Perspectives pour l'intégration latino-américaine : Le cas du Mercosur

Table des matières: 
Études marxistes no. 107
Auteur: 
Eduardo G. Serra

La création du Mercosu. [166] en 1991 s’inscrit dans la tendance générale du capitalisme à l’internationalisation et à la formation de blocs politiques et économiques. Cette année-là, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay signent le traité d’Asunción, pour la création d’un marché commun du Sud. L’adoption d’un tarif commercial commun et d’une politique commerciale commune, la coordination des politiques macroéconomiques et sectorielles et donc l’harmonisation des législations s’y rapportant sont les objectifs majeurs du traité qui, en 1994, se verra conférer une structure institutionnelle propre et un statut d’entité internationale. En 2012, le Venezuela introduit une demande d’adhésion au Mercosur ; avec l’arrivée de ce nouveau partenaire, le bloc compte au total 270 millions d’habitants (soit 70 % de la population sud-américaine), avec un PIB de 3 300 milliards de dollars (soit 83,2 % du PIB de l’Amérique du Sud).

Les chiffres relatifs au commerce entre les pays du Mercosur ont augmenté de manière très significative : en 1991, ce commerce atteignait 2,3 milliards de dollars et en 2011 27,8 milliards de dollars, soit une hausse de 1 200 %. L’arrivée du Venezuela a représenté également l’ouverture d’un important marché demandeur de biens de consommation et de biens d’équipement, attendu que l’économie vénézuélienne, axée sur les exportations pétrolières, importe pratiquement tous les biens consommés par ses habitants. (Les importations ont atteint 38 milliards de dollars en 2011.) La hausse des échanges commerciaux entre les pays du bloc suit globalement le schéma de croissance du commerce international de ces trois dernières décennies. Par exemple, la part des exportations brésiliennes dans le commerce international est passée de 0,96 % en 2002 à 1,44 % en 2011, selon les chiffres communiqués par l’OMC en 2012.

Néanmoins, malgré toutes les déclarations officielles prônant le renforcement et le soutien du Mercosur en tant qu’outil puissant pour le développement économique dans la région, ce qui est l’objectif poursuivi par tous les membres, le Mercosur a été confronté à de sérieux problèmes ainsi qu’à des restrictions de plus en plus manifestes.

Outre le manque de tradition en matière de planification économique commune et l’absence de planification sociale commune, la construction du bloc est également confrontée à des obstacles structurels, notamment les énormes asymétries entre les économies des divers membres, tant au niveau de la taille que des structures. Le tableau ci-dessous reprend les PIB des pays membres du Mercosur :

Pays

PIB (milliards de dollars)

Brésil

2 234

Argentine

726

Paraguay

37

Uruguay

52

Venezuela

379

Source: Banque mondiale, 2011

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : le PIB de l’Argentine équivaut approximativement à un tiers de celui du Brésil, celui du Venezuela à un sixième, celui de l’Uruguay à un quarante-troisième et celui du Paraguay à un soixantième.

Les chiffres du commerce extérieur au sein du bloc montrent que le Mercosur est l’un des principaux partenaires du Brésil : ses importations depuis l’Argentine, son principal partenaire au sein du Mercosur, représentent 7,4 % de ses importations. Ce chiffre reste néanmoins inférieur au commerce avec la Chine (15,4 % des importations) ou avec les États-Unis (14,6 %) par exemple. Le commerce avec l’Allemagne, l’Italie, la France, l’Espagne et le Royaume-Uni représente au total 15,1 %, selon le ministère brésilien du Développement, de l’Industrie et du Commerce extérieur[167]. Les tendances pour les exportations brésiliennes sont similaires et les chiffres de l’Argentine sont proportionnellement équivalents.

L’absence de complémentarité entre les économies est également un obstacle. Les importations de blé argentin par le Brésil (0,9 milliard de dollars soit 5,37 % des importations brésiliennes) et les exportations de fer brésilien vers l’Argentine (0,4 milliard de dollars soit 1,96 % des exportations) constituent une exception. Les exportations brésiliennes et argentines de produits manufacturés de consommation courante et de biens d’équipement vers les autres pays membres, en échange de nourriture essentiellement, sont également pertinentes. Un exemple significatif d’absence de complémentarité est la composition des échanges entre le Brésil et l’Argentine. Ainsi, le Brésil exporte vers l’Argentine pour 7,2 milliards de dollars d’automobiles et autres véhicules, y compris pièces et accessoires pour automobiles, et importe pour 6 milliards de dollars de ces mêmes produit. [168]. Il importe de souligner que pratiquement tous ces produits sont fabriqués par les filiales de grandes multinationales.

