Les coopératives : une alternative au capitalisme ?

Table des matières: 
Études marxistes no. 110
Auteur: 
Bogdan Van Doninck

Depuis la révolution industrielle, on cherche des réponses aux excès du capitalisme. L’une de ces réponses est la coopérative. Lors de chaque crise, elle suscite un regain d’intérêt et nous voyons surgir de nouvelles initiatives.

L’idée de venir à bout des problèmes de la société par la fondation d’une société de pairs n’est pas neuve. Les dissidents religieux ont essayé de se soustraire à cette société « pécheresse » et de fonder une nouvelle communauté. Aux 18e et 19e siècles, cela se faisait souvent en s’exilant à l’étranger, de préférence en Amérique du Nord, pour y fonder l’une ou l’autre forme de « colonie ». Engels a décrit les « colonies communistes » des Shakers et de deux groupes de croyants luthériens allemands dissidents qui s’étaient établis aux États-Unis36.

Les coopératives peuvent revêtir une dimension idéologique forte du fait des principes coopératifs qu’elles soutiennent, comme l’idée de « un homme, une voix » sur le lieu de travail, ou l’attention à la collectivité. Bref, l’espoir d’en arriver à un monde meilleur grâce au travail coopératif peut être une motivation puissante pour y participer. Cette dimension d’une utopie sociale37 est laissée de côté dans le texte qui suit, non pas parce qu’elle ne serait pas importante — elle l’est bel et bien —, mais parce que nous avons choisi dans cette contribution d’approfondir exclusivement la question de savoir ce que signifient les coopératives dans l’économie politique du capitalisme d’aujourd’hui. La question de savoir si « la coopérative contribue au renforcement et à la diffusion d’une vision socialiste » est tout aussi digne d’être étudiée, mais nous ne la traiterons pas ici non plus.

  1. Les sept règles de la coopérative

Selon l’International Co-operative Alliance (ICA), une coopérative est une « association autonome de personnes qui se réunissent volontairement pour aller à la rencontre de leurs besoins ou aspirations économiques, sociales ou culturelles communes par le biais d’une entreprise qui est un bien commun et qui est soumise à un contrôle démocratique38 ».

Sur base des règlements de la Rochdale Society of Equitable Pioneers, qui avait été fondée en 1844 et qui a subsisté assez longtemps pour servir de source d’inspiration à d’autres coopératives, l’ICA a établi les sept principes suivants :

  1. Affiliation volontaire et ouverte
  2. Contrôle démocratique par les membres
  3. Participation économique par les membres
  4. Autonomie et indépendance
  5. Éducation, formation et information
  6. Collaboration entre coopératives
  7. Attention à la communauté

Chez beaucoup de partisans de la coopérative vit l’idée que la généralisation de ces règles rendrait la société elle-même « coopérative », avec une propriété communautaire de l’économie, le contrôle démocratique, le souci de la communauté, etc.

Les grands types de coopératives

On peut répartir les coopératives de diverses façons, mais la grande majorité est à ranger dans l’un des quatre groupes suivants : coopératives de production, coopératives d’achat ou de vente, institutions financières coopératives et enfin coopératives sociales.

Dans les coopératives de production, les propriétaires sont en même temps les travailleurs. Il peut s’agir d’entreprises qui ont été mises sur pied à partir de rien par des travailleurs qui ont réuni le capital nécessaire par leurs propres moyens, ou d’entreprises existantes en faillite et reprises par les travailleurs ou cédées par les propriétaires aux travailleurs. Le célèbre groupe Mondragon du Pays basque espagnol a fondé plusieurs coopératives de production. Mais la vague la plus récente d’entreprises reprises par les travailleurs a eu lieu en Argentine où, suite à la crise du début du 21e siècle, un grand nombre d’entreprises ont fait faillite et où le maintien d’une partie d’entre elles a été assuré par les travailleurs qui les ont transformées en coopératives. Il y en a actuellement 161 et elles comptent en tout 7 135 travailleurs39.

Le groupe Mondragon

Corporación Mondragon est un groupe de coopératives né à Mondragón (Arrasate, Pays basque espagnol), où il a son siège principal. En 1956, le prêtre José María Arizmendiarrieta (surnommé Arizmendi) aidait cinq anciens élèves de l’école technique qu’il avait créée à fonder une coopérative de production d’ustensiles de ménage, nommée Ulgor d’après les initiales des cinq élèves.

En 1959, la banque coopérative Caja Laboral était fondée. L’État espagnol excluait les coopérateurs de la sécurité sociale régulière des travailleurs, au prétexte que les coopérateurs étaient propriétaires de leur entreprise. En 1959, Arizmendi fondait alors Lagun Aro, une caisse de sécurité sociale coopérative et, en 1961, Arrasate (machines-outils) qui, en compagnie d’Ulgor (devenue plus tard Fagor Electrodomésticos), allait devenir la force motrice de la création de nouvelles coopératives de production. En 1969, la coopérative de consommation Eroski était fondée sur base de la fusion de huit coopératives plus petites déjà existantes. En 1974 était fondé le centre de recherche industrielle Ikerlan et en 1997 Mondragon Unibertsitatea.

Les diverses entreprises se mettaient à collaborer plus étroitement (la solidarité entre coopératives est l’un des principes du groupe), ce qui débouchait sur la fondation, en 1984, du Grupo Cooperativo Mondragón (GCM), puis en 1991 de Mondragón Corporación Cooperativa (MCC), plus récemment Corporación Mondragon. Il s’agit d’un organe de coordination des coopératives qui restent toutefois indépendantes, mais qui élaborent en commun leur politique, leurs principes généraux et leurs règles de collaboration et d’assistance mutuelle. L’assemblée générale de Mondragon est constituée de 650 membres élus.

D’après le rapport annuel de 2013, le groupe, qui est la plus grande entreprise du Pays basque espagnol, est constitué de 103 coopératives, 122 filiales, 8 fondations, 10 services de coordination et 13 services internationaux. Son chiffre d’affaires est de 12,5 milliards d’euros et il compte 74 060 collaborateurs (membres et non membres) dans 41 pays.

Il a l’intention de s’étendre dans les pays du NAFTA (North American Free Trade Agreement, Accord libre-échangiste nord-américain ou ALENA) : le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Sources : le rapport annuel de Mondragon, www.mondragon-corporation.com/eng/about-us/economic-and-financial-indica... et Juan Francisco Juliá Igual (dir.), Economía Social : La actividad económica al servicio de las personas, Colección Mediterráneo Económico, no 6, Cajamar Caja Rural, www.publicacionescajamar.es/publicaciones-periodicas/mediterraneo-econom....

Les coopératives d’achat ou de vente ne sont pas la propriété de leurs travailleurs : elles ont été fondées grâce à une cotisation de leurs coopérateurs qui, de la sorte, ont pu mieux s’approvisionner ou mieux écouler leurs produits à leur clientèle. « Mieux » signifie en général, et c’est certainement le cas pour les premières coopératives de consommation du 19e siècle, meilleur marché, mais cela peut également vouloir dire de meilleure qualité, ou encore en des endroits qui ne seraient pas accessibles autrement. Les produits peuvent être meilleur marché du fait qu’ils sont proposés dans les magasins coopératifs à des prix inférieurs ou bien du fait qu’à la fin de l’année, les coopérateurs bénéficient d’une ristourne proportionnelle au montant de leurs achats. Les coopératives de consommation peuvent concerner toutes sortes de marchandises. Au 19e siècle, il s’agissait surtout de pain, de produits d’épicerie et de viande, mais actuellement, il existe tout aussi bien des grandes surfaces coopératives que des pharmacies coopératives. En Belgique, le mouvement socialiste et le mouvement catholique, avec respectivement Coop et Bien-Être, avaient leurs propres coopératives de produits de consommation. Coop et Bien-Être ont disparu mais, en Grande-Bretagne, Co-op (The Co-operative Group) compte toujours 3 750 magasins40. Dans l’agriculture, il existe un grand nombre de coopératives d’achat et de vente : des entreprises pour l’achat coopératif du matériel et des intrants agricoles (semences, engrais, pesticides…) ou pour la vente coopérative des produits agricoles. Dans la chaîne de vente, une transformation peut avoir lieu, comme dans les laiteries coopératives, qui non seulement achètent le lait chez les fermiers, mais le transforment aussi en divers produits laitiers. Dans l’approvisionnement en énergie, nous trouvons un certain nombre d’entreprises coopératives d’électricité, dont certaines s’occupent d’énergie verte. Ce qu’on appelle l’énergie alternative permet davantage une approche coopérative du fait que les installations (par exemple les éoliennes) sont de dimensions plus petites que les centrales électriques traditionnelles41. La distribution de la production par de grandes centrales peut naturellement se faire aussi sous forme coopérative.

Les coopératives financières trouvent leur origine dans les caisses coopératives d’épargne et de crédit. Certaines s’adressaient ou s’adressent à un groupe spécifique mais, actuellement, elles essaient généralement d’atteindre un large public. En Allemagne, Hermann Schulze-Delitsch, homme politique libéral qui prônait l’idée « aide-toi et le ciel t’aidera » auprès des habitants de sa ville, et l’homme politique chrétien Friedrich Wilhelm Raiffeisen, dont les initiatives s’adressaient surtout aux habitants des campagnes42, ont inspiré de nombreuses institutions financières coopératives. En Belgique, les racines de la CBC se situent entre autres dans la CERA, ou Centrale Raiffeisenkas. Outre les caisses d’épargne et de crédit, on trouve également des coopératives d’assurances (par exemple assurance maladie, assurance obsèques) et cela va même jusqu’à des activités de conseil en investissement !

Les coopératives que l’on affuble parfois de l’adjectif plutôt malheureux de « sociales », comme si les autres coopératives ne pouvaient être sociales, ont pour but de répondre à l’un ou l’autre besoin social qui diffère de celui des précédentes. Les plus connues sont les coopératives de logement, qui aident leurs membres clients à trouver un toit à de meilleures conditions que celles qu’ils pourraient obtenir à titre individuel. Il existe des crèches, des maisons de repos ou des hôpitaux en coopérative, mais également des initiatives culturelles comme l’université Mondragon ou encore des groupements de musiciens, etc.

Pour certaines coopératives sociales, la présentation de produits ou la fourniture de services constitue plutôt un moyen de rendre viables des initiatives orientées vers l’intégration sociale de groupes spécifiques de population. Aux États-Unis, il existe une coopérative de collecte, de contrôle et de distribution de lait maternel, « la seule banque laitière qui appartient à cent pour cent à ses donneuses de lait43 ». Il existe même des coopératives de détenus en Italie, en Suède, en Éthiopie, en Bolivie ou au Royaume-Uni qui ont pour but d’assurer quelque argent de poche aux détenus afin de les préparer à leur réinsertion après leur libération44.

