Temps, travail et profit

Table des matières: 
Études marxistes no. 101
Auteur: 
Herwig Lerouge

Introduction

En Allemagne, cent scientifiques, hommes et femmes politiques, syndicalistes et représentants des Églises ont demandé, dans une lettre ouverte, l’introduction de la semaine de 30 heures avec maintien du salaire. « La lutte contre le chômage doit rester la priorité absolue », ont-ils dit.

Il y a aujourd’hui en Allemagne trois millions de chômeurs et plus de trois millions de travailleurs qui n’arrivent pas à vivre de leur salaire. À côté de ceux-là, plus de 2,6 millions de personnes ont adopté le statut d’indépendants. Un tiers d’entre eux appartiennent au secteur des bas salaires. Ils gagnent moins de 9,20 euros de l’heure. L’ensemble de ces indépendant » gagne en moyenne 13 euros de l’heure selon l’Institut allemand de recherches économiques (DIW)[1].

La plupart d’entre eux ont cru aux promesses et accepté les mesures de soutien à la création de prétendues sociétés anonymes dites « s.a. moi » décidées par les gouvernements socialistes et verts en 2003.

Les travailleurs concernés sont de véritables esclaves salariés. En fait, il s’agit de journalistes, de personnel soignant, de dessinateurs… qui, la plupart du temps, travaillent pour de grosses entreprises. Ils sont une aubaine pour ces grosses boîtes qui les engagent pour des travaux sans devoir payer de cotisations sociales, ni de vacances ni de salaire en cas de maladie. On voit aujourd’hui des « indépendants » remplir les rayons chez Aldi et Lidl. De plus, on peut les utiliser pour inciter les véritables employés de ces firmes à une plus grande modération salariale.

Cette situation est directement liée à la politique de « flexibilisation » du travail introduite sous le gouvernement Schroeder-Fischer et continuée sous Merkel. Celle-ci veut imposer son modèle maintenant à l’ensemble de l’Europe. Daniel Zamora décrit où en sont les travailleurs en Belgique.

La semaine des trente heures apparaît aux signataires allemands de la lettre comme la seule possibilité de fournir du travail décent à tous ceux-là.

Évidemment, dans la plupart des cas, les syndicats en sont réduits à se battre pour des salaires décents et contre les tentatives des patrons pour imposer des horaires plus longs et plus flexibles. La revendication d’une réduction de la durée du travail semble un peu anachronique dans une situation où le rapport de forces est très défavorable aux travailleurs et à leurs organisations. Nous ne sommes plus dans les années quatre-vingt quand le syndicat des métallos allemands a pu imposer les 35 heures après de longs combats.

Toutefois, le débat mérite d’être posé et nous le faisons dans le dossier ci-dessous. Car, aujourd’hui, c’est le patronat qui réduit le temps de travail à sa guise, avec perte de salaire. Il oblige les uns à travailler des semaines de 50 heures tandis que les autres sont exclus du travail. Et même si, un jour, nous sortons de la crise, personne ne croit que ce sera pour retourner au plein emploi en Belgique avec des semaines de 38 heures.


[1]             Junge Welt, 14 février 2013.