L’industrie des pays du Mercosur est essentiellement dominée par de grandes multinationales. Celles-ci fournissent des automobiles, des médicaments, des appareils électroménagers, en fait presque tous les types de biens produits et commercialisés là-bas. Ce sont avant tout ces multinationales qui profitent du Mercosur. Ce modèle remonte au début des années 50, époque où le Brésil et l’Argentine, ainsi que d’autres pays d’Amérique latine, ont commencé à appliquer un ensemble de politiques visant à accélérer le processus de développemen. [169].

La stimulation d’un modèle de développement rapide soulève des questions tant théoriques que politiques. La commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine[170] (ECLAC) met en évidence la tendance à la détérioration du commerce des pays d’Amérique latine (la périphérie) avec le « centre » (les pays développés), les premiers exportant des biens primaires, les seconds des produits industrialisés dont la valeur ajoutée augmente à mesure que la technologie progresse, contrairement à la valeur des biens agricoles et des minéraux, ce qui entraîne un état de dépendance constant. Les spécialistes attachés à l’ECLA. [171] préconisent donc un capitalisme national autonome pour les pays d’Amérique latine.

Au Brésil, le chemin à suivre pour l’accélération du développement a fait l’objet d’un débat dans divers cercles de la société où différents points de vue s’opposaient ; d’un côté, un « pacte de défense » entre les classes sociales, à savoir la classe ouvrière et les entrepreneurs « nationaux », contre le capital étranger et pour la justice sociale[172] ; de l’autre côté, on préconisait des investissements rapides et directs de la part du capital étrange. [173]. Les deux parties partent du principe qu’il faut remplacer les importations de produits industriels par la production locale.

À la fin des années 50, sous le gouvernement Juscelino Kubitschek, la deuxième ligne avait été adoptée et la bourgeoisie nationale brésilienne avait alors intégré complètement le capitalisme international, en tant que partenaire secondaire. Un même processus s’était enclenché dans les autres pays de la région. Un ensemble de mesures avaient été prises pour, entre autres, financer les entreprises, protéger les marchés intérieurs, construire des infrastructures, et notamment Brasília, la nouvelle capitale du pays.

Cette vague d’industrialisation atteint son apogée au début des années 60, lorsque la production automobile et la production d’autres biens de consommation durable sont consolidées. Après le coup d’État « patronal-civil » en 1994, directement soutenu par les États-Unis, de nouvelles mesures sont prises pour attirer davantage de capitaux étrangers, comme l’offre de marchés protégés et la suppression de la sécurité d’emploi ainsi que l’affaiblissement du mouvement ouvrier. De 1967 à 1973, avec une sévère répression politique et en proposant des crédits à taux réduit à la classe moyenne, le Brésil présente d’une part des taux de croissance économique très élevés, allant jusqu’à 13 % par an, phénomène baptisé « miracle brésilien » et d’autre part une répartition très inégale des revenus.

À ce moment-là, le débat sur le processus de développement refait surface. Ruy Marin. [174] analyse les résultats de la phase précédente et énumère les raisons pour lesquelles les entreprises internationales ouvrent des succursales en Amérique latine et dans d’autres régions non développées : la surexploitation des travailleurs (les salaires en Amérique latine étant en moyenne équivalents à un sixième des salaires des travailleurs employés dans le pays d’origine de ces mêmes entreprises) ainsi que l’offre de marchés locaux protégés s’avèrent des facteurs déterminants. De plus, ces entreprises utilisent dans la plupart des cas de vieilles machines et de vieilles installations pour des produits conçus dans leur propre pays. À cette époque, Fernando Henrique Cardos. [175], opposé au gouvernement militaire, défend l’idée qu’aucune forme de développement n’est possible pour des pays comme le Brésil sans association économique directe avec les pays développés, et notamment les États-Unis.

