Panafricanisme et marxime-léninisme

Rapport présenté au 7ième Congrès Pan Africain, Kampala, Uganda, 2-8 avril 1994 par Ludo Martens


Table des matières

  1. La recolonisation de l'Afrique
  2. La restauration du capitalisme en Union Soviétique
  3. Les leçons de l'expérience historique de l'Union soviétique
  4. La nature du panafricanisme
  5. Nationalisme et internationalisme
  6. Leçons de l'échec africain
  7. Sous le Nouvel Ordre Mondial

Au milieu du XXième siècle est sorti le fameux livre "Panafricanisme ou communisme?" dans lequel Georges Padmore a tracé la perspective d'une Afrique indépendante, basée sur l'entreprise privée, adoptant une orientation sociale-démocrate et hostile au communisme.(1) Aujourd'hui, nous pouvons dire que ce panafricanisme-là a définitivement échoué.

Lorsque, bientôt, l'Afrique entrera dans le XXIième siècle, seul un panafricanisme basé sur le marxisme-léninisme pourra exprimer une position révolutionnaire, anti-impérialiste et socialiste.

En 1970, lorsqu'il a abandonné l'idéologie qu'il avait partagée avec Padmore, Nhrumah écrit: "En Afrique, en Asie et en Amérique latine, l'ébullition économique, politique et sociale doit être expliquée dans le contexte de la révolution socialiste mondiale. Car, aujourd'hui, le processus révolutionnaire réunit trois courants: le système socialiste mondial, les mouvements de libération des peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine et les mouvements ouvriers des pays industrialisés capitalistes" .(2) C'est en partageant cette vision, que nous, en tant que communistes oeuvrant en Europe, exprimons notre opinion sur le Panafricanisme du siècle à venir.
Au cours des quatre décennies passées, les trois courants révolutionnaires mondiaux ont subi de graves défaites dont il s'agit de saisir les causes profondes. Les faiblesses et les erreurs des trois courants ont d'ailleurs exercé une influence réciproque.
Pourquoi, soixante-dix ans après la grande révolution d'Octobre, le socialisme a-t-il été détruit et le capitalisme restauré en Union soviétique?
Pourquoi, trente ans après la grande vague révolutionnaire des indépendances, le néocolonialisme fait-il des ravages jamais vus en Afrique?

1. La recolonisation de l'Afrique

La vague révolutionnaire qui a soulevé l'Afrique au cours des années soixante s'est essoufflée depuis longtemps et l'Afrique semble retombée dans la nuit néocoloniale. La presse et les milieux gouvernementaux occidentaux discutent ouvertement de la recolonisation de l'Afrique. Comme à l'époque coloniale, la politique financière et économique africaine est décidée à l'étranger, par le FMI et la Banque mondiale. L'armée française est toujours présente en Afrique, au centre, à l'est et à l'ouest. Les États-Unis aussi disposent de plusieurs points d'appui militaires sur le continent. L'impérialisme a réinventé un "droit d'ingérence militaire pour des raisons humanitaire", droit qu'il avait revendiqué au siècle passé. Un livre commandé par l'armée belge et consacré à l'intervention militaire de la Belgique en Somalie, affirme que la première intervention humanitaire belge eut lieu en 1885 au Congo, sous le règne de Léopold II...
Comment expliquer un échec aussi fracassant?

D'abord, le processus de décolonisation a été le résultat de plusieurs facteurs.
Il y avait le mécontentement profond et la révolte des populations africaines qui a pris parfois la forme de résistances armées.
Pendant la seconde guerre mondiale, les puissances coloniales, et notamment la France, la Grande Bretagne et la Belgique, furent gravement affaiblies. L'Union soviétique socialiste, qui avait porté l'essentiel de l'effort de la guerre anti-fasciste, voyait son prestige augmenter parmi les forces nationalistes du tiers monde.
La politique extérieure révolutionnaire de l'Union soviétique, ainsi que l'exemple de la Chine et du Vietnam qui ont réalisé leur révolution nationale et démocratique, ont encouragé les peuples de l'Afrique et de l'Asie à lutter contre les puissances coloniales, pour leur indépendance.
Les États-Unis étaient favorables à la fin du régime colonial et à son remplacement par le néocolonialisme qui lui permettrait de remplacer ses concurrents belges, français, anglais et portugais.
Une fraction de la bourgeoisie des pays colonisateurs, souvent liée à la social-démocratie, comprenait la nécessité d'un changement de tactique pour sauver l'essentiel.
Ces facteurs ont contribué à ce que la plupart des mouvements de libération n'aient pas eu le temps de mûrir politiquement et organisationnellement.
Au Congo belge, le premier parti politique a été créé en octobre 1958; un an plus tard, la date de l'indépendance était fixée. Sans formation universitaire, pratiquement sans expérience politique, sans la moindre connaissance du marxisme et du chemin parcouru par les révolution socialistes, les "évolués" n'étaient pas armés pour affronter les difficultés politiques qui les attendaient. La domination intellectuelle de l'Église catholique belge au Congo fut telle qu'un homme comme Lumumba n'avait jamais eu la possibilité de lire un seul ouvrage marxiste-léniniste. Lorsqu'en 1960, il devient un nationaliste révolutionnaire, la Belgique ameute tous les réactionnaires noirs pour dénoncer "l'homme du colonialisme communiste et de l'impérialisme marxiste-léniniste" , comme le disait le porte-parole de Mobutu en septembre 1960.(3) L'anticommunisme fut la clé de la domination intellectuelle du colonialisme et du néocolonialisme au Congo.
Lumumba avait autour de lui une poignée d'éléments nationalistes révolutionnaires qui s'opposaient réellement à la continuation de la domination belge sous d'autres formes. Mais ils n'avaient pas le bagage politique pour s'orienter dans une situation interne tout à fait inédite. Le passage du colonialisme au néocolonialisme a transformé en peu de temps et de fond en comble la situation matérielle et la position sociale de quelques milliers de petits bourgeois. D'un coup, ils devenaient membres d'une nouvelle bourgeoisie bureaucratique et compradore. Ces privilégiés de l'indépendance formelle se sont transformés en une force contre-révolutionnaire, opposée à l'approfondissement de la lutte pour une indépendance politique et économique authentique. Les rares dirigeants qui défendaient cette dernière option - Lumumba, Mpolo, Mbuyi, Elengesa et tant d'autres - furent assassinés ou contraints à l'exil, comme Mulele et Bengila. Le discours nationaliste révolutionnaire de Lumumba fut vite récupéré de façon démagogique par ceux-là mêmes qui l'avaient tué, avant tout par Mobutu. A aucun moment, la bourgeoisie belge, épaulée désormais par les États-Unis, n'a perdu le contrôle ni sur l'économie, ni sur l'appareil d'État, ni sur les organisations politiques congolaises.

Le lumumbisme, idéologie de la lutte anti-impérialiste et démocratique au Congo, n'est pas sorti des limites de la pensée bourgeoise radicale; aussi ne pouvait-il pas affronter les problèmes du néocolonialisme.
En fait, l'idéologie de Nkrumah, beaucoup plus sophistiquée et élaborée que celle de Lumumba, n'est pas non plus arrivée à dépasser ces limites, du moins pendant la période où il gouvernait le Ghana.
Nkrumah a été fortement influencé par Padmore, nationaliste africain proche de la social-démocratie internationale et opposé au marxisme-léninisme. Dans sa propre idéologie, le consciencisme, Nkrumah a voulu appliquer les "vraies valeurs" de la société traditionnelle africaine, de l'islam et du christianisme, c'est-à-dire l'humanisme, l'égalitarisme, le collectivisme, à une société en voie d'industrialisation. L'application de ces concepts idéalistes et petit-bourgeois ne permettait pas à Nkrumah d'appréhender les réalités économiques, politiques et sociales qui l'entouraient. A l'époque, il ne reconnaissait pas l'universalité de la science marxiste-léniniste et, par conséquent, il ne pouvait pas cerner les mécanismes de la formation des classes sociales au Ghana, ni développer une lutte de classes anti-impérialiste et anti-capitaliste conséquente, ni adopter les structures d'un parti d'avant-garde, capable d'affronter l'impérialisme et la bourgeoisie.
Pendant que Nkrumah parlait d'égalitarisme et de collectivisme, une nouvelle classe bourgeoise se développa à l'intérieur de l'appareil de l'État; elle utilisa cet appareil pour s'enrichir de façon légale et illégale; le népotisme, la fraude et la corruption se développèrent.
Ces bourgeois contrôlaient aussi la machine du Convention People's Party, parti unique. Parmi eux on trouvait des hommes liés à la vieille aristocratie, des hommes sans scrupule capables de tenir n'importe quel discours pour arriver au pouvoir et amasser des fortunes et des partisans de l'entreprise privée. Certains avaient des liens ouverts avec l'ambassade de l'Allemagne fédérale et à travers elle, avec les Américains et les Britanniques. Nkrumah critiquait la corruption des hauts fonctionnaires de son parti mais, adversaire de l'analyse rigoureuse des classes et des intérêts des classes, il croyait que le discours humaniste et collectiviste pouvait "transformer" tous les hommes.
Nkrumah était l'homme le plus avancé et le plus radical de sa génération. Mais il n'était pas un marxiste-léniniste. Il était seul, entouré de quelques fidèles dans un parti dont les fonctionnaires étaient fondamentalement hostiles à ses idées. Dès lors le coup d'État contre-révolutionnaire, néocolonial du 24 février 1966 était inévitable.

Le lumumbisme et le consciencisme étaient les idéologies les plus avancées de la petite-bourgeoisie africaine révolutionnaire et anti-impérialiste. Ces courants politiques marquaient une étape nécessaire dans le mûrissement idéologique des peuples africains.
Entre 1944 et 1956, deux courants principaux du processus révolutionnaire se sont développés avec force. Le premier, celui de la construction du socialisme en Union soviétique, puis en Chine populaire, réalisa une alternative au monde capitaliste. Le second, la lutte révolutionnaire anti-coloniale et anti-impérialiste, attaqua la base des super-profits que le capitalisme occidental empocha dans le tiers monde. Ce second courant porta ainsi des coups mortels à la grande bourgeoisie occidentale.
Le passage d'une révolution démocratique (révolution bourgeoise, révolution nationale et anti-coloniale) à la phase d'une révolution socialiste, la transformation d'une révolution nationale et démocratique en révolution socialiste, est une question capitale. C'est aussi un processus révolutionnaire très compliqué.
La révolution anti-coloniale des années cinquante et soixante en Afrique avait deux options stratégiques. Elle pouvait être dirigée par une coalition entre la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie nationales et dans ce cas la rupture avec le système capitaliste mondial ne serait pas radicale. A terme, la bourgeoisie africaine devait alors se réconcilier avec la grande bourgeoisie internationale et réintégrer le marché capitaliste mondial.
L'autre voie consistait à lutter pour une indépendance totale et pour le socialisme, deux aspects inséparables. La révolution anti-coloniale devait affronter frontalement la grande bourgeoisie occidentale et rompre avec elle dans le domaine politique, militaire, économique et culturel. Dans ce combat, la révolution africaine devait s'allier au socialisme mondial, le principal adversaire de la bourgeoisie occidentale dominant l'Afrique. Pour mener ce combat, la révolution africaine devait s'armer en conséquence. Il fallait passer de l'idéologie révolutionnaire nationaliste à l'idéologie socialiste, du lumumbisme et du consciencisme au marxisme-léninisme.
Grâce à cette transformation, l'Afrique pouvait tirer profit de certaines expériences fondamentales qui correspondaient assez bien à ses propres conditions. En effet, le passage direct d'une société féodale et dominée à une société socialiste avait déjà été réalisé dans les Républiques asiatiques de l'URSS ainsi qu'en Chine, en Corée et au Vietnam.
Le passage de l'idéologie nationaliste à l'idéologie marxiste-léniniste s'imposait à tous les révolutionnaires africains, partisans de l'indépendance total. Ainsi, au Congo-Kinshasa, Pierre Mulele, suite à l'assassinat de Lumumba et à la trahison de la plupart des lumumbistes, fit le bilan du nationalisme congolais. Mulele, tout en gardant les aspects révolutionnaires du lumumbisme, assimila le marxisme-léninisme qu'il appliqua à la réalité spécifique de la révolution congolaise. L'insurrection populaire qu'il dirigea entre 1963 et 1968 a atteint un niveau politique et organisationel de loin supérieur au stade lumumbiste. Osende Afana et beaucoup d'autres combattants de l'indépendance africaine ont pris la même option. Cette voie révolutionnaire aurait pu s'imposer en Afrique et en Asie au cours des années soixante, et ainsi contribuer à sceller définitivement le sort à l'impérialisme. Mais c'est ici que se situe la grande trahison de Khrouchtchev.
Après son coup d'Etat de 1956, Khrouchtchev changea complètement l'orientation idéologique et politique de l'URSS, révisant tous les principes fondamentaux du marxisme-léninisme. Cette trahison a complètement désorienté les jeunes forces révolutionnaires africaines qui cherchaient encore leur voie. Du temps de Staline, le Parti bolchevik les aidait à réaliser le passage de l'idéologie nationaliste au socialisme scientifique. Krouchtchev et Brejnev, sous un verbiage pseudo-marxiste, les ont repoussés dans l'idéologie petite-bourgeoise.
Krouchtchev et Brejnev ont nié la nécessité, pour la révolution africaine, de rompre radicalement et totalement avec l'impérialisme. Ils se sont opposés à un travail d'organisation et de conscientisation à long terme au sein des masses ouvrières et paysannes. Ils ont nié la nécessité d'une dictature des ouvriers et des paysans pour mater les forces du néo-colonialisme. Ils n'ont jamais évoqué les luttes de classes complexes qu'il faut mener pour passer du pouvoir ouvrier et paysan à la société socialiste. Ils ont nié la nécessité d'une lutte populaire prolongée contre la bourgeoisie renaissante et contre les intrigues et complots impérialistes.
Khrouchtchev et Brejnev ont rejeté la thèse que seul un parti marxiste-léniniste peut diriger l'ensemble du processus révolutionnaire aboutissant à l'indépendance et au socialisme. Ils ont rayé l'idée essentielle de Lénine et Staline que le Parti doit mener une lutte incessante contre l'opportunisme, le bureaucratisme, le technocratisme, le carriérisme, le népotisme et le profitariat.
Ainsi, dans une période cruciale de l'histoire africaine, Krouchtchev et Brejnev ont aidé à désarmer les jeunes forces révolutionnaires au profit de la bourgeoisie.
Il est donc nécessaire d'examiner les raisons de la dégénérescence de l'Union soviétique, qui a eu des répercussions sur l'ensemble de la situation internationale et notamment sur les révolutions africaines.

