Le nouveau gouvernement belge : dérives sécuritaires et aventures militaires

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Études marxistes no. 109
Auteur: 
La rédaction d'Études marxistes

Les attentats de Paris permettent au gouvernement Michel-De Wever d'accélérer la mise en pratique de son programme en matière de justice, de sécurité et d'atteintes aux droits démocratiques.

Au lendemain des attentats, le gouvernement belge s'est empressé de voter douze mesures de sécurité. Parmi celles-ci, la création d'un conseil national de sécurité selon le modèle américain, le déploiement de l'armée dans les rues, la possibilité de retirer la nationalité, l'élargissement des écoutes téléphoniques et de la surveillance électronique et le renforcement de la législation antiterroriste. En fait, toutes ces mesures se trouvaient déjà dans l'accord de gouvernement d'octobre 2014. Avec des soldats dans la rue, le gouvernement n'hésite pas à renforcer le sentiment de peur dans la population, pour mieux faire avaler la pilule.

Plusieurs de ces mesures sont en contradiction avec les libertés civiles : la Ligue des droits de l'homme et quelques-uns au sein même du gouvernement s'opposent à leur mise en pratique. La N-VA et les libéraux profitent de circonstances exceptionnelles pour prendre des mesures liberticides qui resteront en vigueur, même quand les menaces auront disparu. Le nouveau ministre de l'Intérieur, Jan Jambon (N-VA), se voit en même temps attribuer un pouvoir sans précédent.

On l'a dit plus haut, tout cela était prévu avant les attentats de Paris. Il était déjà évident que ce gouvernement devrait faire face à une réaction virulente à sa politique antisociale, antidémocratique et empreinte de xénophobie. C'est pour cela qu'à côté des mesures contre ce qu'il qualifie de radicalisation, il prépare aussi un arsenal de lois antisyndicales. Alors que tout le monde parle ces temps-ci de liberté d'expression et de la défense des libertés démocratiques, le parti libéral, le MR, annonce le dépôt en février d'une proposition de loi pour limiter le droit de grève et en particulier les piquets. Il annonce également l'introduction d'une proposition sur la personnalité juridique des syndicats, ce qui permettrait de les citer devant les tribunaux. Ajoutons à cela la volonté d'imposer ce qu'on appelle un service minimum à la SNCB et dans les aéroports et il en ressort un programme thatchérien de guerre ouverte contre les organisations syndicales.

Un gouvernement au service du grand patronat et même de sa fraction la plus radicale, donc. Cela transparaît aussi dans chaque ligne du volet justice de cet accord gouvernemental. Tout en restant dans la ligne des gouvernements précédents, il va encore renforcer le caractère de classe de notre justice. La tendance antidémocratique présente dans les politiques des gouvernements précédents se confirme : les transactions pénales dans les dossiers de grande fraude financière, l'intrusion des tribunaux dans les conflits sociaux sous forme d'astreintes, le contrôle accru sur les magistrats, la privatisation de la justice, son accès rendu plus difficile et plus coûteux par la « réforme » du pro deo, la TVA sur les services d'avocats, un langage et un rituel judiciaires qui restent incompréhensibles au commun des mortels.

Le mouvement pour les enfants disparus dans les années 90 avait mis à l'ordre du jour la transformation de la justice. Il réclamait une justice plus accessible, plus proche, plus participative et plus réparatrice. Mais on s'éloigne tous les jours un peu plus de cette volonté de démocratisation. Ce gouvernement suit le chemin inverse.

Il affirme vouloir, par ces mesures, combattre le fascisme djihadiste. Mais il ne pose même pas la question de savoir ce qui alimente ce djihad. Ce terrorisme a été utilisé et nourri depuis les années 80 par nos gouvernements occidentaux, gouvernement américain en tête, contre les régimes nationalistes dans le monde musulman. Les milices des talibans ont été armées et formées dans des camps d'entraînement mis sur pied par les États-Unis. L'occupation de l'Irak a provoqué une vague de violence sectaire. Dans la lutte contre le régime de Kadhafi en Libye, d'Assad en Syrie, les mêmes n'ont pas hésité à armer les pires djihadistes, équipés et entraînés par leur grand allié dans la région, l'Arabie saoudite. Et cela incite-t-il le gouvernement belge à changer son fusil d'épaule, si l'on peut dire, en matière de politique étrangère ? Absolument pas. Dans le cadre de l'Otan et du Traité transatlantique, sorte d'Otan économique, il se prépare à participer à de nouvelles interventions dans le monde entier.