Des coopératives peuvent s’unir en fédérations ou coordinations afin de collaborer de diverses façons ou de défendre leurs intérêts communs, par exemple pour en arriver à une législation qui leur soit favorable sur le plan de l’entrepreneuriat coopératif. En Belgique, on trouve toujours la FEBECOOP, qui regroupe les coopératives socialistes et on trouvait également la FNCC (Fédération nationale des coopératives chrétiennes), devenue par la suite ARCOFIN. La FEBECOOP est une fédération, mais la FNCC était également l’appareil financier du mouvement coopératif chrétien45. Sur le plan international, l’International Co-operative Alliance fut fondée en 1895 selon un modèle visant à favoriser l’entrepreneuriat coopératif. « L’Alliance apporte une voix et un forum internationaux à la connaissance, au savoir-faire et à la coordination d’actions concernant les coopératives et à leur profit46. »

Ces coordinations ou fédérations peuvent non seulement assumer un rôle technique (par exemple la commercialisation en commun des produits de diverses coopératives, une institution de crédit commune, un centre d’initiation aux techniques coopératives…), mais aussi un rôle politique. Dans bien des pays, il existe des lois spécifiques portant sur les coopératives, leur création, l’organisation de leur comptabilité, la façon dont s’opère le contrôle de l’État, les réglementations en matière fiscale, etc. En Belgique, la première loi portant sur les entreprises coopératives date de 1873. La législation portant sur les coopératives peut faire l’objet d’un combat politique autour de la forme que peuvent ou doivent revêtir ces coopératives et du fonctionnement qu’elles peuvent adopter. La législation allemande, la Gesetz betreffend die Erwerbs- und Wirtschaftsgenossenschaften (loi sur les coopératives) est entrée en vigueur le 1er octobre 1889. Dans cette loi, on remarque l’influence de l’économiste libéral Hermann Schulze-Delitzsch qui était parvenu à faire passer le principe de neutralité politique des coopératives sans approbation de l’État, malgré l’avis défavorable de Bismarck, à l’époque chancelier de l’Allemagne et grand partisan du contrôle de l’État. Ce faisant, Schulze-Delitzsch remportait une dernière victoire sur Ferdinand Lassalle, l’un des pères du socialisme allemand (décédé en 1869 déjà) et partisan des coopératives politiquement actives et de l’octroi d’un rôle important à l’État47.

Un concept contesté : Proudhon ou Marx ?

C’est à partir des « socialistes utopiques » que l’idée de l’une ou l’autre forme de coopérative est revenue systématiquement dans les discussions sur les alternatives à la société capitaliste. Charles Fourier (France) et Robert Owen (Grande-Bretagne) ont été parmi les premiers à prendre des initiatives concrètes. La question de la relation entre la coopérative et le socialisme a été formulée de la façon la plus pointue par Pierre-Joseph Proudhon et Karl Marx et, pendant plusieurs générations, leurs points de vue ont dominé les discussions au sein du mouvement socialiste international. Esquissons-les brièvement ici.

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) a été le premier à se dire « anarchiste » (bien qu’au cours de son existence, il ait encore adopté d’autres qualificatifs, comme « mutualiste » ou « fédéraliste », selon les points de vue politiques sur lesquels il entendait mettre l’accent). Il était hostile au système capitaliste et voulait le remplacer de façon pacifique par une société bâtie sur la liberté individuelle, la propriété individuelle et la collaboration avec le moins possible d’intervention de l’État. Cette société serait basée sur l’« association mutualiste ». Proudhon lui-même n’utilisait pas le terme « coopérative » parce que ce terme n’exclut pas a priori la notion de propriété collective, à laquelle il était hostile. Cette association mutualiste allait être la pierre de touche d’une société basée sur la collaboration des propriétaires individuels48.

Pour Marx, les coopératives fournissaient la preuve que le travail à grande échelle pouvait être organisé sans domination capitaliste, mais elles devaient avoir une place dans une stratégie de conquête du pouvoir politique. Dans son discours inaugural du congrès de Londres de la Première Internationale, il disait : « Pour affranchir les masses travailleuses, la coopération doit atteindre un développement national et, par conséquent, être soutenue et propagée par des moyens nationaux. Mais les seigneurs de la terre et les seigneurs du capital se serviront toujours de leurs privilèges politiques pour défendre et perpétuer leurs privilèges économiques. Bien loin de pousser à l’émancipation du travail, ils continueront à y opposer le plus d’obstacles possible. […] La conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière49. »

La pensée coopérative a également été reprise par des gens dénués d’aspirations politiques et par des mouvements de convictions les plus diverses50. En Belgique, il y a eu des coopératives tant socialistes que catholiques ou libérales. Leur but était non seulement d’améliorer les conditions de vie des coopérateurs, mais aussi de lier la population laborieuse à un parti ou à un courant idéologique et d’en élargir et consolider la base de masse. Une partie du profit des coopératives liées au parti ou au mouvement social servait souvent à financer la propagande politique ou syndicale. C’est ainsi qu’en 1880, à Gand, le Vooruit a été fondé par des boulangers qui s’étaient retirés de la coopérative De Vrije Bakkers (« boulangers libres », fondée en 1873) : ils voulaient utiliser une partie des bénéfices pour la propagande socialiste, alors que chez les Vrije Bakkers, les bénéfices étaient versés exclusivement aux coopérateurs. À Anvers, la coopérative libérale des boulangers contribuait elle aussi au financement de la maison du peuple libérale51. Le socialiste Jules Guesde déclarait en 1901 au congrès du Parti ouvrier français : « Je regarde la Belgique et j’y vois des coopératives socialistes dignes d’admiration, mais il y a également d’autres coopératives fortes, qui sont organisées par le parti clérical ou par le parti libéral. Et je me demande si cette forme de collaboration que l’on sert ainsi à toutes les sauces possibles, tantôt conservatrice, cléricale, bourgeoise, tantôt socialiste à nouveau et révolutionnaire, ne suffit pas pour prouver qu’en soi, la coopérative n’est pas socialiste52. »

Mais, au sein du mouvement socialiste aussi, il y avait des points de vue fortement divergents sur le rôle de la coopérative dans la voie vers le socialisme. Lors du congrès de la Deuxième Internationale à Copenhague, en 1910, une discussion a eu lieu sur la question de savoir si — et comment — les coopératives pouvaient s’inscrire dans une stratégie de prise du pouvoir par les partis socialistes. Lénine a résumé les contradictions comme suit : « Il est bien évident que deux lignes principales sont ici ébauchées : l’une est celle de la lutte de classe du prolétariat, elle reconnaît que ces coopératives sont un instrument précieux pour cette lutte, et aussi un moyen d’appoint, elle définit les conditions qui permettraient aux coopératives de jouer réellement ce rôle et de ne pas rester de simples entreprises commerciales. L’autre ligne, la ligne petite-bourgeoise, masque le rôle des coopératives dans la lutte de classe du prolétariat, étend leur raison d’être au-delà des limites de cette lutte (c’est-à-dire mélange les idées du prolétariat et celles du patronat sur les coopératives), définit leurs buts par des phrases générales qui peuvent être admises même par le réformateur bourgeois, cet idéologue des grands et petits patrons progressistes53. »

Pour tous les goûts ?

Au 20e siècle, la diversité des idéologies dans lesquelles la coopérative pouvait trouver une place n’a cessé de s’étendre. Ainsi, les nazis (pour des raisons opportunistes, il est vrai) ont fait de leur mieux pour que la vision coopérative ait sa place au sein de l’idéologie national-socialiste. Le 14 mai 1939, Fritz Sauckel, qui était le gauleiter (chef de district) du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), déclarait : « La coopérative est non seulement une très vieille idée allemande, mais, de par sa nature, cette idée est aussi complètement national-socialiste et ne présente aucune contradiction avec le programme de notre parti ou le monde de nos idées. Je dirais même plus : les coopératives sont aujourd’hui, pour de larges cercles de l’économie allemande, aussi nécessaires qu’incontournables54. »

Gandhi était partisan des coopératives55, les coopératives chinoises de l’époque de la guerre civile étaient soutenues aussi bien par le Guomindang que par le Parti communiste chinois56, Chávez favorisait la formation de coopératives au Venezuela57. Le 25 février 2015, lors d’un discours adressé à des délégués de la Confederazione cooperative italiane (catholique), le pape déclarait : « L’Église a toujours reconnu, estimé à leur valeur et encouragé les coopératives58. »

Les coopératives de nos jours

Un recensement pour le compte du département des Affaires économiques et sociales de l’ONU59 a trouvé des données de 2 514 598 coopératives dans le monde, lesquelles ont un chiffre annuel de 2 980 milliards de dollars, soit 4,30 % du produit intérieur brut des pays où elles sont actives.

Ce chiffre d’affaires vaut surtout pour l’Europe et l’Amérique du Nord : respectivement 1 482 milliards de dollars (7,05 % du PIB) et 744 milliards de dollars (4,12 % du PIB). C’est plus de deux tiers du volume d’affaires de l’ensemble des coopératives dans le monde. En Afrique, au sud du Sahara, on a 851 millions de dollars de chiffre, soit 0,08 % du PIB. Pour les pays de l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, le chiffre est de 3,619 milliards de dollars, soit 0,27 % du PIB.

Le secteur des assurances est de loin le plus important sur le plan du volume d’affaires : 3 644 entreprises avec un chiffre annuel de 1 219 milliards de dollars, soit 41 % du volume d’affaires total de toutes les coopératives. Le deuxième secteur en importance est celui des coopératives d’achat ou de vente, qui sont au nombre de 41 865, avec un chiffre d’affaires total de 736,6 milliards de dollars, soit 24,8 % du volume d’ensemble60.

Près de deux tiers du chiffre des coopératives se retrouve dans les pays ou les secteurs faisant partie des plus forts sur le plan économique. Les coopératives dans les secteurs des banques, des institutions de crédit et des assurances (en tout, 214 203 entreprises) disposent d’un avoir total de 18 762 milliards de dollars, les autres, ensemble, de 844,5 milliards de dollars.

Néanmoins, la moitié des coopératives (1 224 650) dans le monde sont des coopératives agricoles. Le chiffre est approximatif, du fait que la définition de « coopérative agricole » n’est pas la même dans tous les pays. Ces coopératives agricoles ont un volume d’affaires moyen de 275 756 dollars, comparé au chiffre moyen de 334 652 058 dollars pour les coopératives du secteur des assurances.

De même, l’ICA mentionne dans ses rapports des chiffres impressionnants sur les prestations des coopératives. Ainsi lisons-nous dans le World Co-operative Monitor de 2014 que les 1 926 coopératives de 65 pays dont le WCM a les données ont eu en 2012 un chiffre d’affaires total de 2 623,1 milliards de dollars61. 1 303 coopératives dans 50 pays avaient un chiffre d’affaires de plus de 100 millions de dollars par an (!). Leur volume total est de 2 603,02 milliards de dollars et, ici, les entreprises coopératives américaines prennent 669,86 milliards de dollars à leur compte.

