne part dans ce secteur-là. C’est un vieux grief du secteur privé, des multinationales étrangères et de l’OMC qui prétendent que la politique de crédit des grandes banques d’État mène à la discrimination envers le secteur privé et à la falsification de la concurrence, les entreprises d’État bénéficiant d’un traitement de faveur de la part des banques tout en profitant des grands travaux d’infrastructure exécutés par l’État. Ce fut en particulier le cas lors de l’importantesérie d’investissements qui suivit la crise mondiale de 2008 et qui fut financée pour une grande part à crédit. D’où le fait qu’il y eut alors une discussion au cours de laquelle les « réformateurs » reprochèrent au gouvernement d’avoir inversé le cours orienté vers le marché en soutenant hors de proportion les entreprises d’État. Le phénomène reçut même un nom, le guojinmintui, ce qui signifie littéralement un secteur public expansif et un secteur privé régressif3. Aujourd’hui, il apparaît clairement que ce ne fut qu’un phénomène passager, nullement en rupture avec l’orientation fondamentale suivie par la Chine, à savoir une tendance au renforcement du fonctionnement du marché et à la diminution des interventions de l’État dans l’économie.

Le Parti veut assouplir ces interventions afin de laisser les coudées franches au marché en ce qui concerne la diffusion du capital et du crédit, et cela afin de créer un « terrain de jeu égalitaire » pour la concurrence entre les entreprises d’État et les entreprises privées. Les décisions du Troisième Plénum furent traduites en mesures concrètes qui furent appliquées étape par étape. Quatre d’entre elles sont importantes pour situer dans leur contexte les récents événements qui ont entouré le krach boursier.

Du fait du renforcement et du développement du marché des capitaux (Bourse et marché des obligations), les autorités chinoises veulent réduire la dépendance des entreprises à l’égard du crédit bancaire et mobiliser l’argent de l’épargne pour les investissements. Depuis 1990, deux Bourses officielles sont opérationnelles, celle de Shanghai et celle de Shenzhen. En 2013, elles avaient grimpé en ampleur aux deux plus hautes places mondiales après celles des États-Unis. Pourtant, l’émission d’actions ne représentait que 1,3 % du financement supplémentaire des entreprises en 2013. Et au total les actions et obligations d’entreprises ne représentaient que 2,6 % du capital des entreprises non financières. Les réformes veulent surtout faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises privées au marché des capitaux, parce que, jusqu’à présent, ce sont surtout les grandes entreprises d’État qui ont la priorité dans la politique de répartition. Aux bourses de Shanghai et de Shenzhen, les entreprises d’État prennent à leur compte 70 % de la capitalisation du marché, ce qui est disproportionné par rapport à leur contribution globale à l’économie.

Selon la même logique, les autorités chinoises veulent également laisser une latitude aux banques intégralement privées. La rupture du monopole d’État dans le secteur bancaire faciliterait automatiquement l’accès des entreprises privées au crédit. En mars 2014, le lancement expérimental des cinq premières banques privées qui devront travailler sans garantie de l’État a été autorisé.

De même, la libéralisation des maxima d’intérêts qui sont actuellement imposés par la Banque centrale pour les dépôts auprès des banques doit finalement transférer davantage de crédit vers le secteur privé et rompre la position privilégiée des entreprises d’État. Si l’épargne est mieux récompensée par un intérêt plus élevé, l’intérêt que les banques facturent pour leur crédit sera également plus élevé. Ce crédit plus cher ira plus facilement vers les entreprises privées très rentables qui, jusqu’à présent, doivent s’adresser à des banques fantômes.