2. La restauration du capitalisme en Union soviétique

Lénine, Staline et la dictature du prolétariat

Les premières manufactures, ces germes de la société industrielle européenne, ont surgi du génocide des peuples de l'Afrique noire et de l'Amérique indienne.(4) La découverte des empires des Incas et des Aztèques par les "civilisateurs" européens, a coûté soixante millions de morts à la population indigène. Et des tonnes d'or et d'argent, bien sûr. A partir du début du seizième siècle, les commerçants européens ont capturé puis vendu entre cent et deux cent millions de Noirs. Des dizaines de millions d'hommes ont perdu la vie en Asie et en Afrique lors des conquêtes coloniales du siècle dernier qui ont bouleversé les sociétés locales, causé des famines, répandu des maladies inconnues, imposé l'opium et l'alcool. La révolution industrielle en Europe au dix-huitième et au dix-neuvième siècle a été accompagnée par l'expulsion violente de millions de paysans de leurs terres et par le travail forcé des enfants et des femmes, douze à quinze heures par jour. Les États bourgeois européens se sont rués dans une Première Guerre mondiale pour un nouveau partage des colonies: dix millions de travailleurs ont payé de leur vie cette rivalité entre colonialistes.
Face à ces réalités, le socialisme ne pouvait naître et se maintenir qu'en tant que dictature du prolétariat unissant toutes les couches populaires contre la bourgeoisie.
Pour cette raison, nous pouvons affirmer que dans le contexte actuel de la "démocratie impérialiste", l'expérience fondamentale de Lénine et de Staline acquiert une signification toute particulière pour les peuples qui veulent se libérer de l'oppression impérialiste. L'échec de la voie réformiste au Chili en 1973 et l'élimination du pouvoir sandiniste au Nicaragua suite à ses innombrables concessions à la grande bourgeoisie et à l'impérialisme, démontrent l'actualité des principes révolutionnaires défendus par Lénine, Staline et Mao Zedong.
Les ouvriers et paysans russes, ayant subi la terreur séculaire du tsarisme, ont payé un prix excessivement élevé au cours de la Première Guerre mondiale: presque trois millions de victimes. De cette oppression insupportable, les bolcheviks ont tiré l'énergie, le courage et la détermination nécessaires pour diriger la révolution socialiste et pour briser, par la force, la dictature bourgeoise. La terre et les moyens de production sont devenus propriété publique, la machine d'État oppressive du tsarisme a été systématiquement démantelée et remplacée par l'Etat des ouvriers et des paysans.
Aidées par les armées interventionnistes anglaises, françaises, japonaises, tchèques et autres, les classes réactionnaires et les forces tsaristes ont déclenché une terreur blanche. Pratiquement seuls contre le monde entier, les bolcheviks ont réussi à entraîner les larges masses paysannes derrière la classe ouvrière et à organiser une guerre populaire contre leurs ennemis. C'est dans ce baptême du feu que le bolchevisme a pris profondément racine parmi les paysans pauvres. La terreur blanche aurait rétabli cette immense prison pour les travailleurs et les peuples opprimés, ce bastion de la réaction mondiale qu'était le tsarisme, si les masses n'auraient pas recouru à la contre-terreur rouge. Le socialisme en Russie est né dans une violence inouïe, déclenchée par les classes réactionnaires qui ont utilisé les moyens les plus extrêmes pour maintenir leur domination séculaire.
Il est à noter que la social-démocratie russe a combattu la révolution socialiste dès le premier jour, dès le 25 octobre 1917. En 1918, Kerensky, l'ancien ministre de la Guerre et un des chefs des sociaux-démocrates, s'est rendu à Londres où, au nom des différents partis sociaux-démocrates russes, il a demandé au gouvernement anglais de Loyd George d'intervenir militairement en Russie. Au cours de la guerre civile, la grande majorité des dirigeants sociaux-démocrates se sont battus du côté des interventionnistes et des armées réactionnaires.
Au même moment, en Allemagne, la social-démocratie dirigée par Ebert et Noske, a écrasé dans la sang l'insurrection ouvrière. Tout au cours des années vingt et trente, la social-démocratie européenne a défendu politiquement et par la force des armes le capitalisme et le colonialisme.
Le caractère petit-bourgeois du panafricanisme de Padmore se révèle entre autres dans sa défense de la social-démocratie anglaise et internationale.

C'est Lénine qui a élaboré les principes essentiels de l'édification socialiste sous la dictature du prolétariat. Mais malade et paralysé depuis 1922, il est décédé en 1924, le travail étant à peine commencé.
Entre 1922 et 1953, le Parti bolchevik, dirigé par le camarade Staline, a réalisé les plans de Lénine. Grâce à un héroïsme populaire sans précédent, l'Union soviétique a construit son système socialiste et l'a défendu contre le fascisme. Le Parti bolchevik et le peuple soviétique ont accompli, sous la direction de Staline, les tâches que Lénine leur avait léguées.
Le Parti bolchevik a accompli entre 1921 et 1941 l'industrialisation socialiste, lui permettant de répondre aux besoins essentiels de travailleurs et de tenir tête aux armées fascistes.
La collectivisation de l'agriculture a éliminé la tendance spontanée à la différenciation des classes à la campagne. Elle a empêché l'essor d'une classe de koulaks, d'une bourgeoisie rurale qui représentait la menace intérieure la plus dangereuse pour le socialisme. La collectivisation a permis de nourrir les villes en pleine expansion.
Grâce à la révolution culturelle, l'Union soviétique a propulsé, en quinze ans, des dizaines de millions de paysans, analphabètes et vivant dans des conditions médiévales au coeur du vingtième siècle, et elle a formé une armée de techniciens et de spécialistes bien qualifiés et politiquement conscients, qui ont joué un rôle crucial lors de la guerre antifasciste.
Des années vingt jusqu'aux années cinquante, le Parti bolchevik a contribué de façon décisive au renforcement du mouvement communiste international et l'existence même de l'Union soviétique a rendu possibles les révolutions socialistes en Europe de l'Est et ensuite la seconde victoire de portée mondiale, la révolution socialiste chinoise. Les succès de l'édification socialiste en URSS, liés à sa politique extérieure d'indépendance et de paix, ont impulsé le mouvement de décolonisation en Afrique et en Asie.

Nous voulons nous attarder un instant sur quatre luttes politiques dirigées par Lénine et Staline, qui continuent à provoquer de vives controverses.
D'abord la polémique sur le socialisme dans un seul pays.
Lénine avait exprimé sa confiance dans la possibilité de la construction socialiste en Union soviétique, seul pays qui avait pris la voie socialiste, en déclarant: "De la Russie de la Nouvelle Politique Économique (politique de concessions au petit capitalisme à la campagne) sortira la Russie socialiste". "Le communisme, dit-il aussi, c'est le pouvoir des Soviets plus l'électrification de tout le pays". En d'autres mots: il faut maintenir la dictature du prolétariat et créer des moyens de production modernes. Lénine adopta en 1920 un plan ambitieux de quinze ans pour construire des centrales électriques d'une puissance de 1,75 millions de KW. En 1935, Staline avait réalisé ce plan à... 233 %, atteignant une capacité de 4,07 millions KW. Pendant onze ans, de 1930 à 1940, l'Union soviétique a connu un taux de croissance moyenne de la production industrielle de 16,5 %. L'industrialisation socialiste a été la plus grande réussite économique jamais vue au cours de l'histoire. Elle fut réalisée par la mobilisation politique des ouvriers pour une véritable lutte de classes contre l'ancienne bourgeoisie russe qui essayait d'entraver l'édification et contre la bourgeoisie internationale qui préparait la guerre anti-soviétique.
A partir de 1922, Trotski attaqua la politique de Lénine en affirmant que l'édification socialiste dans un seul pays, la Russie, était impossible; seule la révolution en Europe occidentale pouvait sauver le pouvoir soviétique. Cette thèse défaitiste et capitularde reprenait la position des sociaux-démocrates qui prônaient un développement capitaliste: la Russie arriérée n'était "pas mûre" pour la socialisme. Au cours d'une polémique qui dura cinq ans, Trotski fut complètement isolé au sein du Parti. S'engageant dans une politique antiparti, il fut à juste titre exclu du Parti et expulsé du pays. Au cours des années trente, il devint le plus grand spécialiste de la lutte anticommuniste au monde. Il prônait l'assassinat des dirigeants bolcheviks qu'il appela, selon les termes utilisés par les fascistes, "une clique autocratique", "une nouvelle caste de parasites". Les différents services secrets occidentaux ont toujours utilisé les livres de Trotski pour combattre le marxisme-léninisme.
A partir de 1937, l'anticommunisme de Trotski a influencé Padmore et le noyau panafricaniste autour de lui, et notamment CLR James et T.R. Makonnen.

La deuxième controverse majeure concernait la collectivisation de l'agriculture.
La collectivisation est présentée par la bourgeoisie comme une contrainte imposée aux masses paysannes; en réalité, elle a été une grande lutte de classes menée par les paysans pauvres et moyens pour sortir du sous-développement.
En 1928, l'Union soviétique comptait 7% de paysans sans terre, 35% de paysans pauvres, 53% de paysans moyens et 5% de paysans riches, les koulaks, qui possédaient 20% des céréales commercialisées. L'évolution spontanée renforçait les paysans riches qui, par un contrôle accru sur le blé commercialisé, pouvaient affamer les villes et saboter l'industrialisation socialiste. La modernisation d'une agriculture médiévale où dominaient la charrue en bois et le cheval, était une nécessité absolue pour réussir l'industrialisation du pays. Si les machines avaient été introduites à la campagne grâce au capital privé des paysans riches, l'exploitation, la misère et la famine en auraient été les conséquences inévitables pour la majorité de la paysannerie et une bourgeoisie rurale revigorée se serait inévitablement lancée à l'assaut du socialisme. Pour défendre le pouvoir des travailleurs, il n'y avait pas d'autre voie possible que celle de la collectivisation, au cours de laquelle a explosé la haine séculaire des paysans pauvres et moyens contre les koulaks. Cette lutte de classes organisée par les paysans pauvres et moyens était le facteur décisif de la collectivisation, étant donné que le Parti bolchevik, qui ne comptait que 200.000 membres à la campagne, restait relativement faible en milieu paysan. La collectivisation a été réalisée à travers une réédition de la guerre civile à la campagne, les paysans riches et les réactionnaires tuant un grand nombre de cadres et de dirigeants des paysans pauvres et abattant le bétail pour saboter l'économie collective. La répression que les paysans pauvres ont exercée contre les koulaks était, pour une bonne part, une réaction inévitable à des siècles d'oppression.
Boukharine a été le principal dirigeant soviétique à combattre la collectivisation. En 1928, il s'opposait au déclenchement d'une nouvelle lutte des classes à la campagne ayant pour but d'éliminer la bourgeoisie rurale. Il disait que l'agriculture collective ne pouvait réussir, qu'il fallait maintenir l'agriculture individuelle et permettre aux paysans riches de se développer. Le boukharinisme était une variante de la social-démocratie et de sa politique de "paix des classes". Si la bourgeoisie rurale avait pu dominer la campagne russe, le pouvoir socialiste aurait été renversé.
Au début des années soixante, la plupart des révolutionnaires nationalistes en Afrique ont adopté des positions proches de celles de Boukharine. Ils se sont opposés à la ligne définie par Lénine et Staline: sous la direction de la classe ouvrière, s'appuyer sur la mobilisation des ouvriers agricoles et des paysans pauvres, rallier les paysans moyens et isoler, transformer et évincer les paysans riches. Sékou Touré affirmait que "la différence entre le paysan et le travailleur réside dans le degré de prise de conscience" .(5) Ainsi, il niait la thèse fondamentale du marxisme qui affirme que la classe ouvrière et la paysannerie constituent deux classes différentes par leur position vis-à-vis des moyens de production. Les ouvriers agricoles font partie de la classe ouvrière, les paysans pauvres et moyens sont des couches petites-bourgeoises, les alliés directs de la classe ouvrière. Sékou Touré inventa le concept anti-marxiste de "la classe du Peuple constituée des couches laborieuses" ; ce Peuple mènerait la lutte de classes contre "la classe anti-Peuple" constituée de "commerçants trafiquants et d'intellectuels tarés" .(6) Une telle ligne ne permettait pas de mobiliser les paysans pauvres et moyens contre les forces féodales, la bureaucratie néocoloniale et la bourgeoisie rurale.

Troisième sujet de débat: l'épuration du Parti organisée en 1937-1938.
Cette épuration fut nécessaire en prévision de la guerre à venir. Staline avait compris que l'exacerbation des conflits internationaux et l'imminence d'une guerre d'agression contre l'Union soviétique imprimaient un caractère tout particulier aux luttes politiques à l'intérieur du Parti. Il savait qu'en prévision du conflit mondial à venir, l'Allemagne nazie et les autres puissances impérialistes continuaient à envoyer de nombreux espions, saboteurs et agents de diversion en URSS. Les débris des classes exploiteuses et les anciens réactionnaires chercheraient immanquablement à se venger du socialisme en se liant aux puissances impérialistes "libératrices". Les opportunistes et les défaitistes dans le Parti, impressionnés par la "supériorité" de l'impérialisme, pouvaient facilement succomber à la tentation d'entrer en contact avec l'ennemi et certains l'ont effectivement fait. Staline a organisé une vaste mobilisation populaire pour épauler l'épuration. Celle-ci visait, en fait, deux types d'adversaires du socialisme. D'abord les éléments des anciennes classes exploiteuses qui cherchaient la revanche, les capitulards et les éléments pro-allemands, qui tous attendaient l'arrivée des nazis pour se "libérer". Ensuite, la mobilisation populaire visait les bureaucrates et les technocrates qui se détournaient des masses et constituaient déjà un noyau d'une nouvelle bourgeoisie, qui, elle aussi, était encline à capituler devant le plus fort, c'est-à-dire devant l'Allemagne hitlérienne. Cette épuration était absolument nécessaire. Mais, vu les conditions de l'époque, il était tout aussi inévitable qu'elle s'accompagne de nombreuses erreurs. En effet, des bureaucrates "déviaient" la vigilance sur des innocents pour protéger leur propre position; des arrivistes accusaient faussement des cadres pour monter dans la hiérarchie; des éléments ennemis, infiltrés dans le Parti, fabriquaient des "preuves" pour abattre des communistes loyaux et des exagérations gauchistes furent commises par des communistes honnêtes. En 1938 déjà, Staline avait analysé ces manoeuvres et ces erreurs.
Mais, somme toute, l'épuration a atteint ses objectifs fondamentaux. L'épreuve du feu de la guerre antifasciste a montré que, contrairement à tous les autres pays du monde, l'Union soviétique a connu très peu de collaborateurs. En Europe occidentale, par contre, un grand nombre d'opportunistes de la social-démocratie ont rejoint l'occupant nazi, comme Staline l'avait prévu. En Belgique, les plus hauts dirigeants sociaux-démocrates, à commencer par le président Henri De Man, ont publiquement rendu hommage à l'action libératrice d'Adolf Hitler. En France, la majorité des sociaux-démocrates ont voté les pleins pouvoirs au collaborateur Pétain. Alors, il n'est pas étonnant qu'en Occident, avec une belle unanimité, toutes les fractions de la bourgeoisie dénoncent "l'épuration criminelle" organisée par le Parti bolchevik: la plupart des grands industriels et banquiers, des cadres des partis nationalistes, sociaux-chrétiens, libéraux et sociaux-démocrates ont collaboré avec les nazis, aussi longtemps que la victoire allemande leur semblait assurée...

La quatrième polémique concerne la lutte de Staline contre le nationalisme bourgeois.
Staline a dû mener des luttes répétées contre le nationalisme grand-russe et contre le nationalisme local (géorgien, ukrainien, etc.) qui, tous les deux, s'opposaient de front au socialisme.