Les chiffres de l’emploi dans le secteur concernent uniquement le G20. Un groupe important de pays en voie de développement ne sont pas mentionnés. Pourtant, c’est précisément dans ces pays que l’on trouve des coopératives très proches de la population et que l’on pourrait étudier la relation entre les coopératives et la mise sur pied d’un système économique alternatif. Hormis l’Afrique du Sud, la totalité de l’Afrique est absente. De l’Amérique, ne sont repris que les États-Unis, le Canada, le Mexique, le Brésil et l’Argentine, les républiques de l’Amérique centrale ne sont pas traitées et l’Asie du Sud-Est (hormis l’Indonésie) est absente elle aussi. Le rapport ne consacre son attention qu’aux 300 coopératives les plus importantes ou à celles qui ont un volume d’affaires supérieur à 100 millions de dollars. On ne trouve aucune trace, donc, des filatures coopératives des Andes ou des coopératives d’achat ou de vente des petits paysans d’Éthiopie.

En outre, les entreprises qui ont la forme, mais pas l’esprit des coopératives pionnières du 19e siècle, sont également reprises dans le Monitor. Certaines coopératives ont été fondées par des entreprises, par exemple parce que la législation leur proposait des formes juridiques intéressantes ou parce que leur collaboration améliorait leur position concurrentielle. Ainsi, en Belgique, nous trouvons entre autres la Centrale des employeurs du port d’Anvers62 dans les données du World Co-operative Monitor et, pour la France, les supermarchés Leclerc63. La Centrale précitée est une SCRL (société coopérative à responsabilité limitée) qui a été fondée en 1929 par les employeurs du port d’Anvers afin d’organiser ensemble le travail portuaire à Anvers. Leclerc est une coopérative d’exploitants de magasins qui se sont unis pour renforcer leur position concurrentielle. Pour la Belgique, nous trouvons encore dans le Monitor quelques liens de collaboration entre des autorités communales (par exemple, l’Intercommunale de santé publique du Pays de Charleroi64 qui gère un hôpital et quelques maisons de repos). Aux Pays-Bas, des institutions financières estiment que la coopérative devient de plus en plus une forme juridique intéressante65.

Dans son récapitulatif, le Monitor reprend aussi les « entreprises non coopératives », qui ne sont pas des coopératives, mais dont les parts sont majoritairement aux mains de coopératives, comme l’entreprise Südzucker. L’histoire de Südzucker (dont le siège se trouve à Mannheim) remonte à une sucrerie fondée en 1837. À partir de cette usine s’est constitué le groupe Südzucker, qui est aujourd’hui le plus gros producteur de sucre et produits apparentés (dont le bioéthanol) de toute l’Europe. La Raffinerie tirlemontoise est l’une des 29 usines du groupe. Après la Seconde Guerre mondiale, une fois l’industrie allemande remise sur pied, on a dû trouver les moyens de construire des sucreries supplémentaires car les fermiers produisaient plus que les sucreries ne pouvaient transformer et le financement du plan Marshall n’était pas suffisant. C’est pourquoi, en 1950, la Süddeutsche Zuckerrübenverwertungs-Genossenschaft (SZVG) a été fondée. Grâce à un système ingénieux (lors de la livraison des betteraves sucrières, les fermiers souscrivaient à des actions de la Südzucker), la coopérative a pu acquérir des actions de la société et, en 1988, elle a fini par en détenir la majorité. En outre, la coopérative rachète systématiquement des parts de la Südzucker afin de s’assurer que son actionnariat ne descende jamais sous les 50 % en cas d’augmentation éventuelle du capital. Selon le dernier rapport annuel, la Südzucker employait 18 459 travailleurs et brassait un chiffre d’affaires de 7,735 milliards d’euros, pour un bénéfice de 658 millions d’euros66. Ce n’est pas le type d’entreprise que l’on rangerait spontanément au nombre des « coopératives », mais, selon le Monitor, elle en fait bel et bien partie.

Dans la suite de cet article, nous ne parlerons que des coopératives qui sont constituées par des membres individuels parce qu’elles sont les plus proches de la notion originelle de coopérative. (À l’origine, dans les coopératives, il ne s’agissait que de « personnes » ; par la suite, dans bien des pays, cela a été redéfini pour que des personnes juridiques puissent aussi en être membres).

Coopérative et État

Pour esquisser la relation entre les autorités et les coopératives dans les pays capitalistes, nous nous limiterons à trois situations concrètes : l’attitude de l’État à l’égard des coopératives dans les pays belligérants lors de la Première Guerre mondiale, dans les pays fascistes et aux États-Unis.

L’État et les coopératives durant la Première Guerre mondiale

Au cours du 19e siècle, les coopératives avaient pris pied dans divers pays européens et, en 1895, l’ICA avait été fondée. C’était l’époque où s’était développée la conscience d’un danger de guerre imminent. Les socialistes de l’époque s’opposaient à la guerre et à la militarisation. Lors des congrès de l’Internationale socialiste, il avait été décidé qu’en cas de guerre, les classes ouvrières et leurs représentants aux parlements devaient tout mettre en œuvre pour empêcher le déclenchement de la guerre. Si la guerre éclatait malgré tout, ils devaient tout faire pour y mettre un terme le plus rapidement possible et utiliser la crise économique provoquée par la guerre en vue de hâter la fin de l’hégémonie de la classe capitaliste67.

De même, lors de son congrès de 1913, l’ICA s’était prononcée contre la guerre et la coopérative avait été promue comme une solution : « Les raisons de l’armement incessant et la possibilité de conflits disparaîtront si la vie sociale et économique de chaque nation est organisée selon les principes coopératifs et, par conséquent, le progrès de la coopérative est l’une des conditions les plus précieuses pour le maintien de la paix68. »

Au contraire de l’Internationale socialiste, l’ICA n’appelait pas à l’action concrète pour empêcher la guerre ou pour se servir de la guerre afin de mettre un terme au capitalisme.

Quand la guerre a éclaté, il s’en est suivi une importante scission au sein des partis socialistes car plusieurs partis ou fractions de partis ont néanmoins soutenu les efforts de guerre de leurs classes dirigeantes. Cela a scellé la fin de l’Internationale. Au sein des coopératives, il n’y avait pas eu d’importantes discussions concernant la loyauté envers les autorités nationales. Elles acceptaient la politique de leurs États respectifs et ont même été incorporées dans les efforts de guerre nationaux. Les entreprises privées avaient craint de consentir à de gros investissements en ce temps d’incertitude économique et, de ce fait, des lacunes étaient apparues dans l’approvisionnement national69. Nombre de gouvernements ont par conséquent décidé de travailler avec les coopératives pour organiser l’approvisionnement alimentaire. C’est ainsi que les autorités françaises ont demandé aux coopératives parisiennes de se charger de l’approvisionnement de Paris et de la large périphérie pour la plupart des denrées de première nécessité (lait, viande, légumes secs, charbon)70. L’une de ces coopératives parisiennes était La Bellevilloise (dans le 20e arrondissement), l’un des bastions du mouvement coopératif en France. Elle était non seulement prospère sur le plan économique et particulièrement active sur le plan culturel (université populaire, orchestres, chorales, mouvements de jeunesse…), mais elle était également loin de rester en retrait sur le plan politique : lors de la grève de 1906, elle avait distribué à ses membres en grève quelque 10 000 kilos de pain et 2 000 litres de lait71.

La participation des coopératives à l’approvisionnement de la population dans les pays belligérants a abouti dans nombre de cas à une forte augmentation du volume d’affaires. Du fait que la population allemande ne pouvait ou ne voulait pas consacrer son argent à la consommation, les avoirs d’épargne des coopératives financières ont augmenté, passant de 60 millions de reichsmarks en 1914 à 177 millions en 1918. En France, certaines coopératives ont ouvert des magasins et des restaurants pour les travailleurs des usines, alors que d’autres, dans le voisinage du front, vendaient des marchandises pour protéger les soldats des usuriers72. La Bellevilloise comptait 7 900 membres en 1897 et à la fin de la guerre, ils étaient 9 00073.

Nombre de coopératives connaissaient des difficultés, mais c’était dû aux problèmes d’accès aux matières premières et à l’indisponibilité de leurs cadres plutôt qu’aux interventions des autorités. Ainsi, en Allemagne, les coopératives de la construction étaient confrontées à une pénurie des matériaux de construction74.

Le fascisme et les coopératives

En général, sur le plan économique, les coopératives ont relativement bien survécu à la crise des années 30. En 1937, globalement, elles étaient revenues au niveau d’avant la crise.

Dans la quasi-totalité des pays ayant un gouvernement autoritaire ou fasciste, les coordinations ou fédérations de coopératives avaient été soumises au contrôle de l’État. Ce n’était pas tant pour impliquer les coopératives en tant qu’entreprises que pour rendre impossible l’existence de mouvements politiques indépendants. Il n’y a que dans l’Autriche de Dolfuss et en Allemagne nazie que l’existence des coopératives fut rendue difficile, voire impossible. Déjà avant leur arrivée au pouvoir, les nazis s’en étaient pris aux coopératives parce qu’elles étaient pour une large part d’obédience sociale-démocrate, mais aussi parce qu’en raison de leurs principes démocratiques, elles étaient opposées au Führerprinzip (principe du Führer). Ainsi, dans le Völkische Beobachter du 4 juillet 1931, les coopératives de consommation étaient qualifiées de « coopératives marxistes de consommation », de « pestilences exacerbées de façon politique et capitaliste » et d’« avant-gardes du marxisme75 ». Dès la mise en place du régime nazi, toutes les coopératives de production avaient été dissoutes parce qu’elles étaient trop proches des partis de gauche et les coopératives de consommation en Autriche s’étaient vu imposer des entraves. Les petits indépendants s’étaient déjà plaints auparavant de la concurrence des coopératives de consommation et les mesures mentionnées ci-dessus avaient donc fait beaucoup pour la popularité des régimes parmi la petite classe moyenne76. Finalement, le 18 février 1941, ces coopératives avaient été transformées en Gemeinschaftswerk der deutschen Arbeiterfront, travail communautaire du front allemand des travailleurs. Seules les coopératives agricoles avaient pu compter sur le maintien du soutien du régime nazi77. Ce qui est remarquable, c’est que, généralement, dans les pays occupés par l’Allemagne, les coopératives ont été considérées comme utiles, au point qu’elles ont pu continuer à travailler, mais sous le contrôle strict des autorités.