Enfin, les autorités chinoises veulent évoluer vers un cours de change orienté par le marché et vers une monnaie qui soit convertible librement. Jusqu’à présent, le cours de change du RMB est associé au dollar au sein d’une marge très étroite et il est tenu sous contrôle sévère de la Banque centrale. Il n’y a qu’un espace limité pour changer la monnaie d’investissement en RMB et inversement. Cela protège la monnaie contre la spéculation étrangère, mais cela limite également le rôle du RMB en tant que monnaie internationale de réserve. L’ambition du gouvernement chinois est de se défaire de cette règle afin de pouvoir participer pleinement au marché international des capitaux et afin d’en tirer le meilleur parti possible.

Toutes ces orientations sans exception visent à faire jouer au marché « un rôle décisif dans l’allocation des facteurs de production ». Dans la pratique, cela revient chaque fois à compter de façon croissante sur le secteur privé pour rendre l’économie plus compétitive et plus dynamique. Les décisions du Troisième Plénum donnent le canevas des réformes pour la période de la présidence de Xi Jinping.

Dans d’autres domaines aussi, comme la sécurité intérieure et la défense, ces mesures sont très radicales. N’empêche que les médias et observateurs de droite ne se gênent pas pour exprimer leur déception. À leurs yeux, rien ne changera fondamentalement tant que le Parti communiste détiendra le pouvoir. C’est leur travail : ils ne seront jamais satisfaits tant que la Chine ne marchera pas complètement au pas du capitalisme et que le Parti communiste empruntera la voie suivie par Gorbatchev en Union soviétique. On peut gravement se méprendre avec ce genre de commentaires. Toutefois, c’est vraiment un important glissement de terrain qui est en cours.

De l’immobilier à la Bourse

C’est dans ce contexte qu’il convient d’examiner le krach boursier de juin et août 2015. Cet « accident de parcours », qui a été mineur et n’aura pas vraiment de contrecoup important sur les grandes réorientations qui se produisent en Chine, et qui ne la fera certainement pas changer de direction, sonne malgré tout comme un nouvel avertissement contre les aléas et les dangers qu’entraîne une économie réglée par le marché.

Comme on l’a montré ci-dessus, les mesures incitatives de 2008 et 2009 ont eu pour effet de relancer la fièvre de l’immobilier alors que ce marché surchauffé avait au contraire besoin d’un sérieux refroidissement. Dès la mi-2009 et en 2010, diverses mesures furent prises pour imposer de nouveau des limitations à la croissance du crédit aux ménages et à l’augmentation de la dette publique. En même temps, le pouvoir essayait de drainer les économies des ménages dans une autre direction que celle du marché de l’immobilier, à savoir vers la Bourse, en concordance avec ce qui allait être décidé lors du Troisième Plénum de 2013.

Tandis que le marché de l’immobilier se calme en 2014, les médias de l’État font des efforts pour vanter les opportunités offertes par la Bourse, avec surtout l’intention de créer un marché des capitaux en expansion au profit des dix secteurs stratégiques que le pouvoir compte mettre sur pied sans devoir encore faire appel aux prêts bancaires.

L’appel est loin d’être tombé dans l’oreille d’un sourd. Les investisseurs individuels, les sociétés boursières, les courtiers et les fonds d’investissement découvrent la possibilité de s’enrichir rapidement. Les fonds de placement privés (appelés communément chez nous les « fonds vautours ») collectent et gèrent l’argent des nouveaux riches et d’une classe moyenne en plein essor et le transfèrent vers la Bourse. Non seulement 90 millions de Chinois (7 % de la population) investissent leur argent, mais nombreux sont également ceux qui empruntent auprès des fonds ou des banques fantômes afin d’accroître leur ardeur spéculative. En novembre 2014, les Bourses de Shanghai et de Hong Kong fusionnent, ce qui signifie que les investissements croisés en actions deviennent possibles. C’est une nouvelle étape spectaculaire dans le fonctionnement du marché des capitaux, mais en même temps un puissant encouragement à la spéculation. Dans les six mois qui précèdent le pic boursier de juin 2015, les montants empruntés auprès des banques fantômes doublent, pour atteindre 365 milliards de dollars. Alors que les indices boursiers n’ont grimpé que de 20 % entre 1993 et 2013, l’indice de Shanghai augmente de 250 % entre 2013 et la mi-2015. Le montant emprunté par les investisseurs s’élève à près de 20 % de la valeur en Bourse.