Au milieu des années 70, afin d’atténuer les sérieuses difficultés rencontrées par la balance des paiements, notamment dues à la flambée des cours mondiaux du pétrole, un vaste plan de substitution des importations est mis en place. L’idée est de trouver une solution de rechange aux importations de pétrole et de biens d’équipement et — à côté d’autres objectifs — de promouvoir le développement technologique endogène. Les capitaux étrangers commencent alors à affluer — essentiellement sous forme de financements — et plusieurs entreprises publiques sont créées, de même que plusieurs entreprises brésiliennes de biens d’équipement. Construction navale, industrie aéronautique, production pétrolière, industrie chimique lourde, sidérurgie, production d’électricité, exploitation minière et agricole font partie des secteurs encouragés.

Les résultats de ces actions se font sentir au début des années 80 : le Brésil possède alors une structure industrielle complète, en mesure de produire toutes sortes de biens. La présence d’entreprises étrangères est l’une des caractéristiques de cette période, de même que le modèle très concentré de redistribution des revenus mis en place depuis les années 50, ainsi également qu’une faible croissance économique, des taux d’inflation élevés et une dette extérieure très importante.

La dictature s’effondre en 1985, grâce à la résistance de ce qu’on appelait les cercles démocratiques et à d’immenses manifestations dans tout le pays. Le Congrès national est élu en 1986 pour rédiger une nouvelle constitution, qui prend en compte la plupart des revendications démocratiques et sociales exprimées dans la rue par le mouvement populaire. Toutefois, comme les secteurs capitalistes sont plus puissants que le mouvement populaire et que les idées néolibérales restent prépondérantes, la plupart des articles de cette constitution ne seront jamais appliqués et, en 1989, c’est un président néolibéral, Fernando Collor, qui sera élu. Après une courte période de réformes radicales pour ouvrir et déréguler l’économie, la privatisation de grandes entreprises publiques, le licenciement de milliers de fonctionnaires et autres mesures du même genre, le président sera destitué sous l’accusation de corruption et remplacé par le vice-président ; celui-ci organisera deux ans plus tard de nouvelles élections qui porteront au pouvoir Fernando Henrique Cardoso, soutenu par une alliance de partis conservateurs.

Cardoso se verra confier deux mandats et, pendant huit ans, consolidera l’hégémonie néolibérale qui s’est renforcée au plan mondial après l’effondrement de l’Union soviétique et en raison d’autres facteurs également. Le programme néolibéral va alors se développer pleinement et renforcer toutes les initiatives entreprises précédemment. L’introduction d’une nouvelle devise, liée au dollar, le real, marque une étape importante. En ce qui concerne la politique étrangère, le gouvernement se rapproche des États-Unis.

Une décennie de politiques néolibérales va ainsi transformer le profil de l’économie brésilienne pour ce qui est du processus d’intégration au marché mondial : désindustrialisation de nombreux secteurs, forte hausse des exportations de matières premières comme les minéraux et produits agricoles. Le secteur financier devient alors beaucoup plus puissant qu’en début du processus. Les politiques adoptées débouchent sur une économie non inflationniste, une flambée de la dette commerciale, de sérieuses difficultés de balance de paiements, un fort taux de chômage, de bas salaires, une pauvreté et des inégalités croissantes, l’insatisfaction des travailleurs, mais aussi sur le renforcement du Parti des Travailleurs (PT), dirigé par Luiz Inácio Lula da Silva, ancien leader du syndicat des sidérurgistes et d’autres partis de gauche. Des processus similaires se développent dès le début des années 90 au Venezuela, en Bolivie, en Équateur et, dans une certaine mesure et à des moments différents, au Chili et en Argentine.

Lula est élu en 2002 ; juste avant de prendre la présidence, il publie un document intitulé Lettre aux Brésiliens qui laisse clairement entrevoir un signe de compromis avec le capital international et les secteurs bourgeois dominants tels que les secteurs agro-industriel et minier. Il nomme à la présidence de la Banque Centrale un défenseur du précédent gouvernement, Henrique Meirelles, à l’époque directeur d’une banque privée internationale. Les secteurs conservateurs, comme les banquiers et propriétaires fonciers, sont également représentés dans la coalition gouvernementale. Les politiques économiques néolibérales sont maintenues et préserver la stabilité devient l’un des principaux objectifs. De nouvelles privatisations sont encouragées et la part du budget affectée au paiement des intérêts reste très élevée, environ 45 %. Durant son second mandat, Lula poursuit dans cette voie, tout comme le fera après lui l’actuelle présidente Dilma Rousseff.