Les nazis allaient en effet s’assurer du contrôle politique des coopératives en y installant des personnes de confiance aux postes clés. Le 23 octobre 1936, le ministre de l’Économie Hjalmar Schacht nommait l’ancien Reichsführer des Jeunesses hitlériennes, le Dr Theodor Adrian von Renteln, président de la Deutsche Genossenschaftsverband (association allemande des coopératives). Une fois président, von Renteln remerciait le gouvernement nazi « au nom des 5 000 coopératives commerciales, pour la “Verordnung zur Ausschaltung der Juden aus dem deutschen Wirtschaftsleben” (ordonnance d’exclusion des Juifs de la vie économique allemande) […]. Les coopératives vous en sont d’autant plus reconnaissantes que, jusqu’à présent, elles ne disposaient d’aucun motif de priver les Juifs de leur affiliation. […] Heil Hitler !78 »

En Italie, dès le début des années 20, les coopératives avaient été la cible d’agressions physiques de la part des fascistes du fait qu’elles étaient perçues comme des organisations à idéologie socialiste, chrétienne-démocrate ou républicaine79. Une fois au pouvoir, Mussolini élimina la Lega nazionale delle cooperative et mutue (Ligue nationale des coopératives et mutualités) d’obédience socialiste et communiste et, en 1926, il fonda l’Ente Nazionale Fascista per la Cooperazione (Organisme national fasciste pour la coopération). Par la suite, il s’employa à gagner les coopératives à l’idéologie fasciste. Alors que le fascisme agonisait, il allait encore essayer de renforcer la base de masse de la Repubblica Sociale Italiana en allouant les terres en friche aux coopératives par le Manifeste de Vérone de novembre 194380.

La République espagnole avait soutenu l’instauration de coopératives, mais le régime franquiste estimait que les coopératives, en tant qu’instruments politiques potentiels de la politique économique, devaient passer sous le contrôle de l’État. Sous la tutelle des autorités, on parvenait à enterrer les réminiscences des coopératives d’antan à idéologie révolutionnaire81. Jusqu’en 1936, le mouvement coopératif en Espagne avait surtout été composé de coopératives agricoles, qui étaient soutenues par le mouvement coopératif catholique comme contrepoids aux coopératives de production dans les villes, qui étaient plutôt de tendance socialiste82. En 1942, les coordinations et fédérations de coopératives avaient été interdites, mais les coopératives en tant que telles avaient pu subsister. En 1942, l’Espagne comptait 2 200 coopératives et, en 1971, elle en comptait 14 984, totalisant plus de 2,6 millions de membres. Les premières coopératives de Mondragón avaient été fondées du vivant de Franco et leur inspirateur, le père José Maria Arizmendiarrieta (surnommé Arizmendi), recevait en 1965 la médaille d’or du Mérito del Trabajo83. Il ne l’avait pas demandée, mais il avait estimé plus sage de l’accepter.

Les coopératives aux États-Unis

« Les coopératives ne sont pas, comme on l’admet parfois, en contradiction avec les objectifs du capitalisme. Si c’était le cas, les coopératives ne joueraient pas un rôle si important dans l’économie américaine. Quelque 48 000 coopératives, actives dans pratiquement tout secteur d’entreprise imaginable, sont au service de 120 millions de membres, soit environ quatre Américains sur dix. En 2002, les 100 plus grosses entreprises coopératives des États-Unis ont eu chacune un chiffre d’affaires d’au moins 346 millions de dollars et, toutes ensemble, 119 milliards de dollars. Elles sont actives dans les secteurs de l’agriculture, des finances, des produits alimentaires, des soins de santé, des loisirs et de l’énergie84. » Parmi les 300 plus importantes coopératives dans le monde, estime le World Co-operative Monitor (et, naturellement, selon sa définition « large », que nous avons déjà critiquée plus haut), pas moins de 84 proviennent des États-Unis.

L’État américain et le secteur privé favorisent les coopératives. L’administration du Développement rural du ministère de l’Agriculture (pour les coopératives agricoles) et la Small Business Administration (pour les coopératives en général) s’en chargent. Dans ses explications destinées aux coopérateurs potentiels, la Small Business Administration indique que, selon elle, la coopérative peut être intégrée sans problème à un système capitaliste. Les avantages d’une coopérative sont en effet les suivants : moins d’impôts, des possibilités de financement grâce à l’accès aux crédits alloués par l’État, la baisse des coûts et l’amélioration des marchandises et des services par économie d’échelle, plus de continuité de l’entreprise et, enfin, également, une organisation démocratique85. Il n’est nullement question de la possibilité d’une forme sociale alternative. Les worker cooperatives (coopératives propriétés de ceux qui y travaillent), qui représentent 1 % du total, ne sont soutenues que depuis peu86. Fiscalement, il est plus avantageux pour les travailleurs de participer à un employee stock ownership plan (ESOP, système où les travailleurs achètent des actions de leur entreprise) qu’à une coopérative de travailleurs. Aussi existe-t-il davantage d’ESOP que de coopératives de travailleurs87.

Les 11 311 coopératives du secteur social sur lesquelles l’université du Wisconsin a pu collecter des données comptent un million de membres et près de 100 000 travailleurs. Si les coopératives de logement constituent le groupe le plus nombreux, c’est dans le secteur des soins de santé que le nombre de membres et le nombre de personnes employées occupent la première place88. Pour une part importante, ces services sont fournis (pour combien de temps encore ?), dans la plupart des pays d’Europe, et notamment en Belgique, par les divers pouvoirs publics ; les coopératives constituent ici un filet de rattrapage de la déficience des pouvoirs publics. Les équipements sociaux sont laissés aux soins du secteur privé et, dans un certain nombre de cas, il s’agit de coopératives. Les deux coopératives les plus importantes au monde dans le secteur social et le secteur de la santé sont les entreprises américaines Healthpartners et Group Health Cooperative, avec un chiffre d’affaires annuel respectivement de 3,98 milliards et 3,63 milliards de dollars89.

Le secteur coopératif aux États-Unis compte quelques banques qui, de façon assez étonnante, ont été mises sur pied grâce à des initiatives publiques. Les plus importantes des institutions coopératives de crédit se situent dans le secteur agricole : elles remontent au Farm Credit System, instauré en 1916 par le Congrès, sous la présidence de Theodore Roosevelt, pour rendre viable l’octroi de crédits dans le secteur agricole90. Parmi les institutions qui canalisent les crédits, figurent également quelques coopératives : on peut retrouver Agribank et Cobank parmi les plus importantes institutions coopératives de crédit au niveau mondial91.

La National Cooperative Bank veut « aider les coopératives à se développer en les soutenant et en s’érigeant en avocate des coopératives et de leurs membres en Amérique, en mettant spécialement l’accent sur la réponse aux besoins des communautés qui connaissent le plus de difficultés sur le plan économique ». Cette banque a été fondée par le Congrès américain en 1978, en tant qu’institution publique censée accorder des prêts aux coopératives de tous les secteurs. En 1981, sous l’administration Reagan, la banque a été privatisée et elle est devenue la propriété de ses coopérateurs. En 1985, elle a reçu son nom actuel. Entre-temps, elle a étendu ses activités et elle accorde aussi, par exemple, des prêts hypothécaires à des clients qui ne sont pas membres d’une coopérative92. »

La National Cooperative Business Association Cooperative League of the USA (NCBA CLUSA) est l’organisme de coordination des coopératives aux États-Unis. Outre le soutien du secteur coopératif aux États-Unis, cette institution s’emploie également à favoriser les coopératives dans d’autres pays, à savoir les pays du tiers monde. Elle e fait seule ou dans le cadre de l’Overseas Cooperative Development Council (OCDC93), qui est un lien de collaboration entre neuf coopératives actives dans le cadre de la coopération au développement. Les membres de l’OCDC ont des projets dans plus de 70 pays et ils gèrent le plus important portefeuille de programmes de développement de coopératives. Ils travaillent depuis plus de quarante ans déjà en collaboration avec le gouvernement américain, mais ils sont également financés par d’autres sources.

Les projets de la NCBA CLUSA et de l’OCDC bénéficient du soutien de l’USAID, l’institution publique américaine de coopération au développement94. L’USAID aide des projets de la Law and Regulation Initiative de l’OCDC visant à soutenir des mouvements coopératifs dans le lobbying en faveur de lois et de réglementations concernant les coopératives. Au Mozambique, la première loi à être promulguée sur base d’une initiative de la société civile concernait précisément cette question. La Senior associate de la NCBA CLUSA, Maria José Novoa, en a formulé l’objectif comme suit : « Les coopératives mozambicaines étaient un cas classique de développement coopératif sous le socialisme. Nous avons enclenché un long processus de changement. Aller de coopératives obsolètes à des coopératives modernes95. »

Depuis les années 70, on assiste aussi à une nouvelle vague de coopératives, y compris des worker cooperatives. Il s’agit d’initiatives qui s’inscrivent dans les mouvements de protestation de l’époque (lutte pour les droits civiques, contre la guerre, pour l’égalité des sexes, pour la protection de l’environnement, etc.) et leurs responsables les ont souvent perçues comme une alternative aux entreprises existantes. « Alternative » signifie surtout ici que, plus que dans les autres entreprises, on cherche un produit ou un service à la mesure de l’homme et des relations alternatives entre les travailleurs96.

Sur le plan du nombre, ces nouvelles coopératives ne doivent pas être négligées — le nombre de coopératives aux États-Unis a pratiquement doublé — mais, par la taille, elles ne sont pas comparables à leurs sœurs aînées. Et, des idées d’« économie solidaire » vivant au sein de ce groupe, nous ne voyons pour l’instant rien apparaître dans les grandes coopératives ni dans leurs coordinations et ni surtout dans la politique gouvernementale américaine.

En quête d’une nouvelle approche, elles se retrouvent, comme si cela allait de soi, dans le groupe Mondragon. Diverses publications américaines qui consacrent leur attention aux coopératives font de la place dans leurs colonnes à l’exemple basque et des groupes américains se sont rendus en voyage d’étude au Pays basque. Ce qui les attire, là-bas, ce n’est pas la perspective de changement dans le système politique et économique américain, car Mondragon n’a jamais eu l’ambition de résoudre les problèmes de l’économie espagnole en tant qu’ensemble ni d’en arriver à changer quoi que ce soit au système. L’objectif était et est de se laisser inspirer, dans le système existant, par le succès obtenu grâce à une organisation interne performante de la coopérative97.

En 2009, Mondragon, l’United Steelworkers International Union (USW), le plus grand syndicat américain, et l’Ohio Empoyee-Ownership Center (OEOC) de l’université d’État de Kent ont conclu un accord destiné à promouvoir le modèle Mondragon aux États-Unis. L’USW entend de la sorte insuffler une nouvelle vie aux entreprises de la Rust Belt en tant que worker cooperatives98.

L’OEOC décrit sa mission dans le soutien des coopératives comme suit : « Promouvoir la propriété par les travailleurs sous forme d’employee stock ownership plans (ESOP) et de coopératives de production (worker cooperatives) afin d’élargir la possession de capital, d’approfondir la participation des travailleurs, de maintenir l’emploi local et d’accroître le niveau de vie des familles laborieuses et de leurs communautés99. » Il n’est pas question ici non plus d’un changement de système.

En mars 2012, les trois partenaires publient une sorte de manuel pour fonder des coopératives, intitulé Sustainable Jobs, Sustainable Communities : The Union-Co-op Model100 (emplois durables, communautés durables : le modèle syndicat-coopérative). Dans le communiqué de presse de l’USW daté du 26 mars 2012, Worker ownership for the 99 % (propriété des travailleurs pour les 99 %), nous lisons que le modèle de collaboration entre syndicat et coopérative est une « expression des valeurs américaines importantes de compter sur ses propres forces, de solidarité avec la communauté et de propriété comme composante indispensable du rêve américain qui s’appuie sur des pratiques économiques concurrentielles101 ».