La capitalisation du marché dans les Bourses chinoises a été multipliée par dix en quelques années, parce que le cours des actions est coté à des niveaux dépassant de plusieurs fois la valeur réelle des entreprises. L’espérance d’un important profit pousse de nouveaux et jeunes investisseurs vers la Bourse et fait grimper davantage encore le rapport entre le cours d’une action et le bénéfice réel qu’une entreprise peut réaliser par action. Ainsi, pour toute une série d’entreprises à succès (généralement des PME spécialisées dans la technologie), ce rapport entre cours et profit a dépassé 50 contre 1, ce qui signifie que, virtuellement, il faut attendre 50 ans avant de pouvoir récupérer le prix d’achat de l’action.

Mais avant d’en arriver là, on a forcément un krach boursier ; cela s’est produit une première fois en juin 2015 et une seconde fois en août 2015.

Dès les premiers jours du krach, les autorités chinoises mettent tout en œuvre pour éviter la chute. Au début, cela se passe très mal. La première mesure consiste en l’interdiction de pratiquer le short selling, la vente d’actions que l’on ne possède pas, dans l’intention de les racheter plus tard meilleur marché. Ici, on montre clairement du doigt les investisseurs étrangers qui ont eu, dans certaines limites, la permission d’investir dans des actions chinoises. Mais la panique a frappé et les indices continuent à baisser. La Banque centrale réduit le taux d’intérêt et diminue les réserves de capitaux que les banques doivent garder pour stimuler l’octroi de crédit. L’État encourage les sociétés boursières, les assureurs et les fonds de pension à investir dans des actions et accroît également leurs limites maximales pour faire appel à leurs réserves.

De juin à fin septembre 2015, la bourse de Shanghai a perdu 40 % de sa valeur, un investisseur chinois moyen a perdu de son côté environ 60 000 euros. Malgré tout, l’indice boursier est toujours 50 % plus haut que l’an dernier, mais une poursuite de la baisse vers un « cours normal » n’est pas exclue.

Quelques considérations après-coup

La principale question est de savoir quelle leçon le Parti communiste et le gouvernement chinois tirent aujourd’hui du premier krach boursier auquel ils ont été confrontés et qu’ils ont eu toutes les peines du monde à garder sous contrôle. Les Bourses de Shanghai et Shenzhen ont été fondées officiellement en 1990, après la répression de la révolte de Tien Anmen qui réclamait une libéralisation plus rapide et une démocratie à l’occidentale. En 1992-1993, on est passé officiellement d’une économie planifiée à une économie de marché et, depuis lors, on a créé tous les instruments, mécanismes et cadres légaux dont une économie de marché peut avoir besoin. Les marchés de capitaux, les sociétés boursières, les courtiers en Bourse, les fonds d’investissement et les fonds leviers en font aussi partie. En 2001, quand la réforme a été suffisamment convaincante et transparente pour bénéficier de la bénédiction de l’Occident, la Chine a pu entrer dans le cénacle des économies de marché, c’est-à-dire à l’OMC. Ceci a été le signal de départ d’une période de croissance infernale, tirée par les exportations et par d’importants investissements à l’intérieur du pays. Vingt bonnes années après, le marché montre que sa main invisible peut être cause de malheur et n’est pas fiable. Posez donc la question aux 100 millions de Chinois qui, d’un seul coup, ont perdu une partie de leurs économies ou se sont trouvés plongés dans les dettes sans perspective d’en sortir. On peut bien parler aujourd’hui de socialisme à « caractéristiques chinoises ». Il n’en reste pas moins qu’il n’est guère habituel ni rassurant pour un État, et ceci pour la première fois dans l’histoire du socialisme, d’avoir à digérer un krach boursier. En soi, cela devrait déjà être une raison pour réfléchir à la direction que l’on a empruntée.