Au même moment, le gouvernement Lula lance un vaste programme social dont le but est d’éradiquer la famine et de promouvoir l’activité économique par une redistribution des revenus aux couches les plus pauvres de la société, la fameuse Bolsa Família[176]. Durant son mandat, suite aux politiques de stabilité et à l’entrée d’investissements étrangers entre autres, le Brésil atteint un taux de croissance annuelle d’environ 3,3 . [177]. En matière de politique étrangère, Lula renforce l’influence du Brésil à l’étranger et adopte un comportement plus indépendant qui permet aux exportateurs et aux entreprises de construction brésiliens de conquérir et de préserver l’accès aux marchés étrangers. Sur le plan international également, il renforce la position du Brésil, désormais septième économie mondiale, et adopte une politique plus indépendante. Son but est à la fois de conquérir et de préserver l’accès aux marchés extérieurs pour des exportateurs brésiliens et faire en sorte que le Brésil devienne un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ces faits, associés à l’image d’ancien ouvrier tourneur de Lula, vont contribuer à renforcer solidement son hégémonie.

Par ailleurs, le renforcement des liens politiques et économiques avec Cuba et le soutien direct au président vénézuélien Hugo Chávez dès les premiers jours du mandat de Lula, ou encore le soutien apporté à Evo Morales, président de la Bolivie lors de la nationalisation de l’entreprise pétrolière publique brésilienne Petrobras, mais en même temps les bonnes relations entretenues avec les États-Unis, notamment par l’envoi de soldats pour intervenir en Haïti, et d’autres initiatives de ce genre, montrent les lignes de la stratégie poursuivie par le gouvernement en matière de politique étrangère. La diplomatie brésilienne, qui compte le Venezuela parmi ses partenaires les plus importants, va alors habilement faire passer à la trappe le traité de libre-échange ALCA proposé par les États-Unis aux pays d’Amérique latine.

Cette stratégie se reflète aussi dans l’accent mis par le gouvernement brésilien sur des actions telles que la création du groupe de Rio[178], de l’UNASU. [179] et de la CELAC[180], qui visent à renforcer les liens entre les pays d’Amérique latine et à consolider le Brésil dans son rôle de candidat au leadership continental.

L’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay ont suivi une trajectoire politique et économique similaire. En Argentine, les gouvernements de Nestor puis de Cristina Kirchner sont revenus sur certaines politiques néolibérales des gouvernements précédents (après l’époque de la dictature), en particulier sur les questions de politique sociale comme les subsides pour le transport et autres services publics, les pensions, les soins de santé et les droits civiques. La nouvelle loi sur les communications est un excellent exemple de ce type d’actions. Toutefois, comme très peu de choses ont été réalisées pour radicalement changer la structure capitaliste du pays, l’actuel gouvernement est confronté à une crise inquiétante et éprouve de grandes difficultés à équilibrer sa balance des paiements.

L’Uruguay a bien un président progressiste élu, mais l’économie, très faible, est caractérisée par une industrie peu développée et dont l’envol est dépendant de ses principaux alliés régionaux. Le Paraguay est peut-être le seul pays du Mercosur à ne pas avoir encore pleinement assuré la transition entre la dictature et le modèle de démocratie bourgeois adopté par ses homologues du Mercosur. L’actuel gouvernement conservateur et l’instabilité politique sont un frein pour le pays, qui est confronté à la pauvreté et de manière générale à la non-satisfaction des besoins sociaux.

L’entrée du Venezuela dans le Mercosu. [181] pourrait changer la position stratégique du bloc sur le marché mondial puisqu’il se renforce et s’étend maintenant jusqu’aux Caraïbes. Le Venezuela a connu ce que l’on peut considérer comme le modèle le plus avancé de gouvernement progressiste soutenu par la population, capable non seulement de mettre en place des réformes sociales et de faire face aux secteurs capitalistes, mais aussi d’apporter son soutien à Cuba et enfin de développer des initiatives politiques pour une nouvelle forme d’intégration en Amérique latine, matérialisée dans la proposition de l’ALB. [182].