Il s’agit ici d’un modèle qui peut être défini comme une alternative au sein de l’ensemble des coopératives américaines, parce qu’il a l’intention de mettre en place de nouvelles worker cooperatives, qui sont pour l’instant marginales aux États-Unis (leur nombre ne dépasse pas 300). Si ces coopératives réussissent, elles constituent également une alternative au chômage et à la pauvreté.

La coopérative et les relations économiques capitalistes

Un secteur spécifique : l’agriculture

Les coopératives sont nées dans les villes, mais c’est parmi les paysans qu’elles ont pris un important essor et, à l’échelle mondiale, c’est le secteur agricole qui compte le plus de coopératives102. Les conditions locales ou historiques ont contribué au développement des coopératives agricoles, comme la crise de l’agriculture en Europe à la fin du 19e siècle, la crise économique des années 30 ou la situation marginale des petits paysans dans les pays en développement, mais la cause structurelle est à rechercher dans la nature de l’entreprise agricole. Dans la plupart des pays, les exploitations familiales constituent la majorité des entreprises de l’agriculture. C’est aussi bien le cas dans les pays en développement où 85 % des exploitations n’excèdent pas 2 hectares103 que dans les pays industrialisés où les agriculteurs ne sont plus qu’une petite fraction de la population laborieuse. (En Belgique, il ne reste que 43 000 entreprises agricoles, comptant chacune en moyenne 1,89 travailleur104.)

L’agriculture représente donc un grand nombre de producteurs individuels de matières premières qui, s’ils sont laissés à leur sort, sont particulièrement faibles. L’accès aux intrants agricoles et aux marchés de débouchés, au crédit et à la connaissance sont des conditions nécessaires pour accroître le bien-être de la famille, parfois même pour la hisser au-dessus du niveau de l’agriculture de subsistance. Les coopératives agricoles sont stimulées par divers pouvoirs publics afin de donner des chances de survie à l’agriculture familiale. « Le renforcement de la position de négociation sous la forme de coopératives et d’affiliation à des organisations agricoles a été défini comme l’un des instruments les plus adéquats pour la viabilité de l’agriculture familiale dans une économie des produits alimentaires incertaine et en pleine mondialisation105. »

Dans le cadre des mesures politiques néolibérales (plans structurels d’adaptation) qui ont été imposées à divers pays en voie de développement, on a imposé entre autres le retrait de l’État dans le fonctionnement des coopératives. « Une reconnaissance expresse des coopératives en tant qu’entreprises du secteur privé, formées et dirigées par leurs membres et, dans leur fonctionnement interne, non soumises aux interventions de l’État. […] Une description des mesures que le gouvernement prendra pour réduire son rôle dans le contrôle des coopératives106. » Vingt ans après, il est devenu clair qu’au contraire de ce que souhaitait la Banque mondiale, dans bien des cas les entreprises privées n’ont pas repris le rôle des institutions publiques ou parastatales en retrait. Aussi la Banque mondiale veut-elle se mettre à soutenir plus activement les coopératives agricoles, mais, naturellement, toujours dans le contexte d’une économie libéralisée107. La Banque mondiale estime que des objectifs sociaux plus larges, dont l’assistance aux membres financièrement plus faibles, ne font pas de bien à la viabilité de la coopérative et qu’il vaut donc mieux les éviter108.

Au sein de l’UE, le développement des coopératives agricoles est recommandé par la Commission européenne. La Direction générale de l’Agriculture et du Développement rural a fait réaliser une étude destinée à vérifier comment on pouvait soutenir au mieux les coopératives agricoles de l’UE109. Le but est de maintenir en place l’agriculture familiale, associée au progrès technologique, c’est-à-dire des principes qui avaient été posés lors de la conférence de Stresa en 1958, au cours de laquelle les lignes directrices de la politique agricole commune avaient été définies110.

Les coopératives agricoles intègrent les petites exploitations à l’économie nationale et mondiale sans que les rapports économiques et politiques qui ont poussé les paysans dans une position de faiblesse changent pour autant. Tant dans les pays en voie de développement que dans les pays avancés, les coopératives agricoles se chargent de l’incorporation d’un mode de production pré-capitaliste, celui de l’agriculture familiale, dans l’économie capitaliste.

Tout comme d’autres coopératives, les coopératives agricoles elles-mêmes, à leur tour, sont incorporées pleinement dans le système capitaliste. Elles peuvent même devenir de très grandes entreprises, comme Sunkist, une coopérative de producteurs d’oranges, active au plan mondial111. Les coopératives agricoles ont souvent des actions dans les entreprises de transformation, comme la Zuivelcoöperatie FrieslandCampina U.A., une coopérative de 19 000 membres aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne qui détient toutes les actions de la Koninklijke FrieslandCampina N.A., l’une des plus grandes entreprises laitières au monde112.

La coopérative en tant qu’employeur

Dans les coopératives de production sans personnel externe, les travailleurs sont les propriétaires de l’entreprise. Ils déterminent donc eux-mêmes, entre autres, les salaires et les conditions de travail, même s’ils ne le font pas en complète liberté. Est cependant éliminée l’exploitation qui consiste en ce qu’un travailleur vend son travail à un capitaliste. Mais une coopérative n’est pas une île communiste. Elle opère au sein d’une économie capitaliste et est donc soumise aux lois du marché. Cela a ses répercussions sur les salaires et sur les relations de travail au sein de l’entreprise. On a constaté que, dans ces coopératives, surtout lorsqu’elles sont le résultat d’une occupation et d’une reprise d’entreprise en faillite, les travailleurs ont parfois plus rapidement tendance à accepter des diminutions de salaire que dans les entreprises capitalistes ordinaires113. D’après certains, cela est imputable à la motivation idéologique des travailleurs à sauver leur entreprise marginalisée114. Si les conditions de travail dans ces coopératives sont meilleures ou pires que dans d’autres entreprises, ce n’est donc pas l’expression du libre choix des membres, mais celle de la position des coopératives sur le marché. Südzucker est à majorité la propriété de la Süddeutsche Zuckerrübenverwertungs-Genossenschaft ; malgré cette position majoritaire dans l’entreprise, il est impensable que la SZVG obtienne pour les betteraves sucrières un prix qui s’écarterait du prix du marché dans le reste de l’Allemagne.

Dans certaines limites, les coopérateurs peuvent naturellement s’armer contre de possibles situations de crise. L’accumulation (d’une partie) du profit au sein de la coopérative peut servir comme assurance contre le chômage115. L’expérience enseigne que les salaires des coopérateurs oscillent moins dans les coopératives où on a prévu une telle protection116.

Les coopératives de la consommation, de l’habitat, du crédit et les coopératives sociales travaillent avec des salariés et quand les membres du personnel sont également membres de la coopérative, dans bien des cas, c’est plutôt un hasard. De même, les coopératives de production comptent un très grand nombre de salariés. La grande majorité des coopératives fonctionnent donc avec un personnel rémunéré et la relation entre ce dernier et les membres de la coopérative ne diffère pas de celle existant entre les membres du personnel et les propriétaires de n’importe quelle autre entreprise : le travailleur vend son travail à l’entreprise. Certaines coopératives renvoient à une politique de corporate social responsibility117, mais d’autres ne le font pas, alors que certaines entreprises privées le font (par exemple, les entreprises qui satisfont aux critères de la Fair Wear Foundation, qui recherche des conditions de travail correctes dans l’industrie de l’habillement). Il s’agit donc essentiellement ici de relations de travail capitalistes qui, tout comme à l’extérieur du secteur coopératif, peuvent être plus ou moins humaines (ce qui, entre autres, a trait aux lois en vigueur et aux conventions collectives de travail).

Les relations deviennent vraiment problématiques dans les coopératives de production où, en principe, les producteurs sont membres de la coopérative. Si celle-ci fait du bénéfice et qu’une partie de ce bénéfice est non pas versée mais réinvestie, et si la coopérative peut alors s’étendre en faisant appel exclusivement à ce bénéfice, sans l’apport financier de nouveaux membres, il est plus intéressant pour les membres de la coopérative d’embaucher du personnel que d’accepter de nouveaux membres. Ces nouveaux membres deviendraient en effet copropriétaires de l’entreprise, mais aussi du bénéfice déjà généré par les membres existants118. La pratique nous enseigne que, souvent, l’on ne suit pas le principe de l’« affiliation ouverte »119. Nombre de coopératives n’ont pas tout à fait mis ce principe de côté, mais l’ont quand même fortement limité. Dans la coopérative italienne SACMI, à Imola, qui se trouve à la tête d’un groupe avec des usines dans toutes les parties du monde comptant 3 000 travailleurs non membres de la coopérative, les membres potentiels doivent d’abord travailler cinq ans dans l’entreprise, puis être acceptés par les autres membres et payer une cotisation d’affiliation de 100 000 euros. La SACMI a 80 filiales dans 24 pays, mais les travailleurs des sites à l’étranger ne peuvent pas devenir coopérateurs120.

L’embauche de travailleurs non membres de la coopérative offre en outre la possibilité de les licencier lorsque cela va moins bien sur le plan économique. Les coopérateurs des diverses entreprises du groupe Mondragon (Corporación Mondragon, antérieurement Mondragón Corporación Cooperativa, MCC) peuvent trouver un emploi dans d’autres entreprises du groupe si cela va mal dans la leur, mais cette condition n’existe pas pour les travailleurs non membres. Entre 2007 et 2010, suite à la crise, l’emploi a diminué de 9,3 % dans les entreprises espagnoles de Mondragon, en quasi-totalité par le licenciement de contractuels121. Cela est rendu possible du fait que de nombreux travailleurs ont des contrats temporaires ou à temps partiel. Antonio Cancelo, directeur de la MCC à l’époque, a justifié cela à l’adresse du correspondant du Guardian : « Nos clients ne peuvent nous assurer un carnet de commandes rempli en permanence, de sorte que nous employons un certain nombre de personnes avec des contrats temporaires. Nous vivons dans une économie de marché, et nous ne pouvons rien y changer122. » Une coopérative peut également reprendre une entreprise existante sans l’incorporer, agissant alors comme un holding : l’entreprise reprise devient une filiale et le statut de son personnel ne change pas, ce qui veut dire qu’il ne devient pas membre de la coopérative.

Dans les coopératives françaises de production, la législation limite la discrimination entre les travailleurs membres et non membres et les coopérateurs sont légalement obligés de répartir le bénéfice entre tous123. C’est un élément positif, mais le fait qu’une disposition légale est nécessaire montre bien que les coopératives n’appliquent pas nécessairement cette pratique d’elles-mêmes.