En 1923 déjà, Staline souligna que le nationalisme russe restait très ancré chez les paysans riches et les nouveaux bureaucrates et que ces derniers s'efforçaient de remplacer l'idéologie marxiste du Parti par l'idéologie nationaliste russe pour préparer les conditions d'un coup d'État bourgeois.
Staline souligna aussi que dans les républiques de la périphérie (Géorgie, Azerbaïdjan, Kazakhstan) où les influences féodales étaient fortes, tous les réactionnaires avaient recours au nationalisme dans un triple but: masquer les contradictions de classe, rompre l'unité entre les ouvriers et les paysans des différentes nationalités, dresser les masses contre le socialisme "étranger aux traditions nationales". Staline faisait remarquer que ce "nationalisme" était soutenu par les différentes puissances impérialistes qui savaient qu'une Géorgie ou un Kazakhstan "indépendants" tomberaient sous leur domination. Staline dit: "La déviation vers le nationalisme, c'est l'adaptation de la politique internationaliste de la classe ouvrière à la politique nationaliste de la bourgeoisie. La déviation vers le nationalisme reflète les tentatives de sa 'propre' bourgeoisie 'nationale' de saper le régime soviétique et de rétablir le capitalisme." (7)
Cette lutte idéologique a rebondi en 1948, lorsque Tito adopta une ligne anti-soviétique. Tito était un élément nationaliste bourgeois, placé à la tête du Parti communiste yougoslave au cours de la guerre contre l'occupation fasciste allemande. Après 1945, il s'est appuyé de plus en plus sur des éléments bourgeois et réactionnaires et s'est opposé à l'unité des pays socialistes. Lorsqu'il fut critiqué par Staline, il exclut 200.000 communistes du Parti et fit assassiner plusieurs dirigeants. Partant de son nationalisme, il a adopté une position trotskiste d'hostilité farouche à l'Union soviétique et il a élaboré une ligne boukhariniste, prônant la paix des classes avec la bourgeoisie yougoslave. Soutenu financièrement, politiquement et militairement par les États-Unis et l'Allemagne occidentale, Tito est devenu une pièce maîtresse dans la politique anti-soviétique et anti-socialiste de l'impérialisme mondial, comme le montre le livre remarquable de James Klugmann, un ancien ami de Tito.(8)
A partir des années cinquante, le nationalisme titiste a été propagé par les États-Unis dans les pays de l'Afrique et de l'Asie pour détourner les forces progressistes de la voie marxiste-léniniste. Dans son livre, Padmore fait l'éloge de Tito qui "n'a pas avalé en aveugle les zigzags du Kremlin" !(9)
Pour conclure, nous pouvons dire que Staline a correctement mené la lutte contre le révisionnisme. Staline a affirmé que les trotskistes, les boukharinistes et les nationalistes bourgeois défendaient une ligne bourgeoise, qu'ils exprimaient les intérêts des classes exploiteuses renversées, qu'ils aidaient les classes et couches antisocialistes à regrouper leurs forces et que leur victoire signifierait la restauration du capitalisme.
Khrouchtchev a commencé par prétendre que ces thèses étaient aberrantes et conduisaient à l'arbitraire. Des thèses nationalistes, boukharinistes et trotskistes ont commencé à refaire surface dans la politique du PCUS. Finalement, Gorbatchev a réhabilité les trotskistes, boukharinistes et nationalistes bourgeois comme de braves gens, "victimes du stalinisme"... et effectivement, deux années plus tard, la restauration du capitalisme a été accomplie. L'histoire a prouvé la justesse des points de vue de Staline.

Khrouchtchev: la première rupture avec la révolution socialiste

Khrouchtchev a organisé un coup d'État en Union soviétique en deux étapes: il s'est appuyé sur l'armée en 1953 pour démanteler la Sécurité de l'État et il a eu à nouveau recours à l'armée en 1957 pour chasser la majorité du Bureau politique groupée autour de Molotov-Kaganovitch-Malenkov.
Il y a lieu de rappeler ici trois thèses essentielles édictées par Khrouchtchev, il y a trente ans, et qui permettent de comprendre ce qui s'est passé récemment en URSS.
Première thèse: il n'y a plus de pouvoir de la classe ouvrière en Union soviétique, l'État de la classe ouvrière est remplacé par l'État du peuple tout entier. Après avoir assuré la victoire totale et définitive du socialisme et le passage de la société à la construction en grand du communisme, la dictature du prolétariat a rempli sa mission historique, l'État s'est converti en Etat de tout le peuple . Cette thèse a conduit à la cessation de la lutte contre les courants bourgeois et réactionnaires et contre l'influence exercée par l'impérialisme. Elle visait par ailleurs à assurer la tranquillité à une bureaucratie en train de se séparer complètement des travailleurs. Dans un "État du peuple entier", la bureaucratie pouvait s'installer confortablement, acquérir des privilèges, tirer un profit personnel de ses positions politiques et économiques, puisque, de toute façon, des contradictions de classe ne pouvaient surgir entre elle et les masses travailleuses.
Ces positions de Khrouchtchev ont influencé les révolutionnaires africains qui, comme Sékou Touré, parlent du "Parti-Etat" , de la "fusion de l'État et du Parti" et du "peuple qui exerce souverainement le pouvoir politique" . (10) Nous sommes loin de la position marxiste-léniniste qui défend la "dictature du prolétariat et de la paysannerie", dictature qui s'exerce à l'encontre de l'impérialisme, de la bourgeoisie pro-impérialiste et de la féodalité et qui prépare les conditions matérielles et politiques pour passer progressivement à l'élimination de toutes les formes d'exploitation capitaliste.
Deuxième thèse de Khrouchtchev: il déclare que le capitalisme s'effondre dans le monde entier alors que le socialisme marche irrésistiblement vers le triomphe. Selon Khrouchtchev, les progrès fulgurants de l'Union soviétique attirent les regards des travailleurs du monde, pendant que le capitalisme, affaibli, n'a quasi plus de capacité de résistance. C'est pourquoi il est possible de prendre le pouvoir en Europe et dans le reste du monde par la voie parlementaire et pacifique. Il s'est créé des conditions plus favorables à la victoire du socialisme dans les autres pays, parce que le socialisme a triomphé en Union soviétique . Le vaste camp des pays du socialisme, dont la population dépasse 900 millions d'habitants, grandit et se consolide. Les idées du socialisme s'emparent réellement de l'esprit de toute l'humanité travailleuse . Le capitalisme est devenu beaucoup plus faible. Les partis bourgeois de droite et les gouvernements qu'ils forment, font de plus en plus faillite . D'où la possibilité de conquérir une solide majorité au parlement et de le transformer en instrument d'une volonté populaire véritable . Ces positions qui embellissent la société impérialiste et la dictature de la bourgeoisie, constituent un changement total d'orientation politique par rapport à la politique de Staline.
Pour les pays du tiers monde, Khrouchtchev prônait "l'État de démocratie nationale" qui serait constitué "en commun", par la classe ouvrière, la paysannerie, la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie nationale. Cet État pouvait prendre "la voie du développement non capitaliste" grâce à "l'appui puissant" que l'Union soviétique apporterait "aux peuple des anciennes colonies" .(11) Krouchtchev s'opposait à la lutte révolutionnaire des masses ouvrières et paysannes contre l'instauration du néocolonialisme, et notamment contre la grande insurrection populaire dirigée par Pierre Mulele au Congo-Kinshasa.
Nkrumah lui-même a été fortement influencé par la ligne de Khrouchtchev. L'insurrection populaire au Congo était loin d'être brisée le 24 novembre 1965, le jour du coup d'État de Mobutu. Mais Nkrumah soutenait la coalition néocoloniale autour de Mobutu contre le groupe néocolonial de Tshombe. Nkrumah écrit à Mobutu: "J'étais heureux d'apprendre que votre gouvernement soutient les objectifs de l'OUA et ... l'unité Africaine" , puis il demanda "une amnistie pour ceux qui avaient pris les armes contre leur propre pays(!)" . Finalement il soutint Mobutu dans sa politique de "réconciliation nationale" . (12) C'est dans la même optique que fin septembre 1968, le gouvernement nationaliste de Ngouabi, à Brazzaville, contraindra Mulele de retourner à Kinshasa, où, sur instructions de Mobutu, il sera arrêté. Mulele a été assassiné dans la nuit du 3 octobre: vivant, il a été coupé en morceaux...
Le troisième point concerne l'attitude de Khrouchtchev envers les États-Unis. La superpuissance impérialiste était considérée, jusqu'alors, comme le gendarme numéro un dans le monde, pratiquant l'ingérence et l'agression sur les cinq continents. Mais voici que Khrouchtchev déclare: Nous voulons être amis avec les États-Unis et coopérer avec eux dans la lutte pour la paix et la sécurité des peuples. Nous nous engageons dans cette voie avec de bonnes intentions et sans nul dessein caché ... Et cela au moment où la plupart des peuples du tiers monde, que ce soit en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, affrontaient avec vigueur l'impérialisme américain qui leur imposait une dictature néocoloniale terroriste.

Brejnev: la dégénérescence s'accélère

Ensuite vint Brejnev. Certains communistes estiment qu'il s'est démarqué des erreurs les plus grossières de Khrouchtchev. L'analyse des quatre congrès du Parti auxquels il a présidé, ne permet pas de confirmer cette opinion.
Nikita Khrouchtchev avait lancé trois idées-clés: la fin de la lutte des classes, l'État du peuple tout entier, la sollicitude envers la bureaucratie privilégiée.
Brejnev continue sur cette lancée. Il nous présente des images enchanteresses d'une société sans classes, qui servent à masquer une différenciation croissante entre les couches sociales. Il se félicite du rapprochement de toutes les classes et groupes sociaux". Notre intelligentsia soviétique considère que sa vocation est de consacrer son énergie créatrice à l'oeuvre d'édification de la société communiste . Or, à l'époque, une partie importante de cette intelligentsia est complètement dépolitisée et ensorcelée par l'Occident. Dans les chimères brejnéviennes, s'effacent non seulement les différences entre les classes mais aussi les distinctions entre nationalités...Brejnev invente la notion du "peuple soviétique" où se dissolvent les classes comme les nationalités. Dans notre pays, on a vu se former une nouvelle communauté historique: le peuple soviétique. Des rapports harmonieux nouveaux entre les classes et les groupes sociaux, entre les nations et les nationalités, sont nés dans le travail commun. . Avec Brejnev, le marxisme-léninisme se métamorphose, de science de la lutte des classes, en idéologie, c'est-à-dire en fausse conscience qui exprime les intérêts d'une couche privilégiée en train de se détacher des travailleurs. Jamais, au cours des quatre congrès, on ne voit Brejnev saisir les réalités vivantes et mouvantes des différentes classes, couches et forces politiques pour en tirer des consignes de lutte et de mobilisation.
La même démarche anti-marxiste fut adoptée par Brejnev pour "analyser" l'Afrique. En 1974, des régimes dirigés par la bourgeoisie compradore pro-occidentale ou par la bourgeoisie nationale aussi différents que l'Égypte et l'Algérie, la Somalie, la Tanzanie et le Congo furent qualifiés de "régimes à orientation socialiste" suivant "la voie non-capitaliste de développement"...
Sous Brejnev, l'élite bureaucratique devient presque inamovible. Le brejnévisme, c'est la tranquillité assurée à la couche embourgeoisée. Adepte de Khrouchtchev, Jaurès Medvedev écrit: A l'époque de Staline, les dignitaires du Parti se sentirent plus menacés encore par les organes de sécurité que les simples citoyens . Il poursuit: Brejnev n'était pas un véritable chef en 1964, mais le représentant de la bureaucratie qui cherchait à vivre tranquillement et plus sûrement, tout en augmentant ses privilèges. Ses électeurs n'étaient autres que l'élite bureaucratique. A cet égard, Brejnev changea aussi le système, car il créa, plus que quiconque, les conditions d'épanouissement d'une véritable élite privilégiée, une réelle nomenclature .
La tranquillité et l'inamovibilité étant assurées pour l'élite, ses membres ne se contentaient pas de leurs revenus légaux. La stabilité de l'élite eut un autre effet négatif. La corruption officielle n'a cessé de se développer à tous les niveaux. La discipline du Parti a baissé, le népotisme est devenu un phénomène normal et le prestige idéologique et administratif du Parti s'est terni . La grande corruption des bureaucrates soviétiques haut placés était devenue une forme de 'maladie professionnelle'. La distinction entre propriété publique et propriété privée n'était pas respectée .
Loin de revenir sur les erreurs de Khrouchtchev, Brejnev a foncé dans la même direction néfaste, aggravant encore le cours révisionniste.
D'abord, Brejnev imprime une orientation militariste à toute la politique soviétique. Il mise presque exclusivement sur l'accroissement des forces militaires soviétiques pour défendre et élargir les positions de l'Union soviétique. "Renforcer l'État soviétique, cela veut dire accroître au maximum la capacité de défense de notre patrie." Et de saluer l'équilibre militaire et stratégique qui s'est instauré entre l'URSS et les États-Unis . La voie de la parité militaire et nucléaire avec le complexe militaro-industriel occidental était impraticable et destructrice pour un pays socialiste. Ayant relégué au musée de l'histoire la mobilisation des masses, la continuation de la lutte des classes et l'éducation révolutionnaire, Brejnev fait siennes une conception et une doctrine militaire, propre à ses adversaires. Tout ce qui faisait la force d'une défense socialiste au temps de Staline, disparaît. Un effort militaire démesuré mine toute l'économie civile de l'Union soviétique.
Ensuite, par l'effet cumulé du révisionnisme et de l'hégémonisme, Brejnev fait éclater le mouvement communiste international.
En 1966, Brejnev excommunie pour "stalinisme" et "déviationnisme de gauche", la Chine et l'Albanie, qui ont exprimé leur désaccord avec le révisionnisme de Khrouchtchev. Trois années plus tard, Brejnev transforme la confrontation politique avec la Chine en affrontement armé.
Enivrés par les "nouvelles idées" de Khrouchtchev, un grand nombre de partis communistes du monde impérialiste foncent à toute allure vers la réconciliation avec la bourgeoisie de leur propre pays, ce qui accentue l'effritement du mouvement communiste international
Dans les pays socialistes de l'Est, Dubcek et ses semblables proposent de liquider les derniers vestiges de la dictature du prolétariat et d'introduire un système social- démocrate, bourgeois.
Alors que le révisionnisme ronge les bases du socialisme en l'Europe de l'Est, Brejnev doit recourir au contrôle militaire pour maintenir un semblant d'unité dans son camp. Il proclame: Les frontières de la communauté socialiste sont inviolables et intangibles . L'unité fraternelle des pays socialistes est le meilleur rempart contre les forces qui tentent d'attaquer et d'affaiblir le camp socialiste . En apparence, l'Union soviétique exprime ainsi sa fidélité à l'internationalisme prolétarien. Mais son ingérence et son contrôle de plus en plus directs, corrodent toujours davantage un socialisme rachitique. La théorie du meilleur rempart: la protection de l'Union soviétique" , est une ineptie. Le meilleur rempart sera toujours la mobilisation des travailleurs, le développement de leur conscience, leur effort indépendant pour défendre leur pouvoir. Sur cette base, un pays socialiste peut faire appel, dans des circonstances exceptionnelles et pour une période limitée, à l'aide des pays amis, comme l'a fait la République démocratique et populaire de Corée, agressée, en 1950, par l'armée américaine.
La "révolution mondiale" de Brejnev est, par essence, l'extension à toute la planète de l'hégémonisme soviétique, suivant le modèle de l'Europe de l'Est. Brejnev nie que le socialisme mondial naîtra de la somme des différentes expériences révolutionnaires nationales. Il méconnaît que les partis révolutionnaires doivent être ancrés dans les réalités spécifiques de leur pays, qu'il leur faut mobiliser les larges masses pour la lutte révolutionnaire en tenant compte de leurs particularités, et qu'ils doivent écraser l'impérialisme et la réaction locale. Brejnev rejette l'idée que les masses populaires en armes constituent le seul rempart contre l'impérialisme et la réaction. Il fait miroiter aux peuples du tiers monde l'intervention de l'armée soviétique, comme garantie de leur liberté. Brejnev: Le socialisme sert de rempart aux peuples qui luttent pour leur liberté et leur indépendance . L'Union soviétique de Brejnev soutient des réformistes (Chili), des putschistes et des aventuriers (Éthiopie, Afghanistan), ainsi que des militaristes (Égypte, Syrie) qu'elle présente indistinctement comme des artisans de la révolution socialiste. Comme l'Union soviétique est à leur côté et que son armée constitue le rempart garantissant leur liberté , Brejnev intervient dans plusieurs pays pour maintenir au pouvoir des forces réformistes et des putschistes prosoviétiques. Cette politique aventuriste a atteint son point culminant au moment de l'invasion soviétique en Afghanistan et de l'intervention militaire vietnamienne au Kampuchéa.