Le Venezuela a tout à gagner d’un Mercosur plus grand et plus fort. Mais, comme tout gouvernement progressiste dans un pays capitaliste, celui du Venezuela se retrouve aussi face aux limites d’une telle orientation politique, fait face à une très forte opposition et éprouve de grandes difficultés à maintenir et approfondir des réformes sociales dans des conditions capitalistes. Dans une certaine mesure, et avec des différences significatives, on peut dire que les gouvernements progressistes du Venezuela, de la Bolivie et de l’Équateur se trouvent face à des problèmes similaires et se heurtent aux limites du capitalisme.

Le capitalisme est profondément enraciné dans cette région qui est complètement intégrée au marché mondial. Aucune des initiatives prises par les bourgeoisies locales ne pourra rien y changer puisque la bourgeoisie est aujourd’hui une classe mondiale. Il n’y a donc plus de place pour les processus de développement national lancés par les entrepreneurs locaux.

Le Brésil et l’Argentine sont des éléments clés pour assurer le développement progressiste du Mercosur, qui, avec l’ALAD. [183], est l’accord économique et politique le plus prometteur dans la région. Cependant, les limites structurelles d’un renforcement du Mercosur et d’un changement de ses bases politiques et économiques vers un modèle progressiste de développement ne pourront être surmontées que si ces deux pays ont un gouvernement progressiste et anticapitaliste largement soutenu par la population.

Aussi longtemps que les économies du Brésil et de l’Argentine seront dominées par les conservateurs, chaque solution restera formulée dans le cadre de l’intégration capitaliste mondiale. En témoignent la proposition d’un accord commercial entre le Mercosur et l’Union européenne et les innombrables accords de libre-échange existants entre pays latino-américains dans le cadre de l’accord de libre-échange nord-américain, ALENA[184].

Un nouvel élément a fait son apparition dans la course à l’hégémonie politique : les récents mouvements populaires au Brésil, déclenchés par les nombreux scandales accompagnant la construction des stades et autres équipements sportifs en vue de la Coupe du Monde de football de 2014 et des Jeux olympiques qui se tiendront à Rio de Janeiro en 2016, ainsi que les mesures prises pour répondre aux exigences de la FIFA, dont l’amélioration des transports urbains. Ces manifestations avaient un caractère diffus et informel et poursuivaient des objectifs flous — souvent influencés par des forces de droite — avec la revendication de s’opposer à la corruption, au gouvernement fédéral et au gouvernement de l’État de Rio de Janeiro. Elles rejetaient la participation des partis politiques. Des partis socialistes et communistes comme le PCB, le PSOL et le PST. [185] ont été confondus les uns avec les autres et mis dans le même panier que des partis formellement de gauche qui soutenaient le gouvernement comme le PT, le PSB et le PCdo. [186]. Les manifestations ont pourtant aussi mis en avant des questions telles que le nombre insuffisant d’hôpitaux publics et d’écoles, les tarifs élevés des transports en commun et autres revendications sociales.

La nature même de l’État capitaliste est remise en question, pour ses rapports obscurs et suspects avec les grands groupes économiques. Quant à l’actuel gouvernement, il a clairement commencé à perdre son hégémonie quasi absolue, qui expliquait l’attitude passive de la classe ouvrière en matière de participation politique. Le mouvement populaire a remporté quelques victoires : les prix des transports publics n’ont pas augmenté, le stade athlétique près du Maracanã (le principal stade de football de Rio) n’a pas été démoli comme prévu, etc. Étudiants et travailleurs prennent à nouveau part aux débats et aux activités politiques, des grèves sont organisées et une nouvelle vague de manifestations est apparue, manifestations dans lesquelles la participation des syndicats est de plus en plus importante.

En Argentine et au Paraguay, on observe ces derniers temps un renforcement de la vie politique et l’organisation de nombreuses manifestations contre les tendances politiques actuelles. Au Venezuela, le président Maduro devrait, grâce à la prise de mesures populaires, surmonter les défis auxquels le pays est actuellement confronté et permettre au mouvement populaire de remporter des victoires contre le capitalisme. En Uruguay, malgré les sérieuses contraintes économiques, des progrès ont pu être accomplis dans de nombreux domaines sociaux.