On a pu voir un exemple de discrimination entre membres et non-membres dans la faillite de Fagor, une entreprise du groupe Mondragon. En 2013, Fagor a fait faillite après que, tout au long des trois années précédentes, le groupe Mondragon y a injecté 300 millions d’euros. La compagnie d’assurances Seguros Lagun Aro, une entreprise du groupe Mondragon, a annoncé que les membres de la coopérative qui travaillaient dans l’entreprise recevraient pendant deux ans 80 % de leur salaire et que le groupe Mondragon embaucherait le plus grand nombre de travailleurs possible dans d’autres entreprises. Pour payer les membres au chômage, Lagun Aro a demandé à l’assemblée générale du groupe d’approuver un supplément de cotisation des membres de 1,5 %124. De la part du groupe, il n’y avait toutefois pas de réglementation pour les plus de 3 000 travailleurs des sites à l’étranger : ceux-ci sont retombés sur leur assurance chômage nationale125.

La coopérative holding

En principe, les coopératives existent en premier lieu pour répondre aux besoins de leurs membres, et non pour faire du profit, mais une coopérative active et performante dispose quand même d’un excédent à la fin de l’année. Une partie de cet excédent peut aller à la constitution de capital ou dans un fonds de réserve et le reste peut être distribué. Cette distribution peut se faire sous forme d’une ristourne proportionnelle à la participation aux activités de la coopérative et sous forme d’un dividende. Dans une coopérative de consommation, la ristourne peut être proportionnelle aux achats que l’on a effectués l’année précédente ; dans une coopérative de production, elle peut être proportionnelle à ce que produit la coopérative. Des dividendes sont versés proportionnellement au capital apporté mais, en principe, les dividendes doivent être limités. De plus, les membres peuvent décider de consacrer une partie des bénéfices à d’autres activités. Ainsi, les coopératives de Mondragon contribuent au financement de l’université basque Mondragon Unibertsitatea126 et le groupe suisse Migros a un Kultur-Prozent (un pour cent consacré à la culture)127. Au 19e siècle, les coopératives contribuaient au financement des partis politiques dont elles étaient proches. Frederik van Eeden a soutenu les grévistes du rail en 1903 avec de l’argent en provenance de sa coopérative, Walden128. Le financement d’activités en dehors de la coopérative n’est toutefois pas une obligation pour pouvoir exister en tant que coopérative, il dépend de la libre décision des membres des coopératives respectives. Dans ce genre de décision, le management joue un rôle important : il peut jouer un rôle éducatif et inciter les coopérateurs à prendre une décision reposant plus sur des considérations sociales ou politiques que sur la recherche du profit ou au contraire les convaincre des avantages de la logique capitaliste129.

Le bénéfice de la coopérative reste propriété commune des membres, qui décident ensemble de sa répartition : il n’est donc pas socialisé et reste la propriété commune d’un groupe de personnes privées. La part du bénéfice qui n’est pas versée aux membres reste dans l’entreprise et peut être utilisée pour la maintenir en position viable ou la développer. Le bénéfice devient donc un capital que la coopérative utilisera dans le cadre d’un système capitaliste, ce qui a des conséquences importantes.

De très nombreuses grandes coopératives se sont développées ainsi en holdings : les bénéfices qui ont été réinvestis ont permis de créer de nouvelles entreprises ou de racheter des entreprises existantes, opération dans laquelle ces dernières ne reçoivent alors pas la forme d’une coopérative, mais celle d’une société anonyme. Il n’y a donc pas eu extension progressive du principe coopérateur, mais application de la forme d’entreprise capitaliste standard. Parfois il s’agit d’entreprises qui sont actives dans le même secteur que la maison mère, d’autres fois elles sont complémentaires de la maison mère. Ainsi, les deux grandes chaînes suisses de supermarchés, Migros et Coop, ont chacune une série de filiales. Nombre d’entre elles sont concernées de très près par les activités de la maison mère, comme le supermarché bio Alnatura Bio-Supermarkt de Migros, ou Christ (une chaîne de magasins vendant horloges et bijoux) dans le cas de Coop. Ainsi, les deux chaînes ont par exemple leur propre chocolaterie (Chocolat Frey AG chez Migros, Chocolats Halba chez Coop). Une série de filiales ont toutefois beaucoup moins à voir avec l’activité principale de ces entreprises, comme les terrains de golf de Migros ou les agences de voyages (Hotelplan chez Migros, Reismühle Brunnen chez Coop). Coop a même une entreprise de transport qui lui est propre (railCare AG), avec ses trains et ses camions à l’aide desquels elle transporte ses propres produits, mais elle propose également ses services sur le marché. Ainsi, cette coopérative d’origine sociale-démocrate contribue à la privatisation des chemins de fer.

Dans quelques cas, les entreprises rachetées ont été intégrées à la maison mère coopérative, mais, en général, elles ont poursuivi leur existence en tant qu’entreprises capitalistes traditionnelles. Le lien entre les coopératives et leurs filiales n’est toutefois pas nécessairement plus solide que les liens entre diverses entreprises privées. Ainsi, les Associated Co-operative Creameries de Grande-Bretagne (elles-mêmes ne constituent pas une coopérative, quoique l’appellation le laisse supposer) ont été vendues par le Co-operative Group aux Dairy Farmers of Britain130. Ces deux dernières sont des entreprises coopératives qui rachètent ou revendent leurs filiales en concordance avec leur stratégie industrielle, donc pour s’en porter mieux.

La distance entre l’activité d’origine d’une coopérative et son investissement dans des filiales rentables peut toutefois devenir très grande, mais il est normal que l’on se mette en quête de l’investissement le plus rentable. Le groupe Desjardins (Mouvement des caisses Desjardins), au Québec, est la plus importante association de caisses de crédit d’Amérique du Nord, mais elle a également des filiales dans le secteur financier : assurances, gestion de patrimoine et conseil en investissement. Via la Société d’Investissements Desjardins, elle participe à nombre d’entreprises, notamment au Complexe Desjardins, centre commercial de Montréal qui est la propriété à 51 % des caisses d’épargne et à 49 % de la Société de développement immobilier du Québec et où Hydro Québec (une entreprise publique) a loué 18 500 m² de bureaux131.

Le mouvement coopératif est enfin entré également dans la stratégie de délocalisation, étape logique si l’on veut rester concurrentiel et conserver sa place au sein du marché. « Dans le cas de Mondragon, le modèle des investissements à l’étranger ne diffère significativement de celui des autres multinationales à caractéristiques similaires ni dans les objectifs ni dans le choix des pays. […] Certaines entreprises doivent suivre leurs entreprises de production étrangères en tant que fournisseurs. Une autre motivation pour produire à l’étranger réside dans la recherche de coûts de production plus bas, surtout sous la forme de main-d’œuvre non qualifiée et semi-qualifiée à bon marché et motivée. Pour pouvoir faire concurrence aux grandes multinationales industrielles, Mondragon doit mettre sur pied ses propres réseaux multinationaux de distribution et de production. C’est pourquoi la part la plus importante des investissements à l’étranger va dans les pays émergents comme la Chine, le Brésil, le Mexique, la Pologne et la Tchéquie132. »

La banque coopérative française Crédit Agricole, qui est la plus grosse banque coopérative sur le plan mondial133, pousse toutefois très loin son rôle sur le marché capitaliste. Elle fonctionne comme un holding propriétaire d’un certain nombre de filiales. À cet effet, elle a fondé une société anonyme, Crédit Agricole S.A., qui, à son tour, possède des filiales en France (c’est ainsi que le Crédit Lyonnais a été racheté) et à l’étranger134. En 2013, le Crédit Agricole était la deuxième banque française sur le plan du chiffre d’affaires et la première sur celui des bénéfices135. Il a également un certain nombre d’entreprises dans ce qu’on appelle des paradis juridiques et des paradis fiscaux. La Plate-forme paradis fiscaux et judiciaires française a publié pour la première fois un rapport sur la présence de banques françaises dans ces pays136, rapport qui s’appuie notamment sur des chiffres du Tax Justice Network et de l’US Government Accountability Office. D’après ce dernier, le Crédit Agricole S.A. possède 79 entreprises dans les pays qui constituent l’objet de ce rapport et 133 d’après le TJN. Selon la source (GAO ou TJN), 10 ou 12 % du chiffre d’affaires total de la banque concernerait ces pays et entre 20 et 23 % de son chiffre d’affaires à l’étranger137.

L’exemple du Crédit Agricole ne prouve pas que toutes les coopératives affichent un comportement condamnable sur le plan éthique, mais il prouve que le fait d’être une coopérative n’offre pas une garantie contre un tel comportement : en d’autres termes, un comportement éthique ne découle pas automatiquement du statut de coopérative et n’y est pas inhérent.

Le Brésil ne comptait encore que 4,5 millions d’habitants quand, en 1835, la Montepio Geral dos Servidores do Estado (Mongeral) a été fondée. Il s’agit d’une caisse de pension mutualiste destinée aux fonctionnaires. Mongeral s’est développée, s’est diversifiée, a repris des entreprises existantes et elle gère actuellement des caisses de pension pour environ 80 millions de personnes dans un pays de 200 millions d’habitants. Elle est devenue une entreprise spécialisée dans les assurances vie et la gestion de caisses de pension entre autres, en coordonnant des caisses d’assurances ou de pension plus petites, locales ou liées au secteur. En 2004, Mongeral a changé de statut : l’association mutualiste est devenue une S.A. dans laquelle la compagnie d’assurances hollandaise Aegon acquérait 50 % des parts en 2009.

À la base, il reste encore au Brésil quelques vestiges de la tradition mutualiste : par exemple, les membres d’une caisse d’assurances locale qui fait partie du groupe Aegon votent encore pour savoir s’ils peuvent être éligibles au conseil consultatif de la compagnie. Mais en revanche, ils n’ont pas voix au chapitre dans les décisions d’investissement du groupe et certainement pas s’il s’agit de la participation d’Aegon à une entreprise qui produit des armes nucléaires138.

Le passage du statut de coopérative à celui de S.A. est la forme extrême d’intégration d’une coopérative au système capitaliste. En Belgique, nous avons eu les fusions de CERA avec la Kredietbank pour former la CBC, de la CODEP, d’origine sociale-démocrate, avec Nagelmackers, qui ont été reprises ensemble par Delta Lloyd, sans oublier l’affaire BACOB-ARCOFIN-DEXIA, qui n’est pas encore terminée. Un exemple montre comment des coopérateurs peuvent être amenés à aller si loin. En 1921, 125 coopérateurs dévoués avaient investi chacun 1 000 dollars dans l’Olympia Veneer Company, la première coopérative de production de contre-plaqué dans le nord-ouest des États-Unis, qui fabriquait du contre-plaqué. L’affaire tournait bien, mais, au lieu d’ouvrir la coopérative à de nouveaux membres, on avait embauché du personnel. En 1954, il restait encore 23 des membres d’origine et ils avaient revendu l’entreprise à l’US Plywood Corporation. Chaque membre avait gagné 625 000 dollars dans la vente139.