Gorbatchev: la restauration du capitalisme

L'analyse qui cerne le mieux les réalités des pays socialistes au cours de la période 1956-1990, reste celle avancée au cours des années soixante par le camarade Mao Zedong. Elle peut, aujourd'hui, être précisée et corrigée sur certains points à la lumière des événements récents de l'Europe de l'Est, de l'URSS et de la Chine.
Voici comment Mao Zedong voyait l'avenir du socialisme.
"La société socialiste couvre une longue, très longue période historique. Durant toute sa durée, la lutte de classes entre bourgeoisie et prolétariat se poursuit, la question de savoir qui l'emportera, de la voie capitaliste ou de la voie socialiste, subsiste, c'est-à-dire que le danger de la restauration capitaliste demeure". "La révolution socialiste dans le seul domaine économique (en ce qui concerne la propriété des moyens de production) ne suffit pas, et, d'ailleurs, n'assure pas la stabilité. Il doit y avoir aussi la révolution socialiste complète dans les domaines politique et idéologique. La lutte pour savoir qui l'emportera dans les domaines politique et idéologique, le socialisme ou le capitalisme, demande une très longue période avant qu'il ne soit décidé de son issue. Quelques dizaines d'années n'y suffiront pas; cent ans, voire des centaines d'années, sont nécessaires à la victoire définitive. Dans cette période historique du socialisme, nous devons maintenir la dictature du prolétariat, mener la révolution socialiste jusqu'au bout, si nous voulons empêcher la restauration capitaliste, et nous devons entreprendre l'édification socialiste, afin de créer les conditions pour le passage au communisme". "Avant l'arrivée au pouvoir de Khrouchtchev, les activités des nouveaux éléments bourgeois étaient limitées et sanctionnées. Mais, depuis que Khrouchtchev a pris le pouvoir et a usurpé graduellement la direction du Parti et de l'État, ces nouveaux éléments bourgeois sont parvenus à des positions dominantes au sein du Parti et du gouvernement et dans les domaines économiques, culturels et autres. Ils sont devenus une couche privilégiée de la société soviétique". "Même sous la domination de la clique de Khrouchtchev, la masse des membres du PCUS et le peuple poursuivent les glorieuses traditions révolutionnaires cultivées par Lénine et Staline, s'en tiennent au socialisme et aspirent au communisme. Parmi les cadres soviétiques, nombreux sont ceux qui s'en tiennent toujours aux positions révolutionnaires du prolétariat et à la voie socialiste, qui sont fermement contre le révisionnisme de Khrouchtchev". "La lutte de classes, la lutte pour la production et l'expérience scientifique sont les trois grands mouvements révolutionnaires de l'édification d'un pays socialiste puissant. Ces mouvements constituent une sûre garantie permettant aux communistes de se débarrasser du bureaucratisme, de se prémunir contre le révisionnisme et le dogmatisme et de demeurer toujours invincibles, une sûre garantie permettant au prolétariat de s'unir avec les larges masses travailleuses et de pratiquer une dictature démocratique. Si, en l'absence de ces mouvements, on laissait se déchaîner les propriétaires fonciers, les paysans riches, les contre-révolutionnaires, les éléments malfaisants et les monstres de tous genres, tandis que nos cadres fermeraient les yeux et n'opéreraient pas de distinction entre l'ennemi et nous dans nombre de cas, mais collaboreraient avec l'ennemi et se laisseraient gagner par la corruption et la démoralisation, si nos cadres étaient ainsi entraînés dans le camp ennemi ou si l'ennemi parvenait à s'infiltrer dans nos rangs, et si beaucoup de nos ouvriers, paysans et intellectuels étaient laissés sans défense face aux tactiques tant enveloppantes que brutales de l'ennemi, alors peu de temps se passerait, peut-être quelques années ou une décennie, et tout au plus quelques décennies, avant qu'une restauration contre-révolutionnaire n'ait inévitablement lieu à l'échelle nationale, que le Parti marxiste-léniniste ne devienne un parti révisionniste ou un parti fasciste et que toute la Chine ne change de couleur." (13)
Dans la patrie de Lénine, Khrouchtchev a usurpé le pouvoir en 1956, après trois années d'habiles manoeuvres et de savants préparatifs. Il a ensuite dû consolider son pouvoir à la direction du Parti, en éliminant la majorité du bureau politique lors de la lutte contre "la clique antiparti Molotov- Malenkov-Kaganovitch". Par des attaques idéologiques et politiques contre des principes essentiels de la construction socialiste, Khrouchtchev a d'abord changé l'orientation fondamentale du PCUS. Ceci constituait un préalable pour permettre aux cadres bureaucratisés et opportunistes d'acquérir des privilèges et de se constituer en couche sociale distincte. Même après l'élimination de Khrouchtchev, certains cadres dirigeants ont poursuivi les efforts pour en revenir aux principes marxistes-léninistes. Les bases socialistes de la société n'étaient pas encore détruites et des millions de communistes persévéraient dans leur travail révolutionnaire. Lors de la période Brejnev, la couche dirigeante a accumulé des privilèges croissants et elle s'est enrichie par une panoplie de moyens illégaux. Mais elle devait toujours parasiter, en quelque sorte, une base économique et politique qui ne lui appartenait pas. Les communistes authentiques pouvaient toujours défendre un certain nombre d'acquis de la classe ouvrière. Les lois socialistes, les mesures favorables aux travailleurs et l'idéologie marxiste-léniniste continuaient à exercer une grande influence dans la société. La couche dirigeante réduisait le marxisme à un chapelet de formules figées et importait toute sorte de courants idéologiques de l'Occident. Dénaturant la pensée socialiste, elle rendait une deuxième jeunesse à des idéologies bourgeoises surannées. Dans un nombre croissant de secteurs, les nouveaux éléments bourgeois transformaient les moyens de production et les biens de l'État en leur propriété privée. Ils concluaient des mariages d'affaires avec les capitalistes nouveaux du secteur informel, dont ils facilitaient l'extension. A la fin de la période Brejnev, une nouvelle classe capitaliste s'était soudée qui poursuivait des intérêts propres, antagoniques à ceux des travailleurs. Cette classe, désormais devenue adulte, s'apprêtait à lutter pour l'instauration de sa dictature ouverte. Il lui fallait débarrasser le pays des dernières influences, des dernières apparences marxistes-léninistes. Elle trouva en Gorbatchev un drapeau, dans la glasnost un moyen d'expression, dans la perestroika une légitimation de ses projets de restauration. Gorbatchev critiquait Brejnev à partir de points de vues libéraux et pro-occidentaux. Gorbatchev a donné un nouvel approfondissement au révisionnisme de Khrouchtchev et de Brejnev, conduisant au renoncement complet et ouvert des principes marxistes-léninistes.
L'Union soviétique a connu deux grands points de rupture avec le socialisme: le rapport de Khrouchtchev de 1956 qui marqua la répudiation des principes essentiels du léninisme, et la perestroika de Gorbatchev qui décréta, en 1990, le passage à l'économie du marché.
Le révisionnisme de Khrouchtchev a ouvert une période de transition du socialisme au capitalisme. Les nouveaux et anciens éléments bourgeois ont eu besoin de trente ans pour passer de la prime enfance à l'âge adulte, pour affirmer et consolider leurs positions dans le domaine politique, idéologique et économique. Le processus de dégénérescence, entamé en 1956, a demandé trois décennies pour en finir avec le socialisme.
Les attaques contre l'expérience de Staline ont joué un rôle essentiel, tout au long de ce processus de dégénérescence. En Union soviétique, les révisionnistes ont peiné trente-cinq ans à démolir Staline. Une fois Staline démoli, Lénine a été tué en un tour de main. Khrouchtchev s'est acharné contre Staline, et Gorbatchev l'a relayé en menant, au cours des cinq années de sa glasnost, une croisade contre le stalinisme. Avez-vous remarqué que la destruction des statues de Lénine n'a pas été précédée par une campagne politique contre son oeuvre? La campagne contre Staline y a suffi. Une fois toutes les idées politiques de Staline attaquées, dénigrées, démolies, on fit simplement le constat qu'on en avait fini, par la même occasion, avec les idées de Lénine.

3. Les leçons de l'expérience historique de l'Union soviétique

La direction du Parti communiste est la question décisive dans la construction du socialisme

Au cours du développement de la lutte de classes dans de nombreux pays, on a vu se dresser tous les partis bourgeois et petits-bourgeois contre les forces révolutionnaires. Dans des pays aussi différents que la Russie, la Chine, Cuba ou la République Démocratique Allemande, la révolution a finalement triomphé sous la direction du Parti communiste, seul parti révolutionnaire jusqu'au bout. Une direction correcte du Parti communiste, appliquant les principes du socialisme scientifique aux réalités de son pays, est nécessaire pour le triomphe de la révolution et pour l'édification du socialisme. En dehors du Parti communiste, pas de salut pour le socialisme.
Pour la bourgeoisie, la question-clé sous le socialisme est celle-ci: comment "élargir la démocratie" au profit des forces réactionnaires? Pour elle, il s'agit de créer un espace légal pour ses anciens partis écrasés au cours de la révolution. Pour le prolétariat et les travailleurs, la question-clé se pose en ces termes: comment assurer que le Parti communiste maintienne son esprit révolutionnaire, sa ligne socialiste et ses liens avec les masses? Si ce parti commet trop d'erreurs graves, la révolution sera défaite ou la construction du socialisme connaîtra des crises, parfois jusqu'à s'effondrer.
Le révisionnisme dans le Parti communiste est l'expression de l'influence idéologique et politique de la bourgeoisie et de l'impérialisme. Si des cadres se comportent de façon bureaucratique, se coupent des masses, se réservent avantages et privilèges, se comportent comme des technocrates sans conscience révolutionnaire, virent dans la corruption, alors ils développeront inévitablement un courant opportuniste dans le Parti qui pousse au retour à l'ordre ancien basé sur la division de la société en classes antagonistes et à l'exploitation de l'homme par l'homme.

Il faut continuer la lutte de classes sous le socialisme pour consolider la dictature du prolétariat

Les travailleurs doivent être préparés idéologiquement et pratiquement à combattre les courants antisocialistes développés par les ennemis de classe et attisés par l'ingérence et la subversion organisées par l'impérialisme.
Aussi longtemps qu'il survivra, l'impérialisme ne cessera jamais de préparer la restauration du capitalisme dans les pays socialistes. Il s'efforcera avant tout de conquérir le terrain idéologique et politique en soutenant les forces hétéroclites hostiles au Parti communiste, en prônant la liberté pour une presse bourgeoise, en encourageant l'indépendance des syndicats par rapport au Parti communiste et la création de partis politiques légaux et illégaux hostiles.
Le combat pour éliminer les bases internes et externes pour une restauration capitaliste est une lutte de plusieurs générations. Il faut maintenir, sur une longue période historique, la dictature des masses travailleuses contre les exploiteurs anciens et nouveaux. Lorsqu'on relâche la dictature des masses travailleuses, la bourgeoisie renaît et commence la lutte pour la restauration de sa propre dictature.
En Union soviétique, on a pu constater que, même soixante- dix ans après leur défaite, les adeptes du tsarisme et du capitalisme, les descendants des féodaux des grands bourgeois et des koulaks ont toujours réussi à maintenir, puis à élargir une influence idéologique et politique sur une partie des masses.
Vu le développement de ses forces productives, un pays socialiste peut être obligé, sur une assez longue période, de maintenir un secteur de petits capitalistes et de production individuelle et d'accepter des investissements capitalistes étrangers; en plus, il doit maintenir différentes formes de relations commerciales, financières et scientifiques avec le monde impérialiste. Tous ces facteurs nécessitent un renforcement du travail idéologique et un maintien de la dictature du prolétariat.
Sous le socialisme, le Parti doit utiliser la science marxiste pour analyser de façon matérialiste les différenciations sociales qui se produisent dans la société. En Union soviétique, les révisionnistes ont clamé qu'il n'existe plus de couches exploiteuses et que les ouvriers, les paysans et les intellectuels avaient tous un même intérêt à défendre le socialisme. Par cette thèse, ils ont détruit la vigilance de classe, ils ont permis que se développent, parmi les cadres et les intellectuels, le bureaucratisme, l'arrivisme et le technocratisme; ainsi s'est cristallisée une nouvelle classe exploiteuse, au sein même de la société socialiste.
Le Parti communiste est l'instrument essentiel pour l'exercice correct de la dictature du prolétariat; si le Parti est submergé par des courants opportunistes, le coeur même du socialisme sera atteint. Le Parti doit rester une organisation de combat politique, éduquant les travailleurs et les mobilisant pour la consolidation de leur pouvoir. L'armée socialiste et les milices populaires doivent être aptes à défaire les éventuelles agressions de forces impérialistes et les actions des forces hostiles.

Le socialisme se consolide grâce au développement de la démocratie socialiste

Lorsque le Parti communiste agit de façon authentiquement révolutionnaire et lorsque la lutte des classes est correctement menée contre les ennemis du socialisme, la démocratie socialiste peut se développer pleinement.
La façon dont la démocratie socialiste se développe, est, bien sûr, aussi fonction de la lutte de classes nationale et internationale. Le Parti communiste doit s'efforcer de parfaire et d'élargir continuellement la démocratie socialiste. Un des aspects essentiels de cette démocratie est la possibilité pour les masses travailleuses d'observer et de juger le comportement et les positions des membres et des cadres du Parti et des fonctionnaires de l'État socialiste.
Pour développer la démocratie, le gouvernement socialiste doit assurer une éducation scientifique générale et de haute qualité et une formation politique vivante à tous les citoyens.