Sur cette toile de fond — et compte tenu des effets de la crise économique —, des changements dans le domaine politique au Brésil et chez ses partenaires du Mercosur sont imaginables dans un futur proche, qui pourraient influer la politique intérieure et extérieure et ouvrir un processus d’intégration d’un nouveau type dans la région.

Eduardo G. Serra est professeur à l’Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ) et membre du Parti communiste brésilien (PCB).


[166]  Raccourci de Mercado Común del Sur (marché commun du Sud).

[167] SECEX, MDIC, décembre 2012.

[168] Ibid.

[169] L’industrialisation proprement dite débute fin 19e/début 20e.

[170] En espagnol : Comisión Económoca para América Latina y el Caribe (CEPAL) ; en anglais : Economic Commission for Latin America and the Caribbean (ECLAC).

[171] Par exemple l’Argentin Raul Prebish.

[172] C’est la position défendue par le Parti communiste brésilien, conformément au principe général selon lequel « la voie à suivre est la révolution nationale démocratique ».

[173] L’Instituto Superior de Estudos Brasileiro, ISEB (institut de recherche pour les études brésiliennes) va jouer un rôle important dans ce processus ; il réunit en effet des penseurs de toutes tendances et encourage les débats francs sur le développement..

[174] Auteur notamment de Dialéctica da dependencia.

[175] Auteur notamment (avec Enzo Faletto) de Dépendance et développement en Amérique latine, PUF, 1978. Président du Brésil de 1995 à 2002.

[176] Bourses familiales.

[177] En 2008, avec la crise économique internationale, le taux de croissance chute jusqu’à zéro. Les années suivantes, le taux de croissance grimpera à nouveau pour atteindre les 2 % en moyenne.

[178] En espagnol : Grupo de Río : un mécanisme de consultation des États latino-américains fondé le 18 décembre 1986 à Rio de Janeiro lors d’une conférence des ministres des Affaires étrangères.

[179] Union des nations sud-américaines, une organisation internationale de douze États sud-américains. Le traité de fondation fut signé le 23 mai 2008 à Brasilia. Le secrétariat principal a son siège à Quito (Équateur).

[180] Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (en espagnol : Comunidad de Estados Latinoamericanos y Caribeñon), union régionale de pays latino-américains et des Caraïbes en alternative à l’OAS fondée en 1948 par les États-Unis, formellement créée le 2 décembre 2011 à Caracas au Venezuela, successeur du groupe de Rio.

[181] En 2012 (ndlr.

[182] Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique — traité commercial des peuples. L’alliance a été créée fin 2004 comme alliance de coopération entre le Venezuela et Cuba ; en avril 2006 la Bolivie s’y est jointe. Ont suivi : le Nicaragua (mars 2007), la Dominique (janvier 2008), le Honduras (août 2008) et, en juin 2009, l’Équateur, Antigua-et-Barbuda et Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

[183] Association latino-américaine d’intégration, organisation de quatorze États latino-américains pour la coopération économique et la création d’un marché commun. Cette organisation succède à la zone de libre-échange latino-américaine NAFTA fondée sur base du traité de Montevideo le 12-8-1980, entré en vigueur le 18-3-1981. Siège à Montevideo, Uruguay.

[184] En anglais : North American Free Trade Agreement ; y appartiennent aussi les États-Unis et le Canada.

[185] PCB, Parti communiste brésilien ; PSOL, Parti du socialisme et de la liberté ; PSTU, Parti du travail socialiste unifié.

[186] PSB, Parti socialiste brésilien ; PCdoB, Parti communiste du Brésil.[187] Secours rouge : l’accueil de réfugiés allemands dans la région de Groningue, 1933-1940[188] Ruud Weijdeveld, Het communistische verzet in Groningen 1940-1945, Deel 1 en 2 (la résistance communiste à Groningue, 1940-1945, tomes 1 et 2, seulement en néerlandais), Profiel Uitgeverij, Bedum 2014 / Geert Sterringa Stichting, ISBN 978-90-5294-553-8. On peut commander l’ouvrage à http://www.geertsterringastichting.nl/ au prix de 42,95 € pour les deux tomes (sans les frais d’envoi). L’ouvrage est également disponible en librairie.