Des mesures seront certainement prises pour mieux protéger les citoyens insouciants contre de tels déboires. Après l’intervention contre les institutions qui spéculent sur la chute des actions et l’interdiction du short selling, d’autres mesures seront prises, comme de brider les prêts contractés auprès des banques fantômes et que l’on destine à la spéculation. Les autorités chinoises ont appris la leçon à leurs propres dépens. La Bourse chinoise est très jeune, pas encore « adulte » et d’autant plus volatile qu’elle a pris une ampleur tempétueuse en raison de l’apparition d’une multitude d’investisseurs individuels. On peut naturellement attendre d’une Bourse « adulte » qu’elle soit plus prévoyante et surtout plus fiable en tant que source de financement des entreprises, même si l’expérience des pays capitalistes montre à suffisance que des Bourses plus importantes accumulent, elles aussi, des risques plus gros.

Il est manifeste que l’État chinois ne déviera pas d’un pouce de l’orientation qui a été établie dans le 12e plan quinquennal en vue d’inverser la stratégie de croissance, dirigée désormais non plus par les exportations, mais par la consommation intérieure. Lors du krach, bien des commentateurs occidentaux ont prétendu qu’en raison de la coïncidence d’un ralentissement de croissance et d’un krach boursier, la Chine avait décidé de mener une nouvelle offensive sur ses exportations. Ce qui avait donné lieu à ces commentaires, c’était la dévaluation inattendue de la monnaie chinoise de 3 à 4 %. Bien des observateurs avaient vu là une « dévaluation compétitive », ou une tentative de l’État de rendre les exportations meilleur marché. On a même annoncé le début d’une guerre monétaire. Pas question, a déclaré le secrétaire général Xi Jinping : « Nous sommes opposés à une dévaluation compétitive ou à une guerre monétaire. Nous ne voulons pas réduire le taux de change du renminbi pour encourager les exportations. » La modeste dévaluation de la monnaie chinoise a eu lieu après une réévaluation de 15 % au cours de l’année précédente. Le 11 août, Beijing modifiait la façon dont le cours de change était défini afin de le rendre plus conforme au marché : la dévaluation n’avait donc rien à voir avec le krach boursier, mais bien avec la volonté exprimée par l’État de permettre à la monnaie d’osciller plus librement. Volonté qui fait explicitement partie des importants ajustements financiers et monétaires décidés par le Troisième Plénum, comme l’a également expliqué le Premier ministre Li Keqiang dans une interview accordée au Financial Times : « Ce dont nous avons besoin, c’est de booster notre économie domestique. Sinon, il nous sera difficile d’ajuster notre structure économique. Nous ne pensons pas que des sociétés en Chine compteraient principalement sur une monnaie chinoise dévaluée pour encourager les exportations. En lieu et place, elles devraient se concentrer sur l’amélioration de leur compétitivité en augmentant la qualité des produits et en créant des innovations technologiques4. » En d’autres termes, la dévaluation est un léger « ajustement de marché » qui fait partie d’une réforme plus structurelle, dans le cadre de la « nouvelle normalité ». Lors du forum économique mondial de Davos, le Premier ministre Li Keqiang avait déclaré : « L’économie chinoise est entrée dans une situation de “nouvelle normalité”. Le tempo de la croissance est passé d’une vitesse élevée à une vitesse moyenne à élevée et le développement a besoin de passer d’un niveau bas à moyen à un niveau moyen à élevé. Cela a nécessité pour nous que nous insistions d’aller de l’avant avec nos réformes structurelles5. »

Avec la dévaluation, les autorités chinoises voulaient mettre en lumière leur volonté d’aller vers une monnaie convertible, comme cela avait été décidé lors du Troisième Plénum. Ce qui peut être compris comme un signal envoyé au FMI montrant que la monnaie chinoise est « mûre » pour être adoptée dans une corbeille de monnaies de réserve. Cette décision doit être prise bientôt.

