Pensions et salaires attaqués ! Quelle opposition ?

Table des matières: 
Études marxistes no. 108
Auteur: 
Herwig Lerouge

Travailler plus longtemps et gagner moins : tel est le credo du nouveau gouvernement belge de droite. Face à cette attaque frontale, que pouvons-nous attendre des partis socialistes, qui sont désormais dans l’opposition ?

Le nouveau gouvernement belge est nommément dirigé par le libéral Charles Michel mais, dans les faits, par la N-VA de Bart De Wever qui lui a imprimé son programme et occupe des ministères clés.

Ses objectifs, tout comme ceux du précédent gouvernement dirigé par le socialiste Di Rupo, s’inscrivent dans le cadre des orientations de l’Union européenne. Approuvées lors des derniers sommets européens, ces politiques sont d’ailleurs mises en pratique par des gouvernements libéraux, démocrates-chrétiens et socialistes dans toute l’Europe. Le Premier ministre socialiste français Manuel Valls et le social-démocrate italien Matteo Renzi se sont engagés dans cette voie.

L’assainissement budgétaire du gouvernement Michel est dans la continuité de celui entrepris par le gouvernement Di Rupo. Les réformes du marché du travail sont des copies des réformes Hartz entreprises par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder avec ses partenaires, les Verts allemands. Comme le dit le journal boursier L’Écho du 11 octobre : « Les gouvernements européens jouent à fond, quoi qu’ils en disent, la concurrence fiscale et sociale pour s’en sortir. La droite n’est pas au pouvoir partout. Mais elle a gagné la bataille idéologique. »

Nous avons voulu apporter un éclairage plus approfondi sur deux aspects de ce nouveau plan de bataille de la droite contre les travailleurs : le relèvement de l’âge de la pension et le blocage des salaires.

Les partis de l’actuel gouvernement belge ont tous jeté aux oubliettes leur propre programme électoral. Aucun d’eux n’y avait inscrit le relèvement de l’âge de la pension à 67 ans. Ce n’est qu’aujourd’hui, après coup, qu’ils annoncent inévitable ce relèvement. Pourtant il n’a rien d’inévitable. Cette mesure est absurde au moment où 600 000 personnes sont au chômage. Elle est également irréalisable, car beaucoup de travailleurs sont usés et ne sont plus en état de travailler. Et des alternatives existent pour permettre de financer le vieillissement, comme le montre Kim De Witte, le spécialiste PTB des pensions, dont nous publions ici l’analyse.

MR et CD&V trahissent également leurs promesses électorales lorsque ce gouvernement annonce un saut d’index pour les salariés, les fonctionnaires et les bénéficiaires d’allocations sociales (à l’exception des plus pauvres). En plus de cette agression qui coûtera 2,6 milliards d’euros aux travailleurs, ce gouvernement programme aussi un gel des salaires jusqu’en 2016 au moins. Cette interdiction de négocier des hausses salariales était déjà dans les cartons du gouvernement Di Rupo, mais, sous la pression des organisations syndicales, celui-ci avait hésité à la mettre en pratique. Une telle interdiction signifie une rupture du modèle de formation des salaires basé sur le rapport de force. Le gouvernement met la concertation patrons-syndicats hors jeu et donne à l’avance, et de façon autoritaire, au patronat ce qu’il demande : le gel des salaires. Nic Görtz analyse cette atteinte aux droits syndicaux et parle de rupture du modèle rhénan social-démocrate de concertation sociale, destiné à faire passer les mesures, et de mise en place d’un modèle néolibéral pur et dur, dans la confrontation, style Thatcher.

Il est probable (et souhaitable) que nous allions vers un automne chaud marqué par une large résistance sociale. Déjà, les associations socioculturelles et les étudiants se mobilisent en Flandre contre les coupes sombres opérées par le gouvernement flamand, des initiatives syndicales sont prises contre le relèvement de l’âge de la pension et le saut d’index. Du côté francophone, les enseignants bougent. Aujourd’hui, la possibilité existe de mettre sur pied un mouvement très large pour mettre à l’ordre du jour, et à partir d’en bas, une alternative positive à l’austérité qui tue l’emploi et appauvrit la population.

Pour la première fois depuis 27 ans, les partis socialistes ne font pas partie du gouvernement fédéral. Les dirigeants de ces partis adoptent aujourd’hui, envers ce nouveau gouvernement de droite, un langage beaucoup plus à gauche que lorsqu’ils participaient au gouvernement. Ils annoncent qu’ils vont se battre contre le gouvernement « des riches », contre ce gouvernement « de banquiers, de spéculateurs et qui est proche du lobby nucléaire ».

Cette position peut sans aucun doute être une occasion d’élargir considérablement le front d’opposition au gouvernement fédéral de droite. Du moins si la contestation apportée par les dirigeants socialistes ne tombe pas, comme par le passé, dans les travers que le mouvement ouvrier a connus lorsque les socialistes étaient dans l’opposition, sous les gouvernements Eyskens (1958-1961), époque de la grande grève de 60-61, puis Martens-Gol (1981-1987).

Il a semblé utile de voir quel a été le comportement des dirigeants socialistes dans l’opposition, surtout sous Martens-Gol et Eyskens. Au cours de ces périodes, le mouvement ouvrier s’est battu avec détermination contre les mesures antisociales de la droite au pouvoir. Dans quelle mesure ont-ils trouvé la direction du PS à leurs côtés ? Et qu’ont fait les dirigeants socialistes une fois revenus au pouvoir ? Ont-ils annulé les mesures antisociales prises par ces gouvernements après que ceux-ci ont été renversés par la lutte sociale ? C’est à ces questions que Herwig Lerouge s’est proposé de répondre.