Le Parti communiste doit assurer les conditions d'une participation active des travailleurs, de leurs représentants et de leurs organisations de masse à la gestion des affaires locales, régionales et nationales. Les lois doivent fixer les droits et les devoirs des citoyens dans le cadre de la société socialiste.

La révolution scientifique et technologique est essentielle pour prouver la supériorité du socialisme

Le développement de la science et de la technologie ont une grande importance dans la lutte mondiale entre le socialisme et le capitalisme. Dans ces domaines, l'impérialisme, qui s'appuie sur cinq siècles de pillage du monde entier et sur le marché mondial, a toujours de grands avantages. Le socialisme ne peut pas se consolider dans l'autarcie, sans s'emparer des acquis les plus avancés de la science. Sous la direction de l'idéologie socialiste, il faut fermement impulser les révolutions culturelles, scientifiques et technologiques. Un pays socialiste doit s'efforcer d'assimiler les découvertes du monde capitaliste dans les domaines de la science, de la technologie et de la gestion. Néanmoins, il faut avoir une claire conscience du fait que toutes ces découvertes ont été réalisées au sein d'une structure sociale bourgeoise fondée sur l'exploitation des travailleurs.
Appartenant souvent à la bourgeoisie et vivant dans des conditions privilégiées, la plupart des scientifiques, des ingénieurs et des gestionnaires du monde capitaliste ont une conception du monde bourgeoise ou même réactionnaire. Cette idéologie se reflète même dans la conception et l'utilisation de certaines de leurs découvertes scientifiques. L'assimilation de la science et de la technologie du monde capitaliste doit donc se faire sous la direction du Parti et à partir d'un point de vue de classe. L'éducation marxiste-léniniste et la lutte politique contre les influences bourgeoises, doivent orienter et diriger ce processus d'assimilation. Ceci constitue un aspect important de la lutte de classes sous la dictature du prolétariat. En effet, l'expérience de l'Union soviétique a montré le rôle contre- révolutionnaire joué par un grand nombre de scientifiques et d'intellectuels de haut niveau qui avaient complètement adopté la conception bourgeoise du monde.

Le Parti doit s'en tenir au marxisme-léninisme et à l'internationalisme prolétarien et il doit adopter une position d'indépendance

Il s'agit de deux aspects d'une contradiction dont il faut cerner aussi bien les liens que les oppositions.
Ce qui est essentiel, c'est la voie marxiste-léniniste et la pratique conséquente de l'internationalisme prolétarien. La classe ouvrière est la classe internationaliste par excellence, sa position dans toutes les sociétés d'exploitation est fondamentalement la même, les lois fondamentales qui se dégagent de ses luttes révolutionnaires, sont, dans leurs grandes lignes, communes à tous les pays.
Avec le recul de l'histoire, nous pouvons clairement voir que certains opportunistes ont rejeté cette position de base, en invoquant à injuste titre le principe de "l'indépendance". En 1948, Tito a clamé son "droit à suivre une voie spécifiquement yougoslave au socialisme". En fait, sous ce prétexte, il a prôné une politique de conciliation de classe et d'opposition à la dictature du prolétariat. Tito a poursuivi une ligne caractérisée par le nationalisme bourgeois et l'antisoviétisme et il est finalement tombé sous le contrôle économique de l'impérialisme américain et allemand. Le naufrage actuel de la Yougoslavie, ravagée par des guerres civiles de type nationaliste et fasciste, en est la conséquence ultime.
Lorsqu'un parti frère vire de cette façon vers l'opportuniste, des ingérences dans ses affaires internes de la part d'autres partis communistes, ne peuvent pas résoudre le problème, bien au contraire. Néanmoins, l'internationalisme prolétarien exige que les autres partis mènent, au cours de leurs discussions avec le parti concerné, des luttes de principe contre l'opportunisme et le révisionnisme. Le parti critiqué peut, en toute indépendance, accepter ou refuser ces analyses et observations et il est seul responsable de sa ligne politique devant sa classe ouvrière et son peuple.
Un problème d'une tout autre nature s'est posé dans les pays socialistes de l'Europe de l'Est. Les Partis communistes de ces pays étaient très faibles en 1945, mais ils ont, avec l'aide du Parti bolchevik, correctement mené la lutte de classes, instauré la dictature du prolétariat et jeté les bases d'une économie socialiste indépendante. Après la mort de Staline, Khrouchtchev s'est ingéré dans leurs affaires intérieures pour éliminer les cadres révolutionnaires, taxés de "staliniens". Les opportunistes qui sont arrivés ainsi au pouvoir, ont tous accepté les thèses anti-marxistes de Khrouchtchev. La plupart ont non seulement liquidé le marxisme- léninisme, mais ils ont aussi bradé leur indépendance, en suivant tous les virages de la politique soviétique. Le renoncement au marxisme-léninisme et au principe d'indépendance ont causé l'effondrement du socialisme dans les pays de l'Europe de l'Est.
Pourtant, un autre petit pays socialiste a montré à l'époque une voie alternative. Le Parti du Travail de Corée a toujours maintenu des contacts avec les partis de l'Europe de l'Est qui auraient pu tirer profit de l'expérience coréenne. Déjà avant la prise du pouvoir par le révisionniste Khrouchtchev, Kim Il Sung avait dit ceci: "Que faisons-nous? Nous ne faisons pas la révolution dans un pays étranger, mais bien la révolution coréenne. Tout le travail idéologique doit bien être subordonné aux intérêts de la Révolution coréenne. Si nous étudions l'histoire du PCUS ou l'histoire de la révolution chinoise, si nous étudions les principes universels du marxisme-léninisme, c'est uniquement pour accomplir correctement notre révolution." "Il nous faut sérieusement étudier ce qui nous est propre et bien le connaître. Autrement, nous ne serons pas à même de résoudre d'une manière créatrice et en conformité avec nos conditions réelles les nouveaux problèmes que nous rencontrons constamment dans la pratique." "De nombreux camarades ingurgitent en bloc le marxisme-léninisme, au lieu de le digérer et de le faire leur. Il est donc évident qu'ils ne peuvent pas faire preuve d'initiative révolutionnaire." "Il nous faut fermement adhérer aux principes marxistes-léninistes et les appliquer d'une manière créatrice, conformément aux conditions concrètes de notre pays et aux particularités de notre nation". "Le marxisme-léninisme n'est pas un dogme, c'est un guide pour l'action et une doctrine créatrice. Le marxisme-léninisme ne peut donc faire preuve de son indestructible puissance que s'il est appliqué d'une manière créatrice en conformité avec les conditions concrètes de chaque pays". (14)
En 1970, au moment où Brejnev pratiquait sa politique de la "souveraineté limitée", Kim Il Sung a encore précisé cette conception fondamentale de l'indépendance. "Établir le Djoutché signifie adopter une attitude digne du maître envers la révolution et l'édification de son propre pays. Cela signifie s'en tenir à la position indépendante consistant à rejeter l'esprit de dépendance vis-à-vis d'autrui et à penser de son propre chef, à avoir confiance en ses propres forces, à en faire valoir l'esprit révolutionnaire et à résoudre ainsi ses problèmes toujours sous sa propre responsabilité. Cela signifie également adhérer à la position créatrice consistant à s'opposer au dogmatisme et à appliquer les principes universels du marxisme-léninisme et les expériences d'autres pays, conformément aux conditions historiques et aux caractéristiques nationales de son pays. L'expérience historique montre qu'un parti qui s'adonne au servilisme à l'égard des grandes puissances conduit à l'échec la révolution et l'édification". (15)
Il importe de souligner que cette conception de l'indépendance que développe Kim Il Sung, a pour base la fidélité aux principes révolutionnaires. Maintenir une position indépendante, c'est avant tout compter sur ses propres forces pour faire la révolution et construire le socialisme, et apporter ainsi une contribution majeure à la lutte libératrice du prolétariat mondial. Or, un parti ne peut vaincre un ennemi puissant et expérimenté et tenir tête à la pression, au sabotage et à l'ingérence impérialiste, qu'en éduquant les masses populaires dans un esprit authentiquement marxiste- léniniste et dans les principes de l'internationalisme prolétarien. Sans cet esprit, un parti ne peut pas "compter sur ses propres forces", c'est-à-dire sur les masses conscientes et organisées et, par conséquent, il ne pourra pas maintenir son système socialiste et son indépendance face aux ingérences et aux agressions de l'impérialisme mondial.

4. La nature du panafricanisme

En Afrique, il y a nécessairement autant de mouvements panafricanistes différents qu'il y a de classes sociales. Au delà des frontières africaines, les courants politiques identiques se soutiennent mutuellement, créant un panafricanisme à contenu de classe déterminé.

Il y a eu tout d'abord le panafricanisme réactionnaire d'inspiration coloniale.
Au Congo belge, l'Église catholique a été la première force à préparer la période post-coloniale en formant un personnel politique réactionnaire et pro-impérialiste. L'Église catholique, épaulée par les puissances coloniales, a créé aussi des cadres où des Africains réactionnaires des différents colonies se rencontraient et unifiaient leur pensée politique. Joseph Iléo et monseigneur Malula, deux figures de proue des milieux catholiques, ont joué un rôle déterminant dans le renversement du gouvernement Lumumba.
L'abbé Fulbert Youlou, le président du Congo-Brazzaville, a été un représentant typique de ce panafricanisme réactionnaire.
Il commence par parler de la grandeur et de la tradition africaine. "Les civilisations du Bénin et du Nigeria témoignent d'un Moyen Age honorable". "Il est temps que les Africains pensent eux-mêmes leur politique". "L'heure des grands ensembles est aussi l'heure de l'Afrique à son éveil". Les vrais nationalistes doivent s'allier aux "représentants traditionnels de l'Afrique". (16)
Qui est l'ennemi principal du panafricaniste réactionnaire Fulbert Youlou?
"Le péril qui menace l'Afrique aujourd'hui est teinté du jaune communiste de Pékin". "C'est la race noire tout entière qui est menacée d'extermination sous l'occupation massive des vagues chinoises". "L'idéologie mondiale communiste qui a diaboliquement poussé l'Homme d'Occident à douter de la valeur de sa civilisation chrétienne, est la cause essentielle du drame africain." (17) Et Fulbert Youlou de dénoncer tous les "collaborateurs" communistes: "Nkrumah, le complice africain de Mao". "Entre Boumedienne et les Chinois, il y a un pacte de sang" . "En Tanzanie, c'est un obscur correspondant de presse de l'agence Chine Nouvelle, Babu, qui déclenche l'insurrection. Au Kenya, c'est M. Odinga Oginga, amateur de tourisme russo-chinois" .(18)
Quelle est la voie à suivre pour l'Afrique?
Il faut "une grande stratégie de tous les États du continent noir" , à mettre en oeuvre avec Houphouët-Boigny de la Côte d'Ivoire, Tombalbaye du Tchad, Banda du Malawi, Yaméogo de la Haute-Volta, Diori Hamani du Nigeria, Dacko de la République centrafricaine, le roi Mwabusta IV du Burundi et avec Tshombe et Mobutu au Congo-Kinshasa.(19) "L'unité africaine n'est réalisable que dans l'adhésion du continent noir au bloc occidental". "Je me bats pour que le Marché commun soit étendu à tout le continent africain" . Il faut "associer la défense de l'Afrique à celle du Monde libre" en élargissant "la zone couverte par l'OTAN". "La non-intervention est un encouragement à la destruction de la liberté dans le monde" .(20)
Ce qui frappe le plus dans les propos extravagants de Fulbert Youlou, c'est qu'aujourd'hui, l'effondrement du socialisme et l'échec du mouvement nationaliste africain ont créé les conditions de leur réalisation...
Toute forme de panafricanisme trouve au niveau mondial des alliés qui partagent ses intérêts de classe.
Les idées de Fulbert Youlou se retrouvent presque mot par mot dans le livre du major Siegfried Müller, nazi allemand, décoré par Hitler, chefs des mercenaires engagés en 1964-1965 contre la révolution muléliste au Congo. Il écrit: "Le monde libre doit choisir en Afrique les Africains qui ne font pas semblant d'imiter nos théories progressistes et miser avec tous nos atouts sur les Africains fidèles à leurs traditions, leurs coutumes, leurs chefs. Voilà le sens que le mercenaire Müller donne à son engagement aux côtés de l'Armée Nationale Congolaise qui, par la valeur de ses chefs et l'idéal africain du gouvernement et de l'homme qu'elle sert, représente pour la subversion rouge en Afrique le plus solide barrage". "Patrice Lumumba voulait congoliser le Congo avec ses idées volées à l'Occident, contre tous les chefs naturels, toutes les tribus, les clans, les traditions qui sont l'Afrique réelle". "Politiquement, l'Afrique peut, en s'associant au Marché commun, faire son avenir". (21)

Il y a ensuite le panafricanisme de la petite bourgeoisie, rêvant d'une Afrique politiquement indépendante et unie mais refusant de rompre avec le marché capitaliste mondial et donc avec l'impérialisme.
Le panafricanisme petit-bourgeois a trouvé ses principaux idéologues en Du Bois, Padmore, Nkrumah et Sékou Touré. Il a un caractère révolutionnaire dans la mesure où il vise à briser les chaînes coloniales et à mettre fin à la domination politique directe de l'Occident sur les pays Africains. Mais les idéologues de la petite bourgeoisie ne sont jamais révolutionnaires jusqu'au bout, ils ne s'attaquent pas aux racines économiques de la domination impérialiste.
Après la réalisation de l'indépendance africaine, Du Bois prévoyait "une coopération plus étendue avec les dirigeants blancs du monde". (22) Sa formule "l'autodétermination nationale, la liberté individuelle et le socialisme démocratique" correspondait exactement au programme de la social-démocratie, c'est-à-dire à l'aile réformatrice de la grande bourgeoisie européenne. (23)
Padmore estimait que les "anticolonialistes britanniques" qui suivaient "une politique conséquente" se trouvaient dans le Parti travailliste.(24) Nationaliste petit-bourgeois, Padmore ne voulait rompre ni avec l'impérialisme, ni avec le capitalisme. S'adressant aux États-Unis, Padmore écrit en 1955: "Je puis offrir une garantie contre le communisme. Cette garantie... rendra à jamais cher aux Africains le peuple de la grande république nord-américaine... Les hommes d'État américains n'ont qu'à faire un geste hardi en faveur des Africains... Ce geste doit revêtir la forme d'un programme d'Aide Marshall pour l'Afrique... Quelle belle façon de réparer les torts jadis infligés aux Africains." Puis Padmore juge positif le "Rapport de la Commission Royale relatif à l'Afrique orientale", mais, dit-il, "même les meilleurs plans économiques et sociaux n'aboutiront pas ... sans la bienveillance et la coopération des Africains". "L'assurance, la confiance et le respect mutuel une fois établis entre les leaders africains et leurs conseillers européens, rien n'empêchera le rapide progrès économique et social de l'Afrique". Puis Padmore développe un programme axé sur "les secteurs à l'initiative privée" . Il conclu sur un credo typiquement petit-bourgeois: "Le panafricanisme offre une alternative idéologique par rapport au communisme... Le panafricanisme porte son regard au-dessus des étroits intérêts de classe et de race... il veut une égalité d'occasion pour tous." (25)
Pendant longtemps, Sékou Touré a maintenu un discours nationaliste, populiste et révolutionnaire qui avait très peu de rapport avec la réalité sociale et économique changeante de la Guinée. Dès le début des années soixante, la corruption se développa parmi les fonctionnaires et quelques purges spectaculaires ne l'ont nullement freiné. En avril 1962, un nouveau code des investissements offrait d'amples avantages et privilèges au capital étranger auquel des hauts fonctionnaires se sont liés à travers des sociétés mixtes. En 1963, le commerce privé fut réhabilité et les mines de diamant dénationalisées, ce qui offrit de nouvelles possibilités d'enrichissement aux fonctionnaires et aux commerçants, les seuls à posséder les capitaux nécessaires. (26) En novembre 1962, Sékou Touré s'était réconcilié avec le "panafricaniste réactionnaire" Houphouët-Boigny qui s'écria lors de sa visite à Conakry: "Hommage à mon frère Sékou Touré, artisan déterminé de l'Unité africaine; nous faisons le serment que nous ne nous séparerons jamais; nous oeuvrons tous pour une Afrique unie, prospère et fraternelle". Un an plus tard, en mars 1963, Sékou Touré déclarait: "Nous n'avons pas dit 'Non' à la France ni à De Gaulle. Au contraire, nous voulions sitôt notre indépendance acquise et garantie, signer des accords d'association prévus par la Constitution Française" .(27)