D’autres commentateurs occidentaux ont vu un mauvais présage dans l’intervention massive des autorités chinoises lors du krach, comme un retour à davantage d’intervention de l’État. Dans le modèle néolibéral de pensée, c’est naturellement une malédiction si un État met tout en œuvre pour torpiller « le rétablissement naturel d’un cours équilibré ». Le monde médiatique occidental bien-pensant va continuer à insister sur le fait que la Chine ne mérite pas encore vraiment le statut d’« économie de marché » parce qu’il y a encore une discrimination envers les entreprises privées et parce que les entreprises d’État sont encore trop étroitement liées au Parti communiste. Nous pensons le contraire. Après le krach boursier aussi, suffisamment de signes montrent que la trajectoire chinoise vers une économie de marché entraîne des phénomènes que, jusqu’à présent, nous considérions comme typiquement capitalistes : à savoir surproduction dans les grands secteurs de base, croissance de la bulle immobilière, crise de la dette dans les administrations locales, apparition des banques fantômes, fonds de couverture et fonds d’actions privés, transfert d’argent vers des paradis fiscaux, fossé entre une petite couche de super-riches et les larges masses. En d’autres termes, une diminution fondamentale des interventions de l’État et une croissance effrénée du capital privé. Dans la terminologie chinoise, cela s’appelle une « politique de réforme et d’ouverture ». Lors du Troisième Plénum de 2013, il a été confirmé que la Chine allait poursuivre sans discontinuer ses réformes structurelles afin de faire jouer un plus grand rôle au marché, ce qui a été résumé dans « l’intention de faire en sorte que le marché joue un rôle décisif dans l’allocation des ressources ». Selon Zeng Xinli6, l’un des architectes de la politique des réformes, le noyau de la réforme et du succès réside dans l’application de la loi de la valeur en tant que main invisible qui régule l’économie de marché7. Cela signifie pratiquement que les prix sont déterminés par la concurrence sur le marché et qu’on laisse le capital chercher sa voie vers l’exploitation la plus rentable. Il est déjà accepté théoriquement aujourd’hui que l’économie de marché est un système supérieur et que c’est la meilleure façon d’opérer une régulation macro-économique, avec quelques ajustements par l’État. Pour le secrétaire général Xi Jinping, cette conclusion est fondée sur une nouvelle compréhension théorique du rôle du marché : « La Chine doit suivre la loi de base de l’économie de marché et aborder les problèmes d’un système sous-développé de marché, d’une intervention excessive de l’État et d’une supervision faible du marché8. » Xi Jinping considérait la définition du rôle du marché comme une réalisation théorique majeure de la décision. « Une relation saine entre le marché et le gouvernement reste l’élément central de la réforme économique en Chine. Construire une telle relation, c’est décider si c’est le marché ou le gouvernement qui joue un rôle décisif », déclarait-il, ajoutant que « le marché a prouvé qu’il était le plus efficient ».

Cela consiste également en ce que l’État va se concentrer sur d’autres tâches et missions, comme cela a aussi été exprimé clairement dans les décisions du Troisième Plénum9:

Les plans quinquennaux évoluent eux aussi vers une supervision toujours plus indicative et indirecte. Le krach boursier a montré que l’État disposait encore d’un très grand nombre d’instruments pour corriger la trajectoire et que son rôle principal consistera sans aucun doute à soutenir les dix secteurs qui ont été proclamés secteurs stratégiques.