Conclusion

On attend des coopératives qu’elles contribuent à résoudre un certain nombre de problèmes engendrés par le capitalisme ainsi qu’à l’amélioration des conditions de vie de leurs membres et du public. Le succès de bon nombre d’entre elles prouve qu’une forme d’entreprise différente de celle de l’entreprise capitaliste traditionnelle est possible. Toutefois, ce n’est pas ce qui transforme le système capitaliste dans son ensemble. Au contraire, ce sont les coopératives qui courent le danger d’adopter des pratiques capitalistes, bien avant que l’environnement capitaliste ne devienne coopératif. En Europe, même si les coopératives contrôlent une part non négligeable de l’économie et comptent un grand nombre de membres, principalement grâce à leurs filiales capitalistes, un passage vers une économie nationale non capitaliste n’est pas à l’ordre du jour. En Nouvelle-Zélande, les coopératives, et les entreprises qui en dépendent représentent 20 % du PIB ; en France et aux Pays-Bas 18 % ; et en Finlande 14 %140 ; mais cela n’a pas rendu ces pays « plus coopératifs », et encore moins plus socialistes.

Pourtant, bien des coopérateurs pensent que le but de la coopérative doit être bien plus que la réussite économique : l’espoir d’un autre monde vit encore au sein du mouvement coopératif. Une conférence dans le cadre du groupement régional de l’ICA, en 2014, à Cartagena, en Colombie, a adopté la résolution suivante : « Nous sommes débordés par un système mondial hégémonique. Cela nous oblige à nous muer en un acteur politique, économique, social et culturel qui scelle des alliances les plus larges possible avec les secteurs de la société civile organisée afin de transformer la réalité qui pèse sur la société. C’est ainsi que croît le besoin d’œuvrer plus fortement à la mise en place des fondements d’un modèle de développement durable reposant sur les valeurs et principes des coopératives. […] Le coopérativisme propose un modèle social et économique qui prône un monde meilleur parce qu’il fait passer l’être humain en premier, qu’il distribue la richesse, qu’il met en place plus de sociétés démocratiques et participatives et qu’il s’occupe de l’environnement dans lequel vivent les communautés. C’est pourquoi le mouvement coopératif doit jouer un rôle moteur afin de proposer de nouveaux paradigmes pour la société et de se muer lui-même en un participant actif du changement social141. »

L’expérience enseigne que cet espoir ne peut être exaucé si la coopérative, aussi performante soit-elle, se soumet aux lois du marché capitaliste. Si l’on veut que la coopérative devienne un instrument dans la mise en place d’une société sans exploitation, elle doit être un projet politique : les coopérateurs doivent prendre des décisions qui iront plus loin que la gestion quotidienne et qui iront régulièrement à contresens de la logique capitaliste. Les principes de la coopérative, tels qu’ils sont formulés par l’ICA, proposent des points d’ancrage : contrôle démocratique, formation des membres et attention pour la communauté constituent une base potentielle pour incorporer la coopérative dans un mouvement plus large. Il ne suffit toutefois pas d’encenser la coopérative en tant que modèle du business performant, comme le font l’OIT et la Banque mondiale : on doit l’incorporer concrètement dans un programme politique de réalisation du socialisme.

Bogdan Van doninck (bogdanvd at hotmail.com) est docteur en sciences sociales et ancien directeur général Coordination et information de la Politique scientifique fédérale belge. Il est toujours actif dans le mouvement de solidarité avec le tiers monde.


36 F. Engels, « Description de colonies communistes surgies ces derniers temps et encore existantes », dans Propriété et expropriations, Syllepse, 2013.

37 Cf. « Construire une utopie coopérative », conférence de Jacques Prades à Namur, le 23 mai 2013, grappebelgique.be/IMG/pdf/Pour une economie cooperative.pdf.

38 ICA, « Co-operative identity, values & principles », ica.coop/en/whats-co-op/co-operative-identity-values-principles.

39 Maurizio Atzeni & Pablo Ghigliani, 2007, « Labour process and decision-making in factories under workers’ self-management : empirical evidence from Argentina », Work, Employment and Society, 21 (4), pp. 653-671, dspace.lboro.ac.uk/2134/3680.

40 « About us », www.co-operative.coop/about-us/.

41 Sarah Debor, « The Socio-Economic Power of Renewable Energy Production Cooperatives in Germany. Results of an Empirical Assessment », Wuppertal Papers, no 187, avril 2014, Wuppertal Institute for Climate, Environment, and Energy, epub.wupperinst.org/frontdoor/index/index/docId/5364.

42 Gunther Aschhoff, « The Banking Principles of Hermann Schulze-Delitzsch and Friedrich Wilhelm Raiffeisen », German Yearbook on Business History, vol. 1982, 1982, pp. 19-41.

43 Mother’s Milk Cooperative (MMC), www.mothersmilk.coop.

44 « Prisoner-based Co-operatives : Working it out in Canada », Research of Offender-Based Worker Co-Operatives Contract no. 7182168, submitted to the Department of Public Safety by The John Howard Society of Canada, mars 2013, johnhoward.ca/media/Coop%20Final%20Paper.pdf.

45 Emmanuel Gérard et Albert Martens, « Ervaringen uit het verleden : de coöperaties in het kader van de arbeidersbeweging in België », dans Jan Bundervoet (dir.), De coöperatieve beweging : Een nieuwe start ?, Louvain, Acco, 1990, pp. 27-43.

46 ICA, « What is a co-operative ? », ica.coop/en/what-co-operative.

47 Rolf Greve, « Genossenschaften : Entwicklung und Bedeutung », dans Annette Zimmer & Bernhard Wessels (dir.), Verbände und Demokratie in Deutschland, dans Bürgerschaftliches Engagement und Nonprofit-Sektor, vol. 5, 2001, pp. 112-113.

48 Pierre-Joseph Proudhon, De la capacité des classes ouvrières, Paris, E. Dentu, pp. 191, fr.wikisource.org/wiki/De_la_Capacité_politique_des_classes_ouvrières.

49 « Adresse inaugurale de l’Association internationale des travailleurs » (Londres, 1864), Marx-Engels, Œuvres choisies en deux volumes, Moscou, p. 401, www.marxists.org/francais/marx/works/1864/09/18640928.htm.

50 Hendrik Defoort, Werklieden, bemint uw profijt ! De Belgische sociaaldemocratie in Europa, Lannoo Campus-Amsab-ISG, Louvain-Gand, 2006.

51 Daniël Vanacker, « Een averechtse liberaal : Leo Augusteyns en de liberale arbeidersbeweging, Van activist tot antifascist », Leo Augusteyns en het Vlaams-nationalisme. Liberaal Archief et Academia Press, 2008, pp. 123-164.

52 Jules Guesde, « La Coopération socialiste », dans Questions d’hier et d’aujourd’hui, Giard et Brière, Paris, www.marxists.org/francais/guesde/works/1901/00/guesde_bs.htm.

53 Lénine, « La question de la coopération au Congrès socialiste international de Copenhague », Œuvres, tome 16, p. 291.

54 « Die Genossenschaftsidee als Teil der NS-Ideologie ? », dans Genossenschaftsgeschichte.info, genossenschaftsgeschichte.info/genossenschaftsidee-als-teil-der-ns-ideologie-521.

55 Aryashree Debapriya, « Gandhian Socialistic Philosophy and Its Role in Development of Cooperatives », Orissa Review, septembre-octobre 2006.

56 Robert Ware, « Gung Ho and Cooperatives in China », Grassroots Economic Organizing (GEO) Newsletter, vol. II, no 7, www.geo.coop/node/603.

57 Silva Sánchez, Julio Rafael, El Mundo De Las Cooperativas, Consejo Nacional de la Cultura, Caracas, 2004.

58 Libreria Editrice Vaticana, w2.vatican.va/content/francesco/en/speeches/2015/february/documents/papa-francesco 20150228 confcooperative.html.

59 Dave Grace and Associates,  Measuring the Size and Scope of the Cooperative Economy : Results of the 2014 Global Census on Co-operatives, Madison, 2014, www.un.org/esa/socdev/documents/2014/coopsegm/grace.pdf.

60 Ibid., p. 5.

61 World Co-operative Monitor : Exploring the Co-operative Economy, Report 2014, ICA, Euricse, Bruxelles, 2014, www.euricse.eu/wp-content/uploads/2015/02/WCM2014_web-FINAL.pdf, p. 13.

62 CEPA, www.cepa.be.

63 Groupements d’achats des centres E. Leclerc, www.e-leclerc.com.

64 Intercommunale de santé publique du Pays de Charleroi, www.isppc.be/isppc.

65 Onno Boerstra et Sjoerd Kamerbeek, « Cooperatives proving increasinly popular as holding entities », ILO Newsletter, 16 février 2011, www.internationallawoffice.com/newsletters/Detail.aspx?g=dd3076ff-007b-4....

66 Geschäftsbericht Südzucker AG 2013/14, Mannheim/Ochsenfurt 2014.

67 Max Beer, Histoire générale du socialisme et des luttes sociales (en cinq volumes), Les Revues, Paris, 1931.

68 William Pascoe Watkins, The International Co-operative Alliance : 1895-1970, Londres, ICA, 1970, p. 94.

69 William Bartlett, The Political Economy of the Cooperative Movement before and after the First World War, documents de la conférence « The Economic Causes and Consequences of the First World War », Belgrade 2014, www.researchgate.net/publication/266393773.

70 Jean-Jacques Meusy, « De la prospérité au naufrage : la situation économique et politique de la Bellevilloise », dans Jean-Jacques Meusy (dir.), La Bellevilloise (1877-1939) : une page de l’histoire de la coopération et du mouvement ouvrier français, CREAPHIS, 2001.

71 Christiane Demeulenaure-Douyère, « Formes et expressions de la solidarité ouvrière : l’exemple de la Bellevilloise, coopérative ouvrière de consommation (1877-1936/1939) », dans Dominique Barjot (dir.), Le travail et les hommes aux XIXe et XXe siècles (édition électronique) ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002, Paris, Éditions du CTHS, 2006, cths.fr/_files/ed/pdf/thxx16deme.pdf.

72 Jonathan Crossen, « Theory and Practice : The International Co-operative Alliance and the Second Socialist International », British Columbia Institute for Co-operative Studies, Occasional Paper Series, vol. 3, no 2, p. 12, www.uvic.ca/research/centres/cccbe/assets/docs/publications/practitioner....

73 Christiane Demeulenaere-Douyère, op. cit.

74 « Genossenschaften im 1. Weltkrieg », Genossenschaftsgeschichte.info, genossenschaftsgeschichte.info/genossenschaften-im-ersten-weltkrieg-429.

75 « Genossenschaften in der NS-Zeit : Auflösung der Konsumvereine », Genossenschaftsgeschichte.info, genossenschaftsgeschichte.info/genossenschaften-in-der-ns-zeit-aufloesung-der-konsumvereine-473.