De nos jours, l'internationalisation de plus en plus poussée de l'économie capitaliste tend à égaliser les conditions d'exploitation économique sur l'ensemble du continent. Sous l'impulsion du capital financier international s'est développé un "panafricanisme de la grande bourgeoisie".
La Charte de l'OUA de 1963 fixe comme un objectif majeur la coordination de la politique dans le domaine de l'économie, des transports et des communications. Dans l'Acte final de Lagos en 1980, cet objectif est formulé ainsi: "un marché commun africain, prélude à une Communauté économique africaine" afin "d'assurer l'intégration économique, culturelle et sociale de notre continent" .(28) Mais cette "intégration africaine" se fait dans des conditions où l'Occident exerce un contrôle croissant sur la vie économique et financière de l'ensemble du continent! Nous ne sommes pas loin de la définition de l'"Euroafrique", chère aux colonialistes des années 50, ni de l'association de l'Afrique au Marché commun européen, prônée par des réactionnaires comme Fulbert Youlou et Houphouët-Boigny en 1960.
Comme cela devait se produire nécessairement, le discours nationaliste radical tenu par la petite bourgeoisie au cours des années soixante a été balayé par le développement inhérent au capitalisme. La nécessité de disposer de marchés plus vastes est devenue le moteur du panafricanisme de la bourgeoisie africaine. Ainsi, le panafricanisme de la grande bourgsoie africaine n'est qu'une facette du mondialisme du capital. Les multinationales sont la force dirigeante du panafricanisme bourgeois. Ainsi, les dernières venues des puissances néocoloniales en Afrique, l'Allemagne et le Japon, qui doivent supplanter la concurrence anglo-américaine et française, présentent des projets "panafricains", des travaux d'infrastructure pouvant lier la Méditerranée au Cap et l'Afrique de l'Ouest à la côte est. Dans leurs revues, pour "vendre" ces projets, ils publient même des articles sur les travaux de Cheikh Anta Diop...
La bourgeoisie du Nigeria, en poussant à la création de la CEDEAO, espérait rafler les marchés de ses quinze concurrents africains plus faibles. Mais finalement, ce n'est pas la bourgeoisie du Nigéria qui profitera du panafricanisme du marché, mais bien les puissances impérialistes qui se livrent une concurrence de plus en plus acharnée pour tous les marchés du monde.

A l'approche du vingt-et-unième siècle, le seul panafricanisme révolutionnaire est le panafricanisme du prolétariat africain, comme Elenga Mbuyinga le faisait déjà remarquer en 1975.
Pendant la vague révolutionnaire des années soixante, ce panafricanisme révolutionnaire s'est manifesté dans l'oeuvre et dans la pratique de Mulele au Congo, d'Osende Afana au Cameroun, d'Amilcar Cabral en Guinée-Bissau et dans les derniers ouvrages de Nkrumah.

Leur panafricanisme était une concrétisation, sur le terrain africain, de l'internationalisme prolétarien, de l'unité de pensée et d'action du prolétariat mondial, représenté par le mouvement communiste international.
Ces révolutionnaires africains ont développé leur idéologie en étudiant le marxisme-léninisme, entre autres à travers les expériences de la révolution chinoise et cubaine. Pierre Mulele a suivi une formation politique et militaire en Chine, avant de déclencher, en août 1963, la grande insurrection populaire au Congo. Son compagnon Léonard Mitudidi a fait venir Che Guevara aux maquis du Congo. Mais à l'arrivée de Guevara au front de l'Est, Mitudidi était déjà mort. Le plan de Guevara pour rejoindre le maquis de Mulele au Kwilu n'a pu se réaliser à cause de l'opposition des opportunistes congolais comme de l'OUA.
Une autre caractéristique de ce panafricanisme est qu'il a été forgé à travers une pratique commune basée sur la mobilisation politique des masses ouvrières et paysannes et sur la lutte armée. Au début des années soixante, des cadres révolutionnaires du Congo-Brazza, du MPLA, de l'UPC camerounais et du mouvement muléliste se sont entraidés pour la formation militaire et politique dans des camps au Congo-Brazza. C'est en s'appuyant entre autres sur leur expérience que Nkrumah a pu écrire en 1970: "Le Parti n'arrivera pas à ses fins sans utiliser toutes les formes de la lutte politique, y compris la lutte armée. Si la lutte armée doit être engagée de façon efficace, elle doit être centralisée" .(29)

5. Nationalisme et internationalisme

Le panafricanisme petit-bourgeois était essentiellement un nationalisme; le panafricanisme révolutionnaire est internationaliste.
Les rapports entre nationalisme et internationalisme constituent un domaine très complexe de la théorie marxiste-léniniste. Ils sont d'un intérêt particulier pour l'Afrique, le continent qui a connu l'oppression nationale la plus longue et la plus cruelle.
L'impérialisme a créé un marché mondial, un système mondial de production, d'échanges et de communications. Toute production d'une certaine envergure, peu importe où elle se réalise, s'insère dans ce marché mondial. La grande bourgeoisie est une classe internationaliste soudée par le marché mondial et par la volonté commune de protéger partout au monde les conditions de "l'entreprise libre" contre la révolution socialiste.
Tout en étant internationaliste dans sa conception du monde et dans ses activités économiques, la bourgeoisie de tous les pays soutient le nationalisme bourgeois pour diviser et abrutir les ouvriers et les entraîner derrière ses propres intérêts de classe. Nous assistons à ce phénomène apparemment paradoxal: à mesure que progresse l'internationalisation du capital, nous voyons partout monter des mouvements "nationalistes" extrêmes, de type fasciste: du "nationalisme" prôné par Le Pen en France et du "nationalisme" croate jusqu'au fondamentalisme islamiste, au fondamentalisme hindou et au tribalisme à la Buthelesi... L'internationalisation du capital se produit au milieu d'une crise généralisée de surproduction; les mouvements nationalistes de droite permettent à la bourgeoisie de contrôler et de dominer les masses, sans que cela entrave la liberté du capital et son internationalisation.
Seule la classe ouvrière s'oppose diamétralement à l'internationalisme bourgeois, dans la mesure où elle prend conscience de ses intérêts de classe historiques. Les ouvriers du monde entier se trouvent fondamentalement dans une position commune par rapport aux moyens de production et à la classe capitaliste qui les possède. Seule le socialisme scientifique, idéologie révolutionnaire commune à tous les ouvriers, peut constituer une alternative de classe à l'exploitation capitaliste. Un aspect en est l'internationalisme prolétarien, la solidarité internationale des ouvriers et des travailleurs contre leurs ennemis communs.
Tout en étant internationaliste dans sa conception du monde, le prolétariat soutient toutes les luttes nationales contre l'oppression et la domination impérialiste.
Les pays africains ont cinq siècles d'humiliations, de discriminations et d'oppressions nationales derrière eux. Les progressistes et révolutionnaires du monde entier avaient comme devoir de soutenir les peuples africains dans leur lutte nationale contre toutes ces humiliations, discriminations et oppressions. Aucun prétexte ne pouvait être invoqué pour ne pas soutenir la lutte nationale contre la domination esclavagiste, coloniale et néocoloniale.
Mais c'est là une tâche essentiellement négative. Le prolétariat soutient toute lutte nationale contre la domination impérialiste, mais il ne soutient pas "positivement" le nationalisme. Le nationalisme est toujours l'idéologie par laquelle la bourgeoisie et la réaction nationale essayent de subordonner les travailleurs à leurs propres intérêts cupides. Après avoir tué Lumumba et les lumumbistes, Mobutu reprit un grand nombre de leurs positions sous une forme démagogique, il créa son propre "nationalisme congolais" pour subordonner les masses aux intérêts de la bourgeoisie bureaucratique et pro-impérialiste. Ce n'était plus un nationalisme "négatif" dressant les masses congolaises contre l'oppresseur belgo-américain, mais un nationalisme "positif" unissant les masses à la grande bourgeoisie congolaise, agissant comme intermédiaire aux intérêts impérialistes.
Lénine a déclaré avec une grande perspicacité: "Le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l'apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce que qu'il y a de progressiste dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience socialiste par l'idéologie bourgeoise". "Le nationalisme bourgeois militant abêtit, décervelle, désunit les ouvriers pour les placer sous la houlette de la bourgeoisie". "Le nationalisme bourgeois et l'internationalisme prolétarien sont deux mots d'ordre irréductiblement opposés qui correspondent aux deux grands camps de classe du monde capitaliste". (30)
Appliquant ces concepts de Lénine à l'Afrique, Amilcar Cabral a déclaré: "Le cas néocolonial ne se résout pas par une solution nationaliste; il exige la destruction de la structure capitaliste implantée par l'impérialisme dans le territoire national et postule justement une solution socialiste" . (31)
A la question du nationalisme est lié celle de la culture nationale.
Amilcar Cabral a fait remarquer que la culture africaine a constitué "le seul rempart susceptible de préserver l'identité (du peuple dominé)" . Ceci vaut "non seulement pour les masses populaires, mais aussi pour les classes dominantes autochtones - chefs traditionnels, familles nobles, hiérarchie religieuse". Tout cela a facilité "le développement du mouvement de libération". (32) Cabral envisage donc la culture africaine sous l'angle de son importance pour le combat contre la domination coloniale. Et c'est précisément sous cet angle qu'il distingue les éléments positifs et négatifs dans la culture africaine. "Seule la lutte révèle comment et combien la culture est, pour les masses populaires, une source inépuisable de courage, d'énergie physique et psychique, mais aussi, par certains aspects, d'obstacles et de difficultés, de conceptions erronées de la réalité, de déviations dans l'accomplissement du devoir." (33)
Après la victoire sur le colonialisme, la question de la culture se pose d'une façon nouvelle. Les chefs traditionnels, familles nobles, chefs religieux et nouveaux bourgeois essaient d'imposer leur culture, qui exprime leurs intérêts de classe, comme la "culture nationale".

A ce propos, Lénine a exprimé la conception commune à tous les révolutionnaires du monde. "Chaque culture nationale comporte des éléments, même non développés, d'une culture démocratique et socialiste, car dans chaque nation, il existe une masse laborieuse et exploitée, dont les conditions de vie engendrent forcément une idéologie démocratique et socialiste. Mais dans chaque nation, il existe également une culture bourgeoise (et qui est aussi, la plupart du temps, ultra-réactionnaire et cléricale), pas seulement à l'état d'éléments, mais sous forme de culture dominante. Aussi, d'une façon générale, la "culture nationale" est celle des grands propriétaires fonciers, du clergé, de la bourgeoisie." "Le mot d'ordre de la culture nationale est une duperie bourgeoise. Notre mot d'ordre à nous, c'est la culture internationale du démocratisme et du mouvement ouvrier mondial". "Nous empruntons à chaque culture nationale uniquement ses éléments démocratiques et socialistes." (34)
Certains milieux panafricains défendent la thèse que "les Africains noirs et les Noirs de l'Asie, de l'Océanie, des Caraïbes, de l'Afrique du Sud et des États-Unis partagent une âme culturelle commune ".(35) Cette idée va à l'encontre du marxisme et aide les Mobutu, les Eyadema et les Tonton Macoutes à mystifier et opprimer leur peuple au nom de l'authenticité et de "l'âme noire commune".

6. Leçons de l'échec africain

Nous pouvons maintenant formuler quelques leçons supplémentaires de l'échec du nationalisme africain et du panafricanisme du début des années soixante, des leçons qui sont abordées dans l'oeuvre de Mulele, d'Osende Afana, d'Amilcar Cabral et de Nkrumah.

D'abord: "Pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire".
Ce critère fondamental se trouve dans l'ouvrage "Que Faire?" de Lénine qui élabore cette thèse en ces termes: "l'indifférence à l'égard de toute théorie, est une des causes principales du peu de progrès du mouvement ouvrier, du trouble et de la confusion". "Le socialisme, depuis qu'il est devenu une science, veut être traité, c'est-à-dire étudié comme une science" .(36) Ainsi, Lénine demande aux cadres supérieurs de tout mouvement révolutionnaire d'étudier la science marxiste avec la même application qu'il faut pour maîtriser les sciences physiques ou médicales.
Lorsqu'il était au pouvoir, sous l'influence de la social-démocratie, Nhrumah ne s'est jamais fixé la tâche d'étudier consciemment la science de la révolution, la doctrine de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Zedong. Ce n'est qu'après le coup d'État qui le renversa, qu'il s'est orienté vers l'étude systématique du socialisme scientifique.
Il s'agit non seulement de bien connaître la méthode, la façon d'analyser et les thèses du marxisme, mais aussi de savoir reconnaître le pseudo-marxisme. "L'idéologie marxiste ne peut obtenir et conserver la suprématie que par une lutte inlassable contre toutes les autres idéologies. L'idéologie bourgeoise est bien plus ancienne que l'idéologie socialiste, elle est plus amplement élaborée et possède infiniment plus de moyens de diffusion." "La tendance opportuniste implante, dans le socialisme, les idées bourgeoises et les éléments bourgeois" .(37)
Nkrumah ne s'est jamais démarqué complètement du vieil opportunisme de la social-démocratie. Et lorsqu'il a évolué vers des positions communistes, après le coup d'État qui le renversa, il a été influencé par Khrouchtchev et Brejnev qui dénaturaient l'essence révolutionnaire de la doctrine de Lénine. Mulele et Osende Afana, pour s'engager dans l'insurrection populaire contre le pouvoir néocolonial, ont dû affronter l'opposition catégorique des révisionnistes soviétiques. Ils n'ont pas seulement assimilé le marxisme-léninisme, mais ils se sont engagés aussi dans une critique de l'opportunisme et du révisionnisme.
Finalement, Lénine insiste sur le fait qu'on ne peut pas maîtriser le marxisme en s'enfermant dans des livres. Il faut, en quelque sorte, "digérer" le marxisme-léninisme à partir de sa propre expérience révolutionnaire. Il faut appliquer de façon créatrice la science politique de Marx, Lénine et Mao Zedong à la réalité spécifique de son propre pays. En rentrant de Chine, Mulele a traduit les leçons de la révolution chinoise dans le langage des ouvriers agricoles et des paysans de sa région natale. Pour faire comprendre des notions essentielles du marxisme-léninisme, il les a adaptées à la mentalité des villageois, utilisant des proverbes traditionnels, des chansons du tribunal et des contes africains.