Il ne fait aucun doute non plus que l’actuelle trajectoire orientée vers le marché sera poursuivie. C’est également la conclusion que Zeng Xinli tirait de la crise boursière devant le think tank américain Council of Foreign Relations : « Il est très clair que les défis qui surgissent aujourd’hui résultent des déficiences de la politique structurelle. Une réforme plus poussée et une politique correcte de rééquilibrage peuvent certainement fournir le potentiel de la solide croissance économique en cours10. »

Jo Cottenier (cottenier.jo a gmail.com) est membre du service d’étude du Parti du Travail de Belgique. Il est auteur de La Société Générale 1822-1992, EPO, 1989 et de Le temps travaille pour nous : militant syndical dans les années 90, EPO, 1991.

Sources

Barry Naughton, Growing out of the Plan : Chinese Economic Reform 1978-1993, Cambridge University Press, 1995.

CCP Central Committee, « Resolution concerning Some Major Issues in Comprehensively Deepening Reform », 3rd Plenum of the 18th Central Committee of the Chinese Communist Party, 12 novembre 2013.

Cheng Siwei & Barry Naughton, « Chinese Economic Policy Objectives for the Next Five Years », Brookings Institution, Washington DC, 1er novembre 2011.

Nicholas Lardy, Sustaining China’s Economic Growth After the Global Financial Crisis, Peterson Institute for International Economics, Washington DC, 2012.

Nicholas Lardy, Markets over Mao : The Rise of Private Business in China, Peterson Institute for International Economics, Washington DC, 2014.

Nicholas Borst and Nicholas Lardy, « Maintaining Financial Stability in the People’s Republic of China during Financial Liberalization », working paper 15-4, mars 2015, Peterson Institute for International Economics, Washington DC.

U.S.-China Economic and Security Review Commission, « China ahead of the 13th Five-year plan : Competitiveness and Market Reform », Hearing before the US-China Commission, 22 avril 2015.

Yan Sun (1995), The Chinese Reassessment of Socialism 1978-1992, Princeton University Press, Princeton New Jersey.

Annexe 1

La libéralisation croissante de l’économie

Le Troisième Plénum du 11e Comité central en 1978 : le début d’une lente libéralisation croissante de l’économie.

Ce processus a abouti à ce que soit créé un libre marché dans lequel les entreprises publiques sont entrées en concurrence avec les entreprises privées qui venaient de naître. Il en est résulté que le marché en développement, avec sa libre formation des prix du fait de la « main invisible », a fait s’amenuiser pas à pas le domaine de l’économie planifiée.

Le Troisième Plénum du 14e Comité central en 1993 : l’économie planifiée a été remplacée par une économie de marché. Le marché est devenu la « base » pour la régulation de l’économie. Les entreprises non rentables vont dorénavant devoir fermer leurs portes et l’État se concentrer sur 500 à 1 000 parmi les plus grosses entreprises des secteurs principaux. En même temps, les entreprises privées reçoivent quartier libre. Ou du moins presque, car bien des barrières sont restées intactes, comme le monopole de l’État dans le secteur financier, dans le secteur de l’énergie, dans les télécommunications et dans la conquête spatiale. Pour pouvoir accéder à l’OMC en 2001, la Chine devait prouver qu’un véritable marché libre y fonctionnait, mais malgré tout les doléances continuaient à pleuvoir en raison du soutien indirect de l’État aux grandes entreprises d’État. Il était en effet bien plus facile pour ces entreprises-là de recevoir des crédits des banques d’État que pour les entreprises privées. C’est pourquoi les entreprises privées s’adressaient de plus en plus aux banques fantômes qui s’étaient mises à proliférer. Les entreprises d’État avaient également le monopole pour conclure des joint-ventures avec des entreprises étrangères alors que les entreprises privées devaient rattraper leur retard technologique en ne comptant que sur elles-mêmes. Depuis des mois déjà, on pouvait remarquer dans les publications chinoises que les entreprises privées allaient se voir conférer une place plus importante.

Le Troisième Plénum du 18e Comité central en 2013 : le marché reçoit un rôle décisif en lieu et place d’un rôle fondamental.