76 Florence E. Parker & Helen I. Cowan, « Cooperative Associations in Europe and their Possibilities for Post-War Reconstruction », US Bureau of Labor Statistics, Bulletin no 770, Washington, 1944, pp. 19-20

77 Gegenblende, no 16 (juillet-août 2012), www.gegenblende.de/16-2012.

78 « Im Wortlaut : Der Deutsche Genossenschaftsverband zum Ausschluss jüdischer Mitglieder 1938 », Genossenschaftsgeschichte.info, genossenschaftsgeschichte.info/deutscher-genossenschaftsverband-ausschluss-juedischer-mitglieder-1938-wortlaut-707.

79 « Development and crises between the First and Second World Wars », Italian Documentation Centre on Cooperatives and Social Economy, www.cooperazione.net/eng/pagina.asp?pid=387&uid=383.

80 « Saggi sul fascismo : Fascismo e cooperazione », www.storiaxxisecolo.it/fascismo/fascismo17b.htm.

81 Agostin Sancho Sora, « El desarrollo del cooperativismo en Aragón : una visión a largo plazo », dans José Luis Argudo Périz, El cooperativismo y la Economía social en la sociedad del conocimiento 1963-2003 : Cuarenta años de formación en cooperativismo y economía social en Aragón, Prensas Universitarias de Zaragoza, Saragosse, 2003, pp. 95-118.

82 Díaz Millán-Foncea & Carmen Marcuello, « Evolución del sector cooperativo en España », Universidad de Zaragoza, www.ciriec-ua-conference.org/images/upload/pdf/PAPERS/347_Diaz-Foncea%20....

83 Agencia Estatal Boletín Oficial del Estado, 21-6-1965, no 147.

84 Kimberley A. Zeuli & Robert Cropp, Cooperatives : Principles and Practices in the 21st Century, Cooperative Extension Publishing, Madison 2004, pp. 27-34, community-wealth.org/content/cooperatives-principles-and-practices-21st-century.

85 SBA, « Choose your business structure : Cooperative », www.sba.gov/content/cooperative.

86 Micha Josephy, « SBA Recognizes Worker Cooperatives as Small Businesses », www.geo.coop/story/sba-recognizes-worker-cooperatives-small-businesses.

87 Trent Craddock and Sarah Kennedy, « Worker cooperative trends in N. America & Europe », www.geo.coop/archives/InternationalTrendsinWorkerCoops.htm.

88 University of Wisconsin, « Research on the Economic Impact of Co-operatives », 2007, reic.uwcc.wisc.edu.

89 World Co-operative Monitor 2014, p. 29.

90 Farm Credit, « Our History », www.farmcreditnetwork.com/about/our-history.

91 World Co-operative Monitor 2014, p. 39.

92 « The NCB Story », www.ncb.coop/default.aspx?id=3682.

93 Overseas Cooperative Development Council, www.ocdc.coop.

94 Carl Ratner, « Neoliberal Co-optation of Leading Co-op Organizations, and a Socialist Counter-Politics of Cooperation », in Monthly Review, vol. 66 (2015), no 9.

95 Maria José Novoa, « Empowering the co-operative movement through advocacy education », www.slideshare.net/cooperatives/ms-maria-jose-novoa-empowering-the-coope....

96 Joyce Rothschild & J. Allen Whitt, The cooperative workplace. Potential and dilemmas of organizational democracy and participation, Cambridge University Press 1986, pp. 10-12.

97 Gar Alperovitz & Thomas M. Hanna, « Mondragón and the System Problem », Truthout, 1er novembre2013, www.truth-out.org/news/item/19704-mondragon-and-the-system-problem.

98 John Clay, « Can Union Co-ops help Save Democracy ? », Thruthout, 4 juillet 2013, truth-out.org/news/item/17381-can-union-co-ops-help-save-democracy?

99 www.usw.org/news/media-center/releases/2012/worker-ownership-for-the-99.

100 USW, Mondragon, OEOC, 26 mars 2012, www.usw.org/union/allies/The-Union-Co-op-Model-March-26-2012.pdf.

101 « Worker Ownership for the 99 % », USW, Mondragon, OEOC, 26 mars 2012, www.usw.org/news/media-center/releases/2012/worker-ownership-for-the-99.

102 Dave Grace and Associates, op. cit., p. 5.

103 Joachim von Braun, Poverty, Climate Change, Rising Food Prices and the Small Farmers, International Fund for Agricultural Development, IFPRI, Rome, 2008.

104 « De landbouw in België in cijfers : Kerncijfers Landbouw 2011 », Algemene Directie Statistieke en Economische Informatie, Bruxelles 2012, statbel.fgov.be/nl/binaries/keyagr nl tcm325-133838.pdf.

105 Conference on Family Farming : A dialogue towards sustainable and resilient farming in Europe and the world, Summary of proceedings, Commission européenne, Bruxelles, 23 novembre 2013, p. 6, ec.europa.eu/agriculture/events/2013/family-farming/proceedings_en.pdf.

106 Pekka Hussi, Josette Murphy, Ole Lindbeg, Lyle Brenneman, The Develoment of Cooperatives and Rural Organizations : The Role of the World Bank, The World Bank, Washington D.C., 1993, p. 72.

107 World Development Report 2008 : Agriculture for Development, The World Bank, Washington D.C., 2007, p. 138.

108 Avishay Braverman, J. Luis Guasch, Monika Huppi, Lorenz Pohlmeier, Promoting Rural Cooperatives in Developing Countries : The Case of Sub-Saharan Africa, World Bank Discussion Paper WDP121, The World Bank, Washington D.C., 1991, www-wds.worldbank.org/external/default/WDSContentServer/IW3P/IB/2000/01/06/000178830_98101903544524/Rendered/PDF/multi_page.pdf.

109 Jos Bijman et al., Support for Farmers’ Cooperatives, Final Report, Commission européenne, Bruxelles, 2012, ec.europa.eu/agriculture/external-studies/2012/support-farmers-coop/fulltext_en.pdf.

110 Pierre Vellas, « La conférence de Stresa et la politique agricole européenne », Politique étrangère, 1958, vol. 23, no 5, pp. 480-487.

111 « About Sunkist : Cooperative », www.sunkist.com/about/cooperative.aspx.

112 « Co-operative and governance structure », www.frieslandcampina.com/english/about-us/cooperative-and-farmers/organo....

113 Gregor Goll, « Worker Occupations and Worker Cooperatives : Examining Lessons from the 1970s and 1980s », dans Jeff Shantz & José Brendan Macdonald, Beyond Capitalism : Building Democratic Alternatives for Today and the Future, Bloomsbury Academic, 2013, p. 148.

114 Joyce Rothschild & J. Allen Whitt, op. cit., p. 196.

115 Cecilia Navarra, « Collective Accumulation of Capital in Italian Worker Cooperatives Between Employment Insurance and “We-rationality” : An Empirical Investigation », Euricse Working Papers, no 004/10, 2010, pp. 7-8, www.euricse.eu/sites/euricse.eu/files/db_uploads/documents/1267106823_n3....

116 Id., p. 26.

117 Voir par exemple The Co-operative Group Sustainability Report 2013, www.co-operative.coop/our-ethics/sustainability-report/.

118 Chris Wright, Worker Cooperatives and Revolution : History and Possibility in the United States, BookLocker.co, Bradendon, 2014, p. 61.

119 Voir pour un renvoi à nombre d’auteurs : Virginie Pérotin, « The Performance of Workers’ Cooperatives », dans Patrizia Battilani & Harm G. Schröter (dir.), The Cooperative Business Movement, 1950 to the Present, Cambridge University Press, New York, 2012, p. 548.

120 Matt Hancock, Compete to Cooperate : The Cooperative District of Imola, Bachilega Editore, 2007.

121 Saioa Arando, Fred Freundlich, Monica Gago, Derek C. Jones et Takao Kato, « Assessing Mondragon : Stability & Managed Change in the Face of Globalization », William Davidson Institute Working Paper no 1003, novembre 2010, p. 11, wdi.umich.edu/files/publications/workingpapers/wp1003.pdf.

122 Giles Tremlett, « Basque co-op protects itself with buffer of foreign workers », The Guardian, 23 octobre 2001.

123 Virginie Pérotin, op. cit., p. 548.

124 Michael Alden Peck, « When the Right Ones Get It Wrong », One Worker One Vote Blog, 21 novembre 2013, 1worker1vote.org/when-the-right-ones-get-it-wrong/.

125 Gar Alperovitz & Thomas M. Hanna, op. cit.

126 « Qué es Mondragon Unibertsitatea », www.mondragon.edu/es/sobre-nosotros/que-es-m-u.

127 « Über uns », Migros-Kulturprozent, www.migros-kulturprozent.ch/Ueber-uns/53/Default.aspx.

128 « Eeden, Frederik Willem van », Biografisch Woordenboek van het Socialisme en de Arbeidersbeweging in Nederland, socialhistory.org/bwsa/biografie/eeden.

129 John Pencavel, « Worker Cooperatives and Democratic Governance », SIEPR Discussion Paper no 12-003, Stanford Institute for Economic Policy Research, Stanford University, Stanford, 2012, ftp.repec.org/opt/ReDIF/RePEc/sip/12-003.pdf.

130 BBC News, 10 août 2004

131 Pierre Fournier, « Les nouveaux paramètres de la bourgeoise québecoise », dans Pierre Fournier, Le capitalisme au Québec, Les Éditions Coopératives Albert Saint-Martin, Montréal, 1978, p. 17, classiques.uqac.ca/contemporains/fournier_pierre/nouveaux_par_bourgeoisie_qc/nouveaux_param.html.

132 Anjel Maria Errasti, Iñaki Heras, Baleren Bakaikoa, Pilar Elgoibar, « The Internationalisation of Cooperatives : The Case of the Mondragon Cooperative Corporation », Annals of Public and Cooperative Economics 74:4 2003, p. 559, www.sc.ehu.es/oewhesai/MCC%20annals.pdf.

133 World Co-operative Monitor 2014, p. 38.

134 « Crédit Agricole S.A. », www.credit-agricole.com/fr/Investisseur-et-actionnaire/Credit-Agricole-S.A.

135 David Audran, « Classement des banques françaises 2014 », www.culturebanque.com/classement-banques-francaises-2014.

136 Plate-forme Paradis fiscaux et judiciaires, « Que font les plus grandes banques françaises dans les paradis fiscaux ? », www.stopparadisfiscaux.fr/que-font-les-etats/la-france/article/que-font-....

137 Ibid., pp. 3-4, www.stopparadisfiscaux.fr/IMG/pdf/etude-banques-PPFJ-13-11-2014.pdf.

138 « Woedende bankklanten voeren opera op in Den Haag », FairFin, 18 février 2013, fairfin.be/actueel/nieuws/2013/02/woedende-bankklanten-voeren-opera-op-den-haag.

139 Betsy Bowman & Bob Stone, « Cooperativization As Alternative to Globalizing Capitalism », Grassroots Economic Organizing, www.geo.coop/node/139.

140 Dave Grace and Associates, op. cit., p. 2.

141 « Declaración cooperativa de Cartagena », www.aciamericas.coop/IMG/pdf/declaracioncooperativacartagena2014.pdf.