Deuxièmement: "Pour déterminer si un intellectuel est révolutionnaire, non révolutionnaire ou contre-révolutionnaire, il y a un critère décisif: c'est de savoir s'il veut se lier et s'il se lie effectivement aux masses ouvrières et paysannes." (38)
Mao Zedong a défini ce critère en pleine guerre anti-japonaise, en 1939.
Un révolutionnaire authentique ne peut pas s'enfermer dans les milieux de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie aisée; l'éducation des masses fondamentales du peuple, leur organisation et leur mobilisation constitue l'axe essentiel de son travail. C'est précisément sur ce point que Mulele, Bengila et Mitudidi se sont séparés de la plupart des autres lumumbistes. Ces derniers ont été propulsés à la tête de l'État, entourés de politiciens engagés dans la course aux richesses et aux privilèges. Rapidement, ils ont perdu tout lien avec les masses travailleuses. A son retour de Chine, Mulele a lancé un appel à tous les lumumbistes afin qu'ils dans leur région natale et y organisent les jeunes, les ouvriers, les villageois, les femmes. Mais finalement ils n'ont été qu'une dizaine à le suivre. Et ils ont soulevé des millions d'opprimés congolais!
La révolution nationale et démocratique, puis la révolution socialiste est l'oeuvre des masses. Seules les masses peuvent constituer une force politique suffisante pour battre l'impérialisme et la grande bourgeoisie. Seuls les intérêts des masses constituent le point de départ pour l'édification d'une société fondamentalement différente qui met fin à l'exploitation de la majorité. Les révolutionnaires doivent donc concevoir un projet à long terme, capable de permettre aux masses de constituer des forces politiques et militaires suffisantes pour renverser l'ordre néocolonial. Il s'agit d'aider les masses à se libérer par leur propre effort, à devenir la force consciente qui brisera l'oppression exercée par l'impérialisme et la grande bourgeoisie.

Troisièmement: l'édification d'un parti d'avant-garde authentique est le problème crucial, le problème le plus difficile de la révolution africaine.
Dans ses ouvrages, Staline a systématisé les principes léninistes du Parti qui ont été la clé de la victoire, aussi bien de la révolution soviétique que de la révolution chinoise. Il a formulé les caractéristiques et les principes d'"un parti de type nouveau, un parti marxiste-léniniste, un parti de la révolution sociale, capable de préparer le prolétariat aux combats décisifs contre la bourgeoisie" .(39)
Les faiblesses des révolutions africaines se reflètent surtout dans les faiblesses des partis révolutionnaires. Nkrumah était devenu un "étranger" dans son propre parti. Mulele, faute de cadres intellectuels révolutionnaires, n'a pas été en mesure de créer un parti marxiste-léniniste. Une des raisons de l'échec de Sankara au Burkina est qu'il s'est embourbé dans les luttes entre différentes organisations communistes, ne sachant pas reconnaître les communistes des carriéristes. Il a souvent combattu des forces marxistes-léninistes et soutenu des opportunistes pour se retrouver finalement isolé.
Seul un parti armé d'une ligne marxiste-léniniste et oeuvrant patiemment parmi les ouvriers, les travailleurs et les paysans, est en mesure de faire front à la violence de l'impérialisme. Il doit observer les règles rigoureuses de la discipline léniniste s'il veut survivre à la répression. Ces règles sont obligatoires pour tous les membres, et surtout pour les cadres dirigeants. Il doit vérifier et corriger ses décisions en écoutant la voix des masses travailleuses. Il doit utiliser la critique et l'autocritique pour éduquer en permanence ses membres et ses dirigeants.
Un tel parti ne peut pas être édifié sans la participation des intellectuels révolutionnaires. A ce propos, Amilcar Cabral a formulé un principe fondamental: "La petite bourgeoisie révolutionnaire doit être capable de se suicider comme classe, pour ressusciter comme travailleur révolutionnaire, entièrement identifié avec les aspirations les plus profondes du peuple auquel il appartient" .(40) Cabral fait ici référence à la nécessité d'une transformation continue des intellectuels, grâce à l'étude du marxisme-léninisme, aux liens avec les masses et à la participation au combat. Et Nkrumah a donné cette définition de la révolution: "le prolétariat, sous la direction d'un parti d'avant-garde guidé par les seuls principes du socialisme scientifique, renverse le système de classes" .(41)

Quatrième point: "Le premier problème fondamental de la révolution est le rôle dirigeant de la classe ouvrière". "L'alliance des ouvriers et des paysans est un principe stratégique qui revêt une importance particulière". "En s'appuyant sur ces forces fondamentales, le Parti a la possibilité d'élargir les rangs des révolutionnaires jusqu'aux autres classes et couches sociales de tendance nationale et démocratique", notamment les intellectuels et les étudiants. (42)
C'est ainsi que Le Duan, sur base de l'expérience de la révolution vietnamienne, a indiqué quelles sont les classes sociales capables de mener la révolution anti-impérialiste jusqu'au bout. Il nous apprend dans quelles classes sociales les révolutionnaires doivent faire un travail concret, quotidien, à long terme, un travail d'organisation syndicale, un travail d'organisation coopérative pour la défense des intérêts économiques, un travail d'éducation, un travail de conscientisation à partir de l'aide médicale ou juridique, etc.
Cette analyse rigoureuse des classes et des positions politiques des différentes classes n'a pas été faite par les révolutionnaires africains du début des années soixante. Lumumba comme Nkrumah était obnubilé par la formule: Tous les Noirs sont mes frères. C'est à leurs propres dépens qu'ils ont découvert que les classes et la lutte des classes existaient autour d'eux. "La lutte des classes est au coeur du problème" , dira Nkrumah en faisant le bilan de son échec.(43) A partir de sa propre expérience, Amilcar Cabral a confirmé les thèses de Le Duan. Cabral écrit: "La classe laborieuse composée d'ouvriers de la ville et de prolétaires agricoles, tous exploités par la domination indirecte de l'impérialisme, constitue la vraie avant-garde populaire de la lutte de libération nationale" .(44)

Cinquièmement: Il y a un critère pour distinguer le combat réel contre le néocolonialisme des impostures purement verbales: est-ce qu'on vise à la destruction de la dictature exercée par l'impérialisme et par la grande bourgeoisie sur le peuple travailleur?
La destruction de cette dictature nécessite l'organisation de luttes révolutionnaires de masse prolongées sous différentes formes, culminant dans la guerre populaire et l'insurrection qui briseront le pouvoir néocolonial.
Si le néocolonialisme n'est pas défini comme la dictature conjointe de l'impérialisme et de la grande bourgeoisie, ce mot perd son sens. Alors, on peut voir un Tshombe lutter contre le "néocolonialisme", c'est-à-dire contre le pouvoir d'Adoula. On peut entendre un Thomas Kanza proposant une alliance entre Mobutu et les lumumbistes pour "combattre un ennemi commun: le néocolonialisme personnifié par Moïse Tshombe" .(45) On peut écouter Mobutu fulminer contre le "néocolonialisme" pour que l'impérialisme lui cède une part plus large du butin commun.
"L'État, dit Nkrumah, est l'expression de la domination d'une classe sur les autres". (46) C'est pourquoi aucune "démocratisation" aussi "radicale" ou "totale" qu'elle soit, ne peut résoudre les problèmes d'une société dominée. Seule la dictature des ouvriers et des paysans, s'alliant la petite bourgeoisie et les forces patriotiques, peut mettre fin à la domination conjointe de l'impérialisme et de la grande bourgeoisie

7. Sous le Nouvel Ordre Mondial

Les idéologues de l'impérialisme ont déclaré que la destruction du socialisme en Union soviétique et en Europe de l'Est permettait l'établissement d'un Nouvel Ordre Mondial. Or, ce Nouvel Ordre est en fait un retour à l'Ordre existant au début du vingtième siècle, lorsque seules les puissances impérialistes dictaient leur volonté au monde entier. Avec l'effondrement du socialisme, toutes les contradictions du capitalisme et de l'impérialisme se sont brusquement accentuées.
Le vingt-et-unième siècle posera à nouveau, mais avec une envergure et une violence beaucoup plus grandes, les deux questions clés du siècle présent: la question de la révolution socialiste dans le monde capitaliste et la question de la révolution nationale et démocratique en tant que première phase de la révolution socialiste dans les pays dominés par l'impérialisme.

Le "nouvel ordre" dans les anciens pays socialistes

La nouvelle bourgeoisie en Union soviétique a ouvertement proclamé sa dictature politique sur la société lors du 28ième Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, en juillet 1990. Depuis ce moment, l'ingérence politique et le contrôle économique et financier de la part des États-Unis et de l'Allemagne se sont accentués, conduisant à l'éclatement de l'Union et à la mise sous tutelle des "Républiques indépendantes" par l'impérialisme mondial. Tout le processus contre-révolutionnaire, accéléré depuis 1989, a été acclamé en Occident par la grande bourgeoisie comme étant une "révolution authentique" qui assurerait pour l'éternité "la paix, la liberté et la démocratie". Or, à peine trois années se sont écoulées et aujourd'hui on peut facilement se rendre compte que la contre- révolution à l'Est et en Union soviétique ne conduit pas à la paix, la liberté et la démocratie, mais bien à l'oppression et l'exploitation, au capitalisme sauvage, à la guerre civile et au fascisme.
Fin 1993, la production industrielle avait diminué de plus de 40 % par rapport à 1990. (47)
Les exportations ont chuté de 236 milliards de dollars en 1985 à 35 milliards en 1992: une perte de 85 %! (48) La majeure partie des exportations passe désormais par des canaux illégaux tenus par la maffia.
La dette extérieures de la Russie oscille entre 84 et 87 milliards de dollars à la mi-1993.(49)
Fin 1993, le nombre réel des chômeurs est estimé à 20 millions!(50)
En Russie, l'inflation atteignait de 3.500% en 1992-1993. (51) Les milliards de roubles épargnés pendant des vies entières ont perdu toute valeur.(52)
Les revenus réels ont perdu 60% de leur valeur de décembre 1991 à janvier 1992.(53)
Fin 1993, 80 à 85% de la population vivaient au-dessous du seuil de pauvreté. Parmi eux 90 à 100 millions de personnes dont la survie physique n'est plus garantie! 120 millions d'autres personnes vivent au-dessous du minimum vital! (54)
Selon le chiffre officiel, il y a 8 millions d'avortements, mais le total atteindrait 20 millions avec les avortements non déclarés.(55) En 1987, il y a eu 5.600.000 naissances en URSS...
34.000 mères ont, en 1992, refusé de prendre leur nouveau-né en quittant la maternité.(56)
12 à 15% des enfants passant de l'école maternelle à l'école primaire souffrent déjà de maladies chroniques.(57)
154.000 enfants russes ont été abandonnés par leus parents et habitent dans des sous-sols ou des maisons abandonnées.(58)
Des milliers de pauvres se voient obligés de vendre certains de leurs organes pour "survivre". C'est l'instauration, via le commerce des organes du corps humain, d'un nouvel esclavage.(59)
La guerre civile au Tadjikistan a déjà causé plus de victimes que celle de Bosnie: 25.000 morts (60)
Fin 1993, la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan avait coûté 18.000 victimes.(61)
Un capitalisme sauvage se développe sans lois, sans scrupules: ceux qui ont fait miroiter un "socialisme à visage humain", ont introduit un capitalisme des plus inhumains. En 1989, l'Occident a provoqué l'exode des Allemands de l'Est pour déstabiliser l'économie et l'ordre politique de la RDA. Ceux qui passaient la frontière étaient des "héros de la liberté" aux yeux de la presse bourgeoise. Aujourd'hui, ils sont des millions, ces "héros potentiels de la liberté", des millions de Polonais, des Hongrois, de Roumains qui essaient de fuir la misère pour trouver du travail en Occident. La même presse bourgeoise évoque maintenant "la menace d'une invasion à partir de l'est" et appelle à la fermeture des frontières...
On a chanté les "révolutions pour la liberté". Or, la première liberté pour un peuple, est l'indépendance de toute domination étrangère. En quelques années, les anciens pays socialistes sont tombés sous une dépendance économique et financière de plus en plus pesante: l'impérialisme leur dicte ses lois, comme il le fait dans n'importe quelle néocolonie du tiers monde! L'Union soviétique avait 30 milliards de dettes en 1985; aujourd'hui la Russie en a déjà accumulé 85 milliards et ce processus s'accentue. Les nouveaux bourgeois ont fait croire que le capital occidental investirait dans le bien-être du peuple. Or, les grands capitalistes ne veulent pas courir de risques et ils se limitent à acheter les meilleures entreprises pour des montants insignifiants. Les richesses nationales des anciens pays socialistes sont ainsi bradées.
La puissance qui profite indiscutablement le plus de cette braderie à vil prix, est l'Allemagne qui tire aussi avantage des liens entre l'ex-RDA et les autres anciens pays socialistes. Elle est de loin le plus grand créancier et se montre le plus actif dans l'achat d'entreprises performantes, elle est le premier partenaire commercial de l'Europe de l'Est. L'Allemagne, grâce à cette hégémonie, possède certains atouts dans sa lutte planétaire avec les concurrents japonais et américains. Déjà nettement dominante au sein de la Communauté européenne, l'Allemagne ouvre un nouveau champ d'exploitation immense à l'Est. Ceci aiguisera les contradictions entre une Allemagne hégémoniste et les pays capitalistes de moindre envergure de la Communauté.
Dans les anciens pays socialistes, la démocratie, c'est-à- dire la démocratie bourgeoise, a conduit en moins de deux ans à la réhabilitation des chefs fascistes de la Seconde Guerre mondiale: Stephan Bandera en Ukraine, Monseigneur Tiso en Slovaquie, Antonescu en Roumanie, Ante Pavelic en Croatie, Horthy en Hongrie. Les nouvelles bourgeoisies à l'Est et en ex-Union soviétique ont recours à l'idéologie nationaliste et chauvine pour mobiliser les travailleurs derrière leurs nouveaux exploiteurs. Les anciennes formations nationalistes et fascistes qui ont sévi sous le nazisme, reviennent en force. La Yougoslavie a déjà été ravagée par des guerres civiles réactionnaires. Des guerres civiles nationalistes se développent aussi entre Arméniens et Azéris et entre Moldaves et Russes. Des affrontements de grande envergure se préparent en Ukraine...
En même temps, les communistes soviétiques se réorganisent au sein du Parti communiste des Bolcheviks de Toute l'Union de Nina Andreyeva et dans le Parti communiste ouvrier de Russie de Victor Anpilov.
Devant la perspective de l'effondrement économique, du chaos total et des guerres civiles à l'Est et en ex-Union soviétique, l'Allemagne et la France, son alliée et subordonnée, poussent à la création d'une armée européenne, capable de maintenir l'ordre à l'Est et dans certaines "Républiques indépendantes". Des engagements militaires dans ces guêpiers, pourraient avoir des conséquences imprévisibles, comme l'ont montré les événements qui ont conduit à la Première Guerre mondiale.