Annexe 2

Zheng Xinli sur le cœur de la restructuration économique11

I. En installant une économie de marché et en faisant agir la loi de la valeur comme une main invisible dans la régulation de l’économie, nous avons stimulé de façon significative la vitalité de l’économie et mis sur pied une importante source d’impulsion économique qui fera grandement progresser notre développement économique.

II. Accroissement des rôles fondamentaux du marché dans l’allocation des ressources.

1. Approfondir la réforme du système financier : nous devrions conférer un rôle prioritaire au développement des institutions financières privées.

2. Réformer le système de management urbain et rural afin de libérer le potentiel de notre main-d’œuvre. Accélérer la cadence de la réforme de l’agriculture pour transférer les travailleurs agricoles vers les secteurs non agricoles (200 millions de travailleurs) est la clé qui permettra de faire définitivement de la Chine un pays à haut revenu.

3. Réformer le système de management de la science et de la technologie. Les entreprises privées représentent 67 % des demandes de brevets du pays. La politique d’État doit encourager l’innovation dans les entreprises d’État et les universités.

III. Réforme plus profonde du système administratif.

1. Réaliser des améliorations dans notre système macro-économique de régulation. Améliorer le cadre des plans, afin de faire en sorte que les plans que nous établissons soient en mesure de servir de base à notre régulation macro-économique. La réforme du système fiscal et de taxation devrait être accélérée.

2. Réduire l’intervention du gouvernement dans le management et dans le fonctionnement des entreprises. Abandonner au marché et aux entreprises les questions qui peuvent être régulées par le marché et décidées par les entreprises.

3. Réguler les pratiques du marché et créer un environnement dans lequel tous les types d’entreprises peuvent se concurrencer loyalement. Leur assurer une égalité de traitement en matière de taxation, de financement, d’usage des terres, d’accès au marché.

IV Principes

1. Développer les forces productives est un principe moteur.

2. Le gouvernement ne peut pas aller trop loin. Plus nous aurons d’entreprises dynamiques, plus nous serons en mesure de créer de la richesse. Les organisations sociales doivent être développées afin d’exercer un rôle que le gouvernement ne peut exercer dans le rating, l’arbitrage, le maintien de l’ordre dans le marché.


1 Voir annexe 1.

2 Parti communiste chinois, « Résolution du Comité central concernant certaines questions majeures dans une réforme profonde complète », Troisième Plénum du 18e Comité central du Parti communiste chinois, 12 novembre 2013.

3 Ce débat a fait l’objet d’un article dans Études marxistes no 100 : « Le guojinmintui : nouvel épisode du débat en Chine sur l’opposition entre propriété privée et d’État », de Fusheng Xie, An Li et Zhongjin Li.

4 Transcript of Premier Li Keqiang Interview with Financial Times, 31 mars 2015, english.qstheory.cn/2015-04/16/c_1114994529.htm, consulté le 17 avril 2015.

5 Premier Li Keqiang, « Uphold Peace and Stability, Advance Structural Reform and Generate New Momentum for Development », special address at the World Economic Forum annual meeting 2015, Davos, 21 janvier 2015.

6 Zeng Xinli est vice-directeur de la commission économique de la Conférence politique consultative du peuple chinois, un puissant organisme de conseil qui représente toutes les couches de la population.

7 Voir annexe 2. Le cœur de la restructuration économique.

8 President Xi Jinping, « Key reform decision settles market-government relationship », address to the 18th Congress of the Chinese Communist Party, 2013, news.xinhuanet.com/english/china/2013-11/16/c_132892309.htm, consulté le 20 novembre 2013.

9 Voir chapitre Le Troisième Plénum et les réformes structurelles.

10 Zeng Xinli dans « China’s Economic Readjustment : The Emerging Role of China’s Economy », Council of Foreign Relations, 23 juillet 2015, www.cfr.org/china/chinas-economic-readjustment/p36802.

11 Zheng Xinli, « The Relationship between the Government and the Market – the Core of Economic Restructuring », Qiushi Journal, 28 mai 2013.