Le "nouvel ordre" au Moyen-Orient et en Afrique

Peu de temps après le passage de l'Union soviétique dans le camp occidental, l'impérialisme a déclenché une guerre d'agression contre le peuple irakien qui a causé entre 150.000 et 250.000 morts parmi les militaires et civils irakiens; le boycott économique qui a été maintenu depuis la guerre a déjà provoqué la mort de plus de 170.000 enfants.
Cette guerre criminelle a révélé ouvertement un certain nombre de caractéristiques nouvelles dans les formes de la domination impérialiste sur le tiers monde.
Les grands pays impérialistes sont prêts à utiliser contre tout pays du tiers monde qui ose défendre son indépendance et sa souveraineté, les technologies de guerre les plus sophistiquées, comme ils l'ont fait contre l'Irak. Nous assistons à un développement du terrorisme d'État barbare.
La guerre du Golfe n'avait nullement pour objet l'indépendance du Koweït mais bien son détachement du monde arabe, son annexion en tant que sorte de 53ème État américain et l'accaparement des richesses pétrolières du Moyen-Orient par l'Occident.
Le "devoir d'ingérence" est le nouveau mot d'ordre sous lequel l'impérialisme rejette la souveraineté des pays du tiers monde et démantèle le droit international pour le remplacer par un arbitraire de type colonial en créant des enclaves, en asphyxiant économiquement certains pays, en organisant ouvertement des forces politiques pro-impérialistes.
Les conditions de reddition, imposées à l'Irak, prouvent que la recolonisation économique du tiers monde, largement réalisée au cours des années quatre-vingt, est maintenant complétée par sa recolonisation politique et militaire. Nous revenons à l'esclavagisme colonial.
Les partis démocrate et républicain aux États-Unis, les partis sociaux-chrétiens, libéraux, nationalistes, conservateurs et socialistes en Europe, ont tous participé à l'agression - la démocratie occidentale montre ainsi qu'elle est essentiellement "pluraliste" pour les forces qui soutiennent la barbarie impérialiste.
L'Occident est prêt à mobiliser tous ses capitaux et toutes ses technologies pour perpétuer son empire de l'exploitation et de la terreur. L'impérialisme est devenu un système inhumain et diabolique dont le maintien est incompatible avec la simple survie de plusieurs milliards d'hommes dans le tiers monde.
Pour écraser un petit pays du tiers monde de 18 millions d'habitants, les États-Unis ont dû mobiliser des forces armées et des moyens financiers considérables. La grande force destructrice concentrée sur un petit point du globe, révèle aussi une faiblesse au niveau stratégique. Au moment où l'oppression et la misère deviennent de plus en plus intolérables, les conditions objectives pour des mouvements révolutionnaires de grande ampleur se développent. Couverts de dettes et croulant sous des crises de différents ordres, les pays du tiers monde n'offrent que peu de possibilités pour des investissements rentables. En revanche, la nécessité d'intervenir militairement pour préserver un ordre injuste et inhumain s'imposera de plus en plus aux puissances impérialistes. L'impérialisme n'a plus rien à offrir aux masses du tiers monde, mais il suscite leur haine croissante.

En Afrique certaines formations bourgeoises et petites-bourgeoises ont applaudi à la chute du mur de Berlin et à l'effondrement des "dictatures communistes" en Europe de l'Est et en URSS. Elles se sont adressées aux impérialistes en leur disant: "Vous avez renversé les dictatures à l'Est; aidez-nous à renverser nos dictateurs africains. Vous avez instauré la démocratie à l'Est, apportez-la aussi en Afrique".
Et aujourd'hui, les puissances impérialistes parlent de "démocratie" et de "pluralisme" en Afrique. Quel en est le sens?
La plupart des dictatures militaires, instaurées pour liquider les nationalistes révolutionnaires, sont devenues tellement corrompues, incompétentes, inefficaces et détestées, qu'elle ne permettent plus aux multinationales de faire des bénéfices et qu'elles risquent de provoquer des mouvements populaires anti-impérialistes.
Avec la chute des pays socialistes, les puissances occidentales estiment que les forces nationalistes africaines, livrées à elles-mêmes, ne peuvent plus menacer les intérêts occidentaux. L'Occident veux donc organiser une "démocratie" et un "pluralisme" à l'intérieur de la classe bourgeoise dominante, il veut disposer d'une pluralité de partis néocoloniaux. Ce système permettra de mieux tromper les masses et il offrira une certaine flexibilité à la domination impérialiste, puisqu'elle pourra jouer un parti contre un autre. Dans la pratique, l'opération "démocratie" est une tentative de l'impérialisme de changer son personnel néocolonial, de recruter un personnel plus qualifié et mieux apte à mystifier les populations.
Et nous avons vu des partis "démocratiques" au Zaïre et au Burundi supplier les impérialistes d'envoyer leurs armées pour chasser les mauvais dictateurs et mettre les bons démocrates à la place! Comment des gens qui ont bradé à tel point la souveraineté et la dignité nationales, pourraient-ils mener une politique indépendante?
Mais l'intention des impérialistes d'obtenir, grâce à la "démocratie", une forme de domination plus efficace, souple et trompeuse, a déjà complètement échoué. La crise mondiale du capitalisme a des effets particulièrement destructeurs en Afrique. La crise économique est telle que les "démocrates" ne peuvent tenir aucune de leurs promesses au peuple. Cette crise accentue aussi les rivalités entre les différents clans de la bourgeoisie.
Pour s'imposer dans le combat de plus en plus acharné pour les parts du marché mondial, les trois grands centre de l'impérialisme, les EU, l'Allemagne et le Japon constituent des blocs régionaux. Dans cette conjoncture dramatique, la bourgeoisie africaine se montre incapable de s'unir et d'unir l'Afrique pour ses propres intérêts. Elle est trop liée aux différents appareils d'État nationaux. Chacune est plus liée à la bourgeoisie de l'ancienne métropole qu'aux autres bourgeoisies africaines. Les intérêts contradictoires des EU, du Japon, de l'Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne maintiennent la désunion entre les différentes bourgeoisies africaines.
Il y a presque vingt ans, Elenga Mbuyinga formulait des conclusions qui sont devenues encore plus pertinentes sous les conditions du "Nouvel Ordre Mondial". "Dans le cadre du marché capitaliste mondial, aucune grosse accumulation de capital, de nature à permettre une indépendance réelle des bourgeoisies africaines par rapport aux monopoles impérialistes, n'est possible: les gros investissements seront donc toujours étrangers ou sous contrôle étranger". "Pour créer les conditions de base pour une authentique libération économique, il est nécessaire que s'effectue une rupture avec le marché capitaliste mondial... C'est la suppression des mécanismes de domination par lesquels l'impérialisme international soumet à sa propre loi les économies des pays africains." "La rupture avec le marché capitaliste mondial conditionne le succès de l'intégration économique et politique, c'est-à-dire la réalisation de l'Unité véritable de l'Afrique". "L'Unité Africaine ne peut se faire que par une révolution politique... Seules la classe ouvrière et la paysannerie pauvre, alliées aux autres couches laborieuses, feront cette révolution politique et, par conséquent, réaliseront l'Unité de l'Afrique" .(62)
C'est la conclusion à laquelle Nkrumah était finalement arrivé: "Seule la lutte armée dans le socialisme réalisera la libération et l'unité du continent. Car l'unité politique de l'Afrique et socialisme vont de pair" .(63)

Conclusion

Au sommet de son triomphe, le capitalisme montre qu'il n'a rien d'autre à présenter au tiers monde que des destructions en tout genre. A l'Afrique il offre des famines, des répressions sauvages, des guerres civiles réactionnaires, ethniques et autres, des agressions et des interventions militaires, la récolonisation économique et politique.
A l'Est de l'Europe, sur les débris d'un socialisme qu'il a réussi à liquider, le capitalisme n'offre que le chômage, la misère, la surexploitation, le fascisme et la guerre civile.
Dans le coeur même du "monde civilisé", le capitalisme dévoile un avenir fait de chômage et de régression sociale auxquels s'ajoutent le racisme, la criminalité, le fascisme et des interventions militaires à l'étranger.
La trahison des révisionnistes au pouvoir depuis Khrouchtchev en Union soviétique, leur transformation en bourgeoisie nouvelle, a permis aux impérialistes de mener une campagne tapageuse sur le thème: "le socialisme est une utopie, seul le capitalisme est efficace". Mais cette démagogie ne peut plus longtemps masquer la véritable nature du capitalisme et de l'impérialisme, système inhumain, barbare et criminel qui ne fait que provoquer des crises économiques, sociales, politiques et morales de plus en plus profondes et de caractère planétaire.
Les âpres réalités de ce monde ont pleinement révélé l'inanité de l'opportunisme et du révisionnisme.
Quand la bourgeoisie clame l'échec définitif du communisme, elle utilise la faillite lamentable du révisionnisme en Europe de l'Est et en Union soviétique pour réaffirmer sa haine de l'oeuvre grandiose réalisée dans le passé par Marx et Engels, par Lénine et Staline et par Mao Zedong. Mais ce faisant, la bourgeoisie pense plus à l'avenir qu'au passé. La bourgeoisie veut faire croire que le marxisme-léninisme est définitivement enterré, parce qu'elle se rend parfaitement compte de l'actualité et de la vitalité de l'analyse communiste. Les cadres de la bourgeoisie font des évaluations scientifiques sur l'avenir du monde; aussi envisagent-ils des crises majeures, des bouleversements d'ampleur planétaire et des guerres en tout genre.
Devant les gouffres de chômage, de misère, d'exploitation, et de violence qui s'ouvrent devant les masses travailleuses du monde entier, seul le marxisme-léninisme-pensée de Mao Zedong pourra montrer la voie de la libération nationale et sociale.
Aux communistes du monde entier de relever le défi.

Notes

(1) Padmore Georges: Panafricanisme ou communisme, éd. Présence Africaine, Paris, 1960, pp.383-384; 387.
(2) Nkrumah Kwame: La lutte des classes en Afrique, Présence Africaine, Paris, 1972, p.101.
(3) Monheim F: Mobutu, l'homme seul, Bruxelles, 1962, p.154-155.
(4) Pour les chiffres et citations de ce chapitre, sauf autrement indiqué, voir: Martens Ludo: L'URSS et la contre-révolution de velours, EPO, Anvers, 1991.
(5) Sekou Touré: L'Afrique en marche, tome X, 1967, p.323.
(6) Sékou Touré: Stratégie et Tactique de la Révolution, tome XXI,p.193.
(7) Staline: Le marxisme et la question nationale et coloniale, Ed. Norman Béthune, Paris, 1974, p. 344.
(8) James Klugmann: From Trotski to Tito, Publ. Lawrence and Wishat, London, 1951.
(9) Padmore, op.cit.,p.332.
(10) Sékou Touré: Stratégie et tactique, p.328-329.
(11) Khrouchtchev: Recueil des Documents du XXIIe Congrès, Moscou, 1961, p.526-527.
(12) Nkrumah: Challenge of the Congo, publ. Panaf, 1969, p.292.
(13) Mao Zedong: Le Pseudocommunisme de Khrouchtchev - 14 juillet 1964, dans: Le Débat sur la Ligne Générale, éd. Pékin, 1965, p.482-492.
(14) Kim Il Sung: A propos du djoutche; De l'élimination du dogmatisme et du formalisme, 28 déc. 1955, Pyongyang, 1980, pp.171; 177; 180; 182.
(15) Kim Il Sung: Oeuvres choisies, tome V, Pyongyang, 1975, p. 584.
(16) Fulbert Youlou: J'accuse la Chine, éd Table Ronde, Paris, 1966, pp.132; 146; 137; 138.
(17) Ibidem, pp.121; 13; 15.
(18) ibidem, pp.81; 69; 115.
(19) Ibidem, p.123.
(20) Ibidem, pp. 138; 151; 158; 142.
(21) Müller Siegfried: Les nouveaux mercenaires, éd France-Empire, 1965, pp.200-201; 232.
(22) Padmore, op.cit., p.131.
(23) Ibidem, p.118.
(24) Ibidem, p.373.
(25) Ibidem, p.383-387.
(26) Ameillon: La Guinée, bilan d'une indépendance, Maspéro, Paris, 1964, p.185-187.
(27) Ibidem, pp.12; 197.
(28) Ba Abdoul, Bruno Koffi, Sahli Fethi: L'Organisation de l'Unité Africaine, éd. Silex, 1984, pp. 22; 217.
(29) Nkrumah: La lutte des classes en Afrique, éd. Présence Africaine, Paris, 1972, p.105.
(30) Lénine: Notes critiques sur la question nationale, tome XX, pp.27; 18; 19.
(31) Amilcar Cabral: Unité et Lutte, éd Maspéro, Paris, 1980, p.165.
(32) Ibidem, p.176.
(33) Ibidem, p.188.
(34) Lénine, op.cit., p.16-17.
(35) Africa World Review, nov 92-april 93, London, p. 28.
(36) Lénine, Oeuvres Choisies, tome V, pp.376; 378; 379.
(37) Ibidem, pp.393; 361.
(38) Mao Zedong, Oeuvres choisies, Pékin, 1968, p. 264.
(39) L'Histoire du Parti communiste bolchevik, Moscou, 1949, p.397.
(40) Cabral, op.cit., p.169.
(41) Nkrumah, op.cit., p.98.
(42) Le Duan: Ecrits, Hanoi, 1976, pp. 194; 196; 197.
(43) Nkrumah, op.cit., p.10.
(44) Cabral, op.cit., p.164.
(45) Martens Ludo: Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba, éd. EPO, 1985, p.321.
(46) Nkrumah, op.cit., p.20.
(47) Alexandre T. Samorodov, Revue Internationale du Travail, (Bureau International du Travail) vol.131, 1992, n 3, p.357-358.
(48) De Volkskrant, 3 april 1993: Jeffrey Sachs: Rusland kan...
(49) The Guardian, 8/3/1993.
(50) NRC-Handelsblad, 16/12/93: Schok zonder therapie.
(51) The Reform Prescription for Russians is Stronger Democracy. By Anders Aslund IHT, 25/11/1993.
(52) Michel Chossudovsky Le Monde Diplomatique, p.12-13, janvier 1993.
(53) Alexandre T. Samorodov, Revue Internationale du Travail, (Bureau International du Travail) vol.131, 1992, n 3, p.359.
(54) NRC, 16/12/93: Schok zonder therapie.
(55) Amnon Kapeliouk écrit dans Le Monde Diplomatique, p.3, septembre 1993.
(56) Ibidem
(57) Echos de Russie, p.3, juli-augustus 1992.
(58) Amnon Kapeliouk Le Monde Diplomatique, p.3, septembre 1993.
(59) Le Monde, p.13, 16/12/1992.
(60) Le Soir, 9/1/1993: Drame en Asie; Le Monde, 27/1/1993, p.4.
(61) Le Monde, 24 déc.93: Le président Aliev déclare...
(62) Mbuyinga Elenga, Panafricanisme et néocolonialisme, publications de l'UPC, 1979, pp. 347; 389; 398; 411.
(63) Nkrumah, op.cit., p.103.


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